‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 42 sur 46 · J 66 LA CLEF DU CORAN · texte numérisé non relu

J 66 LA CLEF DU CORAN

Secrétaire. En challah!

Dziri. Des versets contradictoires, dont les uns défendent la violence en matière de religion, les autres la prescrivent, qu’est-il résulté parmi les musulmans? Que ces versets ont été alternativement, quelquefois simultanément, pris pour règle de conduite par nos chefs, suivant leur caprice ou l'occurrence des temps : les premiers, pendant les premières années de la mission du prophète; les seconds, depuis l’hégire jusqu’à ce que les chrétiens soient devenus plus forts, au moins dans certaines localités. Aujourd’hui, ce sont les premiers .versets que l’on suit dans tous les pays où les chrétiens exercent leur prépondérance; les seconds, partout où les musulmans se trouvent hors de portée du canon des Roumi. Mais la parole de Dieu, qui serait vraie à la Mecque, devrait l’être à Constantinople; ce qui est faux à Constantihople ne peut être vrai à la Mecque. Dieu, nous dit le Coran, n’a pas deux poids ni deux mesures. Pour des versets qui motivent une conduite opposée, les uns, sinon les uns et les autres, ne peuvent venir que de l’homme. Est-ce clair?

Secrétaire. Ea raison me dit oui ; la foi me dit non.

Dziri. Au lieu de foi, dis les préjugés. Continuons. Des versets qui promettent des jouissances sensuelles dans le paradis, qu’est-il résulté dans la pratique? L’abjection de la femme, voire même l’abjection de l’homme. Comment? pour le mu-

SUITE AUX SOIRÉES PE CARTHAGE. lO'J

sulman, le type, le beau idéal de la femme, ce sont les houris du paradis. Or, d’après le Coran, toutes les amabilités de ces femmes consistent dans le physique; il n’est pas dit un mot des qualités mo» raies. De là, développer le physique, sans tenir nul compte du moral, voilà chez nous toute l’éducation de la femme. Aussi la femme, qui, par ses qualités morales, fait, dit-on, l’ornement et le bonheur des familles chez d’autres peuples* reste nulle chez les musulmans.

Dans le mariage, vous trouvez agrégation de personnes, jamais union des coeurs. Le cœur, par défaut d’éducation qui le cultive, par l’absence d’un objet moral qui le captive, chez l’homme comme chez la femme, reste à l’état rudimentaire. Les grâces physiques une fois passées, et elles passent vite, la femme n’attire pas plus l’attentiou qu’une plante desséchée. L’homme, inconstant comme l’objet de ses affections est éphémère, semblable au papillon qui voltige de fleur en fleur, passe successivement les personnes de son harem en revue, sans réellement se donner à aucune.

Par suite des promesses du paradis, la femme est tout sur la terre, et elle n’y est riçn. *

Elle est tout dans le Coran : plusieurs sourates lui sont consacrées presque en entier; elle n’y est ripn : mille versets constituent son esclavage et son abjection, tous son infériorité; il n’en est pas un pour ennoblir ses sentiments, pour relever sa dignité.

Elle est tout dans la famille ; pour le riche, le nombre des femmes est la mesure de ses riches-

ses; pour l’homme de médiocre aisance, le but des épargnes, c’est d’augmenter le nombre de ses femmes. La première ambition du pauvre, c’est de gagner quelque argent pour être en mesure d’épouser une femme; jusque-là c’est bien; la seconde, c’est de gagner encore pour en prendre une autre, à la condition, presque toujours, de chasser la première; ainsi de suite. Chez le riche, comme chez le pauvre, la femme n’est rien : aujourd’hui, objet de haine pour ses rivales; demain, victime du divorce ou objet du mépris de ses maîtresses, autrefois ses servantes.

La femme est tout dans les codes et dans les tribunaux : hommes de loi, à quoi sommes-nous occupés tous les jours, si ce n’est à prononcer suides affaires de femmes ? Elle n’y est rien : les légistes les plus favorables attestent son infériorité légale. Divorces, rentes temporaires, partages de successions, où sa quote-part est toujours la moindre, tout est au préjudice de la femme.

La femme est tout et rien dans le plan et l’appropriation des demeures : à cause d’elle, les maisons sont comme des citadelles contre le dehors ; méKs, pour elle, véritables prisons au dedans: compartiments, verrous, grilles de fer, tout est disposé en vue de la femme.

La femme est tout dans les bains publics : c’est à cause d’elle qu’ils sont si multipliés; et elle n’est rien à la mosquée, dont l’entrée lui est interdite.-

Enfin, elle est tout dans les ablutions cérémonielles, et elle n’est rien dans la prière.

Parce qu’elle est tout dans les préoccupations, la jalousie et les appétits de l’homme, et qu’ellç n’est rien dans son cœur.

Cette contradiction pratique, conséquence logique de l’idée que le Coran donne de la femme modèle, doit frapper les yeux des moins clairvoyants. Quoi! sur la terre et dans le ciel, la femme serait tout pour les sens de l’homme, et rien pour la gloire de Dieu! Cela se réduit à dire, non que la femme est tout, et que Dieu n’est rien; mais que Dieu ni la femme ne sont rien, que le plaisir sensuel de l’homme est tout.

Secrétaire. Je n’y suis plus, ô mon maître : je ne distingue plus ni orient, ni occident, ni septentrion, ni midi.

§ III

Dziri. Les promesses du paradis se traduisent dans la pratique de mille autres manières également déplorables : la littérature, ce fidèle miroir des peuples, se réduit chez nous à des contes, tissu de sottes intrigues, et à des chants lubriques. Le musulman ne peut penser au paradis sans avoir des idées impures. C’est en pensant au paradis qu’il se détermine à aller aux mauvais lieux, ou s’abandonne au crime de la famille de Loth (1). Foyer où se reflètent les promesses du paradis, l’imagination devient un volcan, et tout volcan forme un cratère.

Secrétaire. Outillait ! outillait ! (ô Dieu ! ô Dieu !)

(1) Expression du Coran, pour dire de Sodome.

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