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Chacune de ces biographies forme une livraison gr. in-«^' contenant un beau portrait hors texte.
40 cent.; par la poste, 50 cent.
Armand LE CHEVALIER, éditeur. rueRichelisu.Bl
N» Si. Samedi 21 août 1869.
FERR
Jeudi 1*1 Aoiit — Depuis que les destinées de l'Empire sont confit^es au traitement du Sénat, j'ai songé,
« Car,qiifi faire en un glle, à moins que rem ïiij songe?))
j'ai songé à l'incomparable éclat dont est entourée la dignité de Sénateur.
Cet éclat est encore rehaussé, suivant l'heu-
reuse expression de M. Duvergier, ministre de la justice, par les noms ^es dt^ruiers promue, MM. Taylor, Ducuy, Vuitry, Meslin, de Tarente et dé Geiger!
Les Sénateurs touchent à la Constitution quand ils le veulent, et leur traitement, quand c'est leur bon plaisir.
Us portent l'habit brodé en or, avec baguette et bord courant.
lis ont ou s'attribueni le droit de porter dans les soirées intimr s le chapeau à claque oPDé de plumes blanches, en m^me temps que ie modeste frac, porté le soir par ies simples citoyens et, dans la journée, par les employés des pompes funèbres.
Us ont trente raille francs d'appointements, (ceci est un détail) et cumulent cette modeste indemnité avec les traitements de maréchaux, de cardinaux, de généraux, de premiers présidents et d'ambassadeurs.
Us ont à leur tête M. Routier, qui, ne pouvant encore se vêtir de la robe puce restée au clou depuis le chancelier Pasquier, a cru devoir, par décence, se couronner le front d'un faux toupet, avant de s'asseoir sur le .9r/r de lame»
lis sont inviolables pendant toute l'année, et les élus du peuple ne le sont que pendant la session.
Us ont, seuls en France, le droit de recevoir des pétitions.
Ils sont plus puissants que la Chambre des députés, l'Empereur et le peuple.
Ils sont plus puissants que la Chainbre des députés, car :
1° En vertu du sénatus-consulte d*il y a trois ans, ils peuvent renvoyer aux députés une loi qui leur paraît mal faite, en les contraignant de recommencer leur besogne ;
a** En vertu de la Constitution, ils peuvent arrêter au passage toute loi qui leur paraît contraire à la Constitution;
3** En vertu du sénatus-eonsulte de ces jours-ci, ils peuvent empêcher la promulga-
tion d'une loi, même conslitutionnelle, à te seule condition de dire pourquoi ils Tem- 3êchent.
ils sont plus puissants que l'Empereur, ;ar :
1« li ne peut promulguer aucune loi sans eur permission ;
2° 11 ne peut, comme eux, changer la Consitution ;
3« 11 ne peut leur proposer de changer la Constitution sans se voir reprocher par Tin- ;orruptible baron Haussmann d'empiéter ur les attributions de son fidèle Sénat.
Us sont plus puissants que le peuple, ;ar ;
I 1" Us lui donnent une Constitution, en
vertu d'un mandat spécial que le peuple ne leur a pas confié ;
2" Us sont la seule assemblée au monde qui soit à la fois viagère, constituante, législative et bien rentée ;
3° Maîtres de la Constitution et des lois, ils le sont aussi de l'administration, puisqu'ils sont seuls chargés de mettre les ministres en accusation et de les juger après les avoir accusés.
Tels sont les beaux privilèges auxquels la bonté de l'Empereur vient d'associer les gens de lettres, en les conférant à leurs chefs, MM. Duruy et Taylor.
Ah ! quel plaisir d'être sénateur 1
On conserve, mais on pourrait tout démolir.
Se souvient-ou d'uQ malheureux instituteur de rarrondisseraent de Toulon, du citoyen Castillon, révoqué de ses fonctions pour cause de civisme électoral ?
Sans respect pour cet homme, réduit à la misère, on propageait sur son compte ces calomnies banales à l'usage de la réaction.
Casliiion, fort de sa conscience, se décida à attaquer devant les tribunaux de Toulon MM. Amie, maire de Solliès-Toucas; Teisserre, adjoint; Jure, propriétaire; Paulet, propriétaire.
Un grand malheur vient de compliquer ce petit drame municipal. Le moins compromis des quatre personnages, le sieur Paulet, effrayé lout-à-coup de voir dénoncée et mise au grand jour l'intrigue dont il était complice, poursuivi par ses remords, s'est tué en se coupant la gorge. Le pauvre Càstillon s'est trouvé plus vengé qu'il ne voulait l'être.
En préseuce de celle catastrophe, il a spontanément retiré sa plainte contre les autres.
Tant pis : il restera pauvre, ruiné, mais il ne poussera plus personne au désespoir.
Une souscription est ouverte dans les bureaux du Progrès du Var, en laveur du pauvre instituteur. Nous lui euverrons notre obole, et nous nous empresserons également de transmettre celles qui nous seraient remises par nos lecteurs.
Par sui(e du dédoublement d'un cantoQ de rarrondissemeni de Toulon, deux élections au Conseil général et deux au Conseil d'arrondissement viennent d'avoir lieu.
Après une lutte ardente, l'opposition l'a emporté partout.
Voici les vainqueurs :
Canton cCOU'wakn :
Gay, avocat au barreau de Toulon, conseiller général ;
Ansaldi, négociant, conseiller d'arrondissement.
Canton de la S&ijne : Allègre, avocat, conseiller général ;
Audibert, avocat, conseiller d'arrondissement.
Voilà une éclatante victoire, qui devra faire rétléchir M. Emile OUivicr.
VendrecU 1». — Où prépare les tréteaux sur lesquels la gloire de la France va faire sa parade.
Je remarque avec peine que Ton continue toujours à battre des Africains sur ces théâtres en plein vent, quand depuis longtemps nos exploits en Afrique se bornent à enrôler les Arabes qui meurent de faim.
Il faudrait au moins donner ce tableau la, pour être exact.
On est sobre, en général, d'épisodes du
Mexique, et l'on se borne le plus souvent à l'éternolle prise de Pékin, avec quelques excursions en Ilalie.
Mais on ne va jamais jusqu'à Rome.
Ce serait pourtant un tableau d'un grand eifet que celui de la prise de Rome par l'armée française.
Comme décor, je ne crois pas que l'on puisse rêver rien de mieux.
On peindrait l'étonnement, l'émotion des soldais naïfs à l'approche de cette ville prodigieuse, et les angoisses d'artilleur du général rs'iel, chargé de bombarder un musée, sans l'écorner trop.
Le grand effet comique serait l'embarras d'un soldat ne pouvant pas comprendre comment, soldat de la République fran-
— It —
çaibe, il va détruire la République romaine, et comment il va doimer des coups de fui?ii à un peuple qui lui lend les bras.
Il faudrait l'entendre lire et commenter la proclamation des triumvirs à l'armée française ! Peut-être bien le public aurait-il autre chose que des cris d'allégresse sur les lèvres, en entendant celte lecture.
Voilà ce morceau d'éloquence, qu'on pourrait appeler le réquisitoire de la République romaine contre la République française, iniidèle à sa mission.
« Soldats de la République française !
»< Pour la seconde fois, vous êtes poussés eu ennemis sous les murs do Rome, de la
ville républicaine, qui fut jadis le ber«eau de la liberté et de la grandeur militaire.
« C'est un fratricide qu'on vous impose.
« Et ce fratricide, si jamais il pouvait se consommer , porterait un coup mortel à la II-' berté de la Finance. Les peuples sont solidaires. La République, tuée chez nous, serait une tache éternelle sur votre drapeau, un allié de moins pour la France en Europe, un jalon de plus ajouté sur la route de la restauration monarchique^ vers laquelle un gouvernement trompeur ou trompé pousse votre belle et grande patrie.
(( Rome combattra donc comme elle a combattu. Elle sait qu'elle combat pour sa liberté et pour la vôtre.
« Soldats de la République française !
Tandis que vous marchez contre notre drapeau tricolor-e, les Russes, les hommes de
1815, marchent sur la Hongrie et rêvent la France.
a A quelques m\\\e> de vous, un corps napolitain, que nous venons d'entamer, tient levé un drapeau de despotisme et d'intolérance.
« A quelques lieues de vous, sur votre gauche, une ville républicaine, Livourne, résiste en ce moment à Tinvasion autrichienne. Là est votre place.
(( Dites à vos chefs qu'ils vous tiennent parole. Rappelez- vous qu'à Marseille et à Toulon ils vous ont prom.is le combat contre les Croates. Rappelez leur que le soldat français tient au bout de ?a baïonnette l'honneur et la liberté de la France.
« Soldais français, soldats de la liberté ! Ne marchez pas contre vos frèroi*. Nos batailles sont les v(Mrrs Que les deux drapeaux tricolores s'allient ensembip fi l'alfranchisse-
ment des peuples, à la fleslruclioii des tyrans î
« Dieu, la France et l Italie béiiiront vos armes.
« Vive la République française!
« Vive la République romaine!
(( Les triumvirs : C, Armellini , G. Mazzini, A. Safû (1). » (Rome, mai 1849.)
C'étaient, on en conviendra, de singuliers ennemis que ceux qui nous accueillaient ainsi.
Eût-on accusé Tarrnée française de manquer à ses devoirs d'armée républicaine si, contrariMiit la discipline, elle avait été «>e jeter dans les bras de l'armée romaine ?
.le délie bien qu'on ose jamais lire sur un
(1) Voir la Question lomaine devant P histoire, chez Armand Le Chevalier.
théâtre ce manifeste des Triumvirs, qui me semble un peu diirérenî du manifeste de Brunswick.
Quant aux prédictions des triumvirs romains, relativement à une restauration monarchique en France, on n'osera pas les trouver téméraires. Comme l'expédition de Rome s'explique aujourd'hui 1
Voilà pourquoi l'Empire ne permettra jamais qu'on la représente sur un théâtre.
M. le docteur Tardieu a finement décliné la mission dont on voulait le charger, et si M. Luillier est déclaré fou à la face des gens raisonnables qui attestent sa raison, la responsabilité de cette lettre de cachet ne sau-
rait incomber au spirituel médecin criminaliste.
11 me semble qu'il y a dans son refus un avertissement salutaire au docteur Blanche, (jui lient dans sa main la liberté, la vie de M. Luillier.
Samedi «4. — - Les faiseurs de cantates sont à leur poste.
Quelle misère î
Quoil pas un poète, pas un homme de talent parmi tous ceux qui vont chanter le centenaire ! C'est bien la peine d'évoquer l'ombre du plus grand génie guerrier des temps modernes I C'est bien la peine de remuer cette prodigieuse destinée î
C'est que les poètes ont pu donner des accents à la pitié, à la douleur, à l'admiration , quand Ja pitié, la douleur, l'admiration n'étaient pas des flatteries de courtisans et des cantiques tarifés par l'administraiion des réjouissances publiques.
C'est aussi qu'il n'y avait aucun péril à suivre dans la brume élyséenne le fantôme de Napoléon, et qu'aujourd'hui on trahit l'intelligence et la poésie en les faisant servir à l'apothéose d'un mort qui tend à ressusciter.
Laissons donc M. Arnault faire beugler dans son amphithéâtre d'abattoir, à côté de lions enchaînés, des vers ainsi fabriqués :
Voilà déjà dix-sept année»
One, jour heureux et goleouel, Les aigles furent ramenées Pai' le suffrage universel.
Ainsi que les Francs, nos ancêtres, Nous avons encore une fois, Du pouvoir disposant en maîtres, Mis notre chef sur le pavois î
Cela s'appelle U Cri du cœur, et cela se chante en chœur.
La cantate de l'Opéra n'est pas meilleure.
Il paraît qu'on fait toutes ces mirliton^ nades pour loO francs ou pour 300 francs, selon l'âge des troubadours.
C'est très-bien payé.
S'il en était temps encore, j'ofifrirais gratis aux dévots du centenaire de la vraie poésie d'un vrai poète.
On se souvient des vers spirituels sur tmc tète à CompiègnCf qui ont été répétés dans plusieurs journaux, et d'une /e^/rc à Emile OlUvler, par un sauvage du rar^ que la Cloehe a publiée. Le même auteur m'envoie la cantate suivante, en me priant de la faire Ghanter.
J'appelle le concours des musiciens. Ils trouveront, comme moi, qu'il y a dans ce morceau tous les contrastes et tous les eflets désirables, avec un souffle railleur et lyrique qui n'est point déplacé dans la circonstance.