‹ La Cloche (volume 2)Chapitre 18 sur 21 · CAMPAGNES ÉLECTORALES · texte numérisé non relu

CAMPAGNES ÉLECTORALES

Annnles du fiecond Emiilre

r»ar I. ALBIOT

Un fort volume in-18. — Fi-anco : 2 francs.

Armand LE CHEVALIER, éditeur, rue Richelieu, 61

Samedi tiS coût 1869,

PAR

FERRAGUS

.lemli 19 Août. -— Il paraît que le ciel fait aussi ses décrets d'amnistie.

Berezowski est mort à la Nouvelle-Calédonie où la clémence des hommes pouvait le maintenirpendantdelongLies années encore.

L'Empereur de Russie sera mécontent.

Quant à l'amiiisUe décrétée àSainl-C'oud, malgré la vive opposition de M. Rouher, oa la discute beaucoup dans ia pres^^e, depuis qu'on ne la discute pluS dans les Conseils de la Courcnne.

Et il se commet à ce propos un assez bon nombre de roa-^ adresses.

Je n'en veux relever qu'une, parce qu'elle blesse des convictions fort respectables.

J'admets la théorie d'une abstention al solue. J'admets qu'un homm.e dise : «Je m sais lii qui règiie, ni qui pardonne en Francpj je vais droit devant moi. On m'arrête, oi

ni'enriprisonne, on me bâillonne, puis on me relâche; qu'est-ce que cela peut me faire? Ce sont des accidents de la vie, et voilà

tout I ))

Mais je n'admets pas que des citoyens qui ont reconnu le foAt d'une condamnation, puisqu'ils sont allés en Belgique ou en Angleterre pour ne pas la subir, se refusent à reconnaître le fait d'une libéralion et établissent, du fond de leur exil volontaire, une théorie qui semble blâmer les victimes résignées comme Delescluze.

Subir la prison serait, à ce compte, un litre moindre au respect que de l'éviter.

Je proteste. C'est aifairc de goiH de s'en aller ou de rester ; ce ne peut être affaire de patrioiisme.

J 'établis encore cette dislinclion que les exilés du 2 décembre n'ont pas volontairement quitté la France. Victimes d'une brutalité, ils n'acceptent pas d'excuse, et, s'ils attendent au delà de la frontière, ils demeurent logiquement à leur poste dans la situation qui leur a été faite.

Mais ceux qui, trouvant un jugement trop lourd ou trop injuste, n'ont pas voulu le subir, tout en le constatant, ceux-là ont tort de ne pas revenir, quanà le motif de leur départ a cessé.

Ils ont tort surtout de prétendre établir comme règle de civisme une façon de voir et de sentir qui lient aux dispositions personnelles, mais qui ne touche pas aux principes.

Laissons donc pleuvoir l'amnistie sans la discuter. Que chacun la subisse selon son

lempéraraent ; mais ne permettons pas qu'elle devienne une manœuvre victorieuse du pouvoir, en créant dans l'opposition démocratique des divisions et des catégories.

Nous laisserions ainsi trop d'avantages i^ nos ennemis. Ils pourraient dire qu'ils nous ont désarmés contre eux en nous armant les uns contre les autres.

C'est bien assez qu'ils se vantent d'une générosité dont notre calme indifférence atténuerait l'effet dynastique et dont leur maladresse compromet déjà l'effet libéral.

Qu'est-ce, en effet, qu'une amnistie pleine et entière qui laisse une victime à Cayenne?

Il se peut que Ledru-Rollin ne veuille pas céder à la demande des électeurs et accepter

une candidature à Paris. Mais, il est urgent ])Our la conscience publique que la question soit vidée en ce qui le concerne, et que le Gouvernement nous dise s'il entend assimiler à un assassin vulgaire de cour d'assises te grand orateur qu'il avait impliqué dans un complut.

La liberté de Tibaldi, le prétendu complice de Ledru-RoUin, est la seule réponse que le gouvernement puisse faire logiquement.

Lafera-t-il?

A côté de celte question, il icstcia toujoai:4 la question Quentin.

On a enfermé A mois, dans la plus horrible des priîons, un citoyen honorable; on la

à { eifiC interrogé ; on a fait, peser sur lui les inculpations les plus graves; et Ton profiterait de l'amnistie pour esquiver les conséquences d'une pareille maladresse ou d'une pareille manœuvre 1

Ef. M. Quentin, mal débarbouillé de son crime inconnu, traînerait partout avec lui le soupçon 1 et les magis trais, plus tard, dans un rcquisiioire, pourraient dire que M. Quentin est un ingrat !

Non ; dans un pays de gouvernement parlementaire, une enquele serait déjà ordonnée, et un ministère responsable serait déjà mis en accusation.

Que ce soit, du moins, la première conséquence des réformes introduites dans la Constitution! Que le pays sache j)ourquoi l'on conspire (cela l'intéresse); ou pourquoi on peut garder si longtemps en prison des gens qui ne conspirent pas.

Cela rintéresse davantage encore.

Quant à M. Luillier, nous attendrons qu'on ait mesuré sa cervelle !

Jamais on n'a tant agité la question de la folie que depuis le second Empire; si bien que l'on croirait que cette question est devenue elle même la monomanie des gens qui nous gouyernent.

Ils se disent qu'au 2 décembre le peuple français a subi forcément une éclipse de raison et ou cle n'est pas tout à fait dissipée. Es comme ils savent bien que riin, en eilel, depuis cette époque, n'a été de nature à ramener le sens commun, ils tiennent pour fous la plupart des gens raisonnables,

et pour fous dangereux ceux qui poussent un peu trop loin la logique de leur colère ou de leur mépris.

Les gens qui ont applaudi à la folie du Mexique, aux folies de iM. liaussmann, aux folles incartades de M. Rouher, suspectent la logique des méconlents.

C'est naturel.

Mais quand on aura décidé que M. Luillier est fou, que fera-t-on ? Osera-t-on le mettre k Charenton ? Osera-t-on s'occuper du traitement d'un malade qui ne confie à personne le soin de sa santé ?

Si on le relâche simplement, on lui attache une queue de chienlit au dos ; si on ne le relâche pas, on commet le même attentat que les religieuses de Cracovie.

Et enfin, si on le déclare raisonnable et si on le condamne, on ifoufilellc l'amnistie.

A la place du doctenr i^lanche, j'adrepseraismon rapport à M. Luillier et je le ferais sur les ministres et leurs agents.

11 parait que les lions n'amnistient pas facilement i''ur dompteur.

Ceux de rilippodronie ont mordu le nommé Lucas, fonctionnaire spécialement chargé de réyir, avec de gros yeux et des coups de cravache, les animaux dits féroces.

[jne lionne borgne, qui voyait Lucas d'un mauvais oeil, a profité d'un de ces ejiercirçs

pour signifier à ce prétendu dorTiptcur un avertissement lerriDle. La foule a poussé des cris effroyables; mais pas un de ces spectateurs du cirque, qui aiment à voir des jeux idiots et sanglants, n'a songé à se précipiter sur la cage où la nature se révoltait contre le despotisme d'un saUimbanque.

' Un pauvre homme, un palefrenier, s'est rué sur les lions, e^ à coups de crosse de fusil, leur a fait lâcher leur proie; puis, cet exploit accompli, il est sorti naïvement et s'est évanoui.

C'est là l'héroïsme dans toute sa pureté ; j'jijoute rhéroisme sans intérêt, car M. Arnault, l'entrepreneur de ces bestialités, a eu tout-à-coup une idée sublime et lucrative dont le pauvre sauveteur eùi pu profiter.

— Vous qui êtes si brave, lui a-til dit, entreriez- vous demain dans la loge ?

*— Oh ! non, monsieur, j'aurais trop peur !

— Mais, cependant....

— Dame ! j'ai fait cela sans réfléchir et par amitié pour Lucas ; mais je n'oserais jamais recommencer.

— C'est dommage ! car voilà mes exhibitions interrompues.

Si j'élais gouvernement, je nommerais M. Arnauit à un emploi plus élevé. 11 y a du Rouher en lui.

Celte idée d'exhiber le sauveteur de Lucas, d'exploiter l'héroïsme et de ne pas interrompre les recettes, est une idée essentiellement pratique, gouvernementale, et tout à fait dans h; mouvement, comme on dit.

Les lions qui ont goûté de la chair du dompteur ee pourléchent depuis ce temps-

w iâ -

là, et il paraît qu'il deviendra impossible de leur donner désormais des coups de cravache. Les badauds y perdront.

Ceci prouve que les bêles savent le grand art de la liberté, et que, pour n'être pas cravaché, il suffit de mordiller un peu le dompteur.

Vendredi 20. — On avait beaucoup [exagéré les dépenses de la fête du 15 août.

Le feu d'artifice n'a coûté que 40,000 fr.

il est impossible de brûler de la poudre à [moins de frais, et l'Empire ne nous a pas ihabitués à celte économie.

En somme, pour 533,000 francs, la farce aura été jouée.

Un demi-million dars une journée, qu'estce que cela? Quand on pense à ce qu'il en coûterait pour donner du pain au plus grand nombre ei de l'inslruction à tout le monde.

Évidemment, l'Empire choisit encore les p-aisirs les moins coûteux.

11 [.arait cependant que les lr(?teaux de 1î foire ne font pas le bonheur. On vient d. retirer de la Seine le cadavre d'im pauvr» homme qui s'y est jeté nègre et qui a <^t' recueilli hhwc.

Il était engagé, en qaalité de sauvage non responsable, par un entrepreneur. Il dévorait tous les jours un budget de lapins crus, et il lui fallait avaler plus de couleuvres que M. Rouher ne reçut jamais de démentis.

Je sais bien que cet emploi honorifique était gâté par i'obliga'.ion de porter des chaînes ; mais croit-on que si nos hommes d'Etat n'étaient pas enchaînés au pouvoir par autre chose que par ses bienfaits, ils ne s'évaderaient pas facilement ?

Quoi qu'il en soit, ce faux sauvage a eu honte de son usurpation. Passer pour le descendant d'un illustre anthropophage et n'être qu'un vulgaire gringotteur de peaux de lapins, c'est dur, quand on a du cœur. Quelques-uns en prennent leur parti ; mais le

— Hi —

nègre en question ne put triompher de se scrupules.

Et puis, son estomic se dt^labraii. Tout( mélancolie vient de là. On lui faisait avale trop de feux d'artifice, trop d'étoupes en^ flammées ; il s'échappa un beau soir et alk se jeter dans la rivière.

Mémorable exemple, ajouté à tant d'autres, pour prouver que les tréteaux ne fon pas plus le bonheur des saltimbanques qu< le bonheur du public, et qu'il faudrait peut être, dans un intérêt général, y renoncer.

M. Rouher, qui ne sait rien et qui, p conséquent, a tout à apprendre, sans avo rien à oublier, a osé dire en plein Sénat q\

les Révolutions étaient des contrefaçons du progrès.

Si M. Kouher avait seulement lu les œuvres du souverain dont il compromet le pouvoir, je n'entends pas les œuvres ancienne?, datées de Ham, des Etats-Unis, de la République, en un mot, mais les œuvres de la présidence, il ne se permettrait plus de pareils écarts d'ignorance.

Dans le message adressé le 6 juin 1849 à l'Assemblée législative, il y a plus de virgt ans, on lisait ces paroles :

« Après 89, ce n'était pas pour les idées de Babeuf ou de tel autre sectaire que la société fut bouleversée, mais pour Tabolition des privilèges, pour la division de la propriété, pour Tégalilé devant la loi, pour l'admission de tous aux emplois.

«Eh bien! encore aujourd'hui, ce n'est pas pour l'application de théories inapplicables ou d'avantages imaginaires, que la Révolution s'est accomplie, mais pour avoir un gouvernement qui, résultat de la volonté de tous, soit plus intelligent des besoins du peuple et puisse conduire, sans préoccupa^ (ions cli/nastiqucs, les destinées du pays... n

C'est pour cela que nous avons l'ait 1848 : est-ce pour cela que l'auteur du message a ait le 2 décembre ?

SaisBcda 28. — - Tous les journaux annoncent avec enthousiasme que les eaux de

Ja mer Rouge sont venues fraterniser avec les eaux de la Méditerranée dans îa coupe des Lacs amers^ et qu'il ne reste plus aux souscripteurs de l'isthme de Suez qu'à boire à la coupe des dividendes.

Je ne demande pas mieux pour ma part ; mais je me souviens qu'à une autre époque M. Ferdinand de Lesseps eut aussi l'espérance illusoire de mêler ks eaux d'une autre mer Rouge aux eaux d'une autre iMéditerranée, et l'entreprise échoua complètement, mais pas par sa faute.

Il s'agissait d'empêcher l'expédition romaine d'être détournée de son but. M. Ferdinand de Lesseps, ministre plénipotentiaire de la Républiq:]e, avait conclu, le 3i mai, avec les triumvirs de la république romaine me convention ainsi conçue :

Art. \^'. L'appui delà France est assuré aux populations des Etals-Romains. Elles considèrent Tarmée française comme une armée amie, qui veut concourir à la défense de leur territoire.

Art. 2. D'accord avec le gouvernement romain, et, sans s'immiscer en rien dans Tadministration du pays, l'armée française prendra les cantonnements extérieurs convenables, tant pour la défense du pays que pour la salubrité des troupes. Les communications seront libres.

Art. 3. La République française garantit contre toute invasion étrangère le territoire occupé par les troupes.

Art. 4. 11 est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratification du gouvernement de la République française.

Art. 5. En aucun cas, les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze jours après la communication officielle de la non-ratification.

Fail à Rome, et au quartier général de l'armée française, le 3i mai 1849, à huit heures du soir.

Ferdinand de Lessep?.

Les triumvirs : J. Mazzini, C. Armellini, A. Safû.

On le voit, ce bon iM. de Lesseps croyait avoir creusé un canal où les haines factices de l'armée française pouvaient s'épancher sans danger. iMais cet arrangement n'arrangeait pas le général en chef, qui s'était mis en route, non pour négocier, mais pour bombarder. Auss', les rapports les plus aigres, les discussions les plus violences surgirent aussitôt. Voici comment, le l*'' juin, M. de Lesseps écrivait au général en chef :

«Monsieur ..

« J'ai suivi avec dévouement et abnégation personnelle les directions du gouverne-

ment de la République. Le jour où vous in*avez faif, en présence de (émoin?, les scènes les plus scandaleuses, que mon sangfroid seul et ma délermination bien arrêtée ont empêché de convertir en lutte violente, le jour où, me mettant complètement à l'écart, vous avez répondu à ma confiance en ordonnant secrètement à tous vos chefs de corps de commencer les ha«tilités à Flmproinste et dans Vombrc de la nuit, ce jour-là, mon parti a été pris irrévocablement,., »

Comme on le voit par ce fragment officiel de correspondance, il est plus difficile de s'entendre avec un chef de troupes qui veut p^agner des batailles qu'avec le Grand-Turc, et on a plus tôt fait de joindre la Mer Rouge à la Méditerranée qu'une république qui y consent à une république qui ne demande pas mieux, — si l'ambition militaire s'en

Le jour môme où M. de Lesseps écrivait cette lettre au général Oudinot, il recevait l'ordre de rentrer en Franco, et les tsiumvirs affichaient deux jours après dans Rome la proclamation suivante :

« Romains,

'( Au crime d'attaquer par des troupes républicaines une république amie, le général Oudinot ajoute l'infamie de la trahison. // iHole la promesse écrite qui est dans nos mainSy de ne pas attaquer avant lundi. »

Le scandale de cette attaque eut un grand retentissement à l'Assemblée législative.

Comme le prince Napoléon et d'autres républicains avaient demandé à adresser des interpellations à M. Odilon-Barrot, président du Conseil , M. Ledru-Rollin flétrit énergiquement à la tribune la conduite du

général Oudinot et déposa une demande de mise en accusation du ministère.

Ce ne fat pas tout. Le grand orateur en appela de la Constitution française violée au patriotisme des citoyens chargés de la défendre. Les écoles, les comités, la presse démocratique s'unirent pour protester; une manifestation s'organisa ; elle fui coupée par les troupes, excitée à se défendre; et voilà comment l'expédition romaine faussée, dénaturée, fut un prétexte malencontreux pour les républicains français qui tombèrent dans ce fossé qu'on appela la journée du 13 juin 1849; et voilà comment, après avoir démoli la république romaine, on divisa et on ébranla par la même occasion la république française.

Aujourd'hui, ceux qui se sont désunis au

i3 juin sont d'accord et se donnent la main. Le 2 décembre a tout nivelé.

il est donc permis de reproduire, sans blesser personne, les paroles loyales etfières par lesquelles le général Cavaignac, appelé à la tribune, faisait sa profession de foi :

«Vous dites que nous sommes tombés, s'écria-t-il; c'est encore une erreur ! Nous sommes descendus du pouvoir! »

C'est le mot que, dernièrement, un examinateur du baccalauréat, M. Patin, rappelait au jeune Cavaignac qui s'en souvenait, d'ailleurs.

Et le général Cavaignac reprenait :

*'. Je le répète, et je le répète à dessein,

nous sommes descendu?, du pouvoir. La volonté nationale ne renverse pas; elle ordonna, on lui obéit. »

Et, s'adressant plus particulièrement à des républicains de vieille date, lorateur ajoulait :

(1 Je n'ai pas travaillé pour la République avant sa fondation, je n'ai pas souiïert pour elle; je le regrette, je m'en ferais aujourd'hui un honneur. Mais, quand la République est venue, je l'ai saluée de mon respect et de mon dévouement. Je l'ai servie, je ne servirai pas autre chose, entendez-vous ! »

L'orateur, indiquant du doigt le sténographe du Moniteur :

(( Ecrivez ce que je viens de dire ; écrivezle mol à mot. Que cela reste gravé dans les annales de nos délibérations : je ne servirai pas autre chose ! »

Voilà comment on pensait, comment on parlait alors. Je me suis laissé aller à Fattrait de ces grandes luttes, à propos de iM. de Les?eps et à propos de l'isthme de Suez, que l'Impératrice ira inaugurer ; ce qui sera peut-être plus flatteur pour la vanité mais non pour la conscience du négociateur de 1849, que ledésavœu que lui attira alors sa fidélité à sa mission.

Dlsèiaisiclic ^2. — Une des conséquences de l'amnistie, c'est évidemment l'égalité de tous les journaux, redevenus innocents devant la voie publique.

>i M. le préfet de police suspecte encorde la Cloche, c'est qu'il n'a pas été pénétré par la grâce de l'amnistie, laquelle, effaçant jusqu'à l'ombre même des péchés antérieurs, double le crédit ordinaire fait à la liberté.

Je suis donc surpris que, le lendemaiu d'un acte qui se proclame le plus libéral du règne, on n'ait pas donné le libre parcours et accordé la vente libre dans tous les kiosques et dans toutes les gares, au Réveil, au Rappel, à la Cloche.

Ce petit retard apporté à la consécration d'un droit affirmé en principe tient peutêtre à la santé de l'Empereur.

Celui-ci, le lendemain de l'amnistie, a été pris de ses douleurs rhumatismales. 11 n'en faut pas plus pour passer d'une humeur souriante à une humeur au moins défiante.

Mais, comme les bulletins officieux qui cir-

cuent annoncent un adoucissement dans la dc^^leur, je ne doute pas que l'amnistie ne soi\ remise sur le chantier des bonnes intent\ons afin de recevoir son couronnement obli^.

11 faut convenir que la profession de marchand de livres ou de journaux est exposée à de singulières anomalies , absolument comme la profession d'écrivain.

Interrogez le locataire d'un kiosque, et, si vous le voulez bien, le premier à droite, en débouchant sur le boulevard de la Madeleine.

Ce brave homme vous dira qu'il paye 30 francs de location par mois, soit 360 francs par an.

360 Irancs pour une superficie de 0 m.

85 cent, en carré, c'est un bon prix et de beaucoup supérieur à celui du Pèrc-Lachaise, bien que les terrains soient loués à perpétuité dans celte dernière propriété d:î M. Haussmann.

Mais enfin, quand on paye un loyer et qu'on le paye cher, c'est sans doute pour êire chez soi. Eh bien! détrompez-vous. En payant 360 francs, en payant môme mille francs, le locataire d'un kiosque n'est pas chez lui, il est sur la voie publique.

Où commence la maison ? Quand n'eston plus sur la voie publique ?

La maçonnerie, les grands toits, les grands murs, sont sans doute les conditions essentielles du domicile. A ce titre, les gares de chemins de fers sont des intérieurs robustes et incontestables. Elles ont coûté des milhons, elles ne sauraient être assimilées à des abris temporaires et fragiles, qu'un soufllc peut renverser.

On souhaiterait aih\ institutions politiques d\tro aussi solidemoat assises et bâties.

Eli bien! les Compagnies de chemins de fer ne sont pas chez elles dans les gares ; elles iont sur la voie publique, les vagabondes!

Cependant, un directeur de chemin de fer est le mai Ire de louer, de donner en monopole Texploi talion de la vente dans sa gare ; c'est-à-dire qu'il est propriétaire pour faire payer, mais qu'il n'est plus rien quand il s'agit de concéder une liberté en quelque sorte morale.

Qui se reconnaîtra jamais dans ce labyrinthe de conlradiclions?

Mais si les gare?, les salles d'atlente et es quais de départ appartiennent au miuisTe, pourquoi les buffets seraient-ils indépendants ?

Pourquoi la liberté accordée à renrpoisonnement et à Fabsinlhe ?

Le gouvernement a peur de laisser le public se gâter, se pervertir, en prenant librement sa nourriture intellectuelle, mais il ne lui vient pas à l'esprit d'intervenir dans le choix de la nourriture matérielle. Pourquoi?

Je connais des chauvins qui ne seraient pas fâchés de lire une ordonnance proscrivant l'usage de la bière Dreher, pour y substituer le culte national du vin.

En temps de choléra ou de simples coliques, pourquoi ne défend-on pas le melon ?

En tout temps, pourquoi ne pas surveiller

effet excilant des écrevisses à la bordeise ?

()u la liberté pour les mauvais plats et les mai vais livres, ou la censure absolue pour les çstomacs et les cerveaux. Les uns ne peuvent pas vivre sans les autres. Je sais que e Gouvernement a autant de sollicitude pour les ventres que pour les intelligences ; il est donc intéressé tout le premier à mettre l'égalité et la logique dans sa sollicitude.

Je demande la liberté de la digestion et

même de l'indigestion.

Ou a beaucoup disciUé la date de la naissance de Napoléon I" à propos du cenlctcnaire. On n'a pas fouillé dans les généalogies.

On sait que certains généalogistes du premit'Y Empire, voulant rattii lier finement le; Bonaparte à la vieille histoire de France, avaient imaginé de faire descendre Napoléoi des Bourbons par Tliomme au masque ce fer, qui aurait été le frère de Louis XIV.

Désespérant d'occuper jamais le trône de France, l'homme au masque de 1er auiait épousé la fille de son gouverneur, M. de jBonparty et de ce mariage seraient nés des enfants qui auraient porté en Halle le nom de leur mère, dont ils auraient fait ^o/iaparlc.

Napoléon n'encouragea jamais cette mascarade de SCS ancêtres, il disait volontiers :

— A tous ceux qui demanderont de quel

lemps date la maison de Bonaparte, la r(^.- ^onse ett bien simple : « Elle date du brumaire. »

Il faut Convenir que noui> avons i-lus; de pudeur dans notre génération. Le second Empa-e n'oserait pas dire qu'il date du 2 dccemtrc : c'est le 10 décembre qu'il prend pour date originaire.

Il faut féliciter M. Larousse du début de son article Bcnapar(e dans son Grand Dictionnaire :

(( Bonaparte, — le nom le plus grynd, le plus glorieux,- le plus éclatant de l'iiis-

toire, sans en excepter celui de Napoléon — général de la République française, né à Ajaccio, le io août 1769, mort au château de Saint-Cloud, près de Paris, le 18 6/?/maire an FlIIdeh République française. »

Ce début de biographie est une sentence parfaite.

Quelle différence y a-t-il entre l'emperôur Napoléon lll et le prince de Joinville ?

C'est que le premier dit à tout propos :

« Je suis le neveu de mon oncle ! » landi; que l'autre a pour mission de dire : ci Je suis l'oncle de mon neveu ! »

Luntll ^3. — Les journaux racontent qu'un bœuf, échappé d'un troupeau qui allait à l'abattoir, s'est précipité ces jours-ci dans la boutique d'un élameur, a renversé le fourneau et la poêle dans laquelle fondait l'étain.

Si nous vivions au temps des augures et des chefs d'État superstitieux, il ne faudrait pas plus que cet accident pour expliquer l'entrée du général Lebœuf au ministère.

On raconterait que l'Empereur hésitait entre le maréchal Bazaine, qui sait bien des choses sur le Mexique, le général Trochu, qui est un esprit UbCral, et le général Le-

bœuf, qui en un grand arlilleur, et que, pesant ces qualilf'^s dilft^rentes, le souverain n'osait se décidrr.

il lut dans le journal rbisloire de ce bœuf envabissant une boutique.

— Voilà l'oracle! dirait-il; Lelœufesl à la mode, prenons-le.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que je protesterais d'avance contre toute interprétation de celte nature donnée un peu sérieusement. C'est à des inspirations plus hautes que le pouvoir exécutif demande conseil.

La veuve du maréchal Niel rrcovra, comme Mme Troplong, vingt milie francs de pension pour entretenir son deuil.

Qu'arriverait-il si la femme d'un grand îonclionnaire devenait plusieurs fois veuve?

Le cumui étant un3 des règles les plus familières de ce régiT.e, h veuve éternellement inconsolable cumuleroitelle les revenu::^, les coiL-oiations agg'omérées? Le cas peut se présenter, les ministres sont si exposés à mourir!

Il n'est plus questioa des cantates. Ces petites vilenies litléraires ont duré ce que dure un lampion. Mais on ne fera jamais pour glorifier Napoléon Hi rien de plus simple, de plus concis, de plus joli dans sa nui-

vêlé que le transparent du bonhomme Luc, sous le Consulat.

Il s'agissait d'exprimer la reconnaissance. Luc écrivit avec un pinceau trempé dans le cœur, comme dirait iM. Belmontet, le distique suivant :

Bonaparte écoutant Luc, lai parlant à part, Sa requête a ouï et y a eu égard.

Cette fois, le poète est musicien : l'harmonie y est. Cela dispense de payer un compositeur.

Les préfets à poigne, les magistrats à ner/s et les sergents de ville à mips d^pohig, pourraient b:en voir arriver le déclin de leurs beaux jours.

Je sais que iM. Ulysse Parent ; après une lutte persévérante, digne d'un meilleur sort, vient de perdre son procès à Amien?, et que, comme il n'a pu montrer la trace des violences subies, on a judicieusement conclu qu'il n'avait pas subi de violences. Mais partout l'attention est éveillée, et la dignité individuelle est mise désormais sous la sauvegarde de l'opinion.

Vf -if

L'affaire Paquot et Sacré aura sa place parmi les plus amusantes de celte catégorie.

MM, Paquet et Sicrc sont des pêcheurs, et il paraît qu'aux yeux du brigadier Priscal et du gendarme Lachambre, ils avaient commis je ne sais quel petit délit de pêche.

Vite, on les arrête, on leur met des chaînes aux mains et on les couduit à Bar-le-Duc, à M. le juge d'instruction.

Comme le chemin était un peu long, et qu'il ce rc^pugnait pas aux gendarmes d'aller en chemin de fer, on consentit à laisser ce.> grands coupables monter en wagon.

A Bar - le - Duc, le juge d'instruction, M. Ilouzelol, vient lui-même ouvrir sa porte quand les gendarmes se permettent d'y sonner.

A t-on surpris M. llouzelot à l'heure de la digestion, de son café ou de ses apprôts de sommicil ? Quoi qu'il en soit, i! paraît visiblement qu'on l'a dérangé ; il ne dissimule pas sa mauvaise humeur, refermiC la porte de son domicile aa nez des gendarmes en leur disant :

— C'est bien ! f — -les dedans.

Sur cet ordre, d'une énergie cambrenienne, M. Paquot et son complice, M, Sa

cré, reprennent leurs chaînes et leur course et vont coucher à la prison de la ville.

Le lendemain matin, on les ramène, toujours enchaînés, devant lo terrible M. Houzelot qui, trouvant celte fois que M. Paquot est innocent, et que M. Sacré aurait dû lui être sacré la veille, dit poliment à ces délinquants :

— Vous pouvez vous retirer.

Mais les pécheurs sont des entêtés. M. Paquot jura par ce qu'il y a de plus sacré, et iM. Sacré jura par Tamitié de Paquot, qu'ils auraient satisfaction de la grossièreté du juge. Ils ont, en conséquence, présenté une requête au Conseil d'Etat, et ils demandent l'autorisation de poursuivre M. Houzclot, qui

les a fait f dedan?, le brigadier Priscal

et le gendarme Lachambre.

Q.uo n^'pondra le Conseil d'Etal? Il répondra, à coup sûr, plus poliment que M. llouzolot; mais le fond sera le même : il enverra ?e promener les gens qui se plaignent d'avoir été injustement enfermés, et tout sera dit.

Non, tout ne sera pas dit, parce que ces fails d'arbitraire, parce que ces scandales accomplis contre la liberté individuelle se renouvellent fréquemment, et qu'ils grossissent le dossier qu'un jour quelqu'un portera à la tribune.

11 faut que, pour les actes qui dépassent la ligne stricte de leur devoir, tous les magistrats, tous les agents du pouvoir soient responsables. Et, croyez-le bien, grâce à ces brutalités multipliées, ils le deviendront.

Voici un dernier écho des manœuvres électorales. Je le trouve dans le Fropaga^ leur de l'Aube :

Un électeur des Riceys, qui avait affiché à la porte de sa maison une affiche du candidat indépendant, ne voulut pas permettre que le colleur officiel apposât une affiche du candidat de la préfecture.

Mais les missionnaires du gouvernement se croient tout permis et le colleur, sans protocole, injuria bel et bien ce propriétaire' mal noté ; il le traita comme s'il était luimême un haut fonctionnaire, et lui débita des f... et des m... à rendre jaloux le grand Cambronne.

L'clecleiir propriétaire prit des lômoins, fit constater les injures du colleur et l'assigna devant le juge de paix. Ce dernier, magistrat indépendant, colla au colleur une amende et une condamnation à 20 francs de dommages-intérêts.

Ju;ques-là, tout est bien. Mais voici venir le mystère. L'électeur, M. Scipiot, voulut qu« le colleur lui donnât son indemnité de 20 francs.

— Cela ne me regarde pas^ répondit l'employé à l'affichage ; adressez-vous au commissaire de police.

M. Scipiot s'adresse à un huissier, fait faire un commandement. Mais le col!(ur impas.-ible répond qu'il n'y comprend rien, que !e sous-préfet a l'argent et doit payer,

que, quant à lui, il est en dehor? ^^ ce règlement de compte.

Et, en efl'et, le lendemain, !e coinmissalre de police venait poliment payer à M. Scipiot les 20 francs auxquels avait élé condamné le colleur.

On demande si le sous-préfet de Bar-sur- Seine et le préfet de Troyes se sont cotisés pour épargner à un colleur de leurs amis le déboursé de c^-s 20 francs.

On demande si c'est là une pratique habitue'le.

On demande si (ous les frais des élections officielles, môme la parliedes injures à rembourser, sont à la ctiarge des admiaislrations départementales, et Ton attend la réponse.

iviiirdi "It. — On dit que le général Lebœuf va rétablir les musiques militaires supprimées.

Cette économie de 450,000 fr. environ faisait rougir le budget. D'ailleurs, quand on dépense tant pour TOpéra, à quoi boa lésiner sur les petits instruments de Fartillerie ?

Napoléon l" n'était pas un musicien féroce. On disait devant lui :

— L'vJpéra est la gloire de la France.

— Dites i^a vanité, répondit-il ; sa gloire, c'est le ïhéàire -Français !

On ne pourra pas dire que le neveu perse comme l'oncle. Sous ce rapport, il est bien original : non-seulement son règne aura été l'apothéose de l'Opéra, des opéras, mais encore celui des opérettes.

Puisqu'on décore tout le monde, tous les gens coquets, du moins, qui tiennent à ce cachet rouge pour dissimuler leur cru, pourquoi tant de petits gandins se mettent-ils des fleurs à la boutonnière afin de faire illusion? Ils n'ont qu'à demander la croix.

Déjà, du temps de Napoléon I«^, celte

manie était généraie, et Fouché eut un ji)!i raot.

L'Empereur, ennuyé d'un rapport de poiice qu'il recevait à ce sujet, écrivit en marge :

— Indlqn r une mesure répressive.

A quoi Fouché répondit par cette annotation :

— Attendre que la saison de^ œillets soU passée.

Vous verrez qu'on finira par avoir en France des œillets de tous les mois!

M. Devienne, chargé du rapport sur le projet de £énatu3-con?ul'.e, est un ancien député très-dévoué à Louis Philippe, et

— Si —

riu?si un ancien magistrat. Il doit, dit- on, ?a fortune politique à r-on enpritde conciliation. Il lui arriva, une fois ou doux, do rapprocher des ménages séparés par les peccadilks du mari. Sa renommée de juge-dc paix des alcôves parvint en iiaul lieu, et on le mit au Sénat pour récompenser en lui un des plus énergiques soutiens des bases sociales.

Va-t-il réconcilier la commission du fénatus-consulte avec les ministres? Va-t-il faire un m^ariage durable enîre le Sénat et la liberlé? Je n'en sais rien; je crois que l'on se contentera d'un concubinage.

Un mat de cocagne bien aulren]ent séduisant que celui du Ciiamp- de-Mars, c'est la présidence du Corps législalif.

A qui la timbale ? A iM. Schneider, ou à M. Segris? Peu importe, au fond ; quel que soit le vainqueur, le gris dominera.

M. Schneider a essayé de continuer les traditions de M, de iMorny, et on ne peut pas dire qiïil se soit montré trop intolérant envers la gauche, bien qu'il fût un président nommé par le chef de l'Etat.

Mais, désormais, ce sont les violences de la droite qu'il s'agit de ne pas supporter.

M. Segris no manque pas de talent, mais il manque de décision dans le caractère.

Faisait-il acte d'opposition? 1. adadissait l'audace de son indépendance sous le mi^ de ses précautions oratoires, et il se hAtait bien vite de faire un acte de contrition.

C'est un repenti perpétuel.

On dit que M. Schneider, qui ne doute jamais de lui, est tellement certain de son élection, qu'il fait mettre à l'étude le projet de règlement que la Chambre doit voter. Qui a-t-il chargé de la besogne ? Les membres du tiers parti.

Espérons que M. de Tiliancourt égayera la chose par des calembours. Mais souhaitons, grand Dieul que M. de Veauce, aux longues moustaches, ne mette pas la main à la pâte.

M. de Yeauce se vante d'avoir introduit le drainage en France.

— Ne travaillez pas au règlement, lui dit M. de Tiliancourt, vous feriez drainer la chose en longueur.

M. de Veauce est aussi un grand partisan de la volonté de tester, mais non de la liberté d'interpeUer.

A la dernière srance, lorsque Jules Favre protestait contre la prorogation du Corps législatif, le baron disait, au mi'i' u d'un groupe, dans un couloir :

— Il faudrc:it insérer un a»'tic]e dans le règlement pour empêcher ces violences-là !

On voit ?i 1;^ règlement court des risques avec lui.

Un de mes correspondants m'écrit pour s'étonner qu'on demande toujours la liberté en détail sans réclamer plutôt la liberlc en bloc, et il conclut par ces mots, que je trouve excellents :

la liberté est aussi indivisible que

l'honneur. Les libertés sont à la liberté comme les honneurs sont à Thonncur. »

Mei»ca*edl S5. — Limpéralrice et le Prince impérial sont en roule.

Comme on craint que la question de dépense ne refroidisse l'enthousiasme des populations et des foficlionnaires sur le passage des augustes voyageurs, on s'est entendu avec les chemins do fer, et le préfet de Lyon, qui o'est pas une bête, j'en réponds, a obtenu des administrateurs de Paris-Lyon-Méditerranée des concussions de trains de plaisir.

11 faudra vraiment h'^siner beaucoup pour &e priver du spectacle en question. Mes-

Sieurs les maires, les adjoints, les conseillers municipaux, présidents et membres de sociétés de secours mutuels, qui voudront se rendre à Lyon, payeront demi-place.

Les pompiers voyageant en corps et en uniformes seront traités comme des militaires et ne payeront que le quart du tarif.

Si on insistait un peu, je suis certain qu'on rendrait, après le voyage, l'argent à ceux qui n'auraient pas été contents.

Celle excitation. à l'enlhousiasme ne saurait manquer son effet, et il faudrait n'avoir pas besoin d'aller à Lyon du tout, pour se priver de ce voyage à si bon marché.

On espère que les pompiers nommeront ri mpéralricc leur sœur. Leur mère ne serait peut-être pas assez grtlant.

Au moment où on va faire l'essai sérieux de nouveaux ministres et de nouvelles réformes, il est bon de se rappeler ces paroles écrites quelques années avant 18i8 par le prisonnier de Ham, jugeant la conduite de Louis-Philippe.

« Le grand écueil pour les hommes que les révolutions populaires mettent au pouvoir et que les révolutions parlementaires portent au mini^rtère, c'est de croire que tout est changé, parce que les mains qui tiennent les rênes ne sont plus les mêmes. Mais le peuple, qui s'aperçoit bien que le système eii toujours le môme, se dit avec son gros

bon sens : « On a mis Pierre à la ijlacc de Paul, et voilà tout ! »

(( Ainà donc, peu importe que MM. Thicrs, ou Gaizoî, ou Mo:é, o^i Dufaure, ou Passy, et d'autres, soicrxtau pouvoir si le syslôme doil rester toujours îc même. iMais nous leur dirons encore, tout pénétrés que nous sommes do leurs paroles, ajors qu'ils étaient dans roppo.-ition : Les peuples ne s'ébranlent pas pour changer de chefs seulement : Us se soulèvent pour guérir leurs souffrances, pour revendu/uer leurs droits, pour venger leur lionneur. Ils réclament toujours impérieusement le prix de leurs efforts et ne se calment que lorsquils font obtenu. »

Je voudrais bien savoir ce que M. Rouher, l'ennemi des révol niions, pense de cette apologie des soulèvements révolutionnaires.

Louis Napoléon veut que chaque révolte soit un progrès; M. Houlier prétend que chaque révolte ed une contrefaçon du pro-

Voilà, au fond, l'accord de ces deux intelligences. Laquelle a cédé ? ou laquelle disbiniule?

Le malheureux dompteur Lucas est mort du coup de grilles des lions.

Ce serait une belle mort si elle n'était pas l'issue d'un spectacle idiol.

Je voudrais qu'une enquête nous apprit au juste si M. Arnault a assez attendu, avant d'ouvrir la cage de ses lions, que le dompteur eût acquis sur eux une autorité suffisante.

Des inspecteurs veillent, aux répétiliona

générales des théâtres, sur la décence des jupes et des entrechats des comédiennes.

Y a t-il une inspection pour ces répétitions de drames vrais? et MM. les inspecteurs se sont-ils sufficamment assurés de la docilité des animaux, de la force, de Ttxpérience, de l'infaillibilité du dompteur?

Je pose la question pour savoir au jusie à qui la veuve et les enfants de Lucas devront demander du pain, s'il leur en manque.

Il vient de se passer à Toulon un fait que je signalerai sans trop de réflexions ; l'esprit du lecteur suppléer c»ux conséquences sous-entenducs.

Il y a quelques jours, un jeune homme d'une moralité parfaite, mais d'une misère égale à sa moralité, se pend, pour ne plus supporter le fardeau que personne ne lui allège.

Cette mort consterne le voisinage ; on veut qu'un deuil décent accompagne du moins ce désespéré dans la tombe. On va frapper à l'église, demandant des prêtres pour mener le cortège et dire des prières.

Mais le clergé répond que le règlement s'oppose à ce que TEglise rende les derniers devoirs à un sui Jdé. La mesure est rigoureuse, sans doute ; elle ne saurait être violée.

Le mort s'en va tout seul au cimetière, et personne ne songe à récriminer contre le règlement.

Or, avant-hier, dans la même rue, un individu de mœurs fort équivoques se pend

pour (échapper à l'action imminente de la iurtice. Sa lainille court à l'églisp demander un enterrement religieux.

On répond par le même règlement, égal pour tous. Toutefois, ému personnellement, lo curé fdit pres-enlir que, s'il s'agit d'une manifestation re igieuse 6clatanle,c'esfc à-dire d'un service de .première classe, et si l'on peut invoquer le prétexte de la folie, il faudra bien que le règlement en prenne son parti.

La famille comprend, trouve ou ne trouve pas un médecm qui atteste que l'homme était fou, et l'enterrement a lieu avec toute la pompe désirable, mais au milieu des murmures et des quolibets.

Pourquoi n'avoir pas songé à la folie de ce pauvre jeune liomme honnête, assez insensé pour se tuer, quand il lui était si facile de mourir de faim?

Celui-là était évidemment un in^en^é.

Dans un discours prononcé dernièrement par le souspréfet de Meaux, ce fonctionnaire affirmait qu'il ne manquait à l'Empire que d'être vu de hnn pour avoir un aspect de grandeur.

■fe ^

Je ne serais pas fâché de jouir do ce beau spectacle. Je l'attends pour m,e rallier davantage.

(I CUIS Ulbach) FERRAGUS Le Gérant : L. LE CHEVAL!£«

Parts.— impnir.ei ie ùe DubuUson et C, 6, rue Coq-H^^roD

OOLLEOTIOÎV

GRANDS PROCÈS POLITIQUES

Celte Collection ,

rèiJigée d'après les documents autlienaque!;,

se compose des 8 volumes suivant.'i:

Sji»asï>oMi»g, par Alb. Fermé, 4« édition. BoviSosrsBe, par le même, 4^ édition.

La €oBi!§îpia*atieii citi géuéral IVIaSet,

par Paschal Grousset, 2*^ édition.

Le «ïsic d'Ëugflsfieii, par L. Constant. 2'' édition.

Louis XVï, par le même.

Gi^'ïeeEius BalietEl et la Coiijaira^ioii

des Egaux, par Philippe Buonarotti; préface et notes, par A. Pvanc.

Les Accusés du 15 uiai 1S4S (Albert, Rarbès, Blanqui, Raspail, etc.), par Krn. Du quai.

Le maréc'iaal Xe», par G. d'Heylli.

Prix du volume : i fr. 30; par la poste : I fr. T.";

Lef; 8 volumes sont envoyés franco contre un mandat-poste do 1-2 IV. adressé à M. Arm.J.r, Cme- VAi.'iFu. (il, rue Richelieu.

NO od.

Samedi 4 septembre 1869.

PAR

FERRAGUS

.leinlî *58 ftoîat. — Il est donoi^èrtidô' son àme, ce rapport que la co rnnfesi^îi- da sénatus- consulte semblait voulolP» fësëdér pour elle.

M. Devienne, en style particulier, ment ironique, vient de répéter ce que d'au^ très ont dit avant lui : Que l'Empereur est

vraiment trop bon ; qu'il ne se lasse pas de nous accabler de ses bienfaits, et que, du train dont il y va, il nous aura donné, d'ici une cinquantaine d'années, plus de libertés que nous ne pourrons en exploiter.

Ce que j'admire, c'est l'imperturbable confiance de ce sénateur n'ayant pas songé aux élections dernières, à l'agitation du pays, à la sourde menace dont nous autres, les, tirailleurs de l'avant-garde, nous recevons la confidence, et dont nous nous faisons l'écho ; ne se doutant pas que l'Empire avait besoin de graisser ses ressorts, d'abdiquer le plus tôt possible en apparence le gouvernement personnel pour garantir mieux les chances dynastiques, en assurant l'Empereur au détriment de l'Empire !

Ce qui fait mon étonnement , c'est le calme avec lequel M. Devienne semble dire : <( Le Sénat n'y songeait pas, le pays n'y songeait guères ; mais l'Empereur, qui songe à tout, s'est dit : « Voilà le moment de donner « la liberté. »

Quand donc cette comédie de la grâce napoléonienne, descendant par périodes providentielles sur le pays qui s'en passerait, aura-t-elle joué son dernier acte ?

Ce qu'il faut dire, ce que devrait dire M. Devienne, c'est ceci :

(i Messieurs et chers coDfre>re«,

» Les choses ne pouvaient plus aller comme elles allaient ; le pays était à bout de patience et M. Rouher à bout d'expédients. M. Emile Ollivier, dans un livre qui en dit plus sur les maladies secrètes de l'Empire que tous les folliculaires du monde, avait déjà mis à nu la situation. Les électeurs avaient entamé cette muraille de la Chine du statu quo qu'on appelle la majorité ; il a bien fallu faire quelque chose au renouvellement du bail. Mais rassurez- vous, Messieurs, tout ce que l'Empereur donne au Corps législatif, il le prend aussi pour lui.

n H garde le droit de faire la paix, la guerre, le droit même de ne rien faire. On ne donnera pas le jury à la presse ; on reprendra dans quelque temps les procès interrompus ; on retiendra à la frontière les gros bonnets des partis hostiles. Quant au Sénat, si on ne double pas le chiffre de ses appointements, au moment où on l'appelle ci taire quelque chose, on se garde bien de lui

imposer la moindre réforme pénible. Eu somme, il n'y a rien de changé en France, il n'y a qu'un changement de plus ! »

Voilà le discours qu'aurait dû faire M. Devienne. Peut-être bien môme l'a-t-ilfait. Si on analysait son rapport, on y remarquerait le soin habile avec lequel ce magistrat insinuant rassure son auditoire en diminuant à ses ye«x la portée des réformes.

Quant à ces réformes, elles peuvent être tout et n'être rien.

Elles sont tout si le Corps législatif, que l'opinion presirc et chauffe, les applique résolument et les développe par l'action.

Elles ne sont rien si les orateurs que nous avons envoyés à la tribune oublient qnc la presse les a faits députés, et qu'ils trahiraient beaucoup plus que la reconnaissance banale de Télu envers l'électeur, s'ils n'enlevaient pas la liberté de la presse, s'ils ne nous restituaient pas au moins le jury.

Jusqu'à ce que ces conséquences soient tirées, il sera bon d'avoir pour le sénatuscoHsulte un scepticisme analogue à celui de M. Devienne, mais pour un autre motif.

Toutes les fols que j'entends dire que l'Empereur est Thomme le plus libéral de l'Empire, je me souviens qu'on en a dit

aulant de son oncle, mais...:, à Sainte- Hélène !

Las-Cases, parlant de la liberté de la presse, dit (p. 74, 76) :

« Selon l'Empereur, la liberté de la presse est une question interminable et qui n'admet point de demi-mesures. Ce n'est pas Je principe en lui- môme qui apporte la grande difficulté, mais bien le prévenu ou les circonstances sur lesquelles on aura à faire l'application de ce principe pris dans le sens abstrait. VEmpereur serait pour la liberté îlUmitée. C'est sous ce même point de vue et avec les mêmes raisonnements que je l'ai vu constamment traiter ici (à Ste-Hélône !) toutes les grandes questions. Aussly Napoléon a-t'îl vraiment été et doit-il demeurer^ avec le temps, le type^ V étendard et le prince des idées libérales ! »

Qui s'en serait jamais douté ? Si Napoléon-

le- G ranci a lHô si libéral, Napolt^on le neveu est bien excusable de Tèlre autant de la même façon.

Car, j'oubliais d'ajouter ce relent um aux éloges de Las-Ca?es.

(( Si parfois (parfois est adorable !) ses actions scmbhnt s'être écartées de ses principes, c'est que les circonslances l'ont impcyieusement maîtrise. )>

Ah ! les circonstances ! Ce sont elles qui ont forcé Napoléon le neveu à faire le 2 décembre, quand il n'eût voulu ne faire jamais qu'un 19 janvier. S'il n'est pas plus libéral en pratique, c'est sans doute que nous le tfommcs trop en lliconc.

Lt) nouveau séiiatus consulle ne chaDgc lien à la situation du Sénat. Mais, si l'on invoquait encore la garantie des idées napoléoniennes pour justifier les prérogatives et pour récompenser les services de celte illustre assemblée, voici ce que j'oserais invoquer ; c'est l'opinion de Napoléon l'"' sur les Sénateurs.

if ^

Le 28 mars 1805, Napoléon 1^', empereur par la grâce de Dieu et la volonté nationale,

adressait à Marcl des inslruclions déclinées aux Sénateurs. Les voici :

(( Trois mois de résidence dans leurs sénatoreries respectives, avec obligation de lui adresser tous les huit jours un mémoire concernant divers renseignements.

« Ces renscignemeuts devaient avoir pour objet la conduite et le caractère des fonctionnaires publics; rinfluence et les principes des ecclésiastiques; la fortune, le carocJère et les opinions des particuliers mar^ quanfs, leurs dispositions relativement au gouvernement, à la religion, à la conscription , etc. — Ces Sénateurs devaient , en outre , observer s'il y avait des conscrits fugitifs et dar^s quel nombre, examiner le service de la gendarmerie ; enfin, joindre à ce rapport leurs remarques sur les objets d'intérêt général, tels que commerce, agricul'ure, etc.

« Vous senlcE, disait la circulaire, que, sur

cetle mission, le secret doit être inviolable. Si elle était connue, toutes les lumières vous fuiraient; les hommes honnêtes s'interdiraient TOUTE GOMMUNICAriON AVEC VOUS, et VOUS

ne rapporteriez que les dénonciations de l'in^ trigue et de la malveillonce. »

C'est à ce métier de délateur, d'espion, que Napoléon l" voulait astreindre le Sénat : voilà le fond de l'idée napoléonienne sur la dignité de ce grand corps de l'Etat I

Et il n'est pas possible de supposer que c'est par ignorance, par absence de tout sens moral, que le sublime Empereur prend plaisir à abaisser les âmes. Non; il le dit avec une hauteur superbe et avec une prudence infâme : « Cette mission doit rester secrète. Si elle était connue, les hommes honnêtes s'interdiraient toute communication avec messieurs les sénateurs ainsi transformés en espions et en délateurs de bas étage. )>

Mais le despote qui avilit ses grands fonctionnaires oubliera son œuvre quand la bassesse ignominieuse de ses sénateurs lui signifiera Tarrêt de la Providence. Il se dira trahi, Uvré: il déplorera tout haut Tingratilude des hommes, comme si un ensemenceur de vices pouvait compter sur une moisson de vertus !

Il aura raison d'avouer, ainsi que je l'ai raconté dans un numéro précédent, qu'il était entouré de fcres canailles. Maisàquila faute? Un pouvoir pareil crée des canailles, quand il n'en trouve pas de toutes préparées.

Au surplus, dans ses moments d'expan- ;ri«jn, Napoléon laiseail voir îron a^eptici?inc

à l'égard de ses serviteurs les plus dévoués ; il sentait bien qu'il ne méritait ni l'atTection, ni l'estime.

Un jour, il voit M. de Montalivet les yeux pleins de larmes. C'était l'heure sombre des liquidations impériales.

— Vous m'aimez? lui dit-il avec étonne ment.

— Ah I Sire, est-ce seulement d'aujour* d'hui que vous vous en apercevez ?

— Eb bien! cela ne me fait rien du tout.

Et comme M. de Montalivet paraissait très-affecté de cette bouta-de.

— Qu'est-ce que cela peut me faire qu'on m'aime? ajouta -t- il. Je ne suis pas un homme, je suis un personnage historique.

— J'aime Duroc, disait-il encore, parce que Duroc n'aime rien.

Celui-ci, d'ailleurs, pouvait tout se permettre avec son Empereur.

— On me croit bien ambitieux ? lui dit un jour Napoléon.

— 11 y a des gens qui s'imaginent que vous convoitez la place de Dieu le père !

— Ah ! je n'en voudrais pa?. Cest un cuU de -me.

Le mot est joli ; mais, si Napoléon avait été sincère pendant uiic heure, quelle révélation il eût pu donner au monde ! Il manque

à sa gloire d'avoir confessé le néant, la fausse grandeur de cette gloire même. Il avait bien des échappées singulières comme celle que raconte Las-Cases, lequel élait de petite taille.

(i Après le dîner, l'Empereur, m'acculant à la cheminée, m'appuyait la main sur la tôle, comme pour me mesurer la taille, et me disait :

— Je suis un géant pour vous ! (Tome II, p. 157.) »

Et ce géant, quand le moment de l'expiation arriva, chercha pelitement dans des intrigues la cause de ses défaites.

Antomarclii, qui rapporte lo fait, ajoute que INapoléon disait, au sujet de ces prétendues conspiralions :

— a Je les connaissais ; j'eusse pu en punir les chefs, mais les exécutions me répugnaient : je n'aimais pas à verser le sang, n

Et c'est l'homme sans miséricorde pour les révoltés, c'est Je meurtrier du duc d'Enghien, c'est le guerrier le plus impassible devant les champs de bataille, qui joue cette comédie de fausse sensibilité 1

Rendons justice au second Empire : sur plusieurs poinls, il est d'une sincérité bien plus grande que le premier. Je suis heureux d'en fournir la preuve à propos de ce fameux sénatus consulte, dont on a déjà dit : Demenne que pourra !

Le premier Empire avait institué dans le plus grand corps de l'Etat deux commissions qui n'eurent iamais de besogne. L'une était intitulée ; Commission sénatGr'mh pour la liberté de la presse ; l'autre s'appelait : Commission sénatoriale pOJir la liberté indivis duel le.

On conviendra avec moi que le second

Empire n'eut pas de ces hypocrisies comiques.

Il professa pour la liberté de la presse le même respect que pour la liberté individuelle; mais la police lui suffit pourceîte besogne protectrice, et il ne dérangea pas le Sénat, même en rôve !

Vendredi i:i . — Si les poëles meurent de faim ou de dégoût, il faut convenir que la po-'sie a trouvé dans Tàme des préfets de TEmpire ce que j'oserai appeler poétiquement : Venyrais cVune mohson pcrprludlc.

Il est évident que notre air national du Beau Dunoîs grise l'imagination de ces fonctionnaires et que, jaloux de flatter la muse de la reine Hortense voltigeant au-dessus du règne de son fils, ils s'épuisent en madrigaux.

Lamartine est mort, Victor Hugo est méeontent et refuse de chanter Napoléon III sur la lyre qu'il avait consacrée à Napoléon l®""; mais nous avions en compensation Liégeard, et nous avons maintenant le souspréfet de Cosne.

Liégeard est classique, le sous-préfet de Cosne est romantique: Liégeard aime à coiffer sa muse du casque de Minerve dont !a civilisation a fait le casque de Nanterre, c'est-à-dire le casque des pompiers ; le souspréfet de Cosne ne connaît pas de ^casque, mais il connaît la cascade. Oyez plutôt!

Il s'agissait de porter uq toast dans un congrès agricole :

Un sous - préfet prosaïque eût bu tout simplement à l'Empereur, à l'impératrice, au Prince impérial, aux pompiers, à Tagricultare et au commerce, ces deux mamel'es de la France !

Bien que l'idée des deux mamelles soit poétique par elle-même, elle a été si souvent exploitée, qu'elle est entrée dans le domaine des lieux communs, et qu'avant peu on la verra en tête des imprimés émanant du ministère du commerce et de Tagriculture.

M. le sous-préfet de Cosne s'est dit : « Je vais les écraser de mon éloquence î »

VA alors, il a, sur un mode léger, décoché ces belles phrases aux agriculteurs stupéfaits :

(( Comme ces fleurs qui, au lever du jour, entr'ouvent leur calice et livrent leurs pollens à la brise chargée d'en répandre au loin la poussière fécondante, ainsi la Franco, dans SCS courses triomphales à travers le monde, a laiseé tomber des plis de son drapeau victorieux des germes de civilisation, de progrès et de liberté qui ont pris racine dans les mœurs publiques des peuples visités par ses enfants! »

Je m'imagine la stupeur de ces agrestes convives à cette comparaison. Et du haut

des cieux, les vieux grognards qui s'élirent la moustache en contemplant leur empereur à la place de Dieu le i ère, ont dû bien rire en pensant au pollen qu'ils avaient la mission de répandre dans les différents calices des capitales de l'Europe.

M. Belmontet doit solliciter de Tavancement pour ce sous-préfet cos?nque.

Quand je songe que le préfet de Lyon, mon ancien camarade Henri Chevreau, a publié des vers dont j'ai corrigé avec lui les épreuves, je frémis à l'idée que le zèle Ta peul-étre emporté jusqu'à offrir aussi un bouquet poétique à l'Impératrice.

Mais non. Depuis longtemps, mon camarade Clievreau ne broute plus dans le sentier des chimères où je suis resté. C'est un liomme pratique. Il a compris la vanité des espérances immortelles, et il a escompté tous ses bluets, parmi lesquels on comptait quelques coquelicots, pour une place de sé- Dat' ur.

Que la prose lui soit toujours légère 1

C'est doDC dans le meilleur style moderne (]ue M. le préfet de Lyon a rfça Sa MajeMé. JVspère que, dans son compliment, il a pu glisser quelque chose d'analogue à celte iôùe nécessaire :

« Madame, votre j^rcaMicc paimi nous est la meil'eure preuve de l'cxcellenle santé de votre auguste époux. On se plaît à émouvoir la Bourse et les consciences par des rumeurs saugrenues, comme si la maladie du maréchal Niel pouvait être contagieuse, et comme si nous étions des geus à prendre des ves- -sie.^ pour des lanternes! Non, la place d'une épo'jso dévouée serait au chevet d'un époux

malade. Puisque vour êtes ici ot que l'Empereur esi là-bas, c'est que tout va bien I Vive donc l'Empereur qui n'est pas venu ! etc., etc.. ))

Je crois que quelques paroles dans ce sens-là, mais plus poétiquement dites, seraient salutaires à l'opinion publique.

*fc #

Tout naturellement, on aura envoyé des jeunes filles au-devant de Sa Majesté.

En 1828, hélas 1 bien peu d'années avant

ia catastrophe, la Dauphine entra à Avranches. Le sous-préfet vint lui dire que le corps des demoiselles demandait à lui présenter ses liomms^ges.

— Qu'est-ce que c'est que le corps des demoiselles? demanda la Dauphine à une personne de sa suite.

Et, comme celle-ci ne savait que répondre,

— La place des demoiselles est auprès de leur mère î ajouta la princesse.

Le sous-préfet répondit naïvement :

— Madame, M, le maire y sera !

On n'est plus si... naif que cela dans les sous-préfectures impériales^ bien qu'on y soit poétique. Et je ne sais si l'Impératrice, habituée aux hommages du corps des de-

moiselles, trouvera étonnant de voir cellesci loin de faile maternelle.

Quant à Técharpe de M. le maire, elle est rarcen-ciel de toutes les fêtes.

Je ne sais pas si Sa iMajesté a emballé un chambellan dans ses bagages ; mais je plaindrais ce dignitaire, et on fait bien de refuser le mandat de député à de pauvres gens si occupés. Veut-on savoir, en effet, ce que c'est que l'existence d'un chambellan, même quand ses maîtres ne voyagent pas?

Voici la journée de l'un d'eux, qui appartenait à la princesfîe Elisa Bonaparte, racontée par lui-même :

(( Dès sept heures, et quelquefois avant, je suis là pour mettre tout le monde sur pied, et pour que chaque chose soit en ordre au réveil de la princesse, qui est matinale. A huit heures, elle fait une première toilette, puis elle me permet d'entrer. Elle est bien aise que je ne m'éloigne pas, et je reste à déjeuner. Puis, quand elle se relire dans son intérieur, je m'établis dans le premiersalon, où je donne les audiences. Je reçois les gens qui ont des demandes à faire, et il en vient beaucoup : on sait le crédit qu'elle a sur l'Empereur. Cela me mène lard. Si la princesse sort, je l'accompagne et je trouve à peine le temps nécessaire pour ma toilette. Vient le dîner; il faut en faire les honneurs puis ensuite arranger les parties, entretenir les visiteurs. La princesse est pleine d'égards pour moi ; je ne puis m'absenter un instant!

Cependant, vers minuit, plus tard quelquefoi?, elle termice la veillée ; je me retire alois.

" — Et, bien entendu, lui dit-on, vous avez \ï votre appartement? vous y couchez?

« — Du tout, du tout, réplique le chambellan avec vivacité. Moi, coucher là I j'en serais bien fâché; j'aime trop mon indépendance 1 1

J'espère bien que, sous le second Empire, l'Impératrice et les princesses ont allégé ce service si pénible, et que les chambellans qui honorent la Chambre de leurs services ont moins de services à rendre dans les antichambres.

Le rf^gime acluel a eu deux Lebœuf à son service. Ils ont tous les deux servi d'abord chaudement Louis-Philippe ; le premier, le sénateur, comme député ventru; le second, le ministre de la guerre actuel, comme m-ilitaire.

M. de ïillancourt, qui ne chôme pas pendant la session, disait ces jours-ci qu'il y a quelqu'un qui est encore plus qu'eux le bœuf»

Ce quelqu'un, c'est le peuple français.

i^uiedi ^8. — La Bourse, hier, a eu des défaillances terribles, sur le bruit que la saiï.é de l'Empereur laissait à désirer.

Plus la police, qui se mêle aussi d'arrêter les émoions, mais qui réussit moins bien dans ce te besogne que quand elle arrête les gens, plts la police voulait calmer la fièvre, plus le pouls battait fort.

Cette baisse des fonds a peut-être Ilatté l'auguste malade; mais elle est de nature à faire réfléchir ceux qui s'étonnent de nous entendre réclamer des institutions indépendantes de la santé d'un homme.

Nul ne sait combien de temps l'indi^posi-

lion de l'Empereur peut se prolonger. Mais, ce que chacun peut prédire, c'est que, laxt qu'elle se prolongera, il deviendra inip)ssible à la confiance de re trouver sonaploni) ; et, si cet ôîal maladif s'aggrave en se prolongeant, voilà tout un grand pays crtrav6 dans sa marche , gêné dans ses man festalions, atteint dans son génie, parce que la constitution du chef de l'Etat n'est pes aussi perfectible que la constitution de la France !

11 y a un mois, le vice-emperear, c'était M. Rouher.

Aujourd'hui, l'Empereur lui-même n'est plus que le vice-souverain : l'Empereur véritable et le maitre authentique, c'est son médecin.

Une note du Journal o/fichl se refuse à reconnaître que Ledru-Rollin ait droit à l'amnistie, et assimile les complots contre la vie de l'Empereur à des assas?»inats vulgaires.

Je trouve d'abord, au point de vue excluj^ivement senlimenlal, que l'heure est bien singulièrement choisie pour se montrer si

rigoureux envers ceux qui veulent usurper sur la Providence el hàler la mort des rois.

J'ajoute, en restant au môme point Je vue, qu'il y a une sorte de contradiction entre celle sévérité et les paroles prononcées par le chef de l'Etat, à la suite d'un attenlat contre sa personne.

(( Je ne crains rien des assassins, di5ait-il. 11 est des existences qui sont les instruments des décrets de la Providence. Tant que je n'aurai pas accompli ma mission, je ne cours aucun danger. »

Pourquoi refuser les bienfaits de l'amnistie à ceux qui ne peuvent et qui n'ont [m vous faire courir aucun danger ?

C'evSt une thèse scabreuse à discuter que celle du régicide, et je ne l'aborderai pas.

Je dirai seulement que nous autres, simples citoyens, avons seuls le droit d'affirmer que tous les meurtres sont égaux devant l'humanité, nous qui n'avons jamais disposé arbitrairement de la vie de personne, et nous surtout qui n'avons pas conspiré.

Nul conspirateur n'a le droit absolu de dire qu'il s'arrêterait devant un régicide; car il s'arrêterait précisément devant l'obstacle final contre lequel il s'est armé.

Si Louis-Philippe, en personne, s'était opposé au débarquement du conspirateur venu

d'Angleterre pour le renverser, et que celuici eût abaissé Iç pistolet qu'il a déchargr^ dans la figure d'un grenadier, fùl-il devenu un simple assassin en tuant le roi, lui qui ne s'est jamais bien sensiblement affecté d'avoir visé un capitaine de grenadiers ?

11 est sans doute fâcheux que de semblables faits entrent dans la discussion des principes; mais, serai t-U paradoxal de soutenir que les rois ont donné les premiers l'exemple du régicide, et que bien peu d'entre eux pourraient prétendre à cette inviolabilité garantie au nom de l'Ecriture à ceux qui n'ont pas fait les premiers usage de l'épée?

Je dis tout cela pour préciser mieux la

coittradiction dont la tête des rois ^T>t le «iége. Mais, je suis de ceux qui, pour toute réponse à cette note peureuse du Journal o//?c/W, exhortent vivement Ledru-Rollin à revenir, à se présenter la tête haute devant le jury, qui pulvérisera cette accusation consacrée par une sentence sans débat, et à se faire envoyer ensuite par le suffrage universel à la Chambre, pour y compléter la restauration de la tribune et la défaite du gouvernement personnel, si malade déjà.

Dimanche 29. — Enfin, la gloire la plus populaire a reçu sa consécration déOnilive et ne sera pas dépossédée !

Le tribunal de la Seine a décidé que M. Chassepot avait bien le droit de donner son nom aux instruments de meurtre qui sont le suprême etiort de cette génération. Chassepot n'aura pas son Americ Yespuce, Chassepot passera à la postérité, incrusté dans son invention, comme Guillolin dans la guillotine !

Mais quelle supériorité du Chassepot sur la guillotine I

Celle-ci ne fonctionne que lentement; elle n'écoule qu'un par un les ennemis du pouvoir, tandis qu'il sufûrait d'un chassepot pour balayer un trottoir.

Quand on pense qu'on a pu faire le 2 dé-

cembre sans chassepot I Quelle merveille ce serait aujourd'hui !

Et Dieu sait pourtant que la carabine Minié n'était déjà pas si délectueuse !

Un général encore en exercice , mais je ne dis pas dans quel'e catégorie, la première fois qu'il vit un cliassepot, s'écria :

— Qu'est-ce que cela?

— Mon général, c'est une petite invention.

— Je crains les inventions, et je n'admets que les miennes.

— Ah ! général, permettez-moi de vous faire observer que, plus d'une fois, vous avez prouvé que vous ne craignez pas la poudre, et pourtant son invention n'est pas de vous.

Les généraux français ont l'esprit si modeste que le général en question fut flatté.

A l'approche d'une nouvelle législature, on commence à s'occuper des nouveaux et aussi des anciens députés.

On avait annoncé que M. Calley-Saint- Paul, élu malgré le gouvernement, serait un foudre de guerre.

On n'a pas oublié sa lutte avec le préfet de la Haute-Vienne, qui avait reçu l'ardre de le combattre à outrance, à cause de son dernier discours contre iMM. Frémy et Hau^s• mann.

Ce qu'il y avait de piquant, c'est que le môme préfet avait applaudi à ce discours dans une lettre que M. Calley-Saint-Paul montrait à tout le monde.

Mais le suprême du genre comique, ce qui servira à juger l'excès caricatural de la pression administrative en fait d'élections, c'est que M. Ca ley-Saint-Paul, ayant mis sur son affiche cette simple et modeste qualification : « Candidat dévoué à F Empereur,^) le préfet répondit sur les murs de la circonscription que l'Empereur était juge des dévouements et qu'il n'acceptait pas celui du beau-père du général Fleury.

M. Calle y-Saint- Paul, bien qu'il soit arcadien, est un homme d'esprit. Il fit des gorges chaudes des déclarations du prrtet et corrompit ses électeurs en leur dilatant la rate.

Uicn, du reste, d'amusant, paraît il, comme les boutades du député de la Haute- Vienne , dans i'intimité. Personne ne sait mieux que lui écorcher les gens et surtout Jes gens de l'Empereur, son gendre excepté, bien entendu.

Quant à l'Empereur, il a une façon ultràrespcctueuse de le mettre à part, qui fait sourire.

M. Calley-Saint-Paul est un des candidats

discrets au ministère des finances, comme son gendre est candidat au ministère de la guerre. C'est même à cause de cette ambition que je m'arrête à celte petite siltiouette du personnage.

Ironique et plaisant à froid quand il est dans les couloirs, M. Cailey-Saint-Paul de- \ient tout à fait solennel quand il quitte sa place, à côté de M. Granier de Cassagnac, pour monter à la tribune.

Il met ses lunettes pour lire son dossier bourré de chiffres et des éclairs jaillissent à travers les verres ; sa bouche goguenarde exagère l'amertume, et le rire s'élève à la puissance du défi d'un homme d'État méconnu.

Pour beaucoup de gens, cet aspect sérieux n'est pas l'aspect le moins comique. Au surplus, il est bien facile d'éteindre la

foudre dans la main et air le? lèvres de Cf î orateur.

L'Empereur Ta nommé président du Conseil général, et voilà tout aussitôt le fougueux partisan de la responsabilité ministérielle qui adjure, dans une allocution, le Sénat et son souverain d'accorder le moins possible et d'opposer une digue aux impa^ tlences et aux témérités.

Nous la connaissons, cette bonne vieille digue qui n'est pas celle de la Hollande, et et nous le connaissons, ce refrain : Blcpic, d'fgue, clin, don! Si M. Calley-Saint-Pâul n'a pas autre chose dans son sac à malice, il peut rester longtemps en Arcadie sans qu'on aille l'y chercher pour le raetlre à la tète d'un ministère.

Il est question d'abolir le serment politique qui, d'ailleurs, a tout fait déjà pour s'abolir de lui-môme.

Après avoir essayé du serment pour forcer l'opinion pubique à oublier le 2 décembre, en l'excusant ou en l'imitant, le pouvoir veut essayer de combler le Rubicon pour dérouter les souvenirs.

J'aime mieux ce second procédé que l'autre. En thèse générale, le serment est inutile aux coquins et superflu aux honnêtes gens. Dans le cas spécial de la probité politique, il exige, avant d'être formulé, une si grande liberté de conscience, qu'il est rarement aussi obligatoire que dans le domaine de la pure m.orale.

On fera bien de le déposer au Musée des Souverains, entre Tépée du 18 brumaire et

le chapeau à plumes du président de la république de 1848.

Luudi 30. — Le Petit Moniteur publie un roman dont le titre seul est un singulier défi au chauvirtisme. Cette œuvre est intitulée : Le Forçat colonel. Tout d'abord, on croit qu'il s'agit de Collet; mais Collet ne s'est pas contenté du grade de colonel, il s'était nommé général... De plus, déposant les armes pour la robe, il avait usurpé la crosse d'Evêque et commis, je crois, une ordination.

il paraît, au surplus, que le héros du Petî Moniteur n'a pas un nom si roturier. Pourquoi s'en étonner, quand on se rappelle les paroles de Napoléon que j'ai plusieurs fois citées :

— <( Je suis entouré de Gères canailles î »

Ce roman est peut-clre Thistoire d'une de .ces « fièrcs canailles. » La curiosité est trèsex citée.

Je retrouve un journal de l'Algéne qui me permet de réparer un oubli.

Je devais signaler, il y a trois semaine?, le singulier discours d'un professeur à la diîrtribution des prix du lycée d'Alger.

Ordinairement les maîtres (c'était du moins ainsi dans noire jeunesse) s'excusent ce jour-là d'avoir été obligés de punir, et, en mettant les couronnes au front des vainqueurs, ne veulent pas trop compter le nombre des vaincus.

C'est la fête de la grande amnistie.

J'ajoute que c'est surtout la fête de l'intelligence et que le but des maîtres doit être d'échaulTer par l'émulalion le goût des ar's, des lettres et des sciences.

A Alger, M. Cheduf eau, qu'on devrait appeler M. Chefdefile, a terrifié les élèves dans un discours blindé de maximes sévères, en ieur vantant par-dessus tout et uniquement la discipline.

L'exercice militaire c>-t lidcal de ce professeur. Les troupes valent mieux pour lui que les pensées alignées, et, dans le lyrisme d'un transport qui voulait plaire au gouverneur de l'Algérie, au ministère de la guerre et au gouvernement, il s'est écrié :

« Voyez ces braves soldats que l'on forme pour le service de la patrie, leurs m.ouvements symétriques, leurs regards fixés à une

distance déterminée par le règlement, Tatlitude de tout le corps, les pieds, les différents membres, les doigts de la main dont la disposition semble calculée avec une précision mathématique. ..»

Voilci ridéal offert à des jeunes gens! voilà le but de leurs efforts, de leurs études : l'admiration de Texercice militaire, la manœuvre !

Etudiez donc les poètes ! épanouissez donc vos âmes à travers les âmes embaumées des grands génies de l'antiquité! Croyez donc que vous êtes destinés à la vie moderne, à la passion, à la lulte du cœur, l'esprit, à travers les obstacles matériels L'n pédant arrive qui vous crie :

a Jeunes élèves (pourquoi pas : jeun(

conscrits l) vous êtes ici-bas pour rêver la perfection de rautomate. Faire de vous des soldais qui obéissent au commandement et qui manœuvrent avec la précision d'une mécanique, voilà notre but, notre ambition ; c'est la tâche que nous avons reçue de l'Empire. Une ! deux ! au commandement de : trois ! criez tous : vive l'Empereur ! »

Et les pauvres enfants, hébétés, d'obéir au nom de la discipline, et de beugler: « Vive l'Empereur ! »

Nous avons tous les ans bien des discours ridicules, prétentieux, plats ou boursouflés à enregistrer, i.ous le prétexte de distribu-

tion de prix, mais, rarement, pour ne pas dire jamais, je n'ai entendu une si maladroite et si odieuse allocution.

Refermer les âmes dans le seul jour précisément où la liberté puisse être proclamée sans danger ; fouailler de la discipline ces pauvres écoliers qui attendent l'accolade ; comprendre sa mission par le refoulement des instincts; obéir aux circulaires du ministre, prétendre servir l'Empereur et l'Empire en préparant une génération d'homme» de plomb, c'est là plus qu'une faute, c'est un crime de lèse^euneste et do lèse-éducation.

Un lycée où de pareils principes prédominent est un pénitencier comme la philanthropie n'en admet même plus ; et un professeur de belles-lettres qui ne trouve dansi ses travaux, dans ses souvenirs, que l'éloge de la discipline, est un caporal prussien auquel on doit remettre un chassepot et retirer la palme universitaire.

i^l:^B*fli sa. — Après avoir épuisé le Mémorial de Sainte- Hélène , j'ai feuilleté les Mémoires du comte Miot de Melito, et je jure bien, après ceux-là, d'en lire d'autres. Ce qu'on ignore le plus, c'est l'histoire contemporaine, c'est surtout l'histoire de Napoléon.

On l'a falsiGée avec la légende de Sainte- Hélène. Mais les témoins, les acteurs du premier empire commencent à déposer, et leur témoignage, nous arrivant à travers le tombeau, a un caractère de sincérité et une autorité que nul, d'ailleurs, ne songe à conles- Icr,

S'agit- il do la probité des grands fonctionnaires, des chefs de troupe? Voici ce que je lis (t. 1, p. 225) :

«M..., ayant succédé à Berthier dans le commandement de l'armée qui occupait Rome, s'y conduisit de telle façon que les troupes françaises, privées de solde, au milieu de richesses immenses qu'il s'appropriait, se révoltèrent... Ses concussions, ses rapines, flétrissaient les lauriers dont il s'était couvert »>.

Miot de Mélito ne nomme pas le général, mais il est bien facile de retrouver son nom.

« Quani à Lucien Bonaparte, dit-il (t. If,

p. 281), qui élail miai^tre de l'intérieur, il est vrai que rimmoralilé politique, l'imprubi(é civile de son administration, les concusfioDs honteuses des agents dont il était entouré, faisaient beaucoup de tort au gouvernement de son frère. »

Il faut convenir qu'aujourd'hui les choses Ivontun peu mieux.

Ce n'est pas maintenant que se passerait la jolie scène racontée par Miot de Mélito.

(( Fouché reprochait à Lucien sa conduite, ses concussions, ses mœurs... Lucien reprenait à Fouché ses faits révolutionnaires, le sang qu'il avait fdit verser. Après s'être linsi mutueîlemenl rendu justice, ils en vinrent aux injures. »

Ce n'est pas ainsi que M. Roulier el M. Haiîssmaiin se traiteraient s'ils avaient des faits graves à se reprocher réciproquement. Fort heureusement, ils sont l'un et l'aulre eu dehors de ces petits lessivages de Ungc sale en lamlUe. Leur moralité politique ne les exposera jamais à s'injurier.

H Bonaparte, dit to-jjours l'historien que je consulte, était furieux contre Benjamin Constant. IMiot de iMélito essayait de le calmer à ce sujet. Il s'agissait d'un discours très-vif prononcé au Tribunat. L'auteur des Mémoires objectait que les talents de cet orateur mcnki\e>\l d'être ménages. ^

« Je ne dois que du fer à mes ennemi?, répondit le premier consul. »

Voilà, on en conviendra, une maxime qui nous éloigne beaucoup des traits de clémence si facilement attribués à tous les souverains.

Napoléon, à l'époque où il n'avait encore aucune maladie organique, songeait déjà a l'embarras que causerait sa mort.

(( Comme républicain, disait-il, il faut tout prévoir, le cas, par exemple, où je viendrais à manquer. »

(' Mon fière ^ disait Joseph Bonaparte.

pense qu'il ne devrait pas être remplacé par un militaire. »

Il n'est jamais venu à l'esprit de Napoléon de n'être pas remplacé du tout.

Bonaparle répétait souvent : « Si je mourais tranquille dans mon lit et que j'eusee le temps de faire mon teslament, je conseillerais au peuple français de ne point me donner un militaire pour successeur.

Ainsi, de l'aveu même de Napoléon, le militarisme impérial avait fait son temps.

C'ebt donc contredire le chef de la dynas-

tie que d'espérer continuer celle-ci par les exploits guerriers et la gloire militaire.

Mercredi 1^^ fiiepteiiibre . — Nous manquions d'un petit scanda'e. L'imbécile indignation d'un Tartuffe choqué de la nudité de la Danse de M. Carpeaux a comblé le déficit.

Que ce groupe de statues par trop déshabillées fût critiquable, cela n'est pas douteux; qu'il fût critiqué, cela était de toute justice ; mais que les mécontents poussassent la furie jusqu'à mutiler, (acher, salir le

marbre, voilà ce qui paraissait invraisemblable.

Mais, en fait de sottise et d'infamie, c'est toujours rinvraisemblable qui arrive.

On dit qu'un des tessons de bouteille recueillis au pied du groupe porte cette inscription : Fournisseur de Sa Majesté lEmperem\

L'Empire, par ses N couvrant la façade, avait signé la débauche du marbre.

Et sa signature se trouve par hasard au bas de cette protestation brutale qui dépasse l'inconvenance du tableau par la grossièreté de la pudeur!

Voilà comment l'Empire, qui s'e-t substitué à toutes les initiatives, se trouve, à un moment, responsable, en apparence et malgré lui, des sottises et des vilenies qui se commettent!

(Louis Ulbach) FERRAGUS

Le Gérant : L. LE CHEVALIER

fijl*.— imprlmerte de PufcuissoB eî C*i5- rue Coq-Héroo

OOLLEOTIOIV

DES

GRANDS PROCÈS POLITIQUES

Cette Collection ,

rédigée d'après les documents authentiques,

se compose des 8 volumes suivants:

^ivnHhouvg, par Alh. Fermé, 4^ édition.

Boulogne, par le même, 4^ édition.

La Coiisplratîou du général IVIalet,

par Paschal Grousset, 2^ édition.

Le duc d'Eiigbieu, par L. Constant, 2^ édition.

Louis XVI, par le même.

Graechusi Babeuf et la Coisjuratlon

des Egaux, par Philippe Biionarotti; préface et notes, par A. Ranc.

Les Accusés du 15 uiaî f §48 (Albert, Barbes, Blanqui, Uaspail, etc.), par Ern. Duquai.

Le luaréclial Ne\, par G. d'Heylli.

Prix du volume : 1 fr. 50; par la poste : I fr. Î5

Les 8 volumes sont envoyés franco contre un mandat-poste de 12 fr. adressé à M. Arm. Le Chevalier, Cl, rue Richelieu.

Samedi il septembre 1869.

PAR

FERRAGUS

'5endi ^ Scpteîiîbrc. — Tous les journaux rendent compte du voyage de Tlmpératrice, au point de vue plus ou moins officiel, et les •epcrters de l'opposition 'euxîTiêmes sont obligée de subir ie >:Hche de t eiithousiasme indescrîptiWe,

Je Cl ois avoir trouvé le meilleur moyen de connaître la vérité, c'est de m'adresser à un des agents spécialement chargés d'organiser le succès. L'un d'eux m'a envoyé de Toulon un premier rapport que je vais analyser, pour le plus grand profit de mes lecteurs.

Mais, me dira-t-on, un mouchard ! Comment osez- vous vous adresser a un de ces bommes-là? Comment le connaissez- vous ?

Quelles garanties pouvez vous avoir ?

Ces trois objections vont immédia temeat 5'évanouir.

Un mouchard , dans ce tèmps-ci , est un homine comme un autre ; il y en à qn^on

paye très-cher et qui gagnent bien leur argent. Un gouvernement personnel sans mouchards, c'est absolument comme le dessert ■sans fromage dont parle Brillât-Savarin. C'est une jolie femme à laquelle il manque un ceiL

Quant à la connaissance que je puis avoir faite d'un ou de deux agents, il faut n'avoir jamais eu de procès politique, n'avoir jamais été en prison pour s'en étonner.

D'ailleurs ces sycophantes sont très-reconnaissables dans les foules officielles. Ils ont l'air digne et sont plus décorés que les autres.

Or, quand on les connaîf, rien n'est plus facile que d'entrer en relations avec eus. Pauvres rats du navire, ils ont toujours peur de sombrer avec le vaisseau de l'Etat, et, à certains moments, ils guettent l'espoir d'uti radeau.

Je lie sais si l'heure de craindre et de chercher des prolecteurs est arrivée puur l'agent en question ; mais il est las de son métier ; il trouve trop de concurrence, et il voudrait revenir dan> 'e sentier de Thonnôtelé. Ce penchant à loppositioa me le livrait, j'en ai profité.

Voici ce qu'il m'étiii.

Il resleia, au surplus, aux lecleurs délicats la ressource de renser que j'imagine lin faux e.-pion, et que ce prétendu rapport li'esi que la letne d'un témoin, arrangée puur la circoiî&taricc

«Toulon, 37 août 1869.

« Il noré Monsieur, Je v^îUi éi promis ds 'vm ou* rir mon

cœur à chaque stalion du cort,«'go ; j'^ m'exécute.

« Mil Moni<ieur, quel métier diiticiic, même dans ce pays chaud, que celui d'éveiller l'eathousiasme 1 Et, coiuiiîe la matière que nous devons travailler s'épaissit et se refroidit depuis les dernières élections \

.fee^&^.V-^

« J'avais c.

l'élection de M. i-.^ vail l <

« Je ne sais si je vais être enfin promu a ua grade supôrieur, et si je vais enfin passer dans la catégorie des ngents préposes aux assassins. Sous ^avez que c'est là la marche ascendante.

<t Quand nous nous somûoes assouplis k espionner les hommes politiques, on nous fait l'honneur de nou-^ confier Ir? coqiîinB.

u Et il y en a beaucoup, sans plaisanterie l

« L'Impératrice doit arriver à 4 heures 25 du soir. Depuis trois jours, nous nous exténuons à lui préparer une réception. Mais, je vo\vs k 4i«^-eft- ûon Milice, la marine n'est pas galante, et si Avenus est sortie du sein -'C-àélta rSéV,^% mer lui en garde rancune. Pardonnez-moi cet}a^ ^oifipkraison poétique, je l'emprunte à-iinê conversation que j'ai surprise à Compiègne. (Celait M. de Sacy qui parlait je r;e sais à quelle belle dame I) La marine n'a pas de bonnes opinions. Ces gens- là se savent nécessaires et par conséquent indépendants. C'est l'état dans lequel il est le plus difficile d'introduire des mouchards.

« J'ai donc surpris beaucoup de conversations séditieuses, et pas mal de plaisanteries. L'autorité municipale nous a prêté son concours très-dévoué, et elle a engagé les habitants à pavoiser leurs maisons et à préparer des illuminations.

« Mais, croiriez-vous qn'auame habitation particulière ne se met en frais d'une loque tricolore; et quand nous parlons lanterne." pour le soir, on nous répond : vessies, sans que je Duisse comprendre pourquoi, dans ce pays, ils font d.î la question de vessies une question de lanternes!

« Âh ! Monsieur, je vous le dis, parce que ie sais que vous n't^tes pas un amateur fé-

roce des aigle?, je remarque de fâcheux syruplômes, môme parmi les fonctionnaire?.

« Que croiricz-vous trouver au bout des drapeaux qui servent à Tornement de la mairie ? L'oiseau de l'Empire, l'aigle, n'eslce pas, l'aigle que l'on prodigue à Paris sur tous les édifices ? Eh bien ! non ; par une mesquinerie, par un sentiment de prudence que je ne qualifie pas, mais que je comprends malheureusement, tous les drapeaux sont surmontés d'une simple b^^de dorée. Si bien que ce matériel banal peut servir à tous les souverains et à toute? les modifications de ]a Constitution.

0 En 3ommes-nous déjà \h ? 11 faudrait ii\é le dire, Monsieur, si vous le saviez au juste ; car je ne suis qu'un pauvre père de iamille, et nou.^ n'avons pa«, nous autres, les fadlilés qui sont acquises aux députés et jjvix sénateurs pour tourner \t do- au der-

nier raoraenl. Il nous faut préparer d'avance la conversion.. ..

« Ea attendant, j'ai dû paraître indigné de ces boules, et je me suis plu à raconter tout haut cette anecdote que je me permets d'intercaler dans mon récit.

H J'ai entendu dire à M. Emile Ollivier, contre qui je travaillais avant de travailler pour lui, que rien ne fait bien dans un rapport comme une historiette. 11 n'a pas écrit autrement son livre sur le 19 janvier.

u Las-Cases raconte dans le Mémorial :

u On disait que, dans je ne sais quelle circonstance, un régiment ayant perdu son

aigle, lui Napoléon, le haranguant à ce sujet, avec beaucoup d'indignation sur ce qu'il avait eu le déshonneur de laisser enlever son aigle par Tennemi, un soldat gascon s'était écrié :

(i— Mais ils se sont attrapés; ils n'ont eu que le bâton, car voilà le coucou. Je l'avais mis dans ma poche.

(( L'Empereur n'a pu s'empêcher de rire.

« Eh bien ! Monsieur, Napoléon-le-Grand serait joliment furieux s'il voyait que, dans sa bonne ville de Toulon, la ville qu'il a conquise, on escamote déjà le coucou, pour mettre des bou'es i\ la hampe des drapeaux.

« Ces boules sont, après tout, des boulets; mais quelle est leur signification ?

(( Sont-ce les boulets que l'Empire nous fdit traîner?

«Cela, Monsieur, fait faire de singulières réflexions sur la versatilité des hommes,

« A l'heure dite, 1<; train entre en gare, et les compliments sortent des poches.

(( On n'a pas été content du discours de M. le maire, quand je dis on, je ne me permets pas de parler de Sa Majesté l'Impératrice, qui paraît contente de tout, mais de ceux qui savent l'histoire du pays et qui la comprennent.

(( Voici ce qu'ils disent :

(( Il est dans l'histoire de notre premier port militaire une page honteuse. En 1793,

affolés do torreur par la chute dos Girondin?;, ]03 royalistes livrent Toulon aux Anglais. Lo capitaine Bonaparte reprend bientôt la ville et la rend à la France. Depuis lors, Toiilon 3 largement etrac-^ par son patriotisme cette tache terrible : il y a quelques mois encore, son vole unanime aftlrmait glorieusement SOS tendances actuelles.

u Appartenait- il au premier magistrat de la citf"- de réveiller ce douloureux souvenir pour en faire un des joyaux de son improvisa t ion r

ï( Voilà ce qu'on dit. Je vous avoue que cela me déroute. Comme il faut avoir de la délicatesse pour être un homme politique l

u C'est comme la grosse rancune que l'on garde ici A M. Emile Ollivier pour ^on discours au Conseil général !

« Nous autres, badauds de la police, nous avions trouvé celte comparaison de l'Angleterre et de la France très-belle. Nous ne nous étions pas trop aperçus que M. le président du conseil général aplatissait son pays ! Il paraît que c'est là sa manière de se ven^pr des élections de Paris.

« Et voici ce qu'on appelle les paroles impies de M. Emile Ollivier.

'( Comme nous sommes loin de ces belles « mœurs publiques î 11 semble que nous ne « sachions qu'être immobiles ou dous pré- « cipiter en avant et que nous ignorions ce <( que c'est que marcher ; il semble que nous 0 ne sachions pas nous tenir debout comme « des hommes, entre radhôsion sans dignité M et la révolte .sans justice, et que notre « destinée soit d'oêciiler sans repos des ré- (î volutions aux dictatures. Aussi, notre preste tige baisse sensiblemeat. Que nous parle- « t-on encore de la grande nation? Se disent « les peuples entre eux. Pourquoi reconnais i< trions nous la mission de nous conduire i( ou de néus inspirer à ce peuple mobile et

« emporté, qui ne sait pas se posséder, se « contenir et se diriger lui-même I n

(( Croiriez-vous ((ue des naïfs prétendent que ce n'est pas là le langage d'un ancien commissaire du gouvernement provisoire!

comme s'il était question aujourd'hui d'autres commissaires que des commissaires de police!... et du gouvernement provisoire du passé!...

« Je puis vous assurer que le disceurs de M. Emile oui vie r nous a été recommandé. Quant à l'allocution municipale, elle avait été soumife au ministère de l'intérieur, qui en avait ratifié les endroits principaux. Il

faut donc croire que l'opinisn du public se trompe.

t( Je vouà dirai, en passant, que j'ai du surveiller un ancien maire, M. Martin de Roquebrune, jadis maire de Saint-Tropez, chevalier de la Légion d'honneur, qui n'a pas voulu voter ni faire voter pour M. Emile OUivier, et qui s'est permis d'user de son influence et de son garde-champêlre en faveur de M. Laurier.

« Destitué pour ce l'ait, M. de Roquebrune va partout disant qu'on n'a pas respecté son mdépendance. Je l'ai fait suivre tous ces jours-ci par des hommes sûrs. 11 ne faut pas qu'un écho de ses plaintes puisse arriver aux oreilles de l'Impératrice. Elle est venue écouler le vœu des populations : où en serionsnous si elle l'entendait ?

(i Dès son arrivée, la l'ainille impériale monte en voiture et se diri.^c vers la cathédrale où le clergé entonne gon latin. On m'a dit qu'il n'avait rien de subversif. Le peuple a observé, sur le passage de Sa Majesté, un silence religieux...

(( Mais pardon, je m'oublie; j'écris comme à mon chef. Le fait est que ces braiIlard^: n'ont pas voulu, par exception, desserrer les dénis. Qu'est-ce que cela l^ur fait pourtant, à ces enragés qui crient tout le jour, de crier un peu plus quand il s'agit de faire gagner leur argent à de pauvres pères de famille commp moi ?

« LcS- autorités cr.îles, militaires, 3fîari-

— iZ -=

limes, n'ont pas ét(^ à la cathédrale. Ce n'est pas par impiété, je Tespère. Un honnête homme, même fonctionnaire, doit croire en Dieu ; mais l'évoque n'a pas voulu d'autres épaulettes que celles d'i suisse dans son église. H a tenu à posséder la chère présence de l'Impératrice au milieu de ses paroissiennes.

« Cette séparation de l'Eglise et de l'état militaire a été fort prestement acceptée. C'est là un signe que je me permettrai de confier à un de nos illustres collègues, chargé d'une de nos assemblées.

« On devra une double solde aux tambours ; ils ont battu comme pour couvrir la voix de l'enthousiasme. L'arrivée sur la place d'armes a été aussi silencieuse. Devant le parvis de l'hôtel de la Préfecture maritime, le cheval d'un aide de camp se cabre et se renverse sur son cavalier.

— dS —

u j'aurais voulu qu'on arrêlât et qu'on mît au secret cet aide de camp, qui se permet un présage funeste au début d'un long voyage. Mais on m'a dit que le temps était passé d'empêcher les augures défavorables. Aujourd'hui, on les observe et on les guette. Après les réceptions d'usage, Sa Majesté et le Prince s'embarquent dans TArsenal pour regagner V Aigle.

« Le même silence accompagne le départ, et, le soir, les étoiles seules ont eu le bon goût d'illuminer, en dehors, bien entendu, des ifs ofûcie^s.

« Voilà, Monsieur, le récit exact, c'est-àdire, différent de celui que j'envoie à mes

chefs. Je le conûe à un homme qui me paraît désirer un changement, comme moi, Mon = sieur.

u Je me recommande donc à vous, vous avez en main la preuve de mon zèle, de mon intelligence, et des sentiments démocratiquesaveclesqueisj'airhonneurd'être...»

Le nom de ce fonctionnaire subalterne de TErapire ne doit point salir cette page. Peu importe, d'ailleurs, si son récit est fidèle!

J'attends, dans deux jours, une nouvelle lettre.

Veniiredi 8. — Le Figaro s'applique à rasf^urer l'opinion sur le compte de l'Empereur; mais il s'applique trop, et je crains qu'il n'obtienne un effet tout à fait contraire à celui qu'il cherche. Voyons plut<M.

Il commence par affirmer que la maladie est bien simple, oh ! moins que rien : « Une affection rhumatismale portant sur les intestins, compliquée des accidents naturels qui en résultent généralement et d'une légère altératioE dans les voies urinaires. »

it -.

Le Figaro^ dans son zèle, ne dit pas : « Qui donc n'en a pas autant dans le ven tre ? i) iMais je m'étonne qu'il n'ait pas cité une liste de sénateurs volant parfaitement bien, sans pouvoir fonctionner aussi bien de la vessie que de la cervelle !

J'oubliais trois accès de fièvre mtennU^ tente d'une durée de dix iieures chacun, et accompagnés des frissoDs, des sueurs, de rabattement obligé.

Rien que cela î

Si l'opinion ne se rassure pas, ce ne sera pas du tout la faute du Fi'garv,

Ma's, on conviendra que la Bourse est bien susceptible. Jugez un pRi de ce qui arriverait si l'Empereur, au lieu de trois maladies, en avait six !

Comme l'Empereur n'a presque rien, il a fait venir, pour compenser le mal par la médecine, le plus de médecins sérieux et spéciaux qu'on a pu trouver. Ses docteurs ordinaires n'ont pas suffi.

On a envoyé chercher M. Nélaton, doublement intéressé, comme sénateur et comme chirurgien, au perfeclionnement de la constitution de l'Empereur et au maintien de la Conslilulion de l'Empire.

A M. Nélaton, on adjoignit le docteur Fauvel, autrefois attaché à la légation turque, et membre, dit le Figaro, d'une commission chargée (ïétudier et de para^y^er les causes du cholé'a en Europe.

Je Qe comprends pas bien pourquoi on mentionne ce titre de M. Fauvel. Le choléra est un fléau spécial, isolé, indépendant de l'Empire, et je ne crois pas que, parmi les symptômes légers de cette indisposition légère, on ait mentionné le choléra.

Au surplus, le choléra ne serait qu'une quatrième maladie ajoutée aux autres, et il n'y aurait pas là de quoi s'étonner et s'émouvoir beaucoup plus.

A M. Nélaton, qu'on ne dérange que pour des bobos, à M. Fauvel, qui représente officiellement le choléra, on a ajouté M. Ricord, qui représente la civilisation dans ses raffinements et ses excès. iM. Corvisart complète le quatuor.

Ces quatre instrumentistes qui font de la clinique de chambre au lieu d'exécuter du Beethoven, suffisent jusqu'à présent pour

entretenir l'iaquiétude. Si les fonds tendaient à remonter, on s'empresserait sandoute de convier Leroy- d'Elioles lils, ou quelque autre, aûn de nettement dessiner la situation.

Les quatre luédeciiis qui sondent jusqu'ici le problème sont tous d'accord i)Our déclarer que l'état de Tlimpereur n'a rien de grave. Ils ne sont pas chargés, excepté M. Nélaton, de spécifier l'état de l'Empire.

Mais, en attendant, et à cause du peu de gravité constatée, les quatre docteurs se réunissent quatre fois par jcur... pour p:irier de leurs affaires.

L'Impératrice, qui ne voyage pas pour s'amuser, a envoyé, dit le Figaro, une mise en demeure aux médecin?, pour qu'ils eussent à déclarer s'il y avait danger ou non à continuer le voyage et à laisser l'Empereur seul à Paris.

La Providence, en eiïet, dont on doit prudemment redouter les ironies, aurait pu choisir l'heure précise de la visite à la maison paternelle de Napoléon 1^% pour elFacer la dynastie rentrée chez elle.

Mais, en dépit de Tinnocuité de la maladie, la délibération fut assez longue entre les médecins. Ricord voulait faire revenir Té-

pouse au chevet de l'époux, l'enfant près du père. Son esprit pratique et bourgeois ne comprend pas qu on aille se faire tirer des feux d'arlilice si loin quand le flambeau impérial vacille un peu au soB4fle de la maladie.

M. Nélaton combatlit cette pensée antipolitique. Que deviendrait la France si elle apprenait le retour de l'Impératrice V et l'Empereur lui-même, qui est déjà dans la situation de ce héros des Faux Bonshomm<^s dont on discute et dont on apprête la mort, l'Empereur, resté impassible devant les tisanes et les quatre docteurs, pourrait être violemment impressionné de la manière la plus funeste par ce retour subit.

— Quoi I En suis-je d(^jà là? dirait-il.

il a donc été décidé, après mûre délibération, qu'on écrirait à l'Impératrice de coD'

linuer son voyage, Téloigaernent des deux êtres qui lui sont chers n'aggravant en rien le malaise de l'Empereur.

Le Figaro, auquel j'emprunte ces détails, bien faits pour rassurer, constate que TEmpereur est un bon malade^

C'est une grande qualité chez un souverain qui n'a pas encore assez dépouillé tout vestige du gouvernement personnel, pour n'être pas tenté, sous l'influence d'une crise de nerfs, de faire empoigner les gens qui le trouvent trop bien portant.

Les quatre médecins, dit le Figaro^ reçoivent, de tous les points du monde, depuis

la maladie de Napoléon lll, plus de 25 à 30 lettres par jour, indiquant inillc recetft^s

»our le gutrir.

Le F'fjaro semble trouver ce chitlVe fabuleux. Je me permets de le trouver mesquin.

Comment î il n'y a pas plus de 25 à 30 personnes par jour qui, dans le monde entier^ aient à ce point le souci de la santé auguste?

Quoi I on DO les compte pas par centaines, ceux qui, chaque jour, font effort pour inventer une gaéfison I

yuoi I il n'y a pas plus de iî3 bonnes femmes par vingt-quatre heurts pour proj.'Oser leurs :^péciliques /

J'avoue que c'est peu!

rè «

Est-ce la foi qui diminue ou la médecine des bonnes âmes qui fait banqueroute ?

Le Figaro conclut que la situation de l'Empereur ne laisse rien à désirer.

Je trouve le Figaro peu exigeant. Il ajoute cependant que l'absence de toute préoccupation peut seule consolider la santé qui nous est chère, et il insinue qu'une retraite à la campagne, sans le fardeau de la couronne, serait la meilleure découverte pour triompher du mal.

Je trouve alors le Figaro bien exigeant.

Qu'en pense M. le sénateur Nelaton ?

Samedi 4. — (Suite du rapport de Gagent, n»...)

Je reçois de mon agent de Toulon la suite de son fidèle rapport sur le voyage de l'Impératrice. On trouvera dans ce second récil, comme dans le premier, l'accent même de la vérité.

« Honoré Monsieur,

» Je reprends mon récit au 27 août. Nous ne nous sommes pas couchés, nous autres.

D'ailleurs le bruit avait couru qu'une dépêche télégraphique, venue de Saint-Cloud, suspendait le voyage, et que l'Impératrice allait retourner en toute hâte auprès de l'Empereur.

« Donc, iMonsieur, nous ne nous sommes pas couchés. L'Impératrice et le jeune prince étaient sur pied à 6 heures du matin.

(i Tout naturellement, comme son rôle le lui indique, Sa Majesté a fait une visite prolongée à l'Hôpital de Saint-Mandrier, silii^à l'extrémité sud de la grande rade.

(f Ah ! monsieur, quel noble empressement à contempler les misères qu'on ne peut adoucir ! Mais aussi, quelle corvée !

« Depuis qu'on l'a appelée Y Ange de la France, depuis le choléra d'Amiens, pour faire pendant aux Pesfif(^réfi de Jaffa, l'ira-

pératricp ne peut manquer une épidémie ni îB priver d'une visite aux hôpitaux, — On a ses ailes à soutenir )

« Quant au jeune prince, il monta à cheval, et, accompagné de son gouverneur Fro^^ard, il visita dans le plus strict incognito leii fortifications de la viile.

(( N'est-il pas juste, Monsieur, que l'iiérllier d'un prince qui a proclamé que « l'Empire, c'est la paix, » et qui n'a fait que trois ou quatre fois la guerre depuis cette proclamation, s'initie de bonne heure à la question (les places fortes?

« Si la même paix continue sous son régne, les canons ne chômeront pas.

'•Après un déjeuner à bord , la famille impériale, remorquée par la chaloupe à vapeur de V Aigle, débarque à une heure trois quarts de l'après midi sur le carré du port.

«Elle y est reçue par M. le maire, qui suait beaucoup, et par un silence à faire trembler. 11 est vrai que la tempéjature desséchait les gosiers.

« Ah ! Monsieur, si les gouvernements savaient donner à boire à propos, l'enthousiasme ne fléchirait jamais. J'avais bien pensé à installer des cabarets en plein vent; mais Topposition les eut vus !

t( Heureusement, l'expansion méridionBle

des dames de la halle vienl rompre cette monotonie horriljle et torride.

« Les braves femmes ! les excellents poumons I Cela braille sans s'arrêter pendanc une heure. Une centaine de voix comne celles-là suffiraient à faire taire et à couvrir les milliers de voix de Thydre de l'anarchie.

« Je vous confie ce détail : l'Empire a fait voter convenablement les hommes ; il n'a pas fait suffisamment brailler les femmes. C'est là son tort.

« Que ceci soit une leçon î

0 Les tapissiers de Toulon ont convenablement fait les choses. La tente et les baldaquins qui l'ornent ne laissent rien à désirer. Si on étouffe sous cet abri, on étoufle du moins sous l'or et le velours ; et cette consolation, qui n'a jamais manqué jusqu'ici

à l'Empire, semble lui faire preodre beaucoup de choses en patience.

« Le cortège se dirige ensuite vers le Lycée; Là arrive une dépêche. Après l'avoir lue, l'Impératrice a des larmes dans les yeux ; le général Fleury, qui se permet de la lire à son tour, fronce le sourcil !

(( Est-ce que?... Mais non, puisque la fête continue et que du Lycée, on se dirige, par le boulevard Napoléon, jus||u'à l'hospice

« Quelle journée! quelle chaleur! mais enûn quel triomple pour l'administration et pour nous! Grâce aux campagnes accourues, et à nous, Monsieur, à moi, qui, représentant un des débris de nos grandes armées, criais à tue-tête, on a pu mettre dans les journaux de la localité que l'enthousiasme allait croissant; on eût pu écrire : croassant.

« L'Impératrice et le Prince impérial se rendent à l'Arsenal par la porte do Casligneau.

't Pendant que tout le monde chamarré visite les différents ateliers, je flAne dans l'Arsenal, et machinalement, je vous le jure, j'arrive devant le Bagne.

« Cette vue me remet en mémoire un incident :

« Vous rappelez-vous deux grenadiers de la garde, condamnés Tannée dernière par la Cour d'assises de la Seine à quelques années de prison pour avoir sabré des citoyens, une peccadille ?

« Si on les écoutait, ces bourgeois, il faudrait ne les toucher qu'avec des gants rembourrés ; et encore !

K le veux bien que les soldats aient été

vif£, et que leurs sabres ne soient pas comme les petite instruments dont nous nous servons, des armes civiles ; mais entin, ce sont des Français, qui ont leur lierté comme d'autres, et qui ne portent pas un sabre pour l'oublier dans le fourreau.

« Depuis six mois, ces victimes de la bourgeoisie étaient ici. Au 15 août, on a doublé le nombre des grâces annuelles, et on a compris dans le nombre ces vaillants hommes d'armes.

« Je ne puis vous dire s'ils ont été réintégrés dans la garde. Je le souhaite et je le crois. Ce n est pas au moment où le populaire a besoin qu'oi lui enseigne la soumission, ainsi que cela s'est fait assez énergiquement à l'île de la Réunion et à la Kicamarie, qu'il est bon de lui reconnaître autant de privilèges qu'aux soldats et aux hommes de police.

« Après la visite des ateiiers, le Prince impérial ire place d'un air for l boudeur sur le carré de l'Horloge et fait une ample distribution de croix et de médailles.

(« Je vous le dirai en confidence, je ne crois pas cet enfant assez bien élevé. 11 pèche par l'obéissance.

« Son père avait autrement maté les factions. Je sais bien qu'on ne peut pas faire contre son fils ce qu'on a fait au 2 décembre contre les enfants des autres ; mais c'est égal, on n'est pas assez sévère envers ce jeune héritier de traditions sévères.

« Ah! si c'était mon fils l

« Excusez cette parenthèse due à l'expiosion d'un coeur paternel. Je continue.

« J'ai remarqué qu'aucun officier de vaisseau n'était décoré. C'est bien fait, et cela apprendra aux marins à en prendre à leur aise avec l'enthousiasme.

« En revanche, on a nommé chevalier de la Légion fi'honneur iM. Amie, maire de Solliès-Toucas, qui a destitué et réduit à la misère un instituteur, Castillon, lequel se permettait de penser autrement que les autorités.

(( N'est-ce pas juste ? Mais si l'on récompense les gens à poigne, je puis montrer mes poings et mes états de service. Mais, nous sommes faits, nous autres, pour nous dévouer sans autre récompense que notre conscience... et les appointenients de la police

to

({ La cérémonie terminée, la famille impériale reprend en canot la route de V Aigle.

« Les ouvriers, sortis des ateliers, assistent dans le silence le plus complet à cet embarquement, après avoir poussé par trois fois, sous les yeux de leurs chefs, les hourrahs réglementaires.

(( A 7 heureSj on a dîné à bord de V Aigle.

v< M. Emile Ollivier était du festin. Son ancien ennemi électoral, M. Monlois, préfet du Var, se montre pour lui plein de prévenance.

« C'est bien ain?i, je m'y connais, qu'il

faut traiter un iiomme qu'on détet^l6, et mé = nager un futur ministre.

« Le dîner était-il bon?... Il a été court. L'Ahjle, qui ne devait partir qu'à dix lieures du soir, appareille à huit heures et demie, au milieu d'une superbe fête vénitienne, et je suis obligé de décommander Tescouade d'enthousiastes qui devait saluer le départ de Sa Majesté.

« Je vous le dirai, iMonsieur, je suis rentré morne et attristé. Ce voyage ressemble à tous ceux que font les souverains et les souveraines dans les plus som^bres années de leur règne.

« La sympathie, même la plus vraie, n'ose se montrer; l'inquiétude la domine. On s'imagine, par les promenades à travers l'Empire, se ratîachcr les cœurs ; on achève de les détacher.

« — Quoi ! se dit chacun, cela ne fait pas plus d'effet que cela d'ôtre ingrat ?

« Et puis, l'égoïsme qui marchande déjà l'avenir, compare sa tiédeur à celle du voisin ; et, de même qu'il y a dans certains moments des ému'ations d'enthousiasme et de dévouement, il y a, à certaines heures critiques, des émulations de dénigrement.

w J'ai peur que nous ne soyons à une de ces heures- là.

(( On a donné des ordres pour qu'on fit dii=paraître promptement les préparatifs de fête. Au retour, l'impératrice ne veut rien d'officiel. Elle ne traversera pas Toulon. Les augusîes voyageurs se rendront aussitôt à la gare de la Seyne par l'embranchement qui mène le charbon dans l'Arsenal, et ce sera par celte voie tendue de noir que le cortège reprendra la roule de Paris à toute vitesse.

(i J'ai oublié de vous mentionner le singulier discours de révoque.

a Ce prélat n'a t-Il pas eu l'audace de dire en toutes lettres à rimpératrice que, quoiqu'elle ne soit pas une souveraine légitime et sanctionnée par le droit divin^ le parti clérical lui pardonne, en raison de ses efforts constants pour faire durer l'expédition romaine ?

« Cet'e bénédiction équivoque, celte reconnaissance sous condition sont encore un symptôme.

« Ah ! Monsieur, si je compromettais pourtant mon avenir ! Dites-moi s'il est temps de donner ma d'émission. »

A,iiucli 6. — lo de nos correspondants, qui se trouvait à Ajaccio lors du passage de l'Impératrice, m'envoie le sommaire abrégé suivant, dont je garantis la parfaite exactitude.

Cette fois, le spectateur ef^t sur la mer.

(; Dlmancke. — Arrivée de WVnle venant de Bastia. Trois salves complôlr? de l'artillerie de toute rescadre.

« 11 y a de quoi réveiller tous les Bur;>'\-

partes endormis depuis des siècles dani^ la poudre de l'île.

u Oa a lail venir à Ajaccio tous les maires, tous les adjoints, tous les conseillers généraux et municipaux.

« Cet orphéon galonné ne se lasse pas de crier, mai'^ lui seul cric.

« L'Impératrice et le Prince impérial descendent à terre après leur déjeuner. Les rues et les quais sont pavoises. On parcourt la ville. Les fonctionnaires , surtout les Corses, crient toujours.

« On pose la première pierre d'une cathédrale devant l'hôpital militaire. Un discours

'Je circonstance bombarde les visiteurs qui, n'étant plus à jeuu, écoutent avec patience.

« On facilite la dige^^tion, d'ailleurs, par une nouvelle promenade. On va visiter la maison Originelle; on revient à la Préfecture; on présente les Corses influents et les dames corses légèrement cor set é es.

« L'orphéon des maires crie toujours !

u On revient à YAigk pour s'y reposer. Quelques instants après, on fait une grande promenade sur l'eau avec accompagnement de tous les bateaux de l'escadre.

(( On a donné Tordre à ces derniers de crier toutes les fois qu'ils seront à portée de voix.

« iMalgré la double ration, Tenlhousiasme est chétif.

a Le soir, repr^^sen talion gala au ihéàtre. L'escadre n'a que vingt invitations. Le commissaire central invite la foule à crier quand il en donnera le signal.

« Le spectacle finit e bonne heure, et rirapératrice traverse des lampions et des feux d'artifice pour retourner à bord.

« Lundi — Grand dîner à la Préfecture. Les cuisiniers et les maîtres d'hôtel manquent ; l'escadre, sans rancune, les fournit.

« L'Impératrice paraît souffrante au dessert, ce qui n'empêche pas le défilé des campagnes, des marins et de tout ce qui est sus-

ceptible de défiler sous le balcon de la pri^recture, où le jeune prince est de faction.

(( Le bataillon sacré des enthousiastes officiels fait son petit vacarme. La foule crie, puis on retourne à bord.

« Le soir, illumination splendide, féerique. Toute l'île est embrasée. Les maquis des montagnes flambent comme le buisson ardent de Moïse ; mais nul Dieu ne se révèle. Les feux d'arlifice ressuscitent les volcans éteints. Résurrection éphémère î Demain la terre sera refroidie.

« L*amiral Jiirien de la Gravière offre une grande fête vénitienne; tous les canots, garnis de lanternes, circulent autour de V Aigle. Les musiques jouent, et, dans le lointain, le chœur des braillards s'obstine à gâter la magnificence de cette apothéose, comme jamais la Gaîté et le Chàtelet n'en ont offert à leur public.

tt 11 manque de la musique d'Offenbach.

(t Dans la nuit, on appareille pour le départ, et tout ce bruit, tout cet enthousiasme factice s'enfoncent dans l'immense silence de la mer.

u J'oubliais de dire que, depuis (rois jours, nous n'ayons pas de courrier de France.

« On ne veut pas gâter les plaisirs pura do cette petite excursion par des nouvelles politiques. •.)

Les lâches d'encre, qu'une main pieuse avait lancées comme une excommunication sur le groupe de M. Carpeaux sont effacées. S'il était aussi facile de nettoyer les autres édifices, celui, par exemple, qui attend soq couronnement !

Au moment où l'Allemagne songe à se guérir du jeu, des âmes bien intentionnées réclament instamment en France le rétablissement du trente-et-quarante et de la roulette.

Pour ma part, je trouve que ces pétitionnaires sont logiques. Les maisons de jeu ne sont pas plus immorales que n«=- Va été la

Bourse; et, sous ua régime qui, vivant au hasard, marche vers l'inconnu, les tripots sont une conséquence.

On me signale le petit fait suivant, sur lequel j'appelle l'attention de mes lecteurs.

M. Roulleaux-Dugago, petit-fils du conventionnel régicide Bertrand de VHordinier^ ancien préfet à poigne sous Louis-Philippe, député de l'Hérault depuis 1852, touche depuis vingt ans une pension de 4,000 fr., pour infirmités contractées dans l'exercice de ses fonctions de préfet.

On demande quelles sont ces infirmités très-latentes , et l'on voudrait savoir si elles sont inhérentes à la fonction de préfet.

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