ÉTEINT
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la vie passée si vite ; la vie ne paraîtra plus que dans un immense éloignement, comme ces étoiles presqu'imperceptibles que l'œil. ne découvre qu'à force de se fixer, comme un songe évanouï...... et ce sera encore, et ce sera autant que jamais, l'Éternité. Car elle durera toujours ; elle ne finira jamais, l’Éternité. O toujours ! O jamais !
Si c'est pour moi l’Eternité dans les cieux, incom-
HA préhensible honneur ! Toujours la vérité et la vertu, 1 } , la vie et les délices, les bienheureux et les anges. L, © Toujours Dieu, à contempler, à aimer, à posséder,
» à bénir, toujours ! et jamais plus de larmes, ni de S mort, ni de douleur, jamais ! ; fi
‘à Mais si c'était pour moi l'éternité dans les enfers, J : effroyable malheur ! toujours le péché qui souille, d ee toujours les ténèbres qui pressent, toujours le vèr Il qui ronge, toujours les chaines qui serrent, toujours Te
les pleurs qui coulent, toujours les dents qui grin-
cent, toujours les réprouvés qui s’irritent et enragent,
toujours ‘les démons qui tourmentent, toujours la
malédiction de Dieu qui écrase. Et jamais un rayon
\ de jour qui réjouisse, un moment de sommeil qui
* délasse, une goutte d’eau qui rafraîchisse, une parole d'ami qui console : jamais i:ieu !
Mortel ! il y a une éternité et tu n’y penses pas ! | tu n’y penses pas et cette éternité est pour toi; et ‘ tu es sur le bord de cette éternité! Et, bientôt, de tous ces plaisirs qui t’amusent, de toutes ces affaires qui t'occupent, de toute cette vie qui t’abuse, 1l n'y aura que l'éternité. L’Eternité et tes œuvres et
leurs fruits ; alors, 12 plaisir du pécheur aura passé ; mais la peine qui resteræ; et la peine du juste aura passé, mais le plaisir lui restera. Donc, ou les plaisirs
tu, es.
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ers, ille, ver ours grinzent, rs la ayon | qui une
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du témps avec les peines de l'éternité, ou les peines du temps avec les plaisirs de l'éternité. Choisis.
Une résolution énergique
J'étais alors un enfant, sans expérience des hommes et de la vie, incapable de comprendre qu’on allait me jeter dans le faux. J'écoutais, attentivement, cette effrayante méditation que notre professeur lisait en scandant chaque mot pour nous frapper davantage. Mon impression fut terrible, je m'en souviens encore. Ce fut comme un trait de lumière dans mon intelligence, et, avec unc implacable logique qui prouve que les enfänts raisonnent juste quand il s’agit des questions religieuses, je me dis en moi-même : si c’est commé ça, la vie n’est rien ; coûte que coûte, faut que je me sauve, Comment faire pour être sûr de mon COUP ? |
" Toute la soirée, (c'était en hiver), je méditai làdessus ; et comme j'avais entendu dire que les martyrs allaient droit au ciel, qu’à cette époque la persécution sévissait en Chine contre les chrétiens,
je pris, dès lors, l’énergique résolution de me rendre,
un jour, dans le Céleste Empire avec l'intention bien arrêtée de m'y faire casser la tête d’une façon ou d’une autre, Il me semblait qu’il n’y avait pas à hésiter et qu’il était plus avantageux, pour moi, de souffrir un peu dans ce monde-c1 que beaucoup dans l’autre. Le soir, en me couchant, j'annonçai solennellement à mon professeur que je voulais être missionnaire.
La prédestination
Il faut savoir ce que c’est que la vie intérieure, et même avoir pénétré très-loin dans l'étude de la religion, pour comprendre ce qu'il y a de dange- . reux dans le principe que je plaçais ainsi à la base
de mon édifice spirituel et qui, tantôt sous une : forme et tantôt sous une autre, a dominé ma vie I pendant dix-huit ans.
pe Et, en effet, si ma résolution indiquait une foi très-vive, elle dénotait, d'autre part, un manque absolu de confiance en Dieu et une ignorance com plète des lois qui président au salut et à la transformation de l'âme. Tant que j'agissais d’après ce ! principe, mon salut n’était pas facile.
Et si, ayant été jeté hors de ma voie, jen 'avais pas été logique avec moi-même jusqu’à l'absurde, je ne sais pas trop ce qui serait arrivé. La permission du mal est donc, de la part de Dieu, une preuve de son amour pour nous; et, en certains cas, le péché est la conséquence nécessaire de l’erreur. La preuve en est dans l'Evangile. Notre- Seigneur n’a-t-1l pas prédit à Saint Pierre qu’il tom-
beraïit trois fois ? Or Saint Pierre n’est pas seulement un homme, c’est un 1ype; il représente tout un groupe dans l’humanité. ,
Le trop est trop
Quand nous prenons une bonne résolution par un autre principe que Ja confiance en Dieu, le diable qui est un fin matois et qui nous connaît bien, va immédiatement demander la permission
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avais urde, rmis- , une srtains de l’er- Notre- 1 tomement put un
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de nous tenter, et, comme il est plus fort que nous, il s'arrange de manière à nous faire échouer.
C'est absolument comme dans le siége d’une ville, avec cette différence qu’il évite généralement de montrer ses cornes, pas toujours cependant. ‘Ah ! c’est un garçon intelligent, faut le reconnaître ; il en a donné et il en donne encore des preuves nombreuses.
Ainsi on va jus ;u’à prétendre, que, lors du grand combat qui s’est livré, jadis, dans le ciel entre les anges et les démons, il avait trouvé moyen d’embarrasser Saint Michel lui-même et que celui-ci, à bout d'arguments et ne sachant trop que répondre, pour se tirer d'affaire, dut en appeler à Dieu.
En un mot, il faut atriver à reconnaître que, par nous-mêmes, nous ne pouvons rien dans l’ordre du salut. Autrement nous sommes exposés à faire de dures expériences, Car Satan a contre nous des moyens puissants dont il se sert avec avantage, comme, par exemple, de Paffection naturelle que nous portons à nos parents. Aussi est-il écrit : ce/wz qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. C'est le premier sacrifice qu’il faut faire à Dieu pour obtenir ses faveurs. Quand on hésite, on a lieu de s’en repentir plus tard, et les parents aussi. J'en puis servir de preuve.
La volonté des parents
Et en effet, pendant que je me fixais ainsi un but bien déterminé, mon père m'en fixait un autre, sans s'inquiéter de savoir si telle était sur moi la volonté de Dieu, décidé à me faire entrer dans ses vues, bon gré mal gré.
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A la suite de son second mariage, et sur les instances de ma belle-mère qui voulait se rapprocher de sa famille à elle, et peut-être aussi éloigner mon père de la sienne, il était allé s'établir dans un pays où les bourgeois de l'endroit ont tous été enrichis par les biens volés au clergé en 1793. Or mon père est Wendéen, et, comme tel, ennemi de la révolution et des révolutionnaires. Il tombait dans un guêbpier.
NS Mon père est un homme d’une grande valeur comme médecin et il connaît sa valeur. Il a été, pendant deux ans, interne des hôpitaux de Nantes et, plusieurs fois, lauréat de l’école. Or, ce ne sont pas, d'ordinaire, les élèves les moins intelligents qui obtiennent les prix.
Comme, de son temps, le titre de docteur ne signifiait pas grand’chose et que, d’ailleurs, il était trop pauvre, alors, pour se rendre à Paris, il s’est nuit contenté du grade inférieur. Ses ennemis s’en \ sont servi pour le décrier dans l'opinion publique j et pour lui opposer un jeune docteur, tout frais
; éclos.
La place étant excellente, mon père a tenu bon; et comme il avait déjà une certaine fortune, il se trouvait en mesure de lutter. Ila eu raison de son concurrent, mails, dès ce moment, il se disait sans doute: Ah! c’est comme ça ! Eh bien, je veux que mon fils soit docteur et même professeur dans une faculté. C'est un amour-propre qui s’explique parfaitement ; mais qui m’a coûté cher à moi. Car, en France, pour être docteur; il faut passer, d’abord, deux examens difficiles, le bacca- | lauréat-ès-lettres et le baccalauréat-ès-sciences. On lé,
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peut être médecin sans être bachelier, mais non pas docteur. C'est absurde, mais c’est comme Ça.
Il fallait donc, avant tout, que j’obtinsse mes deux diplômes. Aussi mon plus grand péché, aux yeux de mon père, a toujours été de ne Das réussir dans les compositions. Ilne me pardonnait pas une mauvaise place, et j'avais beau m'épuiser pour le contenter, jamais je n'en faisais assez.
Passionné pour son art, ne voyant que la mé decine, n’aimant que la médecine, il avait si bien amalgamé ses intérêts avec les miens qu'il n’admettait pas, ii ne l’admet pas encore, que je pusse avoir une idée juste en dehors de lui. Pendant dix ans, 1l a poursuivi le même but avec une ténacité incroyable et il re me pardonnera jamais d’avoir fait échouer ses plans. Et moi je lui dirai tou-
jours : pourquoi ne m'as-tuU pas laissé suivre ma vocation ?
La liberté des enfants.
Les parents ne comprennent guères la responsabilité immense qu'ils assument devant Dieu en s’opposant à l'action de la grâce dans le cœur d’un enfant. Ils jugent de ces choses-là par les maximes du monde qui sont, partout, même dans les pays les plus catholiques, la contradiction des principes de l'Evangile,
‘Frompés par l'affection et aussi, quelquefois, par l'égoïsme, ils s’'imaginent assez généralement que leurs enfants doivent se soumettre à toutes leurs volontés.
Oui, en règle générale, Non, quand il s'agit des questions religieuses. (Car un tout jeune enfant peut avoir, à cet égard, des idées plus justes qu'un homme fait ; et, à douze ans, je jugeais plus sainement des choses de la vie que mon père qui en avait quarante.
Dès lors, il était incapable de me conduire ; et, en subissant son influence, bien qu’à contre-cœur, je m’exposais à ne faire que des faux pas. Je n'ai jamais cédé entièrement. Aussi la lutte entre mon père et moi a-t-elle été continuelle. Qu'en est-il résulté ? C'est que je ne suis ni missionnaire ni médecin et que ma vie a été une série de souffrances. Ce n'était plus là une direction, maïs bien de la contradiction.
Le moment de lagrâce
D'un autre côté, l'éducation qui m'était donnée, ne me convenait à aucun titre, soit que, plus tard, je dusse être médecin, soit que je devinsse mission-
‘ naire, et, dans l’un et l’autre cas, les trois quarts, au moins, dutravail que l’on m'imposait, ne pouvaient m'être d'aucune utilité. Avec dix fois moins de peine, on arriverait à sa position si les choses étaient organisées comme je dis qu’elles doivent l'être ; mais, au point de vue religieux, le seul qui mérite réellement de fixer l’attention, elle a le grave défaut de laisser passer le moment favorable pour agir avec efficacité sur le cœur de l’enfant,
Ainsi, mon année de seconde, il eut été beaucoup plus difficile de me tromper, pour deux
raisons, d’abord, parce que j'étais alors dans d’ex-
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était frappé de cette pensée qu'il allait mourir, Il avait une maladie de foie et, par une inconséquence qui n’a pas de nom, il disait ceci : si je vis, je veux que tu sois médecin ; si je meurs, je désire que tu sois prêtre, Deux ans après, il me jetait hors de ma voie avec une habileté dont je suis loin de lui savoir gré.
Les deux camps
Il avait préparé les choses de loin en me plaçant
cellentes dispositions, ensuite, parce que mon père
dans un collège spécial, tenu par les prêtres du.
diocèse, mais dont, sendant vingt ans, sauf deux ou trois exceptions, il n’est sorti que des hommes du monde.
Au reste, ce collège avait été fondé, en 1848, dans le but de séparer les jeunes gens de la campagne des fils de famille dont le contact et les idées empêchaient, dit-on, beaucoup de vocations à l’état ecclésiastique. C'était le collège des nobles.
Sans doute que dans un pays où la foi est violemment attaquée et où, par conséquent, on
respire une atmosphère viciée, parmi des jeunes
gens, éblouis de leurs richesses et de leurs vains titres, il en était peu capables de recevoir l’impression de la grâce et de comprendre quelque chose aux mystérieux abaissements du Christ ; mais, sur le nombre, il devait cependant s'en trouver quelques-uns que l’on pouvait mener à Dieu si on avait su les y conduire.
Les sermons d’apparat
Il en résultait pour moi que, placé dans un milieu où la religion était considérée comme chose secondaire et où les enfants ne parlaient guère que du monde et des plaisirs du monde, n'ayant personne, parmi. mes camarades, avec qui je pusse ‘m’entretenir de mes projets pour l'avenir, je devais perdre ma vocation ou, tout au moins, ne pas savoir comment faire au moment décisif. C’est ce qui est arrivé.
Au reste, les professeurs eux-mêmes, assez ignorants, pour la plupart, de la science des âmes, ne semblaient guères occupés qu’à nous remplir la tête d’abstractions sans s'inquiéter d’autre chose. À part de froides conférences et quelques sermons d’apparat où l’orgueil de l’homme se faisait beaucoup trop voir, 1ls ne cherchaient point à nous éclairer et ne nous‘parlaient jamais de vocation. Aucun d'eux ne comprenait, je crois, qu’il pût y avoir des destinées spéciales, et, ne connaissant rien de la vie religieuse, ils n'avaient garde de nous en montrer les hautes prérogatives.
La vie du collége
D ailleurs la vie du collége a cet inconvénient
qu’elle ne correspond à rien de réel. C’est une vie
à part, sans rapport avec le passé, sans liaison avec
Vavenir, vie d’abstractions, très-propre à tromper
les enfants, et où il n’est pas tenu compte de la nature de l'homme ni de ses goûts.
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de plus beau temps de la vie. En un certain sens, on a raison de le dire, mais non pas à cause des études considérées elles-mêmes. Car je re vois pas trop quel si grand plaisir on peut trouver à faire une version ou un thème, à se caser dans la cervelle une foule de choses inutiles, comme, par exemple, des vers latins, à rester claquemuré, en silence, pendant des journées entières, sous la surveillance sévère d’un argus inflexible qui observe tous nos mouvements.
Si l'enfant est heureux dans ces conditions-là, bien qu’étant condamné à ne pas avoir une pensée à lui, pas un moment dont il puisse disposer, soumis à un travail pénible qui absorbe tout l'effort de son intelligence, et cela durant dix ans, c’est qu'il y a er lui une telle surabondance de vie, une sensibilité si grande, tant d'’insouciance, tant d’illusions, qu'il s'attache à des riens et que, faute de jouir d’une certaine liberté, il se nourrit de chimères, appelant, de tous ses vœux, le temps où il sera son maître, et c’est un danger.
Plus tard, sans doute, il regrette ce temps-là ; mais c’est parce que les soucis ont succédé à l’insouciance, le désenchantement aux illusions, la maladie à la santé, non pas, certainement, parcequ’il n’a plus ni thèmes, n1 versions à faire.. En somme, c'est une vie de galérien, et j'ai déjà prouvé, dans mes écrits, qu’elle ne signifie pas grand chose.
L'âge des illusions
En France, on finit généralement ses études vers l’âge de dix-huit à dix-neuf ans. Quand je suis
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sorti du collége, j'avais un peu plus de dix-huit ans et demi. J'étais naïf comme pas un et je croyais bonnement, ayant passé mon baccalauréat avec succè, que c'était un grand point d’acquis ; maïs, en réalité, cet examen n’est qu’un obstacle; c'est purement et simplement le droit d'oublier ce que l’on enseigne au collége pour apprendre des choses plus utiles. Tout est à recommencer.
Il en résulte que le plus bel âge de la vie s’écoule à la poursuite d’un bonheur éphémère, et que, pour arriver aux positions dites libérales, on doit, jusqu’à l’âge de vingt-cinq à vingt-six ans, comprimer, audedans de soi, tous les sentiments naturels pour vivre d’une vie toute factice, et, plus tard, quand on est arrivé au but de ses désirs, on voit que la réalité n’est pas ce qu’on croyait.
Mais si, d’un autre côté, on examine dans quelles conditions et de quelle manière se font les études professionnelles, alors qu’il faudrait fixer les jeunes gens d’une façon ou d’une autre, on ne peut s'empêcher de dire que l'éducation, dans son ensemble, pour tous ceux qui ne sont pas ou prétres ou religieux, est la plus grande cause de démoralisation qui existe. Qu’on ne me dise pas le contraire, je sais ce qu’il en est, même ici.
Un acte de faiblesse
Quoi qu'il en soit, mes études finies, je me trouvais placé dans une situation spéciale, Ayant jusque-là vécu dans l'isolement le plus complet, je ne savais rien du monde et de la vie et je voyais les choses tout autrement qu’elles ne sont.
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J'aimais beaucoup mon père et même je l’aimaistrop. Aussi étais-je à sa merci. D'ailleurs, il avait si bien dressé ses batteries que, pour trente-six raisons, je devais succomber dans la lutte, d'autant plus que, par une fatalité dont j'ai l'explication aujourd’hui, le seul homme, en état de me comprendre, trouvait son intérêt à ce que je fusse médecin. C'était mon confesseur.
Ne pouvant le voir, je lui écrivis en lui exposant quelles étaient mes répugnances pou: la médecine. Il me répondit ceci: étudiez la médecine un an; deux ans, pour plaire à votre père, et, après, nous verrons. Quel excellent missiongaire vous feriez,
disait-1l, si vous étiez médecin! Est-il rien de plus
absurde qu’une décision de ce genre imposée à un caractère de ma trempe, assez peu capable de rester : dans une situation fausse, à une intelligence qui à besoin de voir clair? C’étaient l'incertitude et l’hé: sitation établies comme règle de ma vie.
Et savez-vous pourquoi il me donnait ce conseil ? parce que nommé, depuis peu, curé d’une petite paroisse éloignée, sachant que l'argent ne signifiait rien à mes yeux, (et c'est encore comme ça), il voulait faire cadeau d’un médecin à ses ouailles. Il me l’a avoué depuis et ça m’a paru d’une charmante naïveté, Et voilà comment on dirige les enfants. La bataille était mal engagée.
La vie d'étudiant
Et pourtant la médecine, en soi, ne me débplaisait pas. C’est en effet une étude intéressante que d'apprendre comment un homme est bâti et quelles sont les lois qui président à notre existence.
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Il serait même à désirer, je crois, qu’au lieu de suivre les philosophes dans leurs différents systèmes, travail bien inutilz à mon avis, on pôt, en quelques pages, réunir tous les préceptes positifs de la médecine, (il n’y en a pas beaucoup), ‘et mettre scentifiquement les élèves en garde contre certaines choses dont, avec une sotte pruderie, on ne leur dit rien. Qu'en résulte-t-1l ? C'est qu'ils s’instruisent seuls et c’est un mal. La médecine et la théologie constituent la véritable philosophie et je dis que l’une ne va pas sans l’autre.
Au reste, il en est de la médecine comme des autres études ; C’est une organisation qui laisse
beaucoup à désirer. L’élève est trop abandonné à. lui-même pour qu’il puisse faire de sérieux progrès. |
Or, et je l'ai déjà dit, une des conditions d’un bon enseignement, sans laquelle même un enseignement ne saurait exister, condition dont on ne tient pas assez compte dans l’enseignement supérieur, c'est qu'il faut des rapports directs du professeur à l'élève. L'enseignement du professeur ne doit pas être en dehors des connaissances déjà acquises par l'élève. Il faut, au contraire, qu’il se modifie, chaque jou:, d’après une marche irrégulière et suivant les bésoins actuels de l'enfant ou du jeune homme, qu'il se prête aux difficultés de celui qui reçoit l'enseignement.
1} n’en est point ainsi. Aussi peut-on dire que la science des médecins est moins lerésultat de leurs études que des observations personnelles qu'ils font pendant leur pratique,
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Les études médicales
Je ne sais trop comment font les autres ; mais, pour moi, quand j'étudie quelque chose, il faut: que j'arrive à me rendre compte de tout. Tant que je n’ai pas le dernier mot d’une question, je cherche à la pénétrer.
En soi, cette disposition de l'esprit est une qualité; c’est elle qui fait les inventeurs, mais comme elle procède de la logique, quand on est obligé de suivre un cours, elle peut devenir un grave défaut.
Aureste, les livres de médecine, pour la plupart, ne sont pas didactiques, et quand on entreprend avec ces livres, (ces gros livres !) d'étudier à fond une maladie quelconque, on y met du temps, beaucoup de temps, et encore on s’y perd. Car rien n’est plus vague, rien n’est plus incertain que les théories médicales. On vous jette là-dedans sans préparation aucune, et, à peu près, comme on jetterait en pleine rivière un homme qui ne saurait pas nager. Vous ne savez pas l'anatomie qui est la base de tout en médecine, et, déjà, on vous parle pathologie et thérapeutique. Jugez si, avec cette méthode, sans guides, sans direction, sans livres scolaires, on peut s’y reconnaître. Aussi, on ne s’y reconnaît point. Ah ! elle n’est pas lourde la science des pauvres étudiants. Quelques-uns font mine d’y voir quelque chose ; mais la plupart, soyez-en bien sûrs, ceux-là mêmes qui ouvrent les yeux, n’y voient pas grand’chose.
Pour moi, sans être de beaucoup inférieur aux autres, j'avais le sentiment de mon impuissance, et, quoique travaillant pas mal, en face de cette science. sl vaste, je me trouvais si peu capable, que, ma foi
à la veille des examens, et, pour ne pas éprouver
. d'échec, comme j'étudiais par amour de l’art et non par nécessité, je préférais attendre. Il en résultait que j'avançais lentement, trop lentement même, paraît-1l.
Ajoutez à cela que, dans une science dobianr tions où la pratique n’a rien de positif, je n'ai jamais pu me résigner à faire, même une saignée, non par excès de sensibilité, mais crainte de me tromper, et vous admettrez, avec moi, que je n'étais pas né pour être médecin et qu'il ne suffisait pas que mon père le voulût pour que j'en eusse la vocation.
Pourtant, sans ma belle-mère, je crois bien, ayant commencé,.que j'aurais fini par l'être, et il semble, en vérité, que la Providence l’ait placée là, auprès de mon père, pour me dégoûter de ce métier que je n’aimais pas et pour me forcer, malgré moi, à ne pas m'attarder dans cette voie, ayant à remplir une mission bien autrement importante.
Les belles-mères
Le père, dans la famille, représente l'autorité : c'est la tête ; Ja mère, au contraire, a pour mission d'adoucir ce que l'autorité du père peut avoir de trop rude : c’est le cœur. Un enfant se développe naturellement entre son père et sa mère ; mais il n'en est point ainsi quand une étrangère vient s'asseoir, au foyer de la famille, entre le père et l'enfant. Dans ce cas, la moindre peccadille est imputée à crime, et, sous l’action dissolvante d’une jalousie qui ne pardonne rien, les qualités deviennent des défauts.
Les femmes, même les meilleures, arrivent à n'avoir qu'un but qu'elles poursuivent avec une persistance incroyable : éloigner le père de l'enfant.
rauve? C'est ce qui fait que les belles-mères ont reçu le art et nom odieux de marâtres qu’elles méritent générale-
Il en ment, bien qu’au fond elles ne soient pas plus mauement vaises que d’autres.
| Ainsi ma belle-mère, qui est une femme d'ordre Dser var et de conduite, n’est pas sans avoir des qualités, et je n'ai même de grandes qualités ; et, d’ailleurs, elle a aignée, pour excuse, chose à peine croyable, qu’elle de me ignorait mon existence quand elle s’est mariée ; > n'étais mais il n’en est pas moins vrai qu’en un sens son sait pas action sur ma vie a été funeste, d'autant plus funeste eusse la que, mes idées ne concordant pas avec les vues de ee mon père, elle avait là une mine inépuisable de is bien, discussions irritantes dont elle a su profiter largere, et il ment. Aussi ma situation était devenue tellement lacée Là, intolérable que, moins par ennui de la médecine
de ce que pour trouver la paix,j’attendais,avec impatience, er, mal- d’avoir vingt-et-un ans pour suivre mes goûts en e, ayant toute liberté, portante. On :ne poussait à bout, et, d’ailleurs, mécontent
de moi-même, je sentais bien que je n'étais pas à ma place et qu’il me manquait quelque chose,quand,
utorité : en 1867, à la nouvelle que les Garibaldiens avaient mission attaqué les Etats de l'Eglise, je partis pour Rome avoir de avec la secrète pensée que mourir pour le Pape ou éveloppe mourir en Chine, c'était la même chose.
Panne Les zouaves du Pape.
père “ J'arrivai en Italie, le jour même de la bataille de BA Mentana ; et, dès le lendemain, en ayant soin de
devien-
payer les frais d’habillements, on le pouvait alors, j'étais incorporé, nour six mois, dans le troisième bataillon des zouaves. J'avais pour voisins de lit, à la caserne, le neveu de Lamartine et le beau-frère d’Eugène Veuillot. D'ailléurs, les plus grands noms de France et les fils des meilleures familles s’étdient donné rendez-vous dans la ville éternelle. Nous ne rêvions tous que plaies et bosses ; mais, sauf quelques bombes qu’on nous lançait, de temps à autre, * et une tentative pour nous faire sauter à Sora, nous
n’eûmes pas à tirer un coup de fusil en dehors de ; l'exercice à feu, et je vous avoue que je n'étais pas : l venu pour cela. A
Au printemps, j'étais de retour en France et je é me rendais à la trappe d’Aiguebelle. Cette trappe! j:
est située dans la plus affreuse solitude qu’il soit
* possible d'imaginer, au milieu d’un pays aride et presque désert, à trois cents lieues de la Bretagne. J'en aurais toujours ignoré l’existence si ma bellemère, étanten pension à l’Adoration de Rennes, n'avait obtenu en prix la vie du père Marie-Ephrem, religieux mort en odeur de sainteté, à Aiguebelle, il y à environ trente-cinq ans.
Or, ce qui m'avait frappé dans ce livre c’est que, d'après une révélation faite à Saint Bernard, la certitude du salut est assurée à tous les trappistes. Or je me disais en moi-même: j’entrerai à la trappe, j'y resterai et je me sauverai. (Comprenez-vous le
danger qu’il y a dans ce raisonnement ?
La Trappe.
La trappe est l'application littérale de la règle de saint Benoît. C'est un véritable royaume avec un
lors, ème.
lit, à frère 1oms dient 1s ne quelautre, nous rs de is pas
et je rappe il soit ide et tagne.
belleennes, bhrem, belle, il
st que, rd, la ppistes.
rappé; ous le
code de lois, le plus parfait qui existe. Les trappistes n’ont besoin de personne ; ils se suffisent à euxmêmes.
A la trappe, vous trouvez tous les corps de métiers et chacun peut y exercer son industrie. Ainsi le père médecin m'avait dejà désigné pour son successeur. En conséquence de quoi, il avait demandé qu’on me donnât pour patron l’archange Raphaëéel. C’est lui, paraît-il, qui protége les médecins et les malades aussi, je pense. |
Me voilà donc enregimenté. Vrai! je ne me reconnaissais plus : une chemise de laine, un pantalon en laine, une robe en laine, un gilet en laine, un manteau en laine, avec un capuchon en laine, tout en laine et en laine blanche. C’est chaud, surtout en été, mais, par exemple, c’est très commode, d'autant plus qu’on dort tout habillé.
Ordinairement, on se lève à deux heures, souvent à une heure, quelquefois à minuit ; on ne mänge qu’une fois et à deux heures de l'après-midi, du moins,.en hiver, et, en carême, c’est à quatre heures du soir ; on travaille, dans les champs, pendant cinq heures, et le reste du temps se passe, pour les religieux de chœur, à chanter et à dire ; on se couche à sept heures. Au reste, rien n’est laissé à l'arbitraire ; tout est prévu, tout, absolu ment tout.
Il en résulte, le silence aidant, que, peu à peu, on arrive naturellement, et sans efforts, au recueillement le plus profond ; mais, précisément alors, commence, pour certaines natures, un travail intérieur qui doit ê‘re surveillé avec soin. Car il y a, en spiritualité, dc: voies dangereuses, et j'étais
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trop logique avec moi-même pour ne pas prendre une de ces voies.
Mais, d’abord, tout alla bien. J'étais enchanté de mon sort et je ne comprenais pas qu’on pût ne pas se faire trappiste. Ayant vécu, jusque-là, de contradictions perpétuelles, fatigué d’études sans cesse renaissantes, désabusé du monde où l’ambition, l'égoïsme et l’orgueil se disputent à l’envi le cœur de l'homme, j'appréciais les avantages de la vie religieuse et le bonheur des paisibles habitants du
* cloître.
A la trappe, on voit les choses de haut ; on voit les choses comme il faut les voir, à /a lumière de Dieu, Car, enfin, que reste-t-il de la vie ? Elle passe rapide comme l'éclair, ne donnant pas ce qu'elle promet. Le trappiste le sait. Sans cesse en| face de lui-même, avec la pensée de la mort qui, là, est naturelle et n’a rien de pénible, il acquiert, dans l'ordre du salut, une puissance de vision extraordinaire. Ne le plaignez pas, il a choisi la meilleure part, et moi qui les connais pour avoir vécu avec eux, je vous le dis à tous, qui que vous Soyez : les rois du siècle futur sont dans les monasfères ; c’est là que sont les saints, ceux qui défendent et protégent les nations. C’est Moïse, en priant sur la montagne, qui remporte la victoire, et
non pas Aaron en combattant dans la plaine.
Le combat spirituel
La säinteté n’est pas, comme on le croit en Je général, dans les choses extérieures et visibles ; elle est dans les principes qui font agir, la fin
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arriver à cette fin, Dans l’ordre spirituel, nous faisons peu de progrès par nous-mêmes, et, suivant l'expression profonde de sainte Thérèse, il faut se borner à arracher les mauvaise herbes du jardin mystique et laisser le Divin fardinier planter ce qu'il veut, quand il le veut et comme il le veut. Aussi, le secret d’une bonne direction consiste, pour un prêtre, à suivre la grâce et non pas à la devancer, Il faut savoir ce que Dieu exige d’une âme pour s’y conformer, et un directeur doit se borner, purement et simplement, à distinguer ce qui vient du bon esprit et ce qui vient du mauvais. Il n’a pas d’autre chose à faire et ce n’est pas toujours facile.
D'un autre côté, en spiritualité, il est dangereux de marcher seul. Car l’essence de la vie intérieure, c’est l’obéissance. Je vous avouerai, en toute franchise, que, même à la trappe, je n’y entendais rien ; et il a fallu de terribles épreuves pour m'éclairer. Pour moi, faire pénitence, c'était ne pas manger, dormir peu, travailler beaucoup, se donner la discipline, en un mot, se priver de tout et surtout. Je n’estimais une chose que par les efforts qu’elle me coûtait, et toute la perfection consistait, pour moi, dans l’austérité. Au reste, je ne savais pas qu'il fallût une direction ; je suivais la pente de ma nature et le diable poussait à la roue tant et sibien que, ma santé ayant fini par s’altérer sérieusement, je rendis impossible pour moi une vie que j'aimais. Je l'aime encore.
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La vision de l'infini.
Mais, avec l’idée que j'avais de la trappe, il n’était pas facile de m'en faire sortir ; et, loin de voir avec peine mes forces s'épuiser, j'en étais enchanté. Mon À intention bien arrêtée était de mourir trappiste, et I certes je ne songeais guère à quitter Aiguebelle, j quand, un jour, en balayant l’église, je mis la main à sur un livre du Père Rossignoli, intitulé : Aferverlles € du purgatoire, qui se trouvait par hasard dans le c casier d’un religieux. Ce livre est un recueil de q révélations sur le purgatoire, toutes plus effrayantes n les unes que les autres, et de nature à faire réflé- te
chir quiconque porte un peu son regard au-delà de h la vie, FO d Étant donné l’état de mon esprit et la dange- q!
| reuse illusion qui me dominait alors, un pareil fo
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ouvrage ne pouvait manquer de m’impressionner ; il m'impressionna beaucoup et même trop.
Jusque-là, l'enfer avait été la seule chose qui me préoccupât sérieusement ; mais, pour le purgatoire, à l'exemple de bien des gens, j’er faisais peu de cas, et, quoiqu’avec répugnance, ma foi, j'en aurais pris mon parti. Je ne disais, en moi-même, qu'avec la confession je me tirerais toujours d’affaire de ce côté-là, croyant, à tort, que la grâce, don gratuit de
Dieu, nous est donnée sans règle, et qu’à un mo- u
ment précis, nous pouvons, par un acte de la le
volonté, l'avoir en quantité suffisante, ce qui n’est di
pas. Car la grâce précède l'épreuve et la chute est
forcée quand la grâce a été méprisée. c’é Après avoir lu le livre du Père Rossignoli, mes es
opinions sur le purgatoire changèrent “compiète- gl ment, et je crus, après réflexion, qu'il fallait songer
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à y échapper; la question était de savoir par quel moyen. Car, déjà, trompé par mes principes erronés, j'étais arrivé, de raisonnements en raisonnements, à trouver trop douce la règle austère des trappistes et à chercher, dans la vie des saints, quelque chose de mieux. Ignorant qu'un homme, n’eût-il commis qu'un seul péché grave, ne peut le racheter par luimême, entassât-il pour cela pénitences sur pénitences, je pris pour modèle, (devinez qui 2h le bienheureux, Benoist Labre; et comme j'aimais la trappe, que j'y étais heureux, le principe étant posé qu’il y avait intérêt, pour moi, à en sortir, pour me forcer à être conséquent avec moi-même, je me mis à méditer sur l'enfer.
Il y a dans les trappes, affichée sur tous les murs, une dangereuse méditation, qui, sous une forme concise, en termes saisissants, donne de l'éternité une épouvantable idée ; (c’est elle qui est au commencement de ce livre). A la simple lecture, on sent qu’il y a là quelque chose qui dépasse l’intelligence humaine, quelque chose qu’il ne faut pas approfondir ; mais il y a, dans cette méditation, un mot qui, à lui seul, est plus effrayant que tous les autres, parcequ'il exprime l’idée même de‘la divinité ; ce mot, c'est foujours ! Vouloir pénétrer ce mot, ce mot, qui est un insondable mystère, c’est risquer.sa vie, c’est jouer son salut. Caril est écrit: Qui srcutetur Dominum, opprimetur a glortà ejus.
J'étais donc, sans le savoir, sur une pente fatale, et avec la faculté rare que j'avais d’abstraire Îles objets pour les étudier à part, dans cette solitude où rien ne venait me distraire, en portant tout
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l'effort de mon esprit sur ce point, je courais sys- | tématiquement à ma perte sans comprendre le | danger auquel je m’exposais. C’est que ce mot n’est pas un mot comme les autres mots, et qu’à lui seul il résume, en la complétant, cette terrible méditation qui, pendant dés semainés et des mois, a été ma seule et unique méditation.
Un jour, pendant deux heures consécutives, avec une force de volonté que je ne souhaite à personne, concentrant toutes mes facultés sur cette redoutable pensée, je restai volontairement comme rivé à ce mot, à cette idée, qui, de minute en minute, grandissait, grandissait toujours, et qui, s'agrandissant tout-à-coup, m'apparut soudain comme un précipice sans fond dans lequel jeiime sentis comme précipité. C’en était trop; je tombai sur le pavé de l’église épuisé, mourant. ZL'énigme | redoutable était posée ; 11 s'agissait pour mot de vaincre ou de périr. :
* Une loi providentielle.
Voilà où, fatalement, je devais aboutir avec voire éducation, à voir qu’il me manquait un point d’appui dans l’ordre du salut. Car le salut est dans l'espérance, non pas dans l'espérance naturelle, mais dans l'espérance surnaturelle ; et ce qui fait la différence de la religion catholique d’avec la religion protestante, c’est que le protestant croit avoir confiance en Dieu tandis qu’en réalité il n’a confiance qu’en lui-même : 77 »’a pas de point d'appui. Au reste, quand on pénètre dans les mystères de la grâce, on voit que la plupart des catholiques, dans la manière dont ils se servent des sacrements, sont de véritables protestants ; leur principe est le
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dire qu'elle avait été, pendant vingt ans, sur le cheimin de l'enfer.
| Ea religion, il faut être logique dans le vrai; mais il y a un redoutable danger à être logique quand on est'dans le faux, et, bien qu'en marchant seul, on puisse faire, quelquefois, d'importantes découvertes, comme la spiritualité est une science difficile et que le diable est un théologien de preière force, il est prudent, en général, de ne pas trop se fier à ses propres lumières. Nul ne peut se conduire seul.
Mon tort à moi, c’est d’avoir été logique, mais logique dans le faux; et, en étudiant attentivement ma vie, vous comprendrez comment il a puse faire qu'il y'ait eu un miracle sur Œdipe. Ne vous en Imoquez pas trop. (Car c’est un grand miracle ; c’est la découverte d’une loi providentielle qui est dans l’ordre des esprits ce qu’est la loi de Newton dans l’ordre matériel.
Ce n’est pas, sans raison, qu’autrefois les Athéniens et les Thébains se disputaient, avec tant d’atharnement, la possession d'Œdipe : c’est qu’il y a certains hommes, autour desquels s’agitent les puissances du ciel et de l’enfer, et que la victoire est attachée à la présence de ces hommes sur le champ de bataille. Cesf le parti qui les a, qui trtomphe, quand, eux autres, 1ls ont triomphe.
Et si vous, théologiens, vous niez l’existence de cette loi, veuillez alors, je vous prie, m'expliquer ce que Ste-Hildegarde, dans ses révélations, entend par ‘ es #rois hommes spirituels” dont elle parle dans son Sevras et qu’elle nomme
5ème PARTIE
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