‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 31 sur 46 · DIALOGUE XII · texte numérisé non relu

DIALOGUE XII

Scjf.t: Application do la clef aux versets du Coran, — Suite.

Caim. Continuons. A la sourate le Miséricordieux, Aman est compté parmi les hauts fonctionnaires de Pharaon; c’est à lui que ce roi ordonna d 'élever une tour du /mut de laquelle on pût apercevoir le Dieu de Moïse. La vérité est qu’Aman était ministre d’Assuérus, roi de Perse, et non de Pharaon, roi d’Égypte. Il n’est venu que mille cinq cents ans environ après Pharaon. Erreur de personne et de temps.

A la sourate la Famille d’Imran et à la sourate Marie , on confond Imrau père de Moïse, avec Joachim père de Marie ; on confond Marie mère de Jésus, avec Marie sœur de Moïse. Dans la prière de ces deux sourates vous lisez : L’épouse d’Imran dit à Dieu : « Mon Seigneur, je vous ai voué le fruit que je porte dans mes entrailles. » Plus tard, elle ajoute : «J’ai eu une fille, je l’ai appelée Marie. » Dans la seconde sourate, vous trouvez : « Marie se rendit auprès des siens, portant son enfant entre ses bras. Tout le monde s’écria : O Marie, tu as fait une belle chose! O sœur d’ Maron! ton père n’est pas du nombre des méchants, ni

ta mère du nombre des femmes perdues de mœurs. »

Muphti. Dieu, qui a la connaissance des faits et des temps, ne peut être l’auteur de telles méprises.

Secrétaire. Admirons, Messieurs, le zèle du prophète : il n’a inventé ces versets que pour trouver une occasion de détourner les infidèles d’adorer comme Dieu Aïça, fils de Marie. Après le dernier verset précité vient celui-ci : « Marie fit signe aux siens d’adresser la parole à l’enfant. Ils répondirent : Comment interroger un enfant au berceau? Et l'enfant, prenant la parole, dit : En vérité, je suis le serviteur tle Dieu, qui m'a confié l’Evangile, et m’a constitue son prophète. » Vous l’entendez, Messieurs, serviteur, prophète, rien de plus. Certes, la fin était bien de nature à justifier le moyen. Admirons aussi l’habileté de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Depuis près de douze cents ans que ces versets sont lus, personne peut-être avant nous n’a découvert ce pieux mensonge, moins encore le motif qui l’a dicté. Ces versets ne semblent différer en rien de ceux qu’a dictés l’ange Gabriel; en rien, sauf l’erreur des temps et des personnes.

Cadi. Pesons un passage consigné dans plusieurs sourates, en particulier dans la sourate V Hégire : « Souviens-toi , lorsque ton Seigneur dit aux anges : Je créerai l’homme d’argile et de terre noire. Après que je l’aurai créé et que j’aurai soufflé sur lui le souffle de mon esprit, prosternezvous devant lui, et adorez-le. Tous les anges l’a-

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dorèrent; mais le diable refusa d’être du nombre des adorateurs. Dieu dit : O Chitan, pour quelle raison n’es-tu pas du nombre des adorateurs? Chitan répondit : Ce n’est pas moi qui adorerai l’homme que tu as crée d’argile sèche et de terre noire. >> D’après ce verset, Dieu a ordonné aux anges d’adorer Adam ; mais l’adoration n’est due qu’à Dieu; Dieu ne commande point l’idolâtrie. De tels versets ne peuvent venir que de l’homme.

Secrétaire. Ne peut-on pas prendre le mot adorer au sens figuré, c’est-à-dire, dans le sens d’honorer?

Muphti. Le verbe sadjed n’est employé nulle part que dans le sens d’adorer. C’est dans ce sens que l’a entendu Eblis lui-même, en motivant son refus : Ce n’est pas moi qui adorerai T homme que tu as créé. Il n’a pas voulu faire un acte d’idolâtrie.

Cadi. Examinons, Messieurs, les principaux versets où il est parlé de la création.

A la sourate la Distinction, il est écrit : « Dis, est-ce que vous ne croyez pas à celui qui a créé la terre en deux jours, et lui donnez des associés? C’est lui le Dieu des mondes. 11 a placé sur la surface de la terre des montagnes; il a répandu sur son étendue la bénédiction, et lui a donné la vertu de produire des fruits pour répondre aux besoins de ses habitants. Quatre jours ont été employés à ces dispositions secondaires. Ensuite, il s’occupa des deux : il les divisa en sept. Deux jours furent employés à ce travail. »

A la sourate Ceux qui arrachent , il est dit :

SUITE AUX SOIRÉES DE CARTHAGE. I Uf)

« Êtes-vous plus importants que les cieux? Dieu les a créés, en a élevé la voûte, en a disposé toutes les parties avec ordre. Il y a placé, pour se succéder alternativement, les ténèbres et la lumière. Après cela, il étendit la terre, fit jaillir de son sein des sources d’eau et germer des plantes; il y disposa des montagnes; le tout, pour vous et vos •troupeaux. »

A la première de ces deux sourates, il est dit que Dieu créa la terre avant les cieux; dans la seconde, qu’il créa les cieux avant la terre.

Muphti. En effet, c’est la première fois que je remarque cette contradiction.

Cadi. La contradiction ne peut venir de Dieu. La première de ces deux sourates dit que Dieu employa deux jours à créer la terre , quatre à en disposer les parties et les ornements , et deux à la création des cieux. D’après ce compte , Dieu aurait employé huit jours à la création de l’univers. Cependant, chez nous, comme chez les juifs et les chrétiens, la semaine, monument consacré en mémoire de la création, ne se compose que de sept jours, y compris le jour du repos.

Secrétaire. Dans plusieurs passages du Coran, il est fait mention des six jours de la création. Ainsi, par exemple, à la sourate C Adoration , vous lisez ce verset : « Dieu est celui qui a créé les cieux et la terre et tout ce qu’ils contiennent, dans l’espace de six jours. »

Muphti. Qui ne connaît ce verset et tant d’autres semblables? Cts passages ne rendent la contradiction que plus sensible.

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