L. Racine, Supérieur du Collège de ChicoutimL
— 4-J — Deuxième épreuve du système
Extrait de journal V Evénement, 17 avril 1875.
Monsieur le re'dacteur,
Tous ceux qui ont assisté à l'examen des élèves de M. Leroy, mercredi soir, ont dû se convaincre que sa méthode d'enseignement est supérieure aux méthodes généralement suivies dans les collèges pour l'étude des langues mortes. Quoi de plus extraordinaire en effet que de voir, après six ou sept mois d'études, des enfants traduire César et d'autres auteurs plus difficiles encore. Voilà ce qu'on peut appeler un succès étonnant.
Après avoir vu comment procède M. Leroy, on est forcément obligé de reconnaître que le travail qui, au moyen du dictionnaire, prend une heure et plus, peut être beaucoup mieux fait, et surtout plus rapidement, en suivant son système. Quel avantage pour l'élève de pouvoir immédiatement, et sans travail inutile, comprendre la pensée d'un auteur et la traduire exactement, étudier toute l'histoire d'un peuple et non pas quelques pages seulement.
Au lieu d'être pris de dégoût à la suite d'un travail long, pénible et infructueux, il s'attache nécessairement à ses études, et peut, grâce à cette méthode, en quelques années, trois ou quatre seulement, apprendre le latin et le grec, sans avoir à passer par ce cours classique si long et si fastidieux, que nous connaissons tous.
Le mode, suivi dans la classe, est aussi bien propre à exciter l'attention et l'émulation des élèves. Si celui qui est interrogé ne peut répondre, un autre
répond pour lui ou le corrige quand il fait quelqu'erreur.
D'après cette me'thode, un e'iève doit apprendre le latin et le grec dans deux ou trois ans, de n^anière à lire César, Tite-Live, saint Jean Chrysostome, etc., etc.
Au reste, les faits prouvent mieux que tous lesraisonnements. M. le Grand-Vicaire Racine acceptant le système de M. Leroy dans son collège de Chicoutimi, en fera bientôt connaître les avantages et convaincra, sans aucun doute, les plus incrédules qu'il est temps de modifier notre méthode d'enseignement.
S'il m'est permis de donner un conseil à ^I. Leroy, c'est d'endurer la critique. Il ne convaincra pas ceux qui ne veulent pas voir ou ne veulent pas entendre. Qu'il lui suffise d'avoir l'approbation et l'appui de tous ceux qui ont sincèrement à cœur le progrès de l'enseignement dans le pays.
P. Tremblay, Député de Chicoutimi.
Extrait du Jcurnal de Québec, 17 avril 1875.
Nous assistions, mercredi soir, à une nouvelle épreuve du système Leroy qui est destiné, comme nous l'avons dit, à révolutionner l'enseignement à tous ses degrés.
La salle était remplie et on y remarquait des
cnembres du clergé et des citoyens qui, à divers titres, s'intéressent à l'enseignement.
Le problème était ainsi posé par M. Leroy :
" Ces jeunes enfants qui n'ont que sept mois d'étude, vous expliqueront César à livre ouvert. " On conviendra que c'était là un engagement hàsar- •deux, en apparence du moins, et une entreprise difficile, sinon audacieuse à accomplir ; et, cependant, ceux qui assistaient à l'examen, ont pu se convaincre que le professeur n'avait pas trop promis ; car, lorsque les interrogateurs avaient indiqué tia chapitre quelconque dans César, l'élève faisait d'abord la construction du latin pour le mettre en îiarmonie avec la phraséologie française, et traduisait ensuite avec aisance, et, si le mot français manquait quelquefois, c'était simple affaire de mémoire.
Le secret de ce mode d'enseignement se trouve surtout dans la simplicité mécanique et le petit nombre des règles de construction, dont h découverte appartient à M. Leroy.
Les élèves, à laide des tableaux dont nous avons déjà parlé, ont appris, en s'amusant, les déclinaisons des noms, les conjugaisons des verbes et les règles générales de la syntaxe, et, à l'aide des règles de construction, sans faire un effort d'esprit, sans S'occuper du sens, ils arrangent, pour ainsi dire mathématiquement, la phrase qu'ils traduisent ensuite avec la simple connaissance des mots.
Et, avec ce procédé, ils ont fait, mercredi, ce que teraient difficilement les élèves des classes élevées dans nos collèges.
L'exair.en de mercredi a été, pour M. Leroy, un nouveau triomphe et les professeurs de nos divers collèges ont pu se convaincre, par leur expérience, que nous n'avions rien exagéré. Forcément, ce systèn"ie doit modifier leur enseignement s'ils tiennent à ne pas être devancés dans la carrière.
Déjà, les préjugés contre toute innovation, dans un système plusieurs fois séculaire, disparaissent, et de h.Tutes autorités enseignantes sont venues, tour à tour, encourager l'œuvre féconde du jeune et courageux professeur.
Le niveau de l'enseignement baisse en France d'une manière décourageante, s'il faut en croire un juge aussi compétent que l'illustre évêque d'Orléans. Est-ce indifférence chez les professeurs et les élèves ? Est-ce longueur trop grande du cours classique et découragement quand le mouvement de tout le reste est si rapide autour d'eux. C'est peut-être toutes ces choses à la fois.
Il est donc important de trouver le secret de mettre l'enseignement en harmonie avec ce mouvement général de la vie intellectuelle, et ce secret, nous le croyons dans la sincérité de notre âme, M. Leroy l'a trouvé dans son système si simple et si fécond d'enseignement, venant, sur les bords du Saint-Laurent, nous donner la preuve que " nul n'est prophète dans son pays." Mais l'écho de ses succès sera entendu sur les bords de la Seine et la France, convaincue à son tour, nous empruntera ce que l'un de ses fils nous aura donné.
J. Cauchon, député de Québec-centre.
— 4G — Troisième épreuve du Système
Extrait du Journal di Québec, il mai 1875.
M. Leroy donnait, vendredi, une nouvelle séance, pour permettre au public de le juger sur le fait. Il s'agissait, cette fois, de constater le progrès de ses élèves dans le grec, après seulement dix Jours d'étude ; et il faut avouer que le résultat a été merveilleux, surpassant, pour nous, les épreuves antérieures sur les autres matières.
Non-seulement ils ont traduit plusieurs pages de grec avec une grande facilité, sachant les mots et leur nature, mais encore ils se rendaient compte analytiquement de toutes les parties du discours. Le verbe grec, surtout, est rempli de difficultés, puisque, suivant les temps, il subit des variations dans sa racine, son milieu et sa terminaison. Il les subit d'après les règles fixes, il est vrai, mais ces règles complexes, il faut les savoir, et les savoir dans l'application immédiate et, pour ainsi dire, cm'7'ente lingiiâ.
Des hommes, dont nous respectons beaucoup l'opinion, nous ont objecté que l'on ne pouvait appeler système la manière d'enseigner de M. Leroy. Nous ne voulons pas discuter sur les mots, nous contentant de constater les résultats obtenus et de dire que nulle autre manière n'a encore été, à notre sens, ni aussi heureuse, ni aussi féconde et que nulle n'a autant mérité l'attention des hommes sérieux.
Si on entend par système un code de lois nouvelles et essentiellement différentes des principes fondamentaux de la grammaire générale, on a
raison ; car il ne se propose pas de changer la nature des choses ; mais si, par système, on entend une méthode plus claire, plus expéditive et la découverte de certaines lois fixes sur la construction mécanique de la phrase qui la rendent, pour ainsi dire, mathématique, nous sommes certainement en droit d'appeler système le mode d'enseignement de M. Leroy. Mais ne nous querellons pas sur les mots et appelons m'etJwde ce que nous avons jusqu'ici appelé système.
Nous ne nous faisons pas illusion sur les difficultés de l'entreprise, et M. Leroy les comprend encore mieux que nous, lui qui les rencontre incessamment sous ses pas, et accomplit, chaque heure, la tâche herculéenne de les aplanir. Il sait qu'il frappe à la porte de préjugés séculaires et aussi enracinés dans le cœur humain que celui du mouvement de tout le ciel autour de la terre, et qu'aux préjugés se joignent des obstacles matériels avec lesquels tout nouvel ordre de choses doit» bon gré mal gré, compter.
L'un dira : '• Mon Dieu il y a longtemps que l'on enseigne, et M. Leroy ne fera pas plus de merveilles que les générations de professeurs qui l'ont précédé dans la carrière;" un autre: "le système de îvL Leroy est excellent, mais il n'est pas applicable en grand;" un troisième: "son système ne diffère pas de celui qui prévaut partout, son succès, c'est lui, et rien de plus ; " un quatrième : " que le système, d'ailleurs parfait, est trop fatigant pour le professeur."
Voilà ce que nous appelons les préjugés et M. Leroy s'insurge contre ces préjugés, en disant :
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" Essayez et vous verrez ; je ne demande que répreuve partout où vous voudrez la faire."
C'est bien pourtant la peine de la tenter, quand on est forcé d'admettre les effets prouvés dans trois examens publics.
Les obstacles matériels se trouveraient dans l'impossibilité, pour les institutions enseignantes, de garder longtemps les mêmes professeurs, à cause de la modicité générale des salaires.
Mais cette difficulté matérielle, qui grandit tous les jours, sera la même sous tous les systèmes d'enseignement, et il n'^n coûtera pas plus cher d'enseigner d'après la méthode Leroy, que d'après celle qui est aujourd'hui pratiquée dans nos collèges. De plus, uietlant à part le don naturel du professeur pour renseignement, don rare, nous l'admettons, n'est-il pas vrai qu'il y aura une immense différence entre celui qui aura appris méthodiquement à enseigner et celui que l'on fera professer de suite à la sortie de ses études.
Eh bien, les professeurs sortiront de l'enseignement même et en continueront les traditions. C'est l'histoire de toutes les grandes écoles des douzième, treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècles.
J. Cauchon.
Lettre de M. Baillargé à M. Leroy
^L Baillargé est un homme illustre, connu en Europe, et couronné par une Académie française pour avoir trouvé le moyen de réduire toute la
géométiie dans l'esjuce à une seule foniuile. Il est l'auteur du tableau stére'ométrique, tableau d'une grande simplicité', qui devrait être dans toutes les écoles et, à ])lus forte raison, dans tous les collèges. Voici la lettre qui'l m'e'crivait à la suite de mon deuxième examen :
Monsieur,
Un malencontreux comité m'a empêché d'assister à votre dernière séance; mais je souscris à tout ce que dit l'honorable député de Québec-centre. Persistez et vo'is triomuherez de vos adversaires.
ioi;t a vouï