VICTOR HUGO
qui paraît demain chez l'éditeur Arm. Le Chevalier (1) :
C'était le lendemain de Finsurrection de 4830; on mettait Paris en état de siège. Le jSational, avec Carrel en tête, voulait publier une protestalio]! signée. Victor Hugo,
(1) Quatre livraisons ont déjà été publiées dans cette collection : Napoléon IIT, — Lamartine, — Rouher, — le duc d'-Vumale. — Prix de la livraison, avec portrait hors texte : 40 centimes: par la poste, f>0 centimes.
averti du projet par Sainte-Beuve, lui répond :
a Je ne suis pas moins indigné que vous, « mon cher ami, de ces misérables escamo- « teurs politiques qui font disparaître Tar- « ticle 14, et qui se réservent la mise en « état de siège dans le double fond de leur « gobelet.
« J'espère qu'ils n'oseront pas jeter aux « murs de Grenelle ces jeunes cervel'es trop {' chaudes, mais si généreuses. Si les fai- (( seurs d'ordre public essayaient d'une exé- ({ cution politique, et que quatre hommes de « cœur voulussent faire une émeute pour « sauver les victimes, je serais le cinquième.
« Oui, c'est un triste, mais un beau sujet « de poésie, que toutes ces folies trempées de « sang 1 Nous aurons un jour une République ^ « et, quand elle viendra, elle sera bonne, « Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne (( sera mûr qu'en août. Sachons attendre. La « République proclamée pa>' la France en « Europe^ ce sera la couronne de nos cheveux (( blancs., »
Aujourd'hui, Victor Hugo a la tôle gri.^^e. iNous autres, les condisciples de ses enfants, nous grit;onaons aussi, et nous ne désespérons pas plus que lui.
J8 sais bien quel reprocito on adresse surtout au poêle. 1! a chanté la Colonne. Il fat un de ces admirateurs dangereux de Napoléon 1'^' qui devaient saupoudrer d'un peu de prestige le chemin des aventures de Nipoléon III. Jo n'oublie pas que, en 4848, il fit la propagande la plus active en faveur du prince Louis-NapoVon Hor.aparte. J'aimerais mieux, sans doute, qu'il eût toujours, comme Lamartme, professé la défiance et la haine
de ce nom étranger ; mais il était le fils d'un de ces soldats victorieux qui forçaient les moines d'Espagne à entonner le Domine Salviim, et qui, frappant de leur sabre sur les marbres .^es pa'ais, croyaient démocratiser les rois quand ils arislocratisaient les soldats.
I^ar piété filiale, Victor Hugo fut séduit. Sa raison n'eût pas résisté, d'ailleurs, ;\ l'atirait invincible qu'il a pour tout ce qui est i>nt et prodigieux. Il est resté un admirateur sincère de Napoléon - le-Grand ; je l'en plains et je l'en blâme, même après qu'il a écrit Napoléon le petit. Mais ce culte, personnel et accidcaîel, prouve au moins que les événements n'entament pas dans le cœur du poëte le roc de ses idées.
J'ai dit que Victor Hugo aimait la force. Comment ne l'aimerait-il pas? Il la produit.
Tempérament énergique, volonté indéracinable, il recherche d'instinct dans s?s drames, dans ses vers, dans sa prose, dans sa vie, l'énorme, le profond, le splendi le, l'éclatant, c'es^-à-dire la force du dessin, de la silhouette, de la lumière, de ia couleur.
On a discuté la solidité des sujets qu'il met en œuvre, des péripéties qu'il dénoue : on lui a reproché, comme on peut 1-^ reprocher k Shakespeare, la puérililé des prétextes qui amènent de grandes explosions
immaines. Mais, ce qu'on ne saurait discuter, c'est la commotion que donne une page, une strophe de Victor Hugo, tant le coup ressenti est fort ! c'est le reflet opiniâtre que laisse dans l'esprit l'image qu'on a vue passer, tant l'image était fortement colorée î C'est Téiargissement des proportions que l'esprit communique aux choses, après que Victor Hugo les a traversées, tant son raisonnement, vêtu d'une forte armure, fait une trouée puissante !
Son écriture rapide, écrasée pourtant :
sa signature, nias?.ive comme une inscription gothique, ou bien qu'il clouo comme les deux ailes d'un grand oiseau au bas de se^ pages; sa façon de polémique, qui vise aux grands coup-, qui assomme au lien d'égratlgncr; ses moyens d'émuavoir, qui vont Jusqu'à rextréme; sa gaîié formidable, qui remue les entrailles comme le rire de lUbclais; son lyrisme, à la fois ivresse et travail ; son érudition, savamment désordonnée; tout en lui, hors de lui, révèle un tempérament qui s'épanouit, une force qui violente la grAce, sans l'anéantir.
Oa le croit brutal ; et, tout- à- coup, réiiormité devieDt transparente, s'irise aux rayons du soleil, s'évapore comme une bulle dars l'air. Le granit s'ouvre pour laisser passer une Heur qui embaume; la bouctie d'anihre sourit et apaise les échos retentissanis
Le? contrastei:, iei antilliestr, qu'il chtrclie nar-emenl dons ses œuvres par an be- -ciQ de ?a nature, il les a dans son gonie.
IL est, dans la vie, extrêmement so'ennel et toiit à co\i\) aiorablcment l'aniilier. 11 aime les héros (t en fi t ('es co'osses; mais ii i:;me les enfants, el 1: s fait aussi forts que
Gwynnplaîne seul, éperdu, tout frissonnant dans la neige, s'élève aussi haut que quand il soufflette les lords de son indignation formidable. Il y a toujours du géant ramassé, même dans le petit.
L'excès des mièvreries est encore une surabondance. Quand Hugo ne brise pas des crânes dans quelque festin des N'iehelungen^ dont il semble, par son nom, un convive ordinaire, îl s'amuse à parfiler des nuées et à raffiner Ossian. w
(louis Ulbach) FEHKAGUS
Le Gerani : L. LE CHEVALIER
Fârl».-' iDJprimerle de Uubulsson et L\t, rue (;< y-EK^roo
OOIuLEOTIOIV
DES
GRANDS PROCÈS POLITIQUES
Celte Colleciiont
rédigée d'après les documents authentiques^
se compose des 8 volumes suivants :
Hivi\»houvg, par Alh. Fermé, 4« édition. Boulog;nc, par le même, 4*^ édition.
La Conspiration du général Hlalet,
par Paschal Grousset, 2«^ édition.
Le duc d'En|s;hien, par L. Constant, 2« édition.
Louis XVI, par le même.
Gracchus) Babeuf et la Conjuration des Eg;auiL, par Philippe Buonarotti; préface et notes, par A. Ranc.
Les Accusés du 15 mai 1848 (Albert, Barbes, Blanqni, Raspail, etc.), par Ern. Duq uai.
Le maréelial Xey, par G, d'Heylli.
Fris da volume ; 1 fr. 50; par la poste : i fr. tS
Les S volumes sont envoyés franco contre un mandat-poste de 12 fr. adressé à M. Arm. Le Chbv,\LiER5 61, rue Richelieu,
Nfîï»
Samedi 18 septembre 1869.
PAR
FERRAGUS
JcuclÊ ». — On avait bien dit que, pour se sentir fier d'être Français, il fallait contempler la colonne.
Mais il n'avait jamais été question de la colonne... vertébrale de l'Empereur.
i El encore, û on la regardait au Eommel!
Je défie la caricature de représenter Télat actuel de la France. Sous Louis-Philippe, on la disait humiliée devant l'Anglais; depuis Sadowa, on Tincline devant le Prussien.
Mais cet acoroupissement sur une plaie que la pudeur défendait autrefois de nommer, celte littérature vésicale, ces éphcmerrhoides de Saint-Cloud, ces^o/j/?e?7ien/s variqueu.z ou fongoides^ ces hématuries, ces cathctcnsmes, tout ce verbiage savant qui sert de feuille de vigne à des vilenies de la nature humaine, finit par écœurer le chauvinisme le moins bégueule.
On ne peut plus lire un journal en bonne compagnie, et l'on ne peut plus parler de l'Empereur à table.
La fistule de Louis XIV a moins troublé les imaginations de son temps.
Ce n'est pas sur la belle nudité de la statue de Carpeaux qu'il faut répandre une bouteille d'encre. iMais, que dis-je, malheureux! n'a-t-on pas assez répandu d'encre sur ce point douloureux de la constitution impériale?
Autrefois, dans les temps de barbarie qu'on appelait le régime parlementaire, il était convenu qu'on ne découvrait pas la couronne. On découvre bien autre chose aujourd'hui !
Et c'est sous le règne de Napoléon 111, du neveu qui a trouvé dans le bagage des idées de l'oncle ce précepte salutaire, essentieilement utile aux Bonapartes : « Il faut laver son linge sale en famille ! »
Or, le linge sale implique à plus forte raison tout ce qui peut se trouver dessous.
11 est à craindre qnc cette pctilc ilôhauchc chirurgicale ne se prolonge. Les nif^-dccins Re garantissent rien. Cette précieuse santé peut encore nous laisser désirer beaucoup de choses pendant im mois ou deux. AssignoPxS comme terme le 2 décembre prochain, et prenons en noire pai ti.
Jusque-là, nous aurons tous les jours des commentaires, des paniques, avec des sursauts ineffables d'espérance.
. Vous verrez qu'avant peu les courtisans voudront tous avoir leur petite vessie malade. Les hommes suivront la maladie de l'Empereur comme les femmes ont suivi les modes de l'Impératrice !
Quant aux journaux illustrés, toujours en
quête d'une actualité intéressante, pourquoi
*-ils pas donné encore le dessin, le pro-
'a coupe, l'élévation de..,, la
En alîcndant, loufe la France est suspendue à cette question : FEnipercur va-t-il, oui ou non, aller se promener? Viendra l-il à Paris ?
On chante dans les faubourgs sur l'air national de la Casquette du père Bugeaud :
As- tu vu ta caîccJie?
Cette calèche de nos rêves, c'est véritablement le char de l'Etat. Celte fois, on voudra bien convenir que ce n'est pas de notre faute si le char alîectionne la remise et s'il ne va que caJtln-caha quand il sort.
Comment les sénateurs, préposés par leur fonction et intéressés par leur tempérament â la constitution de Tiimpire et à celle de l'Empereur, n* onî-ils sonJé qu'un des côtés de la question ?
On leur demandait le couronnement de Tédifice, ils en ont négligé le fondement.
C'est un tort. N'ont ils donc pas de vessie au ventre ? C'est pour le coup que ceîle- Icà eût dû leur servir de lanterne ?
Qu'est-ce que cette annexe libérale peut donner de confiance au pays, avec un chef du pouvoir exécutif si incontestablement malade ; avec des ministres, ou incapables, qui dissimulent, ou violents, qui se relienrent; avec un enfant inconnu et sa mère?
Voilà pourtant à quoi s'exposent les grand:=
pays qui s'abandonnent. L'Empereur n'a pas plus promis d'être immortel qu'il n'a juré d'ôtre infaillible. Et pourtant, c'est sur son immortalité et sur son infaillibilité sousentendues que tout a reposé jusqu'ici.
Aujourd'hui, on s'aperçoit que le Dieu n'est qu'un homme et que l'homme n'est pas plus le maître de garder son intelligence à l'abri de toute atteinte, que sa vessie à l'abri de tout rhumatisme, et l'on commence à avoir peur.
Quant à nous, cetle peur du pays nous donne confiance.
Tant que nous n'étions que quelques-uns seulement à voir le défaut du présent et la menace de l'avenir, nous nous sentions découragés. Aujourd'hui que la lumière arrive au plus aveugle, il faudra bien aviser !
Une chose m'étonne.
L'Empereur, pendant sa réclusion forcée, travaille autant avec M. le préfet de police que les médecins travaillent avec luimôme.
M. Piétri serait-il un médecin déguisé ? On a trouvé des Corses pour tout faire. Le dévouement de M. le préfet de police irait- il jusqu'à s'associer à Fœuvre de M. Nélaton, comme M. Fleurant s'associe à l'œuvre de M.DiafoifUS?
11 y a là évidemment un mystère.
Car il n'est pas vraisemblable que la tran-
qriillitt^ do Paris n(''C0??4te do si noml)rou?03 conlêrences, et que Sa M ajesié ait besoin d'interroger si souvent le préfet de police pour ne pas savoir léîat de l'opinion.
VeBiïîredî 10. — L'Empereur vient de faire acheter sur les fonds particuliejs de sa libte civile le domaine d'Orx ayant appartenu à iM. Walewski.
Celle fantaisie aura coûté \ ,200,000 francs.
L'Empereur est bien libre de disposer de son argent, ainsi qu'il dispose quelquefois du nôtre, sans que nous ayons rien à voir
— io —
dans ses libôralités. Mais il me sera bien permis de regretter que le chef de Flïtat, ayant un peu plus d'un million à placer, et une bonne œuvre à faire, n'ait pas acheté le château de Montceau, qu'on ne peut vendre, et dont l'acquisition serait à la fois un hommage à Lamartine et un grand service rendu à ses héritiers.
Comme littérateur, M. Walewrki, on en conviendra, est au dessous de Fauteur de Joc^lyn, et, comme homme d'Etat, Lamartine a peut-être joué un plus grand rôle.
Quels services rémunère- t-on donc avec tant de cumul dans la veuve de M. Walewski ? Le pays lui fait vingt mille francs de rente, et l'Empereur en ajoute soixante.
On subventionnerait quatre écoles professionnelles avec celte pension-là.
On parle de dislocations ministérielles.
On prétendait, il y a quelques mois, que M. Rouher mettait sons les roues du char de TEtat les cailloux qu'il eût mieux fait de mettre dans sa bouche, afin d'égaler Démosth6ne.
Aujourd'hui, on s'aperçoit que M. de Forcade, comme le petit Poucet, suit le chemin tracé par ces cailloux. La routine de la réaction, \oila le labyrinthe de nos hommes d'Etat.
Après tout, M. de Forcade est le frère
Utérin d'un dos grands acteurs du 2 drcombre, et il a dans pc.^ souvenirs l'éclair du sabre de Saint-Arnaud. J'ajoute que, lui aussi, il a sa petite maladie. Sous ce rapport, il est digne de parliciper aux affaires.
Il est affligé d'an tic nerveux qui lui secoue la tête et les épaule\ comme si la tèle allait se délacher du cou. On appelle ce mouvement la danse de la Roquette. Le tic est toujours un signe de grande colère.
M. de Tillancourt prétend qu'il faudrait à M. de la Hoquette autant de tact qu'd a de tic, pour qu'il Ht de la bonne farine.
J'ai reçu un Mémoire h consulter que je voudrais faire lire par la France entière.
C'est la noie rédigée par M. Fourrât, ancien contrôleur des contributions directes de Breteuil (Oise), contre MM. Cavô d'Haudicour de Tartigny, et Cave d'ilaudicour de Bonvillers. Quels excellents noms de nobles 1
Ce que l'imagination de Balzac pouvait inventer en fait de dénonciations, de persécutions, d'enquôte mystérieuse, de trappe?, de chausse-trappes, pour perdre un rnallieureux contrôleur qui a voté un jour contre
les seigneurs de son canton, est dépassé par cette simple histoire.
Tout le monde s'en mêle, et le préfet de rOise, avec une naïvelé sournoise, conlie l'enquête secrète au dénonciateur, à l'ennemi même du pauvre contrôleur. On torture, on suspend, on destitue celui-ci ; on le fait condamner à je ne sais combien de mois de prison pour avoir dit que Napoléon 111 n'était pas un grand général, et que le Prince \m.périal n'avait pas une bonne ?anlé l
Je suis cerlain qu'aujourd'hui, si M. Fourrat se pcrmellait de douter de la pureté des inteclins, de l'intr-grilé de la vessie et de la salubrité des liéniorroides Impériales, on demanderait sa tôte.
Le compte de la pri?.on est liquidé ; mais la carrière perdue 1 mais l'avenir administratif 1 qui le rendra ?
Sera-ce ce préfet, si obséquieux pour ses conseillers généraux, qui se prête à de si pitoyables tyrannies, et qui mériterait d'être destitué, si les fonctionnaires étaient responsables de leurs violences ?
Sera-ce M. Cave d'Haudicour de Tarligny, etc., etc., ou M. dllaudicour de Cave de Bonvillers, etc., etc.? /
M. Fourrât cite ses dénonciateurs en justice. Il offre de prouver toute l'intrigue; il veut que la lumière descende sur ces basses manœuvres.
11 a celtes raison; et je ne doute pas
qu'il ne £oit vengé aux yeux des honnéles gens, quand il aura encore une fois perdu son procès.
Le cas du Sénat, c'est-à-dire du sénalusconsulte, s'est modestement clFacé devant le cas de l'Empereur, et on ne parle déjà plus de cette opération faite à la Constitution de l'Empire depuis qu'une autre constitution est en soulfrance.
Soyons moins injustes, et jetons des fleurs sur la rliétoriijue de ces orateurs invités à parler touo leb cin({ ou six ans.
Plusieurs journaux ont commis l'erreur de confondre iM. Boulay (de la Meurlhe), le génaleur actuel, avec ^on frère aîné, nui élait vice-préîident de la République.
Pendant une indisposition du président, on afficha partout ce distique :
0 bizarre destin ! que le président meuvlc, Nous serons présidés par Boulay de la Meurthe !
C'était une espèce de consolation ironique. Aujourd'hui , cette ressource même nous manquerait.
Le seul acte de lancien vice-président, qui ne vice-présida jamais, ne fut pas d'empêcher le coup d'Etat, qui du coup lui enlevait son état, mais d'empêcher qu'on n'entamât son bel immeuble de la rue Bonaparte, à l'angle de la rue de Vaugirard.
Il fallait bien respecter le pignon sur lequel on voyait gravé dms Ja pierre : iJ</e du Pot -de- fer ei Rue Mutius Scœvoîa!
M. Haussmann l'inflexible fit flécbir l'alignement de la rue, et M. Boulay (de la M eurthe) mourut sans êlre exproprié.
M. Quenlin-Baucharta parlé en faveur de nos libertés. C'est un converti de la même foi que M. Maupas, avec celte différence qu'il n'a eu besoin que de fouiller dans ses opinions entassées pour retrouver le libéralisme qu'il avait perdu.
Sous Louis-Pliilippo, il était le correspondant du jyationaî pour le département de l'Aisne.
-iû -
Les républicains, qui auraient dû renvoyer promener, renvoyèrent à la Constituante. 11 s'empressa de renier la République et fut ua des coryphées de la droite. Nommé rapporteur de la commission d'enquête sur les journées de juin, il dressa un monument confus d'erreurs, qui le mit en grande faveur sous le régime du 2 décembre.
Pourtant, il alla à la mairie du 10^ arron-^ dissement, et mit le président hors la loi.
Le président se vengea en le mettant au Conseil d'Etat, et plus tard au Sénat.
M. Quentin - Bauchart est de ceux qui comptent sur la triple alliance de la sagesse impériale, de la modération française et de la bonté céleste.
Il a répété dans la discussion que, si Louis- Philippe est tombé, c'est qu'il ne ?ut pas se défendre.
Et Charles X ?
Le général de la Hue, lui, a donné le bulletin des batailles de la rue.
Il y a eu en 1830 600 Parisiens tués, 5,000 blessés et 1,800 soldats mis hors do combat.
Voilà tout ce que Charles X a gagné à se défendre.
M. Monnicr de la Sizeranne, qui s'appelle Henri et que Mme de Girardin appelait Henri Monnier, a dérendu le sénatusconsulte.
C'est le moins qu'il devait à l'Empire, qui l'a fait comte et qui a fait son fils dé:).uté.
On sait qu'il a commis un poëme sur Louis XVi.
C'est le Cliapelahi du Sénat, qui n'a pas de Bclmontet.
M. Larabit a peur des journaux. C'est pourtant un vieux libéral, mais si vieux ! U a rapporté son libéralisme de l'jle d'Eibe.
\\ était capilaine de génie sous la Restauration, et, sous le gouvernement de Juillet, il
fut de Topposilion radicale ; sous la République, il votait souvint avec la gauche. Pourtant, il refusa d'ac(iuiescer à Tordre du jour qui proclamait le général Cavaignac bien mcritaiit de la pairie.
On l'arrêta, lui aussi, à la mairie du X® arrondissement, pour le fourrer au Sénat.
Le Sénat est le violon des insurgés qui se calment.
Tous les journaux ont pris la peine de réfuter ou de répudier M. de Ségur-d'Aguesseau. On lui a jeté au n z sa profession de foi répubrcair'(\ C e5t trop d'estime encore dans le dédain. 11 l'dut laisser M. de Ségurd'Aguesseau à ses fureurs.
Je ne dirai rien de M. de Maupas. Puisque les maladies d'entrailles sont à la mode, l'heure est peut-être proche pour lui d'offrir ses coliques à TEmpereur,
M. Bonjean, un des plus ardents libéraux du régime actuel, était réactionnaire sous la République et républicain sous la monarchie.
Il devait ôlre dans les bureaux du National le jour où quelqu'un d<5plorait le massaere dont Fieschi était cause.
— Bah! dit un farouche, quand on veut tuer une vipère, ne fait- on pas bien de détruire en même temps tout le nid?
M. Boujean se 50uvi(.'nt il de ce propos?
Où a remarqué que le prince Napoléon, dans son excellent discours, par'ait de son dévouement au jeune prince impérial et ne disait pas un mot de Tlmpératrice.
VOjnuhni nalkmale iiC charge de liiurdes conclurions de cette réliconce.
Mais, depuis quand donc les membres de famille impériale sont-ils condamnés à s'aimer ? La discorde entre frères et cousins est une tradition napoléonienne, absolument comme certaines infirmités dont on parle beaucoup aujourd'hui.
Lors du couronnement de Napoléon I^s Joseph ne voulait pas que sa femme portât la queue de l'impératrice. L'Empereur tenait essentiellement à ce détail d'étiquette et se fût senti humilié que cette queue resplendissante fut conûée à des mains ordinaires. Des scènes tumultueuses suivirent ce diiïérend, et voici comment Miot de MélUo raconte la lin du débat.
Napoléon fît appeler Joseph à Fontainebleau, où il était allé recevoir le Pape, et lui dit:
(( J'ai beaucoup réfléchi au différend qui s'est élevé entre vous et moi, et je commencerai par vous avouer que, depuis six jours que dure cette querelle, je n'ai pas eu un instant de repos. J'en ai perdu jusqu'au sommeil, et vous seul pouvez exercer sur moi un tel empire. Je ne sais aucun événement qui puisse me troubler à ce point. Cette influence lient encore à mon ancienne alïeclion pour vous, au souvenir que je garde de celle que vous m'avez témoignée pendant mon enfance.:.... Je sais que vous êtes incapable clun crime, et que jamais^ quels que soient les avantages que vous puissiez trouver à ma mort^ vous ne les achèterez par un attentat »
Ouvrons une parenthèse pour admirer le sentiment de ces frèns Corses, qui vont tout de suite entre eux jusqu'à la supposition du meurtre. Us ne se chamaillent jamais, sans penser qu'ils pourraient se poignarder.
Napoléon veut bien épargner ce soupçon à Joseph, mais il ajoute :
« Je ne pense pas ainsi de Lucien;
voilà pourquoi je l'ai écarté, pourquoi je ne le rappellerai jamais...
« Donnez- moi donc simplement votre démiv^sion, sans esclandre, et sous prétexte de voire santé; retirez-vous à iMorfontaine ; faiies-y le malade pendant l'hiver ; ayez vos rhumatismes. Je vous donnerai un million^ deux même s'il est nécessaire. Vous achôlerez une terre en Italie, aux environs de Turin; au printemps, vous voyagerez en
Allemagne, en Unssic. Vous n'avez rien à craindre de moi; je ne suis pa^ le tyran de ma famille. Jamais je ne commettrai de crime^ puisque je n'en ai pas commis pour nie séparer de ma femme, pour faire un divorce dont je sentais la n6cessité,et qui avait toujours été résolu dans ma téic jusqu'à mon voyage en Normandie et en Belgique, où j'ai pu connaiirc toute la bassesse des Français etm'assurer qu'il n'était pas nécessaire d'en venir là pour obtenir de leur servilité tout ce que je voulais on exiger.»
Je ne m'arrête pas à ces jolis mots consacrés aux Français, à cette bassesse et à celle scrnlilé. Il a toujours été convenu, d'ailleurs, qu'un despote avait le droit de mépriser et d'injurier un pays qui racceptait; mais je reviens sur cette idée si familière et si naturelle dans l'esprit de Napoléon : Je pourrais assassiner ma femme ai exLassassi' ncr d'autres, et je ne le fais pas. Suiii-je aimable et bon Corse!
La querelle aboutit à une transaction. La femme de Josepli ne porta pas la queue \ mais elle soutint le manteau.
On a pu voir également, par cette citation, que les voyages aux frais de la caisse impériale sont toujours les premiers moyens d'ar< rangement otïerts à l'anlipathie naturelle des frères ou des cousins de la famille Bonaparte entre eux.
E>!ikmuehe 1^. — Eniin la calèclie a produit son edet. On Ta vue; elle s'est promenée. Il y avait quelqu'un dedans^; c'était rErapereur !
La Bourse peut remonter; la confiance peut interrompre son agonie : l'Empereur a montré son visage.
C'est tout ce qu'il pouvait montrer, et on ne lui en a pas demandé davantage.
Le Gaulois annonce gravement, avec une ironie voilée, que, ce matin, Sa Majesté a déjeuné seule. Son repas se composait de la deuxième aile d'un perdreau d' avant-hier , qu'il avait prié de lui conserver, d'un bis» cuit et d'un demi- verre de vin de Bordeaux coupé d'eau de Vichy.
On ne saurait être plus sobre, ni plus économe.
Cette deuxième aile de perdreau, gardée par ordre depuis deux jours, mérite de prendre sa place dans l'histoire. La chasse est ouverte, les perdreaux ne manquent pas.
Mais l'Empereur a pensé qu'il n'avait pas le droit de coûter une aile de plus à son peu-
pie. Ce n'est pas de sa faute si les ouvriers ne peuvent mettre la poute au pot : ils auront, du moins, aujourd'hui, la satisfaction d'accommoder aux choux une aile de perdrix, laissée généreusement sur le marché.
Ce n'est pas parce qu'elle était plus ou moins faisandée que cette deuxième aile a été préférée; non, c'est par devoir, par convenance, par mesure de ménage.
Quand on a dépensé la veille douze cent mille francs pour les alouettes de Mme Walewska, on est bien forcé de grignoter le lendemain la deuxième aile de son perdreau : sans cela, on passerait pour un prodigue.
On ne dit pas si le demi- verre devin était d'une bouteille déjà entamée.
Ah ! h;i on avait pensé plus tôt à ce système économique !
Je ne m'élonne plus d'enlentlre parler de la prochaine destitution de M. Haussmann. Le temps des folies est passé...
On lisait dans VOplnloii nationale du 10 septembre :
(( L'Empereur, il est vrai, n'a que soixante et un ans ; mais il a porté le poids de bien des travaux, de bien des préoccupations. Sa vie a été agitée, laborieuse, soucieuse. Les événements lui ont imposé les fatigues du pouvoir, et il ne s'est pas toujours refusé celles (lu plaisir, »
Je trouve VOplnÎGn Nationale bien sévère. Am moment où l'Empereur se met à la portion congrue et se contente d'une vieille aile de perdreau, lui reprocher les fatigues du plaisir, c'est cruel I Quand il pouvait voler de ses deux ailes, ou en manger deux de perdrix, c'était alors qu'il fallait moraliser.
Aujourd'liui, c'est trop tard.
Dan:^ le même numéro, W. Amiguesa écrit un article incisif comme un coup de bistouri, sous ce titre : Les fausses pudeurs. Le véri-
table litre devait être : Les Hémorrdides de VEmpereur, C'était aller droit au but.
L'auteur demande pourquoi tant de mystère, et il ajoute :
(( On dit qu'il s@ promène; mais on n'ose pas dire qu'il ne peut pas s'asseoir. »
Au surplus, il est bien temps (j'en demande pardon à mes lecteurs habitués à plus de décence) de rendre aux hémorroïdes la place importante qu'elles occupent dans les idées uapoléonienu'-s.
On l'oublie trop ; les grands ennemis de la dynastie, depuis son fondateur jusqu'à
INapoléon 111, ce ne sont ni les républicain?, ni les orléanistes, ni les légitimistes ; ce sont les hémorroïdes.
M. Thiers n'a pas voulu avouer la chose dans son histoire, mais Charras l'établit impitoyablement dans la sienue. Les hémorroïdes, en empêchant Napoléon de monter à cheval, ne lui permirent pas de prévoir ou de réparer les premiers désastres de AVaterloo. Il resta en voiture et perdit l'Empire.
L'infirmité de l'oncle doit-elle être aussi funeste au neveu? Voilà ce que l'avenir nous apprcn>ira.
l.nucH 13. — Le Figaro a publié une .ettre du comte Léon, fils naturel de Napoléon \^\
Ce descendant mode- te déclare qu'il s'efface devant rtiéritier du plus grand nom des temps modernes, et qu'il n'a aucune prétention au gouvernement de la France.
Si j'ai bonne mémoire, il n'en lut pas toujours ainsi, et, pendant que le prince Louis Bonaparte était à Londres, une sorte de compétition, de rivalité, s'établit entre eux et finit par une querelle en règle.
Le prince refusa d'abord de dégainer, puis il se décida à alkîr sur le terrain. Mais, au moment où les deux cliarapions commençaient à se mesurer, des camarades du prince, c'est à- dire des constables, arrivèrent, qui mirent fm à la rencontre.
11 parait qu'aujourd'hui la paix est faite.
La censure vient encore de faire des siennes. Encore un pavé de l'ours sur le front de l'Empire. Elle refuse d'autoriser le titre d'une pièce de l'Odéon que ses auteurs avaient baptisée légilimement le BàtanL
La chose s'appellera Armand. La censure ne veut pas laisser croiro qu'il y ait des bâtards sous l'Empire.
Quel dommage que M. de Morny ne soit plus de ce monde ! Avec son esprit conciliant, il eût désarmé celte censure farouche et puritaine, et lui eût prouvé que rien n'est mieux porté qu'une barre au milieu d'un écusson.
M. Emile de Girardin, qui s'y connaît, a louché ce sujet dans la, préface d'un livre oublié aujourd'liui, Les Bâtards célèbres^ par Chargairaud, avec une lettre-préface par Emile de Girardin. (Michel Lévy, 1859.)
L'auteur a fait la petite bouche pour les contemporains, et n'admet qu'llégésippe Moreau et Emile de Girardin parmi les bâtards.
Ce dernier dit dans sa préface :
« Le législateur français, doublement illogique, flétrit d'une main, flétrit en masse,
flétrit sans jugement, flétrit avant qu'ils soient nés cette classe nombreuse d'hommes à laquelle je ne me vante ni ne me cache d'appartenir; tandis que, de l'autre main, il les admet indisiinct ment aux premiers rangs de l'armée, de la magistrature, de l'administration publique , jusque sur les bancs des Assemblées législatives et autour de la table des conseillers de la couronne. »
La censure n'est pas le législateur. De quel droit est-elle illogique, et se permetelle de bifier sur l'affiche un mot qui n'offense ni la grammaire ni le goût ? Pourquoi ne prétend-elle pas le supppimer dans les Plaideurs?
On dit que le Khédive n'a pas envie de se rendre à l'invitation que lui a faite son souverain maître le sultan. 11 prétend, assurct- on , que si le cordon n'est plus dans les mœurs de la Turquie moderne, on y pratique encore la tasse de café trop chaude.
Aimable confiance 1 11 ne semble pas, d'autre part, que. rimpéralrice ait la moindre appréhension , puisqu'elle se dispose à aller prendre le cafô chez le sultan !
îçiiïi'fîi 14. — Le voyage de rimpératricc n'a piis .^oulcvé autant d'cnlhousiacf me qu'on en attendail, mù.uc en Curte.
Cette froideur reialive me remet en mô-
moire un passage du comlc Miot de Mélilo. H raconte « qu'il eut lieu de reconnaiire que la Corse était un des pays où Bonaparte, quoiqu'il y fût nù, eût rencontré le moins do docilité pour l'exécution de ses projets ; et, fci tous les déparlemenls de la France, ajoutet-il, eussent été animés du même esprit que ceux du Golo et du Liamoac, sa rapide élévation eût peiil-élrc re- contré plus d'obslacles. »
Voilà qui relève la patrie de Paoli dans l'estime de l'histoire.
A propos du centenaire, M. Littré a pul)li(^, dans la Revue positive, un article extraordinairement remarquable sur Napoléon ^^
C'est la vérité dite par un esprit encyclopédique sur un homme qui se prétendait universel, et la vérité implacable. La dou« ceur des termes no rend l'arrêt que plus terrible.
Tous les journaux auraient dû reproduire cet article, le faire pénétrer dans l'esprit des masses. 11 a une clarté si évidente que la raison s'ouvre à lui et s'en illumine brusquement. C'est comme une révélation attendue par le sens commun.
— Au fait, se dit-on, c'est pourtant cela qu'il faut croire !
Et l'on croit.
Voici, entre autres passages excellents, celui où M. Liltré dégonfle la gloire militaire, sans lui sacrifier l'héroïsme.
« Je vais, je le sais, choquer tous les préjugés français ; mais, à mon avis, jamais la France ne fut moins grande que dans les années qui s'écoulèrent de 1803 à 1814. Elle semblait avoir oublié tout ce qui avait fait naguère son glorieux enthousiasme, et donner l'exemple de la plus triste versatilité. L'énorme puissance que les guerres de la République lui avaient remise, elle ne l'employait qu'à des guerres injustes, à des conquêtes odieuses, a des spoliations iniques, à des érections de trônes ridicules ; toutes les hautes parties de la civilisation languissaient; et elle n'avait pour elle que le sanglant
éclal de triomplies stériles; car ils allaient à rencontre du dôveioppeinent libéral, qui devient de plus en plus l'âme de lEuropj. Même ce sanglant éclat lui fut ravi ; des défaites encore plus grandes que ses victoires lui furent inQigées; et il fut évident que les nations, avec une juste cause, avec des cœurs courageux et de bons chefs, étaient capables, à leur tour, de battre celui qui les avait battues. P. -L. Courier a dit le mot, en s'adressant aux étrangers dont on nous faisait peur sous la Restauration : « Ah ! si ») nous n'eussions jamais eu de grand homme » à notre tête... jamais nos femmes n'eus- }) sent entendu battre vos tambours. »
Plus loin, le penseur ajoute, en détruisant ce préjugé du progrés servi par la guerre, qui s'exaltait dernièrement dans une harangue du camp de Chalons :
(( On peut encore parler en Europe de
guerre révolutionnaire , ou contre-révolutionnaire, mais on ne peut plus parler de guerres civilisatrices. »
Et il ajoute plus bas, avec un sentiment trés-nob'e de la solidarité européenne :
u Moins que jamais, nous devons célébrer Napoléon l^% car la concorde des peuples est parmi les idées qui Font renversé. »
Voilà des paroles à graver sur des pyramides de marbre à chaque frontière. L'idée napoléonienne vit de la guerre et, par conséquent, de la haîne de tous les peuples. Le premier sacrifice à faire à Tharmonie, c'est le sacrifice du culte napoléonien.
Laissons donc do coté pour jamais cette vieille légende de la révolution semée par l'Empereur à travers l'Europe. C'est la réaction qu'il a semée ; c'est la haine de la l'rance qu'il a fait lever.
Un joli petit roi, content, satisfait, bête comme il convient, mais sans enlêlement comme s'il avait de l'esprit, un roi qui n'a pas d'armée, qui ne songe pas à la guerre, qui laisse ses sujets tranquilles et qui ne mange pas tous les jours ses deux ailes de perdreau, c'est le roi Courte-Bolte.
Au moment où les dynasdes régnantes perdent de leur prestige et laissent voir leurs infirmités, où les dynasties tombées voient fuir au loin leurs chances de restauration, je vote pour le roi Courte-Botte. C'est la meilleure des républiques.
C'est tous les soirs, au théâtre da Cbâtelet, que ce monarque débonnaire trouve le secret de faire rire, quand, depuis si longtemps, ses confrères de la vie politique ont épuisé le secret de faire pleurer.
Remarquez bien qu'avec lui plus de budget, plus d'impôts, plus de ces épouvantes de la banqueroute, plus de ces combinaisons tortueuses que M. Haussmann a transportées du plan de Paris dans ses plan? de finances. S'il veut un palais, le bon petit roi Courte-Botte n'a qu'à emprunter une pincée de poudre de pei'Unpinpm, et tout aussitôt, un palais féerique se dresse avec des femmes nues capables de lasser les regards de deux cents sénateurs et d'éblouir tous les sculpteurs de nos monuments modernes.
S'il veut aller en voyage, le bon roi Courle-Botte n'a pas besoin de remuei' l'Europe pour trouver des auberges ; il part avec sa couronne en tête et son sac de nuit sous le bras.
La bonne pelite couronne et le bon sac !
Ingambe, n'ayant jamais fatigué sa cervelle ni sa vessie, il trottine jusqu'au pôle, encourageant ainsi, sans le savoir, le capitaine Lambert, que les rois sérieux laissent se désespérer dans l'inaction .
Lo roi Courle-Botte n'a qu'un inconvénient. Tous It s jours, à midi, il reçoit une paire de soufilels d'une main mystérieuse.
Mais il parait, d'après rexcraplc de rois moins fantastiques, qu'on s'y lait. On connaît des souverains que FEurope entière a souffletés et qui ne s'en portent pas plus mal. Il est juste de convenir qu'ils ne s'en portent pas mieux.
Courte- Botte en est quitte pour cacher ses deux joues pendant un quart d'heure; puis, ses sujets prennent pour l'incarnat de., la joie la rougeur de la petite correction.
Pas de censure, pas de procès, pas d'amnistie, pas de constitution à raccommoder, dans le royaume de Courte-Botte. On \it heureux, libre, et pourtant, au fond, le roi bien-aimô qui fait ainsi le bonheur de son peuple est aussi bote que le premier roi venu.
Il faut donc que la tranquillité de ses Etals tienne à autre chocC qu'à sa nullité.
oO
C'est là le problème que l'on peut aller étudier au Chàlelet.
On ne parle pas encore de la visite de l'Empereur ni de celle de la famille impériale.
Mercredi 15. — Puisque les infirmâtes impériales sont à l'ordre du jour, je me suis respeclueusement appliqué à chercher dans les souvenirs du premier Empire les traditions de maladies et de remèdes qui sont comme l'envers des idées napoléoniennes.
11 ne faut pas croire que le ehef de ia dynastie fût d'une santé enviab'e. Qui sait si sa grande ambition ne tient pas à ses tourments d'entrailles ? César fut épileptique, Napoléon \^' eut la gale et le reste.
Soyez donc un bon petit prince paisible avec cela !
Voici les conGdences poétiques que le plus grand capitaine des temps modernes faisait au docteur Antomarchi :
« La constipation m'e^t habituelle. C'est une incommodité de Tenfance; elle ne m'a jamais quitté, mais elle devient chaque jour plus forte, plus pénible. Sans les bains, îes lavements, je ne pourrais la supporter. Je
suis obligé d'y joindre les boiosons douces, le bouillon aux herbes, la diôle. Souvent mémo, tout ce régime ne suffit pas; je suis forcé de recourir à mon remède héroïque, à la soupe à la Reine,
V Cette composition de lait, de jaune d'œuf et de sucre produit sur moi l'elTet d'un purgatif doux et me soulage constamment...
«En revanche, les fonctions urinaires ne se sont jamais bien faites. J'ai toujours éprouvé de la difflculta à uriner, et d'autant plus que le besoin se faisait sentir plus fréquemment ; mais l'envie sommeillait par intervalles; elle me laissait chaque nuit quelques heures de repos. La nature était satisfaite. »
Comme on le voit, la maladie de vessie entre pour beaucoup dans Fhéritage napoléonien, et ja légitimité, qui en est encore à chercher son poinçon, pourrait le trouver là.
Ce n'est pas tout, et je demande encore une fois pardon à mes lecteurs de ces détails chirurgicaux. Mais, ce n'est pas ma faute si l'histoire intime de Napoléon I^^' laisse tant à désirer sous le rapport de la décence, du bon goût et de la propreté.
Puisque la Providence (comme on dit dans les journaux officieux) fait dépendre nos destinées d'un finujus de la vessie ou d'une hémorroïde mal intentionnée, il est bon de s'instruire et de se prémunir.
Voilà comment l'Empereur qui dort aux la alides se soigna longtemps lui-même.
C'est encore aux Mémoires d'Antomarchi, 1. 1. p. 117 et 118, que j'emprunte ces détails sanglants.
«31 octobre 1819. L'Empereur était agité, inquiet Je lui conseillais de faire usage de quelques calmants que je lui indiquais.
— « xAIerci, docteur, j'ai quelque chose de mieux que votre pharmacie. Le moment approche, je sens que la nature vient au secours.
(( En même temps, il se laisse couler sur un siège, saisit sa cuisse gauche, et la déchire avec une espèce de volupté. Les cicatiices s'ouvrent, le sang jaillit.
— « Je suis' soulagé ; je vous l'ai dit ; j'ai
mes crises, mes époques. Dès qu'elles arrivent, je suis sauvé !
« Celle espèce de lymphe qui sortait d'abord avec abondance cessa bientôt ; la plaie se ferma et s'étancha d'elle-même. »
— «Vous voyez, me dit Napoléon, la nature en fait tous les frais. Dès qu'il y a du trop
plein, elle le rejelte, et l'équilibre se rétablit.
((Ce phénomène singulier excita macuriosîié : j'en recherchai toutes les circonstances, et j'appris qu'il était régulier, périodique, et qu'il datait du siège de Toulon. »
En elFet, Napoléon avait attrapé la gale, au siège de Toulon, d'un artilleur tué à une batterie et dont il avait pris le refouloir. Il l'avait négligée pour soigner un coup de baïonnette qu'il avait reçu au-dessus du genou. Cette blessure cicatrisée, il éprouva une démangeaison très-vive, se gratta jusqu'au sang et fit sortir de Thumeur... Chaque fois qu'il se sentait mal à l'aise, il renouvelait Topéralion.
Par malheur, tous les héritiers de Napoléon n'ont pas la gale et n'ont pas une envie si forte de se gratter.
J'ai relevé dans ces i]ie/?îoj,'vs fort intéressants les notes prises par An(omarchi pendant la dernière maladie de rtmpereur. Commençons au 21 juillet 1820.
« I/Emoereur est mieux... lavements. »
Il faut dire que Napoléon avait un goût trôs-vif pouF les clystères; mais les autres drogues rirrilaient.
Après avoir pris un lavement, le l^i octobre 1820, à 10 heures du matin, il se voit menacé d'un vésicatoire : il regimbe.
— « Vous le savez, mon cher docteur, ditil à Anlomarchi, l'art deT^^^uérir n'est autre que celui d'endormir, de calmer l'imagina-
lion. Voilà pourquoi les ancions ?iV;iairnt airuhlf'r? fie roboF, de vOlomcnts qui frappent et qui imposent. Vous avez abandonné le costiime ; c'ect à tort. Vous avez mis à découvert l'imposture de Galien, vous n'agi:^sc z plus avec la môme force sur les malades. Qui sait? Si vous-même m'appai-aissicz loutà-coup avec une perruque énorme, une toque, une queue traînante, peut être vous prendrais je pour lo dieu de la santé, et pourtant, vous n'êtes que celui des remèdes ! »
Remarquons en passant ce détail : « Vous avez abandojiné le costume ! » Qu'on s'étonne après cela de toute la friperie du premier Empire et de toute cette mascarade dont nous avons reçu la culotte courte !
Le 29 octobre, Anlomarcbi laisse écbapper quelques mois sur l'altération de l'esb mac. Le despote res?u>'cile el se cabre.
— « Que parJez-vous d'estomac, s'écrie-til, sachez que le mien est sain ; que jamais, dans aucun lieu, dans aucune circonstance, je n'en ai éprouvé le moindre mal. Qu'il n'en soit plus question, enlendez-vous? «
Cette défense n'est-elle pas bien comique ? Jusqu'où la rage de l'autorité absolue va-t-elle se nicher ?
En novembre, Napoléon se lève moins.
— ... « Docteur, dit-il, quelle douce chose que le repos 1 Le lit est devenu pour moi un lieu de délices; je ne l'échangerais pas pour tous les trônes du monde. Quel changement !... Comme je suis déchu I... »
Le 5 mars 4821, deux mois ju?te avant sa
mort, Napoléon, qui s'est promené l'avantveille en calèche, veut sortir de nouveau.
(( 11 sort, écrit Antomarchi^ s'en trouve bien, prend deux pilules et remonte en calèche sur les trois heures de Taprôs midi
Il e.-t livide, ne présente plus que Y aspect iVun cadavre, »
Ce qui démontre que les promenades en calèche ne prouvent absolument rien.
Je passe une nomenclature effroyable de lavements.
Le 7 avril, on lui en administre deux consécutivement; il en résulte une bonne humeur sensible.
Le 11 avril, il avait refusé obstinément de prendre quoi que ce fût, bien qu'il soutlrît
de vomissements sans fm. De guerre lasse, il se ravisa.
« J'étais rentré dans mon appartement, raconle Antomarchi, il me fit chercher.
— « Docteur, me dit-il, lorsque je parus, « votre malade veut dorénavant obéir à la (( médecine. Il est résolu de prendre vos re- « mèdes. »
{( Puis, fixant avec un léger sourire ceux de ses serviteurs qui étaient rangés autour de son lit :
— (i Droguez-moi d'abord tous ces co- «quinS'là, droguez vous vous-même, vous « en avez tous besoin, u
« Nous espérions le piquer d'amour-proprc, nous goûtâmes à la potion.
— w Eh bien ! soit. Je ne veux pas ôlre
« le seul qui i/ose aflronter une drogue. « AUon?, vite ! »
Antomarchi lui donna la potion, qu'il avala d'un trait.
Le 20 avril, on lui faisait une lecture. U s'endort, on eontinue de lire ; il se réveille et demande de quoi il s'agit.
(I Des prêtres, lui répond-on ; des entraves qu ils vous ont suscitées. L'auteur les dépeint comme des hommes inquiets, haineux, insensibles aux bienfaits.
(( H extravague, s'écria t^'i ; c'est la classe d'hommes qui m'a le moins coûté. Ils étaient tous contre moi ; je leur permis de mettre des bas violets, ils furent tous pour moi. »
Le 21 avril, cet homme, qui toute sa vie avait professé au m.oics rindifl'érence religieuse, demande un prêtre et lui donne des instructions sur la chambre ardente à préparer. Il avait, pour la mort même, la vanité du cérémonial.
(( Sa figure était animée, convulsive, dit Antomarchi ; je suivai;^ avec inquiétude les contractions qu'il éprouvait, lorsqu'il sur-
prit sur la mienne je ne sais quel mouvement qui lui déplut.
— «Vous êtes au-dessus de ces faiblesses; mais, que voulez-vous ? Je ne suis ni philosophe, ni médecin ; je crois à Dieu, je suis de la religion de mon père. N'est pas athée qui veut! ))
Le 25 avril, je lis :
« L'Empereur n'a pas clos la paupière ; il parle, il vam loq ue couVmMeWemeïii... ))
Un empereur qui radote ! Supposez-le encore sur le trône, et voyez ce qu'il peut faire, même à l'agonie.
Enfin, le 5 mai 1821, à onze heures avant midi, Antomarchi écrit :
« lîorborygmcs... Napoléon touche à sa lin. Ses lèvres se couvrent d'une légère écume. Il n'est plus. Ainsi passe la gloire ! n
C'esl-à-dire que la médiocrité passe de même.
On me pardonnera d'abuser de ces cilalions médicales et funèbres. On ne lit dans les jourr.aux que bulelins de santé, qu'articles sur les successions royales et impériales, et, après avoir donné une consultation en règle quiterriûe les adorateurs du régime actuel, le Réveil publie le bilan de la santé de tous les souverains de l'Europe
Il paraît que tous sont menacés.
Cela rappelle ce joli mot de Madame de Coislin, cité par Chateaubriand (t. IV, p. 341) :
« 11 y a une épizootic sur les bôtcs à couronne ! »
(Louis Ulbach) FERRAGUS Le Gérant : L. LE CHEVALIER
Pari».- imprimerie de Dubmsson et C% 5, rue Cgq-BéroD
OOLLEOTIOIV
DES
GRANDS PROCÈS POLITIQUES
Celte Colleclion^
rédigée d'après les documenls aiUJicnliqucSy
se compose des 8 volumes suivants:
felôivisfoowrg, par Alb. Fermé, 4^ édition. II09aIog;uc, par le même, 4^ édition.
La Coaispfifl'aOoM du gcsaéral Malet,
par Paschal Groiisset, 2*^ édition.
Le ctwc cVEiig&ilesa, par L. Constant, 2^ édition.
Losils XVI, par le même.
GFiîcchns Baljcsif et ïa €'jiB|8iâ»atSoa
des Eganx, par Philippe Buonarotti; préface et notes, par A. Ranc.
Les Accsescâ dci 15 Biiai 1 S4S (Albert, Barbes, Blanqui, Baspail, etc.), par Ern. Duquai.
Le sisaréclial IWj', par G. d'Heylli.
Prix du volume : i fr. ^O; par la poste : '2 fr. 7.%
Les 8 volumes sont envoyés franco contre un inandat-poste de 12 iV. adressé à M. Arm. Le Che-» vALiEK, (jl, rue Richelieu. . -
J»Tû JJ9,
Samedi 25 septembre 1869.
PAR
FERRAGUS
pas ennemi, bien au contraire, r<^habilitation pour ceux que la justice humaine a frappés ^t qui ont accompli leur tempiî.
Je trouve donc tout naturel que ce gou-
vernempnt-ci choisisse quelquefois ses administrateurs parmi d'anciens réclusionnaires.
D'ailleurs, s'il était difficile, la bouderie d'un certain nombre d'iionnôtes gens le mettrait dans l'embarras.
Mais si l'on lait des préfets ou des commissaires impériaux avec d'anciens pensionnaires de Clairvaux ou de Poissy, encore faudrait il que'' ces messieurs eussent acquis dans leur siointmérariaf une salutaire défiance des jugements humains et une sainte tiorreur des prisons.
M. le comte de la Roncière a manqué à ce devoir. Depuis longtemps, l'opinion publi-
que, réagi^isanl contre le souvenir de ?on trop fameux procè.?, était disposée à croire qu'il avait payé très-cher par fa condamnation une escapade de jeune homme, et l'absolvait relativement, sans aller jusqu'à rêver pour lui de hautes fonctions.
Le règne d'un ancien prisonnier devait être plus indulgent encore à un ancien libéré, et on avait envoyé dans l'île de Taïti M. le comte de la Roncière, comme commandant commissaire impérial.
11 paraît que, là-bas, M. le rommi?saire a voulu se venger de Clairvaux ; il a commencé par emprisonner le chef du service
judiciaire, ainsi que rordonnateur. Il a ensuite changé, dénaturé les attributions de chaque fonctionnaire; puis, pour couronner Fédifice, il a doté ses admini^trés d'une jolie petite guillotine, qui a eu toutes les peines du monde à couper le cou d'un malheureux Chinois.
La presse française s'est émue de ces scandales. Pourquoi?.. M. de laRoncière est excusable. Il n'a pas appris à respecter les lois puisqu'il se croyait victime d'un jugement inique, et c'est tout à fait un administrateur selon la mode du 2 décembre.
11 est vrai qu'aujourd'hui nous changeons un peu cela : mais M. de la Roncière n'est pas au courant de ce qui se passe en France. Il en est resté aux idées avec lesquelles il est parti. On Teût choisi dans le conseil d'État,
au lieu de choisir parmi les libérés de Clairvaux, qu'il n'eût peut-èlre pas agi autrement.
©n ne dit pas b*il aura de ravancement.
On parle d'un cliangement de ministère, qui serait à la fois une économie et un moyen de calmer l'opinion.
Voici ce ministère pratique :
M. Nélaton, à l'intérieur;
M. Ricord, aux aflaires étrangères;
M. Conneaujà la guerre;
M, Fauvel, à la justice ;
M. Corvisart, au commerce,
et M. Gill, de V Eclipse, qui vient d'inventer un nouveau système de bateaux à vessies , à la marine.
Lïdée du spirituel dessinateur, fort simple en elle-même, n'alourdirait pas le budget.
Il a montré, dans une gravure, M. Nélalon assis sur une vessie d'homme ou d'animal, et, à l'aide d'une voile, glissant, aux rayons d'un soleil couchant, sur les Ilots d'une mer intérieure. Une sonde permet de mesurer l'abîme.
La censure, qui n'est pas toujours au courant des progrès de la science, a refusé Tautorisaiion de vente à ce joli dessin, qui n'offense la pudeur de personne.
On dit que le bruit de la foire de Saintloud agile senÊiblement les nerfs de Sa Majesté ; mais que, ne voulant pas déplaire aux saltimbanques qui l'entourent, Sa Majesté préfère aller coucher à Villeneuve-l'Etang.
Je ne doute pas que ce procédé délicat et paternel ne touche messieurs les saltimbanques, et j'espère que leur dévouem.ent à l'Empire va s'en fortifier.
On dit, toutefois, que M. le préfet de police aurait TiEtention d'interdire sur la voie publique la vente des petits ballons rouges.
De mauvais plaisants les ont dénoncés comme des vessies ensanglantées.
Les détails que j'ai donnés sur Tiiarmonie qui n'a pas toujours existé entre les membres de la famille impériale ont intéressé bon nombre de mes lecteurs, et je reçois des lettres qui m'engagent à continuer ces révélations.
H parait que la confiance publique a besoin de mesurer la portée des affections napoléonienne.-.
Je rouvre les Mémoires du comte iMiot de Méiito, et j'y trouve ceci :
« 11 ne me trompera plus, disait Joseph Bonaparte; je suis las de sa tyrannie, de ses vaines promesses tant de fois répétées et jamais remplies. Je veux tout ou rien. Qu'il me laisse simple particulier, ou qu'il m'offre un poste qui m'assure la puissance après lui. »
On voit que l'ambition était contagieuse dans la famille.
Joseph fut roi amovible, et recevait, à ce pa'opos, de soa frère les conseils suivante ;
('. imitez-moi, j'ai pris des Sa'.m, des d'Aremberg, des La Rochefoucauld, des Montesquieu, pour composer ma maieon et celle de ma femme. Faites de même. 11 reste encore assez de beaux noms parmi lesquels vous pouvez trouver ce qui vous convient, n
Cette domestication de la noblesse française ne porta pas bonheur à Napoléon ; mais il y tenait, croyant que cette fausse égalité sous la tyrannie était la base d'un gouvernement solide. Le jour de la juste ingratitude, il put reconnaître son erreur.
Continuons nos éludes sur reslime que se' portaient réciproquement les membres de la famille impériale.
On lit dans le Mémorial :
« Joséphhie mettait ces dispositions et ces qualités : la soumission, le dévouement, la complaisance, au rang de l'adresse politique de son sexe, et elle blâmait fort et grondai! souvent sur ce point sa fille Hortense et sa parente Stéphanie ^ qui vivaient mal avec leurs maris, montrant des caprices et affectant de l'indépendance.
«' Louis élaitun enfant gâlô par Ja lecture e Jean-Jacques Rousseau. Il n'avait pu ôtre ien avec sa femme que rrès-peu de mois, eaucoup d'exigences de sa part, beaucoup 3 légèreté de la part d'Horlense, voilà les »rts réciproques.
« On avait fait courir les bruits les plus dicules, ajou!e Las-Cases, sur les rapports ) Napoléon avec Hortense. On avait voulu le son aîné fût de lui. Mais de pareilles lisons n'étaient, disait-il, ni dans ses idccs^
dans ses mœurs.»
Je trouve l'horreur d'iine pareille accusa-
tion assez faiblement exprimée. Mais, âouvent l'innocence a de ces indifférences-là.
« Louis savait bien apprécier la nature de ces bruits, disait l'Empereur; mais son amour-propre, sa bizarrerie, n'en étaient pas moins choqués, et il les mettait souvent en avant comme prétextes. «
La jolie famille !
Complétons le tableau par ce dernier trait.
L'Empereur se plaignait beaucoup de Joséphine, au point de vue de l'argent. Elle lui avait coûté au moins 60 millions en chiffons.
« Son gaspillage faisait mon supplice, » disait- il.
vciftdMuSI fiî. — Les nouvoiles iijédicales et culinaires qui nous arrivent de Sainl'Cloud sont meilleures.
L'Empereur marche un peu mieux et ne fait plus mettre de côté une aiîe de perdreau. 11 mange la paire.
Mais, le Corps législatif absent, les ministres embarrassas, la Constilulion fraîctie-
ment restaurée ei l'Empereur à peine remis de ?a cruelle indisposition, n'eu laissent pas rrioins le pays dans un état intermédiaire et vague plein de périls.
Où va-t-on?
Va-t- on quelque pai t ?
Où s'arrêle-t-on ?
Est il un terrain solide pour s'y fixer ?
Nous ne sommes plus sous un régime personnel ; nous ne sommes pas encore sous un régime libéral et constitutionnel.
Faisant allusion aux petits accidents de ces jours derniers, un homme d'Etat disait :
— Nous sommes au régime des syncopes.
Pendant que, dans les conseils de Saint- Cloud, on discute et on élabore les projets de régence, voici un député peu révolutionnaire, M. de Kératry, qui demande simplement l'élection d'une Constituante, puisque la Constitution va se trouver violée par la non réunion du Corps législatif.
Cet appel fera autant d'etfet dans l'opinion que la fameuse consultation du docteur X. sur la santé de l'Empereur. Tous deux dénoncent la fièvre et les menaces mortelles.
Je suis curieux de savoir qui des deux aura eu raison d'ici à trois mois.
Un ami sincère fie l'Empire (ce n'est pas moi) m'écrit pour s'étonner que les journaux, à propos de Tamnislie, ne soient pas unanimes et ardents à réclamer le retour de tous les princes exilés.
« Ce serait le meilleur moyen de consolider la dynastie, ajoute mon correspondant. On ne ralliera jamais tous les suffrag^es. Il faut donc établir un antagonisme sérieux entre les partis que Tonne peut séduire. Les Orléanistes feront échec aux Républicains, et le comte de Chambord, avec le clergé, fera échec aux libéraux et aux démocrates. »
Celle idée ne me déplaîl pas. Mais je crois que, si la dynaslie n'avait que celle ressource de salut, elle pourrait bien prendre en exii la place de ceux qu'elle aurait fait revenir.
A propo.> de retour, quand on ramena le cercueil de Napoléon V\ madame de Girardin dit et écrivit :
— Le peuple a beaucoup crié : Vive le prince de Joinville î
— Oui, son voyage à Sainte-Hélène l'a rendu très- populaire, reprend un vieux général. C'est un brave jeune homme, loyal el franc du collier : l'Empereur l'aurait beaucoup aimé.
— C'est possible, reprit madame de Girardln ; mais l'Empereur, à sa place, ne se serait pas ramené,
i^amedi Î8. — On a joué hier à l'Ambigu un loDg drame tiré du roman de Paul Féval, les Couteaux d'or, par M. Ferdinand Dugué.
La scène ge passe au Mexique, et, à ce proposée signale un fait assez singulier dans l'organisation militaire du pays.
Un certain capitaine mexicain, chargé de combattre et de réduire les aventuriers chercheurs d'or de la Sonora, devient, pour prix de ses exploits, ambassadeur de l'Em,pereur du Brésil.
C'est là encore un tour de la censure.
Il fallait absolument un ambassadeur pour avoir un bal décolleté, comme il ne s'en donne à Paris que dans les ambassades ; mais un ambassadeur de Maximilien eût jeté un froid terrible dans la pièce. L'Empereur du Mexique est devenu le spectre de Baudin de la diplomatie.
Un ambassadeur de Juarez eût révolté la pudeur de l'Administration. Comment supposer que Juarez peut envoyer dee ambas-
saddurs en France, et que ceux-ci ont dechances de passer pour des honnêtes gen^ et pour des diplomaîes élégants ^
On a mieux aimé cette anomalie d'un mexicain qui devient brésilien à Tavancement.
Le parterre ne s'est pas choqué de cette invraisemblance. Il savait, d'ailleurs, que, dans ce pays, depuis longtemps, le môme procédé est employé à l'usage des Corses. Ils deviennent Français quand ils ont servi 1 Empereur.
La soif et la recherche de Por sont le fond du drame qui flotte de la Sonora aux buttes
Montmarlre. La ?piile invraisemblance, cV?t qu'à la fin ces coquins de haut rang, qui ont pillé, voltl, faussé leurs serments et commis tous les crimes, sont punis.
On avait promis un dérouement : un jaguar destiné à étrangler un scélérat. Le jaguar vainement attendu a été remplacé par un coup de revolver.
C'est dommage ; il eût été intéressant de montrer rinduence de l'hippodrome sur la littératuie, et comment la mort du dompteur Lucas lue prxr ses lions a mis le public en appétit de férocités.
Cette absence de joguar a nui A la pièce. ^L d'Ennery sera t-il plus avi^é dans son drame Le Dompteur?
Le MonUeur tempère soa semblant d'opposition par une sollicitude toute paternelle pour le chef de l'Etat.
Il annonce sérieusemeat que l'Empereur s'est promeni^ la veille dans la direction de Villeneuve-l'Élang, accompagné de M. Conti, sans autre appui qu'un jonc à pomme d'écaille.
Ce jonc il pomme d\>ci\llc est un intrigant qui veut sa place dans l'histoire. On le suspendra, avec les petits instruments de M. N(^laton, dans le musée des î:ouverains.
Quelle différence si l'Empereur s'était promené avec une canne à bec de corhin * On eût senti tout de suite qu'il avait besoin de s'appuyer. Mais un jonc, un objet flexible comme la conscience de M. Roulier, avec un couronnement en écaille, c'est-à-dire fragile, indique bien que Sa Majesté n'avait pas besoin de peser lourdement sur son appui.
On en viendra à imprimer :
« Hier, l'Empereur s'est promené hd^ mCnne! » Et il se trouvera des badauds pour admirer ce libéralisme.
On dit aussi que Sa Majesté continue sa Fie de César,
S'il la continuait jusqu'au dénouement, il aurait trouvé un singulier moyen de guérison.
On accusait M. Duvernois de complicité dans ce petit attentat littéraire et historique. Mais il faudrait rester Gxé trop longtemps à la même opinion, et M. Duvernois a plus d'indépendance dans les allures.
Ce sont les visites fréquentes de M. Pétetin à Saint-Cloud qui ont donné du crédit à ce bruit singulier: que M. Né'aton cesserait de travailler l'Empereur pour que l'Empereur pût travailler César.
J'ai bien envie de dénoneer M. Pétetln aux jolies dames de la cour.
Il y a quelques années, le directeur de l'Imprimerie Impériale se rendait à Compiégne avec des épreuves de la Tfe de César, Un voyageur, qui se trouvait dans le même wagon, ou plutôt un invité de je ne sais quel'e série, ayant envie de fumer un ciga-
re, adresse timidement ?a demande au faroinlie M.Péletin :
— La fumée vous gêne-t-elle ?
— Moi 1 allon? donc! reprend joyeusement le directeur de rimprimerie.
Et p^ur compléter sa réponse, il lire de son portefeuille une pipe (était ce encore une pipe), un brûle- gueule du plus bel aspect, qui dormait démocratiquement sur les épreuves de César, Puis il l'emboucha sans cérémonie.
L'invité de Compiègne fut bien surpris, quand, retrouvant M. Péletin dans le salon du château, il apprit que ce n'était pas un des bottiers intimes de Sa Majesié.
Puisque j'ai commencé ces révélations, il faut bien que je les complète en racontant que l'on vient de nommer secrétaire général de la préfecture de l'Aisne l'ancien secrétaire de M. Pétetin, qui végétait depuis un temps infini dans la sous-préfecture de Baume-ies- Dames (Doubs).
On le nomme M. Chanpin. En 1848, il racontait dans la Tnhune du peuple une manifestation des blanchisseuses, et, voulant s'excuser de la longueur de son article, il le terminait par un trait sans réplique :
« Les blanchisseuses ne sont-elles pas aussi nos frères ? »
Voilà les républicains qui ont trahi la république. Ils sentaient bien qu'ils n'en apprendraient jamais la langue et qu'ils n'en auraient jamais les sentiments.
Diiuauelie 19. — L'Odéon a repréèenté hier, avec succès en somme, ce drame du Bâtard que la pudeur de la censure voulait intituler Armand. Or, sait-on pourquoi le titre véritable, sérieux, celui qui indique le sujet et que le sujet désignait, a été maintenu ?
C'est qu'il existe quelque part un chef de bureau, de division, de cabinet, qui s'appelle Armand, Par égard pour lui, on a épargné la pensée de l'auteur. Entre la crainte d'otlenser un fonctionnaire et la
crainte do(ffm;ïer le goùl, on ne pouvàt plus hésitere
Voilà à quels arguments tient pourtant ia liberté de l'art.
Rien dans la pièce n'est de nature, d'ailleurs, à justifier les premières craintes de la censure. Armand Bartin est un bâtard, mais un bâtard obscur ; il ne touche à aucun grand nom ; il n'a aucune goutte de sang historique dans les veines, et il ne participe en rien au gouvernement des afîaires.
La censure était donc bonne de s'émouvoir à ce point et de crier comme s'il se fût agi des amours secrètes de Napoléon 1".
Elle a rappelé seulement que l'Empire a pas mal de bâtards. Voilà le résultat le plus clair de son accès de pudeur.
La ^ièC8 est d'un jeune homme. On s'en aperçoit à sa vigueur, à sa violence, à son inexpéiience souvent heureuse. La situation est un peu la même que celle des Taux Ménagea ; mais le sujet des mariages libres est augmenté de la question des enfants bâtards, et, sur ce point, M. Touroude a rencontré des traits heureux, des accents énergiques.
C'est donc un excellent début. MM. Berton père et lils ont rivalisé de jeunesse et de talent, et Mme Sar.ih Bernhardtaété fort touchante dans son rôle d'amante et de ;nère.
Toutes les fois que, sous Napoléon 111, nous avons à nous plaindre de la censure, il faut nous rappeler que, sous Napoléon 1", c'était pis encore, et que l'amélioration actuelle est due, non au développement des idées napoléoniennes sur la matière, mais aux conquêtes de l'esprit public.
Napoléon 1", qui eût fait, disait- il par bravade, de Corneille son premier niinisfre, eût sans doute exilé Molière, parce que Mo-
lière, loin d'exalter la générosité d'Auguste^ s'est moqué des savonnettes à vilain et a surtout démasqué l'imposture.
Napoléon, qui fut le plus formidable des Tartufes, ne pardonnait pas à Molière d'avoir écrit Tartufe.
Voici ce qu'il dit à ce propos dans le Mémorial :
(( Certainement, l'ensemble du Jariufe est de main de maître : c'est un des chefsd'œuvre d'un homme inimitable. Toutefois, cette pièce porte un telcaractère, que je ne suis nullement étonné que son apparition ait été l'objet de fortes négociations à Versailles et de beaucoup d'hésitation dans Louis XIV. Si j'ai le droit de m'étonner de quelque chose, c'est qu'il l'ait laissé jouer. Elle présente, à mon avis, la dévotion sous des couleurs si odieuses] une certaine scène offre une situation si décisive, si Indécente, que, pour mon propre compte, je n'hésite pas à dire que, si la pièce eût été faite de mon temps, je n'en aurais pas permis la représentation, »
Ain-Sî, INypoIéon, qui avait, en ainour, les délicatesses que l'on connaU, en religion, les respects que l'on sait, n'eût pas permis Tartufe !
Quelle tarluierie î
V(jiia,ausurplu.s?ur le fond delà pié!é na-
poléonienne sacre.
un petit détail. H s'agit du
« Les rôles étaient distribués dans un programme très-minutieusement circonstancié.
Celait Fœuvre de M. de Ségur. Dans la première rédaction de celte importante composition, à Farticle iG du litre IV, se trouvaient ces mots : Lpaws Majestés communieront. Mais on corrigea à la main les exemplaires adressés officiellement aux diverses autorités, et on y lisait seulenif^it : SI Leurs Majestés communient. Enfin, dans la rédaction du programme inséré dans le Moniteur du 9 frimaire, la phrase entière est supprimée et il n'y est plus question de communion.
« On prétendit dans le temps que l'impossibilité de s'assurer de l'état du pain et du vin consacrés qu'on aurait donnés à FEaipereur aurait été cause de ce changement de dispositions, et qu'on n'avait pas cru pouvoir s'en fier aux prélats italiens. »
[Mémoires dcMiotde Mélito, 1. 11, p. 244;.
Cette peur, imitée peut-être de César, mais qu'Alexandre n'eût pas eue, n'empêcha pas les fêles du sacre. Il y eut quinze jours de réjouissances. Ce n'était pas trop pour que le peuple se mit en train. Un épisode touchant traverse ces béatitudes de la foule.
H( Li3 14 frimaire, une trentaine de mille hommes étaient massés dans le Champ-de- Mars pour une distribution d'aigles. L'Empereur était a^sis sur un trône élevé sur un amphithéâtre placé devant l'Ecole militaire.
« Au milieu de la cérémonie, un jeuno ^ homme s'avance vers les degrés du trône, et
s'écrie d'une voix forte : Point fï Emperevr ! la liberté ou la mort ! Il fut arrêté immédiatement, et je n'ai jamais su son nom. »
(Mémoires de Miot de Méiito.)
Qu'est -il devenu, ce héros obscur? Quel fusil clandestin Ta assassiné dans un coin désert ? On le voit, ces enlèvements, ces disparitions mystérieuses, sont tout à fait dans la tradition impériale. Etonnons-nous donc, après cela, d'apprendre que des attentats contre Napoléon ill ont été ainsi jugés et châtiés sommairement.
Lnndi ^O.— Il Qhi convenu que l'Empereur va mieux.
A propc- (ie ?on augiif^te vessie et de ?p? impériales «ouffrances, un médecin resté inconnu s'est demandé si le fils avait hérité de quelque maladie de sa mère, la reine Hortense étant morte d'un abcès aux intestins ?
Je m'étonne que la même curiosité ne se soit livrée à aucune iavestigalion sur le père de l'Empereur. Pourquoi cette réserve ?
cette hésitation ?
On n'a, d'aileurs, aucune découverte à redouter de ce cOlé-là.
Dans mon inquiétude patriotique, je me suis informé, j'ai lu les Mémoires sur la coiii' de Louis Napoléon el sur la Hollande, el voici ce que j'ai trouvé, p. 05 :
(' Louis avait une assez forte constitution ; mais, depuis longtemps, des douleurs rhumatismales lui avaient paralysé la main
droite, ft il boitait des ?uiies a une chute de cheval. Mais cela n'empêchait pas que le roi de Hollande, d'ailleurs occupa de sa toilette, n'eût une fort bonne tournure, et c'était, extérieurement le mieux des liomoies de sa famille. »
fc #
Voilà, en somme, de bons rcnseigaernenls.
Le rhumatisme est un lien. Quant à la chute de cheval, Napoléon H!, qui est un éeuyer de première force, n'a rien à craindre. S'il boite jamais, ce ne sera pas la faute de son étrier, d'autant plus qu'il est proba])lc que, tout en allant micLJx, Sa Majesté ne montera plus guère à cheval, pas môme sur les chevaux de bois de la foîie de Saint- Cloud.
C'était un bon petit roi, aprè?. tout, que Je roi de Hollande. Il ne tenait pas à son trône. Voyant que les aftaires allaient uni, il abdiqua, en alléguant « qu'il était peut-être le seul obstacle au bonheur des Hollandais, et que, dès lors, il regardait comme un devoir de se sacrifier à la tranquillité du peuple. »
Quel bel exemple à suivre
Quelqu'un qui a dû se montrer fâché du renoncement du roi Louis, c'est le brave amiral Vcrhuell. Son amitié pour la famille
s'était manifestée en diverfes circonstance?, et c'était lui qui, à la UHe d'une députaîion de Hollandais, était venu otfrir la courenne au prince Louis.
Après la chute de Napoléon , l'amiral Veihuell, ne se sentant pas en sûreté dans son pays, se retira en France, où il fut nommé inspecteur de la marine, puis pai7\
Ou m'a raconté une anecdote que je tiens pour parfaitement authentique, et qui devra trouver sa place dans l'histoire de Napoléon 111.
Lorsqu'après Foili il83f), le prince Loui>- .Napol(^on et sa mère s'étaient retirés en France, oi\ ils ne passèrent que quelques jours, une douairière, qui avait connu la reine Hortense dans sa splendeur, vint lui rendre visite. On causa de la France et de C8 qui pouvait surgir si ie gouvernement issu dee barricades venait à tomber à son tour.
— L'Empire n'est plus possible, dit la douairière.
La reine Hortense fit, avec ie bras, un signe d'assentiment. Et le prince s'approchant :
— Vous me permettrez d'être d'un avis contraire, s'ccria-t il.
Et il soutint sa thè;>e avec un accent de confiance liés- marqué, disant qu'il ne doutait pj<s d'occuper un jour le trône de France.
— Je plaindrais la France, dit la reine ; car vous feriez do ses finances ce que vous faites des miennes.
On voit que h reine était sévère pour son nis.
On dit qu'un conseil de régence est institué. La précaution peut être bonne ; mais il est salutaire aussi d'avertir ceux qui la prennent que Thistoire ne ratifie presque jamais ces dispositions, et il faudrait surtout remettre sous les yeux des protecteurs de îSapoléon iV les faits qui se passèrent au détriment de Napoléon I!.
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Il y aurait toute une histoire à faire : après celle des chutes, Vh'istohe des lâcheurs. Le mot est moderne et la chose date de loin.
DA? que l'horizon se rembrunit aulc d'un trône ou d'un berceau, commencent prf^paralils du satire fjin-peiit, et les paren oncles ou cousins ne sont pas les dernier; préparer leur départ. Voici la page instn tive que je lis dans les Mémoires de ^J. M de Mélito :
ft *
a M. de Jaucourt, étroitement lié av.
M. de Talleyrand, et qui faisait très-exact* ment son service près du roi Joseph, éta son émissaire. Admis, comme premier chan bellan, dans l'intimilé du Luxembourg, recueillait toutes les nouvelles qui arrivaiei et les portait à M. de Talleyrand, qui, cor naissant ainsi le véritable état des affaires pouvait diriger sûrement sa conduite. Ces dans cette réunion dont l'abbé de Montes quiou, le baron Louis et quelques autre faisaient partie, que s'élaboraient les projet! de rétablissement d'ungouvernemefit provi
ire ou d'une régence qui, en cas d'événeenl, devait être substituée à celle de l'ira- '.ratrice. »
« Le gouvernement provisoire une fois rmé (M. de Jaucourt en faisait partie), on Dccupa tout d'abord de procurer des passe- )rls à tous les membres de la famille impéaie qui ne tenaient pas à affronter le dan- 3r.
« Le roi Joseph, raconte iMiot de Mélito e donna une lettre pour M. de Talleyrand ,1e roi Louis, une pour le prince de Schwart- !mberg. Enfin, la reine (la femme de Jo ph) m'en donna une particulière pour M 3 Jaucourt. « Elle comptait beaucoup, di sait-elle en me la remettant, sur son ami tié, 61 ne craignait pa^ de la mettre à l'é preuve. »
M. de Jaucourl reçut froidemonl renvoy(^. « Pais, changeant brusquement de conversation, continue Miot de Mélilo : — Eh bien ! me demanda-t-il, est-?? parti? Que fait-i/ à Fontainebleau ? Vous devez savoir ce qui s'y passe. Tant qu'il y sera, nous n'avons rien iait encore ; nous ne pouvons être tranquille?. »
Miot répondit qu'il ne savait rien, riaon la nouvelle de l'abdication.
« — Eîi bien! reprit-il, cette abdication n'est pas faite encore. Il marchande. Il y a encore des troupes de ce côté. Nous ne serons pas tranquilles tant qa'il ne sera pas parti !>» (T, m, p. 367).
Voilà cunimeut onest/r/c7iè quand l'heure devient sombre. Plus on a reçu, plusonvcul
garder, et, pour garder, plus on devance la justice du peuple pour aller faire ses conditions avant l'heure.
Ni affection dans sa famfile, ni dévouement parmi ses maréchaux, Napoléon 1-^^ n'a rien trouvé quand il était perdu. H est vrai qu'il n'avait semé que de For, des couronnes et des oripeaux : il ne devait récolter que de l'ingratitude.
J'ai déjà raconté comment la famille Bo • naparte, sans être une famille d'Atrides, était prompte à se diviser, à se haïr, et comment, dans les peliies discussions entre frères, le moindre soupçon que l'on pût se jeter a la tête était celui d'assassin, d'empoisonneur ou d'incestueux.
Voici un nouveau Irait pour compléter le tableau.
Mapoléon avait offert la couronne de Lombardie à Joseph, qui l'avait refusée. Il l'offrit ensuite à son frère Louis pour son fils aîné (qui passait pour le sien), seulement le prince Louis devait gouverner le pays jus* qu'à ce que le jeune prince qui, en attendant, resterait à Paris, eût atteint sa majorité. Mais le prince Louis rejeta formellement la proposition.
« Tant que j'existerai, dit-il à l'Empereur, je ne consentirai ni à l'adoption de mon fils avant qu'il ait atteint l'âge fixé par le sénatus-consulte, ni à aucune di?[)osiiion qui, eu le plaçant à mon préjudice sur le trône de Lombardio, donnerait une nouvelle vie aux bruits répandus dans le temps au sujet de cet enfant. Je consens, si vous le voulez, à aller en Italie, mais à la condition que j'em mènerai avec moi ma Icmaie cl mes enfants.
• Ce nouveau refus et le ton dont il fut énonce porti^rent la colère de l'Empereur au dernier excès. Il saisit le prince Louis par le milieu du corps et le jeta avfc la plus grande violence hors de son appartement. » (Ibid., p. 256 )
Napoléon n'eût pas admis Tlmpéralrice dans ses conseils, et se gardait bien de lui demander son avis.
Pendant les Cent- Jours, il interrogeait Miot de Mélito sur l'état de l'opinion. Celuici répondit :
(( Je ne puis vous taire que vous avez presque partout dans les femmes des ennemies déclarées, et, en France, cette sorte d'adversaires n'est pas à dédaigner.
— Oh ! je le sais, s'écria- t-il ; on me le redit de tous les cùiés, et je n'en puis douler. Je n'ai jamais voulu admettre les femmes dans les secrets du cabinet ; je n'ai jaraaià voulu les laisser se mêler du gouvernement, et aujourd'hui , elles se vengent ! »
(Ibid. p. 394.)
xNapoléon \\\ est plus galant; il a sans doute pour lui les femmes.
l^Eai'ili ^1 . — r/est aujourd'hui un grand anniversaire, ce'ui de la fondation de !a premit^re Ré-publique en France.
Je ne sais si l'Empereur ajout^-ra ou siip-
primera une aiie de perdrix en signe de r(^jouis3ance ou de pénitence; mais je ?ai3 que quelques patriotc^i rapprocheront leurs mains et leurs verres et boiront à ce grand souvenir, que rien n'a entamé et qui reste une éterriolle espérance.
La Convention, le 21 septembre 1792, venait de décider qu'il ne peut y avoir de Consliiution valable que lorsque le peuple l'a ratifiée.
Manuel se leva :
— Ce n'est pas tout, dit«il. Vous avez con, sacré la souveraineté du vrai souverain, le peuple! Il faut le débarrasser de son rival, le faux souverain, le roi !
Et, comme un député objectait qu'il fallait attendre que le peuple se prononçât :
— Certes, s'écria Grégoire, personne ne proposera jamais de conserver en France la funeste race des rois. Nous savons trop bien que toutes les dynasties n'ont été (jue des
races dévorantes, qui vivaient de chair li« maine. Mais il faut pleinement rassurer U amis de la liberté, il faut détruire ce tali^, man dont la force magique serait propre stupéfier encore bien des hommes. Je de mande donc que, par une loi solennelle vous consacriez l'abolition de la royauté.
Bazire demanda qu'on attendît le vœu d peuple. Ce fut à ce propos que Grégoin voulant ajouter un dernier trait à sa défini tion de la royauté, et tenant à prouver qu' fallait en finir tout de suite, s'écria de nou veau :
« Le roi est dans l'ordre moral ce qu'ai physique est un monstre. »
Les esprits académiques trouvèrent la défioilion de mauvais goût ; mais, à cause de oa mauvais goût même, elle est restée.
— sa-
ie* vont faire les dépulés àe la Seine honorer cet anniversaire ?
ur serment leur interdit sans doute de îr des toasts contre les monstres de l'abbé :oire ; mais, en vertu même de leur ser- >, ils ont le droit et le devoir de constaujourd'huique la constitution impériale naenacée d'une violation, et que ce dépour le Corps législatif est une nionsité un peu trop forte commise envers ^présentants du vrai souverain.
i dit qu'ils se rallieraient volontiers à la 3sition de M. de Kératry, mais qu'ils ne mt pas avoir l'air de suivre un député ^évince»
Quel est ce scrupute ? Je n'y crois pa pour ma part. I! est impossible que des (en p6raments énergiques comme Gambetlg Bancel, Ferry, Peiletan et Jules Simon.; q des esprits droits comme Picard, (iainii Pages, Jules Favre et M. ïliiers ne cor prennent pas qu'ils ont aujourd'hui , Sï l'heure, un grand rôle à jouer, celui d'ave tir le pouvoir qu'il va vers un coup d'Eli honteux, furtif ; celui d'avertir le pays qu'c suspend l'exercice de son droit souverain e lui refusant la session et les élections fix par la Constitution même.
L'Empire souiïre encore plus que TEmpc reur ; mais il ne s'agit plus, cette fois, c s'amuser aux vessies.
Il y a une loi, des législateurs et un sei ment. Tant pis si l'on devient l'ennemi l'Empire en voulant faire respecter les lo qu'il a faites et le serment qu'il a impo; Devenir révolutionnaire en rempHssa.
gtrictemenl son devoir légal, c'est là une dernière surprise que nous ménageait le gouvernement du 10 décembre.
^ tf *
Précisément, on vient de faire paraître les porlrails intimes des députés de la Seine.
W. Fulbert Dumonteilh a peint avec esprit, avec sympathie, les repréëcntanls de Paris. Si ceux-ci ne se rendtct pas dignes des éloges qu'ils ont reçus d'avance, M. Fulbert aurait mieux fail de les fulh&rUer,
Un crime épouvantable, qui prouve radoucissement de nos mœur?, et une revendicaion flore, éloquente, pa-^ionnée du père Hyacinthe, qui en appelle au Christ des er-
reuis, des excès, des tyrannies du christianisme moderne, voilà les deux événements consilérables qui mettent en émoi les esprits.
Le drame aura sou dénou'omcnL; mais, qui peut prévoir l'issue de cet appel du plus éloquent et du plus libéral des missionnaires modernes? Est-ce un accès de révolte bientôt comprimé par l'obéissance? Est-ce un schisme qui commence ? Nul ne peut le dire. iMais voilà une bien significative révélation sur les tortures que ressentent les âmes restées libres dans les liens de l'Eglise!
On a remarque que la première confidence de sa lettre a été faite par le P. Hyacinthe au journal le Temps-, qui passe pour l'organe du protestantisme.
Nous mettons en vente aujourd'hui le portrait de Ledru-Roliin. Le lecteur y trouvera, avec des détails sur la vie du grand tribun, la lettre suivante, qui coule à fond cette question de Famnislie et du jugement par contumace.
Que va répondre le gouvernement mis en demeure de s'expliquer ? 11 se taira ; c'est son dernier m.ode de suicide.
Voici la lettre de Ledru-RoUin.
« Londres, le 4 septembre 1869.
Mon cher ami, « Vous avez si invinciblement prouvé avec toute la presse indépendante, l'appKcabilité de l'amnistie à mon prétendu forfait, qu'à force d'avoir raison, vous me placeriez presque dans mon tort si je tardais plus longtemps à m'expliquer.
(( Sous tant de plumes éloquentes, l'idée que j'ai le droit de rentrer s'ea emparée
des esprits à ce point qu'on m'écrit de toutes parts (c'est un vérilnble diMuge de lettre?) : Pourquoi, pouvant rentrer, ne le laites-vous pas?
« Evidemment, on ne se rend pa^ compte de l'abîme eatr'ouvert enîre le droit théorique et la violence brutale; et on oublie aussi que, sous ce gouvernement torlueux, il suffit justement que le droit existe pour que le fait y soit contraire.
« Le fait, c'est que ma position de 1S6D est la même que celle de 1859. sauf la mise en ^cbne.
« En 1859, on m'expédiait directement à Cayenf^e, pour éviter le scandale dun proces.
« Ce procès, en 1869, il faudrait bien qu'on se résignât à le faire, mais avec rintenlion arrêtée d'en cierniser, moi détenu, Tinstruction, sous le prétexte de ramener deCayenne.
pour une confrontalioîî, mes compHces présumés.
« Ce que je dis n'est pas de la fantaisie.,
(i L'ordre de m'arrôter a été expédié aux différents lieux de passage, le soir môme de la signature de Tamnislie.
(( Si, d'ailleurs, ce que je tiens de source certaine était erroné, que le gouvernement le démente et déclare en conséquence que je suis libre. Autrement, ceux là mômes qui me conseillent de purger ma contumace comme la chose la plus simple et la plus naturelle y regarderaient sans doute à deux fuis pour eux-mêmes, si la durée de leur captivité ne devait avoir pour mesure que le bon vouloir du Gouvernement, peu pressé d'en finir.
(i Que mon triomphe devant une cour d'assises soit éclatant, pas de doute, il le serait même au delà de ce qu'on peut prévoir, lorsque, d'accusé me faisant accusateur, je prouverais, pièces en ma^n, et de manière à soulever d'indignation Topinion publique, que, pendant dix ans, ce ramassis de conspirateurs qui m'accuse de conspiration n'a cessé de conspirer contre moi ; et que, par je ne sais quel instinct de haine particulière, il a deux fois sollicité du gouvernement anglais mon extradition, refusée la première fois à la simple majorité d'une voix, et la seconde fois repoussée avec dédain.
(! S'exagérant mon importance et mon action, ce qu'ils n'ont cessé de vouloir, c'est me tenir sous leurs verroux.
(( Oui, je sens que mon âme, s^i longtemps indignée, trouve^-ait des accents vengeurs devant un jury, sous les yeux duquel je le-
rais défiler ces agents provocateurs de 4853 à 1855, ceux de 4856, ceux de 4857, tous ces misérables enfin chassés de chez moi, où ils s'introduisaient avec les rdccwnmandaîions les plus dignes de foi et dénoncés à la police anglaise, afin qu'elle me débarrassât de leurs obsessions et de leurs embûches.
« Le spectacle de cette procession de coquins, à la réputation patriote, ne serait point le chapitre le moins dramatique, ni le moins émouvant de cette époque sinistre qu'il nous a fallu traverser.
(( Et, par parenthèse, je pourrais porter à' leur protecteur le défi de lever l'interdiction dont me frappe la loi de 4868, contre la presse, et de me laisser publier dans un journal la relation de cette lamentable histoire.
« Je le répète : le triomphe devant une Cour d'assises m'est fortement assuré, mais ce triomphe, avec les lenteurs calculées de la confrontation, quand viendrait il, s'il venait jamais? Et qui peut me garantir, en présence de telle éventualité prochaine, qu'il y aurait intérêt pour moi à être entre
ie.N quatre murs cl ?ous \e^ griffes de pareils gens! Kvi'jeramenl, parîoiU ailleurs, je pourrais être plus utile.
n Ce que je voudrais donc, étant condamné à ne pouvoir parler ni écrire publiquement, c'est que vous fissiez, de proche en proche, connaître à mes vieux compagnons, surtout à cette jeunesse ardente qui, dans ces derniers temps, m'a donné tant de témoignages de sympathie, quel est Tobstacle matériel qui s'oppose à mon retour. Ce que je voudrais, c'est que tous fussent bien convaincus que, si je puis mourir en proscrit, je ne me résignerai jamais à mourir en exilé volontaire, aulrement parlé, en émigré. Ceci dit sans la moindre idée de blesser lei scrupules de conscience ou de douter d'aucun courage. Seulement, aujourd'hui plus encore qu'en 4859, je persiste à penser que le devoir consiste à se trouver où est, avec le péril,
ia chance du succès, car i! ne faut pa? s'y tromper, il n'y a de drapeau vérilablemenl honort^ que celui qui a supporté les edorts de la lutte.
« A vous fraternellement.
« LEORU-ROI.LIN. ))
(Louis Ulbagh) FEBRâGUS
Le Géranl : L. LE CIIEVAL.'EB
Pan».— luipriffiorie de I)uLul<iou et i>'hi. rue Cuq^B^rui
Ad. Le 6HEVÂLIER, éditeur, Gl, rue Richelieu,
DE PARIS A CAYRNNE