TS
ils le pourraient alors, les ouvrages les plus remarquables e'crits en latin. Ajoutez à cela, si vous le voulez, quelques versions dictées, des discours, des narrations, des vers assez rares, mais sérieusement faits ; et vous aurez l'ensemble de la méthode que je propose et que j'ai appliquée avec quelques succès.
Cette méthode est incontestablement préférable à la méthode ancienne pour tous les enfants qui travaillent seuls ou du moins en petit groupe, et je ne doute pas qu'une fois connue elle ne soit, même telle qu'elle est, adoptée par tous les précepteurset tous les répétiteurs. Ne fût-elle donc utile qu'à eux, ce serait avoir beaucoup fait pour la cause de l'enseignement <iue d'avoir donné à tant d'enfants^,. qui sont en retord, le moyen de réparer le tempsperdu. Mais t^lle est applicable en grand. En tout cas, pourquoi, dans les grands collèges comme celui-ci. à côté de l'ancien système, n'y aurait-il pas un cours spécial où un petit nombre d'enfants^ payant plus cher, recevraient un enseignement plus soigné et qui, soyez-en sûrs, serait bientôt des plus recherchés par les parents. Ce cours ne serait-^ il pas d'ailleurs une école normale d'un nouveau genre où le professeur, obligé, pendant plusieursannées, de diriger lui-même les élèves dans touS' leurs travaux, et non plus seulement de corriger des devoirs faits en dehors de lui, apprendrait, par la pratique, cet art si difficile d'enseigner aux; autres que trop peu connaissent. Car il ne suffit pas d'être un savant pour être un bon maître et ce n'est qu'en professant qu'on devient professeur.
Si j'ai pu rendre quelques services et ouvrir une voie nouvelle, c'est pour avoir vu les enfants à.
l'œuvre, pour avoir travaille -avec eux. Là est l'avenir de l'enseignement, j'en ai la conviction ; là est le progrès, et si, comme je le désire et l'espère, d'autres hardis pionniers, sans e'gards pour haute et honorée daine routine^ veulent, après moi, marcher h la découverte et suivre ce sentier que j'ai péniblement tracé à mes risques et périls, ils agrandiront la chemin encore étroit, et, un jour, prochain sans doute, quand le vaste plan que j'avais conçu pour l'étude des langues, aura été rempli pour chaque langue, comme il l'est déjà pour le latin, ce jour-là, une réforme radicale aura été faite. A vous de voir si rhonneur de cette réforme qui est demandée de toutes parts, doit appartenir au Canada français et à rUniversité-Laval.
Extraits des Journaux
Extait du journal Y Evénement, ler mai 1S74.
Nous avons assisté, hier soir, à l'école Normale- Laval, à une conférence donnée par un professeur français, M. Leroy, sous la présidence de l'honorable ministre de l'Instruction Publique.
M. P. Leroy, récemment arrivé au pay?, a exposé un nouveau mode d'enseignement qui simplifie considérablement les études. Nous n'avons pas l'intention, faute d'espace, d'en faire l'analyse. Qu'il suffise à nos lecteurs de savoir que M. Leroy se sert de tableaux, et, avec ce secours, l'élève
peut, en quelque sorte, travailler seul. L'expérience qu'il a faite hier, a parfaitement réussi.
On nous assure que cette méthode a reçu l'approbation des personnes les plus compétentes en fait
d'enseignement.
Extrait du journal VEcho-dc-Lévis, ler mai 1874.
Nous avons entendu, hier soir, l'exposé fait, à l'école Normale, par ]M. Leroy, de son système d'enseignement. Simplicité, clarté, facilité d'application à toutes les langues : tels sont les avantages que l'on ne peut s'empêcher de saisir, au premier abord, dans la méthode du jeune professeur.
En quelques leçons, un élève apprend la philosophie de la langue, chose que, jusqu'ici, il avait peine à saisir après plusieurs années d'études. M. Leroy laisse reposer la mémoire de l'enfant, et au lieu de le surcharger d'un bagage indigeste de déclinaisons et de conjugaisons qui l'embrouillent et le dégoûtent, il ne s'adresse qu'à son jugement. Il le met ainsi en mesure de faire immédiatement des versions et des thèmes tirés des auteurs. Tout le secret consiste à se rendre compte, dès le principe, de règles que les élèves n'approfondissent et ne raisonnent d'ordinaire qu'après plusieurs années d'un pénible travail ; encore, tous n'y arrivent-ils pas.
Nul doute que cette méthode, tout-à-fait nouvelle dans son application, ne produise une réforme importante dans l'enseignement et n'abrège considérablement le temps consacré à l'étude des langues.
Extrait du Journal de V Instruction Publique, mai^l874.
Nous avons assisté, le 30 avril dernier, à l'Ecole Normale Laval, à une séance présidée par M. le ministre de l'Instruction Publique où M. Leroy a fait l'exposé et une application partielle de sa nouvelle méthode pour apprendre les langues. La •méthode de M. Leroy n'est pas une simple théorie ; -elle est le résultat pratique d'un travail constant, •d'une expérience de tous les jours. C'est l'étude par le raisonnement, mais le raisonnement, mis au moyen de tableaux, à la portée de l'intelligence des •enfants.
Trois choses nous ont frappé surtout dans cette inanière d'enseigner.
lo Economie de temps. Elle est incontestable. •On peut apprendre parfaitement dans six mois ce que les anciennes méthodes ne parviennent à inculquer que très-imparfaitement dans un an.
2^ Suppression d'une grande partie du travail de' la mémoire au profit de celui de l'inteUigence. Il est bon d'exercer la mémoire ; mais, généralement, on force cette faculté au détriment des autres. Il vaut mieux pouvoir expliquer avec intelligence cent lignes du premier livre de l'Enéide que d'en réciter, comme un perroquet, les sept cent soixante vers sans les comprendre ni les goûter. On retient beaucoup mieux d'ailleurs une chose comprise qu'une chose simplement apprise, et, dans les classes, on apprend généralement beaucoup plus qu'on ne comprend.
30 Association du travail de l'élève avec celui du maître. Ce point n'est pas le moins important.
Avec cette nouvelle méthode, l'e'lève cesse d'être purement passif. Il n'est pas seulement auditeur en classe, il est acteur, partie intéressée. Ordinairement, tout le travail se fait à l'étude, la classe n'est qu'une simple inspection. L'élève vient y faire corriger ses devoirs et recevoir la tâche de l'étude suivante. Avec le système de M. Leroy, l'étude se fait en classe même, à haute voix, par le maître, par tout le monde ; cela tient autant de l'assemblée délibérante que de la classe ; et c'est là le grand secret pour captiver l'élève et le faire progresser rapidement.
Ajoutons que les heures de travail sont considérablement diminuées. Il faut bien le dire, on exige 'd'un enfant dont la force est déjà sérieusement mise à contribution par sa croissance, un travail qu'un homnie fait ne peut pas même supporter. Dans un collège, les élèves ont à travailler de la tête pendant dix et onze heures chaque jour. Aussi, ceux qui n'ont pas une constitution de fer, pour nous servir d'une expression familière, sortent de là, épuisés, portant en eux le germe de toutes les maladies qui viennent les assaillir dès qu'ils ont passé la trentaine. Un enfant, comme le dit M. Leroy, ne doit pas, ne peut pas travailler plus de sept heures par jour. Le travail qu'il fait au-delà de ce temps, non-seulement ne lui profite pas, mais le dégoûte et annule les bons effets déjà produits. La question hygiénique, à elle seule, devrait suffire pour donner raison au nouveau système.
En somme, nous avons entendu M. Leroy avec infiniment de plaisir. Ce qu'il affirme, il le réalise, non pas en un tour de baguette comme les char-
latans, mais à Taide de principesraisonr.es, sclides. obtenus par le travail d'un esprit chercheur et bieii e'quilibré. Dans un siècle où les personnes instruites recherchent de préfe'rence les carrières dans lesquelles on gagne beaucoup de gloire ou beaucoup d'argent, il est consolant de voir un homme, apparemment tout jeune, faire le sacrifice de le'gitimes ambitions et consacrer ses travaux, sa vie, à une tache toute de dévouement et d'humilité. A ce seul titre, ]\1. Leroy mériterait l'encouragement ; mais il n'est pas nécessaire pour lui d'exploiter la sympathie, car nous croyons que son œuvre porte en elle-même de quoi le recommander suffisamment auprès des véritables amis de l'édccation, de ceux qui croient que c'est par la jeunesse qu'on transforme un pays.
Nous espérons que les maisons d'éducation considéreront sérieusement le système de M. Leroy et tâcheront d'en adopter au moins les principales réformes. Il serait même à désirer que le gouvernement se chargeât de faire en grand l'expérimentation d'un système aussi recommandable.
Napoléon Legendre,
Membre de l'Académie canadienne.
Résultats obtenus par l'Auteur
A la suite de la conférence dont il vient d'être question, une subvention d'environ six mille francs, (mille piastres), fut accordée à l'auteur par le gou^
verneiiient de la Province de Québec, et, sur la demande de l'honorable Ouimet, un local convenable ayant été mis à sa disposition par le gouvernement fédéral, l'expérience du système put avoir lieu. Elle fut généralement regardée dans le temps comme concluante et les premiers écrivains du pays, heureux de résultats obtenus, se hâtèrent de les constater officiellement et de demander, au nom du peuple, qu'on réformât l'enseignement. C'est ce que prouve les articles qui suivent.
Extrait du Journal de Québec, ler Août 1874.
Hier soir, ^l. Leroy donnait à l'Ecole Normale, devant Monseigneur l'Archevêque de Québec, M. l'amiral français Thomasset et quelques-uns de ses officiers,lepremier ministre de la Province de Québec et une foule de membres du clergé et de citoyens distingués, une explication du système d'enseignement au moyen duquel il affirme pouvoir raccourcir considérablement le temps donné à l'étude de la grammaire, de l'arithmétique et, en un mot, de toutes les matières qui peuvent être soumises au procédé rigoureux de l'analyse, dans leurs lois invariables.
M. Leroy vise à ce résultat : enseignement de la grammaire générale et, conséquemment, des langues, dans un temps comparativement nul ; substitution, pour ainsi dire mécanique, du raisonnement à la mémoire et, comme conséquence, fatigue moins grande et résultat plus prompt et plus satisfaisant pour l'élève
Il ne reste plus à M. Leroy que la sanction de
l'épreuve, sur un grand nombre d'élèves, pour coi ronner son œuvre, donner à son système droit d^ cité dans l'enseignement public, et cette épreuve le gouvernement lui permet de la tenter' dans de conditions qu'il regarde lui-môme comme esser tieiles au succès. Nous reviendrons sur cette que; tion si importante pour notre pays.
Joseph Calxhon,
Député de Québec-centre au parlement fédéra
Nota. — M. Cauchon a été un des hommes les plusrema quables, comme politicien et comme écrivain, qu'ait encore ex la Province de Québec. Espiit vaste, pénétrant immédiat( ment une question, l'exposant en'suite avec une clarté sar pareille, il a toujours su, pendant sa longue carrière, rempl avec éclat les premiers rôles. Successivement déj^uté â Montmorency, puis de Québec-centre, premier ministre de ] Province de Québec, président du Sénat et enfin gouvernev de Manitoba, partout il a laissé sa marque. Son opinion e; donc d'un grand poids. Car elle est celle d'un homme fo: intelligent et fort instruit.
Extrait du Journal de Québec, 4 octobre 1874.
Visite de M. Nantel à l'école de M. Leroy
Hier, nous avions le plaisir d'accompagner ] supérieur du collège de Sainte-Thérèse, M. Nante dans une visite à l'institution que le gouvernemer provincial, sous l'inspiration de ^I. Ouimet, a coi fiée à M. Leroy, pour lui permetrre de mettre e pratique son système d'enseignement.
Il y a environ un mois que M. Leroy opère si
trente et (juelques élèves de tout â;];e, et pris auhasard ici et là, mais presque tous connaissant à peine les premiers éle'ments du français et ignorant complètement le latin. Ce que nous avons vu nous a agre'ablement surpris, pour ne pas dire étonné ; c'est au point que, commençant, comme les autres, par le doute, nous sommes arrivé à l'intime con'viction que M. Leroy accomplira ce qu'il promet. Or, ce qu'il promet, c'est, avec son systtème, d^enseigner les langues anciennes et, comme conséquence, la langue française, dans tout au plus trois ans.
Nous n'avons pas le temps d'analyser aujourd'hui ce système qui, s'il est adopté, doit révolutionner l'enseignement ; mais nous le ferons plus tard de manière à convaincre le lecteur que nous n'avons pas au hasard formé notre opmion sur une questiond'une pareille gravité. Si tous ceux qui nouslisent, ne sont pas, de suite, impressionnés conime nous, au même degré, par le système Lero)^, il n'en est pas moins vrai que, de tous les esprits sérieux, de ce côté-ci comme de l'autre côté de l'Atlantique, qui s'occupent de l'enseignement et de ses résultats sur les destinées de la société, personne n'est satisfait. A cette époque de mouvement, pour ainsi dire électrique, où tout le monde se hâte d'arriver à sa place, dans le sacerdoce, les professions libérales ou les affaires, le problème est encore à résoudre, savoir : la plus grande somme d'ensei-^ gnement dans le plus court espace de temps, sans« fatigue inutile et sans ennui pour les élèves.
Demandez aux hommes qui enseignent s'ils sont: eux-mêmes satisfaits de l'ordre actuel de choses ;.
demandez-leur si. après avoir soumis toute une géne'ration d'enfants à une épreuve monotone et ennuyeuse de neuf années, ils sont contents de l'œuvre accomplie et peuvent se dire, dans le for intérieur, que réellement ceux qu'ils livrent ainsi à la société en ont pour leur temps et pour leur argent. Nous avons entendu de la bouche de M. Nantel lui-même, ces mots significatifs :
"Nous ne voyons réellement que confusion et insuffisance dans le système actuel où tout certainement est à refondre et h refaire à neuf; mais comment briser avec les pf-éjugés d'une routine de tant de siècles, et qui aura le courage, ou mieux l'audace, de frapper les premiers coups €t d'entrer résolument dans la voie nouvelle ? Nous sentons le besoin impérieux d'un changement ; mais ce que ce changement doit être, nous ne le connaissons pas encoïc, et nous demandons la iiumière qui doit nous éclairer dans cette voie -encore obscure et incertaine. "
Oui, le préjugé, et surtout le long préjugé des siècles est difficile à vaincre ; mais l'histoire ne nous fournit-elle pas de nombreux exemples des longs combats de l'humanité contre le préjugé de la routine, à l'égard de toutes les sciences qui ont marché à pas gigantesques, seulement quand l'homme a eu le courage de briser avec un passé qui le tenait dans l'ornière et dans la nuit. Que de merveilles accomplies dans l'astronomie, la chimie, ia physique et toutes les branches de l'histoire naturelle, depuis le jour oîi, s'émancipant de l'erapirîsrae, on a demandé à l'observation et à l'anaîyse les secrets de la nature et de ses mystérieuses
synthèses ? L'enseignement seul de la jeunesse resterait-il donc fatalement condamné ati procédé lent, incertain de la routine ; la clef du monde intellectuel et physique resterait-elle mèlce dans la serrure, quand l'homme, habitué à plus d'activité, attend impatiemment à la porte, pour entrer? Nous ne le croyons pas, et c'est à cause de cela que nous osons élever la voix, dans cette circonstance, et à l'occasion du système de M. Leroy, pour inviter toutes les institutions d'enseignement, sàus exception, à essayer de diriger celui-ci dans une voie nouvelle et de faire, au moins, ce que l'on fait pour l'industrie, c'est-à-dire tenter en petit ce que l'on serait disposé à adopter en grand, si l'épreuve est satisfaisante.
Sait-on l'objection la plus spécieuse que l'on fait à ce système dont la rationalité saute aux yeux ? c'est, d'abord, que tout se fait dans la classe et, ensuite, que l'élève termine ses études trop jeune pour prendre dans la société la place qui doit lui écheoir. A la première objection, il est facile de répondre que, si l'on apprend les langues mortes en un temps aussi court, il en restera davantage pour apprendre les sciences et les spécialités auxquelles désirent se livrer respectivement les élèves ; c'est que les hommes mêmes qui ont la vocation du commerce et qui, pour s'y identifier, ont besoin d'y entrer jeunes, pourront y arriver avec le bagage classique qui leur sera d'un incontestable avantage, quand, apiès avoir acquis la fortune, ils auront la louable ambition de donner leurs loisirs au service du pays.
A la deuxième objection, à savoir que les élèves
finiront leurs études à un âge ou l'esprit n'est pas suffisamment mûr pour l'étude de la théologie, de la loi, de la médecine, etc., nous répondrons qu'il est facile de remplir la lacune en enseignant aux élèves une multitude de choses utiles qu'il leur est avantageux de savoir. Ils liront surtout, à cette époque où il est si important de lire, parce que c'est celle des loisirs et des impressions durables : on lit généralement si peu au collège. Dans tous les cas, ce ne peut être une raison pour leur faire passer huit à neuf ans à apprendre ce qu'ils peuvent réellement apprendre en quatre ou cinq. Nous ne deir.andons pas à ceux qui enseignent, de renoncer tout-à-coup au passé, de briser, de suite, avec autant de siècles, et avant d'être sûrs que la voie ou on veut les faire entrer, est la bonne ; mais il nous semble que la question est assez importante, par elle-même, pour nous induire à en tenter l'épreuve et à faire marcher, côte à côte, les deux systèmes, afin d'adopter le nouveau s'il est préférable à l'autre, après l'épreuve, ou de le rejeter •s'il ne justifie pas ses promesses. Que chaque collège, par exemple, ait une classe à part, une seule, soumise au système Leroy, pendant que le corps des élèves restera sous l'ancien régime. Nous ne demandons que six mois d'épreuve, et si, après ces six mois, la classe exceptionnelle n'a pas donné les résultats promis, que l'on reste avec l'enseignement actuel, jusqu'à ce que l'on ait trouvé, s'il est possible, un autre moyen plus certain d'arriver au ibut.
J. Cauchon, Ancien Président du Sénat.
A la suite de la visite dont parlé M. Cauchon, j'envoyai à M. Nantel tous mes travaux, et voici les deux lettres que j'en reçus. Venant d'un homme qui est un professeur remarquable et ce'lèbre, elles ont leur valeur.
Lettre de M. Nantel à M. Leroy
Séminaire de Sainte-Thérèse, 12 décembre 1874. Monsieur,
J'ai reçu hier les différents ouvrages que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Intéressé, comme je le suis, à la réforme de l'enseignement, vous pouvez croire, Monsieur, que je me ferai un devoir d'étudier moi-même vos travaux et de les faire connaître autour de moi
Votre méthode, précisément parce qu'elle est nouvelle et qu'elle s'attaque à une routine séculaire, ne saurait manquer de rencontrer des obstacles et des ennemis ; mais j'ose espérer qu'elle triomphera tôt ou tard et je vous souhaite ce triomphe plus /^/ que tard.
Je demeure bien sincèrement, Monsieur, votre très-humble serviteur,
A. NAJSfTEL,
Supérieur de Sainte-Thérèse,
— ob —
Séminaire de Sainte-Thérèse, le 25 décembre 1874. Monsieur.
Je vous remercie de la proposition que vous me faites par votre lettre du 23 courant; mais je regrette de ne pouvoir, pour le moment, la mettre devant notre conseil ; car j'ai tout lieu de croire qu'elle serait rejetée. Dans ce cas, je pense qu'il vaut mieux attendre de peur de tout risquer par trop d'empressement.
Votre triomphe viendra, j'en ai l'assurance, mais l'heure n'en est pas encore arrive'e ; il y a tant de préjugés à vaincre. Il est si difficile de briser le vieux moule des études classiques. En attendant le succès que je désire et que j'espère, je vous souhaite de persévérer dans vos efforts.
Tâchez, s'il vous est possible, d'éveiller et de fixer l'attention publique. Je ne crains rien autant que la conspiration du silence qui semble se faire dans la presse sur votre système. Il faudrait gagner r opinion publique ; alors, votre système entrerait, bon gré, mal gré, dans les collèges.
Une discussion dans les journaux de Québec et de ]\Ionîréal vous donnerait l'occasion de faire connaître vos idées qui ne dem.andent qu'à être connues pour faire leur chemin.
Soyez sûr que je ne néglige aucune occasion de vous faire connaître et de prêcher autour de moi la réforme que vous demandez.
Je den-ieure bien respectueusement, ^Monsieur, votre très-humble serviteur,
A. Nantel, prêtre.
Première épreuve du Système Extrait du journal V Evénement
L'assistance qui se trouvait hier à la séance du professeur Leroy, était nombreuse et choisie. Tous ceux qui s'intéressent au progrès de l'éducation dans notre ville et dans le pays, s'y étaient rendus. L'intérêt était piqué à un haut degré. Le système du professeur, faisant faire aux jeunes élèves des progrès extraordinaires en peu de temps, n'a pas manqué, d'abord, on le sait, de soulever des critiques ; remis à neuf devant le public, il ressuscitait les commentaires favorables et défavorables.
La réunion était choisie. On y remarquait :
M. le grand-vicaire Hamel, recteur de l'Université Laval ; le Rév. Père Resther > MM. les abbés Laliberté, Papineau,. Trudel, Matte et Marcoux ; les honorables ^VS\. Panet, Ouimet et Cauchon ; M. Delagrave, Recorder ; M. Giard, député-surintendant de l'instruction publique, M. Casgrain ; MM. les docteurs Lemieux et LaRue, professeurs de l'Université ; M. Juneau, inspecteur d'écoles ; MM. Létourneau et Laçasse, professeurs à l'Ecole normale; M. le protonotaire Burroughs ; M.Louis Bilodeau ; MM. P. Légaré, Larue, Cyrias Pelletier et Montambault, avocats, et un grand nombre d'autres dont les noms nous échappent. Les dames formaient une portion notable de l'auditoire.
On a été fort surpris de voir les connaissances considérables acquises en trois mois par les jeunes élèves. Le professeur les a souaiis à un examen
sévère sur les branches qu'ils avaient étudiées, et tous ont fait preuve d'un savoir solide et raisonné. Les partisans du nouveau système sont revenus enchantés du succès de l'épreuve, et ses adversaires déclarés n'ont pu s'empêcher de dire que le résultat était étonnant.
École de M. Leroy
(Extrait du Jêurnalde V Instruction Publique)
Nous avons déjà parlé, dans un précédent numéro, de la méthode d'enseignem-ent de M. Leroy, Depuis le mois de septembre, M. Leroy a eu, sous sa direction, une classe assez nombreuse pour lui permettre de faire l'apphcation à peu près complète de son système. Le 2 novembre dernier, il invitait le public à un premier examen de ses élèves.
Nous avons déjà eu l'occasion d'affirmer la confiance que nous avions dans ce système. Nous sommes heureux de constater, par les résultats obtenus aujourd'hui, que cette confiance avait sa raison d'être et que les faits l'ont pleinement justifiée.
Les élèves, après trois mois d'étude, ont fait des thèmes et des versions avec plus de facilité et moins de fautes que l^s élèves d'une année ordinaire. L'application de cette méthode à la langue française €t, de fait, à teutes les autres langues, produit des résultats également satisfaisants.
L'auditoire extrêmement nombreux qui avait répondu à Tappel de M. Leroy, a su téjfnoigner, .par
ses applaudissements, son admiration pour le cou» rageux professeur qui, possesseur d'une grande idée, a travaillé sans relâche à la mettre au jour, sans se laisser abattre par le zèle inconcevable qu'ont déployé certaines personnes dans le but d'étouffer cette idée et de l'empêcher de se produire dans tout son éclat.
M. Leroy a maintenant donné les preuves qu'il avait promises et son succès final ne présente plus de doute aux yeux des personnes compétentes et impartiales. Nous n'en voulons d'autre preuve que l'approbation flatteuse de M. le grand-vicaire Hamel, recteur de l'Université- Laval.
Le seul reproche que l'on puisse faire au système de M. Leroy, c'est la somme énorme de travail qu'il exige de la part du professeur. Mais il est juste de dire que M. Leroy se trouve dans des circonstances tout à fait spéciales et qu'il est obligé de faire, à lui seul, ce qui devrait être réparti entre plusieurs professeurs. Nous ne doutons pas que cet excellent système ne soit, dans quelques années, adopté par la plupart de nos maisons d'éducation. Une fois mis en opération, il n'aura plus besoin d'être recommandé ; il a en lui-même un mérite qui s'impose dès le premier essai.
REMARQUÉ. — Le Canadien et \q Journal de Québec rendirent également compte de l'examen en termes élogieux ; mais les artides de ces deux journaux sont trop longs pour être reproduits, ^oici seulement la lettre que le Rév. M. Nantel écrivit, à cette occasion, à l'honorable député de
Québec-Centre, M. Cauchon, lettre que M. Cauchon me communiqua dans le temps et dont il me laissa prendre copie.
Lettre de M. Nantel à l'hon. M. Cauchon
Monsieur,
Vous pouvez croire que j'ai lu avec le plus vif intérêt votre compte-rendu de l'examen Leroy. J'ai applaudi de tout mon cœur au résultat obtenu qui ne m'a pas surpris du reste, car je le prévoyais et l'attendais. Ce succès n'est que le prélude de succès plus grands encore qu'un nouvel examen permettra de constater.
En attendant, si j'en juge par ce qui se passe autour de moi, les préjugés cèdent peu à peu devant l'évidence des faits et l'on admet au moins les principes de la nouvelle méthode. Cependant il faudra lutter longtemps encore pour obtenir un triomphe définitif : routine est si tenace. On craint tant de briser le moule séculaire de l'enseignement classique, comme si le temps que l'on épargnerait sur l'étude des langues anciennes ne pourrait pas être employé plus utilement à la lecture et à l'étude de l'histoire, des sciences et de la philosophie.
Continuez donc d'occuper l'attention publique de cette question si importante de la réforme ; quand l'opinion sera formée, il faudra bien que les collèges entrent, bon gré, mal gré, dans le nouveau système.
En attendant le plaisir de vous voir, je vous prie de me croire. Monsieur, votre très-humble serviteur,
Naxtel. prêtre.
Lettre de M. Tremblay à M. Leroy- Québec, le 29 janvier 1875^ Cher Monsieur,
La lettre ci-jointe de M. le Grand-Vicaire Racine, de Chicoutimi, vous prouvera que votre système d'enseignement est bien accueilli par les véritables amis de l'enseignement.
Votre tout dévoueV
P. Tremblay, Député de Chicoutimi.
Lettre de M. Racine à M, Tremblay
Cher ami,
J'arrive de Sherbrook et je viens de recevoir tu lettre et les travaux de M. Leroy. Grand merci pour le tout.
J'ai lu avec une sérieuse attention les écrits de M. Leroy sur le mode d'enseignement qu'il s'efforce de faire adopter. Ayant trouvé dans son système plusieurs choses que je trouve très-propres à faciliter l'étude aux enfants et à leur rendre plus agréable, j'ai obligé un des professeurs du collège de Chicoutimi d'en faire Fessai dans sa classe. Ce monsieur m'a répété, à plusieurs reprises^ qu'il était satisfait des améliorations apportées.
Si nous réussissons cette année, je tâcherai de faire un pas de plus l'an prochain.
Tout à toi,