LES RÉGENTES DE FRANCE
Rar «Jules I^A.BBK
Ex-r«Mlacteur de [Opinion nationale
lai brofliiire in-1 8:75 «Dl.
N« 60. Samedi 2 octobre 186P.
PAR
FERRAGUS
Jeudi ^3. — G%^ pârlé^ coup d'Etat, et la Bourse s'est émSà^de ce bruit, qui est une calomnie p.rur tout'le monde.
Un coup d'Etat ! conj,re qui? un coup d'Ktatl contre quoi? un coup d'Etat! au nom de qui ?
11 n'y a pas de chambre réunie, pas d'opposition qui gêne les ministres, pas de ministres mêmes à leur poste, et presque pas de gouvernement. Ce qui , par parenthèse, aide beaucoup à la tranquillité.
Et c'est dans ces circonstances qu'une récidive sans but et sans cause viendrait tout remettre en question I
Où donc est l'épée implacable de Saint- Arnaud et l'esprit délié, plus implacable encore, de M. de Morny.
Un coup d'Etat 1 A quoi bon? Est-ce qu'il reste encore un serment à fausser, un mauvais exemple à donner, une corruption à ré-
pandre, un argent à ramasser, un ami à enrichir, une illusion à détruire?
Non ; la besogne a été faite et bîen faite. Il s'agit aujourd'hui de la payer, non de la refaire.
La Bourse s'est méprise. On n'invoque pas le coup d'Etat, on l'évoque ; ce n'est pas le gouvernement qui le ressuscite, c'est nous qui le citons à comparaître.
Je ne puis m'em pêcher d'être très ému des préparatifs de départ qui signalent à la foi5 l'esprit politique et la tendresse de l'Impératrice.
Dans un ménage bourgeois, il n'est pas une femme qui songeât à s'éloigner pour longtemps de son mari convalescent.
Que Ton ait confiance dans le docteur X.. ou que Ton préfère le silence en ig manque du docteur Nélaton, il n'en est pas moins incontestable pour tout le monde que l'Empereur n'est pas à l'abri d'une rechute, et qu'il vient de passer par un état fort grave.
On avouera que, s'il lui est difficile de marcher, il lui est pénible de s'asseoir, et imposslDle de monter à cheval.
C'est dans ces conditions défectueuses pour un chef d'Etat qui a besoin de passer ries revues, que sa compagne s'en va loin et pour longtemps, et affecte de s'en aller gaîment, en expédiant des caisses pleines de toilettes, et en emportant peut-être quelques diamants de la couronne pour couronner son héroïsme.
Quelle grandeur d'àme! Le Sport, qui deviendrait le journal officiel sous la régenct^ raconte que S. M. llmpératrice, dans ses prouesses de sang-froid conjugal, a voulu créer une casquette de voyage, et l'a créée.
Mraes de la Poëze et Marion étaient là, dit le chroniqueur solennel, et Sa Majesté parut si bien coitTée avec l'un de ces modèles que ces deux dames ne purent relenir un cri simultané d'approbation.
« La casquette seyait à merveille à Sa Majesté, qui, comme on le sait, porte ses vêtements avec une très rare distinction.
» L'Impératrice, ayant choisi le modèle qui lui convenait et voulant le désigner de manière à ce qu'on ne commit aucune erreur, se fit donner un crayon et traça sur la coiffe la première lettre de son prénom, puit le rem.il au commis. »
Heureux commis, qui a été témoin de cet acte hé&oïquel Marie-Antoinette est dépassée : elle n'avait vu que le bonnet rouge; l'Impératrice inaugure la casquette, et dans quelles circonstances !
Ah! j'en suis sûr, cette casquette a une visière pour voiler modestement le iront attristé, les yeux baignés de larmes. Ne cherchez plus l'auréole des martyrs, elle est dans cette casquette ! Sacrifice suprême, hommage à l'industrie des chapeliers et à nos braves armées d'Afrique, que l'on conduisait au feu avec l'air de la Casquette !
J'ai, dit, il y a quelques joms, qne l'on
chantait : Js-tu eu la calèche ? Désormais, en partant pour la Syrie, on pourra chanter: y4s tu vu la casquede ?
C'est le 2 octobre qae les adieux seront terminés et que commenceront les anxiét-és du voyage. 11 paraît que des feux d'artifice sans nombre les dissimuleront à la foule, et l'Impératrice a promis d'avoir l'air de s'amuser beaucoup.
Pendant ce temp?, l'Empereur solitaire ira faire une saison d'automne à Vichy. Le général Prim, qui en revient, s'est livré sur l'état de sa vessie (car il n'a pas été question d'autre chose dans l'entrevue de Saint- Cloud) aux confidences les plus rassurantes.
Quel pays que la France, où tant de courage brille au cœur des femmes» où tant de résignation réside dans le ventre des souverains !
Quelques journaux ont prétendu que le caissier de la couronne était dans rembarras, que le panier de la liste civile était percé, et que M. Frémy avait dû prêter de rargent pour acquitter l'assurance faite au nom du Prince Impérial.
Je comprends cette gêne ; je comprends surtout la nécessité de ne pas laisser périmer les assurances qui garantissent la for-
tune du Prince Impérial ; ,jc comprends encore, si cette nouvelle est vraie, qu'on se soit empressé de la démentir ; mais je ne comprends pas que rimpôratri<:e fasse coïncider les dépenses de son voyage et de sa casquette avec ces déficits.
Que rcstera~t-il donc pour payer le médecin ?
Ce que je comprends par-dessus tout, si les fonds sont réellement bas, c'est qu'on ait songé à un coup d'Etat.
Puisqu'on hésite, c'est que le boulanger ne refuse pas crédit.
VeiiclE»€di ^i. — On dit que le Conseil de R-^gence est constitué : rimpétatrice en est présidente.
Chacun peut partir désormais pour son v..yage; l'avenir est assuré.
Mai?, j'ose dire qu'il est assuré pour la République.
Depuis quand les régences de femmes sont-elles des garanties en France d'ordre et de stabilité?
Je veux bien admettre que l'impératrice a autant de tact pour iranclier les questions et pour manier les volontés, qu'elle a de goût pour choisir une casquette. Elle a mis tant de choses à la mode qu'elle peut espérer faire passer la Régence comme une coitfure ou une crinoline.
iMais l'expérience contredit malheureusement ces illusions. Le Français aime volontiers les femmes, mais à l'état de protégées, jamais à l'état de protectrices. Il oublie leur origine quand elles sont associées à un mari; il s'en souvient cruellement quand elles sont seules ou quand elles veulent usurper la virilité.
Sans remonter plus loin que Marie-Antoinette, dont on évoque les souvenirs à Trianon, il faut se rappeler quelles clameurs haineuses la poursuivirent du jour où l'on sentit sa volonté dans le gouvernement.
En devenant régente, l'Impératrice Eugé»
nie redevieûdrait une Espagnole pour le pays qui l'a si galamment adoptée, comme Marie-Anloinelte était redevenue une Auîricliienne.
Si la duchesse d'Orléans, qu'une réputation de haute raison, d'intelligence sévère, de libéralisme éclairé, entourait et protégeait, n'a pu arracher la régence de son fils au scepticisme du peuple français, croit-on qu'après tant de révolutions, et devant un si ardent besoin de liberté, le pays ferait un efîort de soumission assez énergique et assez prolongé pour accepter la direction d'un enfant conseillé par une mère tout aimable ?
Ce sont là des chimères qui rendraient encore une fois la République moins chimérique.
M. Jules Labbé vient de faire paraître à ce propos une petite brochure intitulée : /a? Régentes de France»
Cest la galerie des portraits de toutes les femmes qui firent le malheur de la France en voulant préparer le règne de leurs enfants. On cite toujours Blanche de Caslille comme une exception en quatorze siècles ; mais l'exception fut si forle qu'on l'a canonisée.
L'Impératrice a plus de modestie, elle n'aspire pas à tant de gloire.
Le défilé commence à Frédégonde et finit à Marie-Louise. Voici comment s'exprime r historien :
a Tout a él6 dit sur la conduite déplorab'e de Marie-Louise pendant les revers de la France en 1814 et 1815. Mais, ce qui montra vraiment à quel point cette femme avait l'àme basse, c'est son altitude après la cfiute de l'empire et pendant la captivité de soa mari et de son fils. Cette impératrice des Français accepta, comme une aumône de la part des vainqueurs de la France, le petit duché de Parme, où elle vécut grassement, tandis que Napoléon agonisait à Sainte- Hélène, et que le roi de Rom.e mourait à Vienne, énervé par dos débauches factices, auxquelles les conseillers de son grand-père François 11 avaiest initié son enfance. »
Voilà la tradition de famille qu'il s'agit de reprendre. Est-elle faite pour donner de l'émulation ?
RiiUîiiiclBe 2G. — Je ne pousse pas la haine de mon gouvernement jusqu'à le rendre responsable des massacres d'Aubervilliers ; et, bien qu'il se soit agi dans cette sinistre circonstance d'anéantir toute une famille pour profiler de ses dépouilles, je suis loin d'ajouter ce forfait aux états de service de quelques hommes du 2 décembre. Ils ne font plus si grand que cela.
Mais, ce que cette tragédie révèle, c'est qu'à la porte de Paris, à quelques mètres d'une station de chemin de fer, un assassin peut préparer à son aise la fosse pour ses victimes, et exécuter ceiles-ci sans que Tombre d'un gendarme se profile au clair de la lune.
Je parie l)ien que deux républicains ne pourraient pas aller au même endroit re-
— découdre le drapeau déchir^'^ de 1848 sao? que des escouades d'espions vinssent aussitôt sur leurs traces.
Il a été raconté à ce propos que les officiers en garnison dans certains forts autour de Paris se font accompagner depuis la station, quand ils rentrent par les trains de minuit. J'ai moi même, dans la Cloche, révélé ce lait bien avant le meurtre, pour prouver la confiance que nos soldats peuvent avoir dans les coupe-gorges dont Paris est enveloppé.
11 est bien évident que, dans une ville aussi démesurément ouverte à toutes les convoiti-^es, les voleurs doivent être en nombre et
les assassins en quantiti^ L'Empire, sous ce rapport, n'a pas amélioré la situation.
Il tombe aussi sous le sens que les chenapans qui n'ont pas le moyen de travailler dans le sein de la capitale travaillent dans la banlieue. Pourquoi alors la banlieue n'estelle ni éclairée, ni surveillée ? Pourquoi n'y a-t-il pas de postes, des rondes à pied et à cheval ? Pourquoi la mauvaise réputation de ces solitudes fait-elle pâlir le courage de nos officiers ?
C'est une honte pour la Préfecture de la Seine, qu'un bandit, ayant à dresser un guet à pens, et pouvant choisir dans la France entière, ait pensé que le premier chemin désert à la porte de Paris pouvait lui convenir.
Et l'endroit était excellent, en eti'et. Avec un pouce de plus de terre sur les cadavres, le meurtrier avait le temps de s'échapper I
A propos de ce mcurlre, qui dépassera peut-èire le scandale fatidique de l'affaire Praslin, quelques bonnes âmes ont reproché aux journaux la publicité donnée par eux aux affaires criminelles, et la banale accusation de corrompre le goût et les mœurs a reparu, même sous la plume d'un journaliste.
Le reproche, en loute circonslance, est ridicule; dans le cas particulier, il est d'untj ingratilude profonde.
Car, ce qu'il faut admirer autant que le zèle des agents de police, c'est l'aclivité des journalistes qui se sont mis spontanément à la poursuite des détails, et qui ont pu, avant le parquet, avant les recommandations iiiérarchiques, donner au gendarme du Havre la possibilité d'arrêter le meurtrier.
La magistrature di la presse et du petit journal s'est exercée admirablement ces jours- ci. En éparpillant la lumière sur les incidents, en se faisant l'écho des moindres bruits, elle a ouvert une enquête publique intéressante , émouvante et profitable , en somme, aux progrès de nos mœurs.
Si, toutes les fois qu'un crime, qu'un attentat quelconque contre les lois ou contre les individus, est commis, la presse entière se mettait en campagne, aidait, renseignait la justice et faisait pénétrer indirectement le contrôle de la conscience publique dans le cabinet du juge d'instruction, croit-on que la répression des méfaits serait moins prompte, moins énergique et plus exposée à l'erreur ?
Si, au lieu de fermer la bouclie des journalistes après les scandales des boulevards, on nous avait permis d'ouvrir une enquête publique sur les provocations de quelques blouses blanches et sur les brutalités de quelques agents de police, croit- on qu'on n'eût pas obtenu une lumière complète, une évidence absolue?
Les journaux ont développé, affirmé ce principe de la solidarité humaine qui, bien appliqué, finirait par subalteruiser les fonctionnaires toujours trop prépondérants en France. Chacun doit veiller au salut de tous, et tous doivent veiller au salut de chacun.
Le dernier signe de la décadence chez un peuple, c'est son désintéressement des calamités privées; c^esl celle indifférence chinoise qui laisse aux mandarins payés pour cela le soin de veiller aux catastrophes.
Plus un peuple se mêle de ses affaires publiques , mieux il s'occupe des aiFaires privées, et les unes et les autres n'en deviennent que meilleures.
Quant à ce reproche fait aux romanciers de corrompre le goût par le récit des crimes, je voudrais qu'on le renvoyât à certains hisloriens.
Ce n'est pas Rocaïubole qui a conseillé Tropmann ; mais ce sont des livres comme certaines Histoires de Napoléon, louant la force, préconisant le succès, applaudissant la gloire la plus funeste aux idées ; c^st celte littérature aplatie devant les grandes
boltps el les grands sabre.s, qui démoralisée les générations, les assouplit aux crimP:^ d'Etat, les rend complices d^s meurtres et des transportaiions.
Les aventures de Cartouche, de Mandrin, de Lacenaii-e, de Poulmann et de tous les assassins, ont une conclusion qui dégrise ; c'est Féchafaud. Mais, quand on voit Timpunité, le triomphe, la fortune fantastique de ceux qui dévalisent les peuples, violent les constitutions et assassinent la morale, on est exposé à les absoudre pour toucher au plus tôt des appointements de complices.
Encore une lois, la littérature ne fait pas les mœurs, elle en est l'expression. Et si ks
coquineries ont M. à la mode, il no faut pas s'en prendre aux écrivain^, mais aux coquins.
11 paraît qu'on a enlevé à la Bibliothèque de l'Etat les dessins des rois de France pour les offrir en petits cadeaux aux souverains qui ont visité l'Exposiiion universelle.
Hien ne ressemble plus à un vol que cet emprunt sans restitution popsible. Pourquoi
ne demandrait-on pas la mise en accusaiîon du ministre qui a permis cette spoliation ?
M. Teste a pas^é en jugement pour moins que cela.
La question du serment ne devrait plus Aire posée. Les exilés qui se refusent A rentrer devraient ne consulter que leurs convenances personnelles, sans soulever un débat inutile et sans blâmer le dévouement de ceux qui ont donné fièrement cette parole si subiilemcnt demandée.
Les grands conventionnels, dont on évoque souvent les images, remplissaient leur
devoir en acceplant de plus périlleuses responsabilités. Ils donnaient leur honneur et leur vie comme caution de leur patriotisme,
J'ai trouvé, dans les Mémoires de Lucien Bonaparte, une intéressante définition du serment politique. Il est curieux de lire l'opinion d'un frère de l'Empereur sur cette formalité.
(( Le serment, dit-il, ne doit s'appliquer qu'à un principe et non pas à une forme, pas plus qu'à un homme. Or, en fait de conscience politique, il n'y a que deux principes : le droit divin (qui, en dernière analyse, se réduirait peut-être à la théocratie)
pt le droit popvhùn^ c/zn* règne par le su/Jnige des hommes. Ces deux principes, qui se partagent le morille, sont seuls dignes du ferment, et c'est toujours à l'un de ces deux principes que doivent se rapporter et q le se rapportent réellement tous les serments politiques,..
Il est absurde de prêter serment a unhomme. Car, cet homme, quelqu'abso'u qu'il soit (président, consul, roi, empereur), com^ mande à de certaines conditions dont la \iolation entraîne justement la déchéance. Dès que ce gouvernement manque à ses propres obligations, les gouvernés n'ont plus de devoirs envers lui. C'est donc un non sens que le serment de fidélité à l'homme ..
« Malgré les mille serments prêtés à tant de chartes diverses depuis cinquante ans, il faut réduire infiniment le nombre des coupables. La génération passée valait la génération présente. La faute de ce jeu sacrilège des serments n'appartient pas aux individus, mais à ce non-sens législatif qui abaisse le serment aux formes gouvernementales, au lieu de le restreindre aux deux principes. Cette erreur n'est pas détruite encore, et, tant qu'elle existera, il y aura presque autant de parjures neminaux que d'hommes publics survivant à plusieurs organisations sociales. Puisse une bonne loi faire cesser ce scandale ! H
C»lte loi salutaire, qui doit débarrasser
Ic^ con?ciencos loyales du piégo qu'on leur dresse, nous l'attendons encore. Lucien Bonaparte la demandait; son fils, qui vient d'entre nommé, dit-on, du conseil de rt^gence, nous la fera-t-il obtenir?
L'idéal de M. Lucien Bonaparte père, c'était le gouvernement anglais. 11 en parle avec enthousiasme. On était en 1836, et la meilleure des républiques avait échoué en France.
Voici ce que dit le frère de l'Empereur :
(( On voit ici, sinon la meilleure, du moins une bonne et heureuse république, non dans un programme mais dans les faits et <îans les mœurs : le pouvoir législatif, sagement réparti entre trois autorités qui exercent sans entrave leur propre prérogative ; le pouvoir exécutif, ayant toute latitude pour
— ao —
le bien, et n'en ayant pas, n'en recherchant pas pour le mal ; le pouvoir judiciaire, tellement indépendant, que le plus obscur prolétaire, comme le plus riche seigneur, comme le plus illustre ou le plus humble proscrit du continent, reposent également en sûreté sous la garantie du jury, que nulle étreinte sacrilège ne peut flétrir, qiCaucwi mhérable ne peut souiller. »
Il y aurait sans doute quelques ombres à introduire dans ce tableau, mais le tableau, au fond, est exact.
On comprend que Napoléon ait toujours détesté son frère Lucien.
Oq avait dit que Mme Hatazzi, née Wyse Bonaparte, avait voulu assister à l'autopsie des victimes de Pantin, et que l'on s'était empressé de satisfaire la curiosité d'une dame qui tient à la dynastie par le sang.
La nouvelle a été démentie : tant mieux pour cette dame; autrement on aurait pu s'attendre à ce que cette aimable curieuse fît retenir une excellente place au premier rang le jour de l'exécution de Tropmann.
Pour un peu, elle aurait tiré elle-même la ûcclle.
Quant au peuple, il épargnerait volontiers de ia besogne au bourreau, si on le laissait faire, et il émiettrait Tropmann dans tous les sillons da champ d'Aubervilliers.
Des journalistes, transportés d'admiration devant cette fureur populaire, s'écrient : Abolissez donc la peine de raort^ si vous Tosez ! Arrachez donc cette victime au lion déchaîné !
C'est précisément parce que le peuple court au meurtre quand il veut courir à la justice, que je voudrais le désarmer de ce préjugé fatal.
C'est précisément parce que la légitime
indignation de la foule donne à celle-ci le goût du sang, que je voudrais combaltre cet appétit bestial.
Toutes les fois qu'un grand crime se commet, c'est l'assassin qui gagne la partie et qui fait de la propagande, puisqu'il convertit immédiatement des milliers de personnes à la religion du meurtre.
Si l'on faisait voter sur le champ d'Aubervillîers les spectateurs qui piétinent dans le sang, la grande majorité demanderait de la torture, des écorchements à vif, des raffinements de douleur pour le monstre.
C'est le sentiment de la vengeance porté jusqu'au canibalisme ; ce n'est pas le sentiment de la justice, ni le respect de l'inviolabilité delà vie humaine.
Jules Simon fait paraître un tout petit livre charmant, simple et profond, sur la
- sa —
IHÛnii de inor(. Les plaisantins qui veulent qu'on écarlèle Tropri'.ann trouvent le moment mal choisi pour la publication d'une pareille œuvre et b'àment la coïncidence.
Je me permets d'applaudir, au contraire, le hasard qui oppose à ce transport homicide le tableau sincère et éloquent du péril que la guillotine fait courir aux innocents.
Dans quelques semaines, on ne pensera plus autant à l'horrible massacre de Pantin, mais on lira toujours cette histoire bretonne de trois frères innocents arrachés à force de tendresse, d'énergie, de prudence et de raison, à la fatalité de l'échafaud.
ijUïïkiU '-ST. — Le jeune prince iMurat a été renvoyé de Técole navale pour incapacité. Quand on pense que ce jeune fruit sec pouvait être appelé, par ordre de succession, à monter sur le trône de Naples, on Irémit en songeant aux hasards que la royauté fait courir.
Il n'y a pas d'imbécile indigne de la coU' ronne, et ce Murât, devenu despote, eût en-
\oy6 aux galères les journalistes irrespectueux qui se seraient permis de douter de »a capacité.
Les ^apolitai^s doivent s'estimer bien heureux l Mais quel malheur pour la famille que cet échec d'un jeune homme incapable, auquel oa voulait donner un bon état et qui sera peut être un jour réduit à mourir de laim, faute de savoir autre chose que le métier de prince, devenu inutile.
S'il y a quelque chose qui soit eu progrès depuis le coup de d<:^cembre 1831, ce sont les arrestations nocturnes.
Il y a quelques années, un poste de sergents de ville était établi sur le boulevard des Invalides, dans le paiais archit'îpiscopaU Ce poste était parfaitement situé : il avait l'oeil ouvert non-seulement sur le boulevard, mais encore sur l'esplanade des Invalides, cette solitude propice aux mauvaises rencontres.
Tout-à-coup, le poste a disparu pour être li-ansporté à la mairie de la rue de Grenelle, qui aurait bien pu S'3 garder toute seule.
Est-ce Tarchevéque qui a voulu se priver d'un voisinage désagréable? Est-ce le préfet
fie police qui, par e?prit de contralisalion, a voulu joiudro ce {jointe au poste des pompiers? Je n'en sais rien, mais je sais que voilà tout un quartier fort peu en sûreté.
M. de Guilloutet en a fait lui-même l'épreuve, car c'est là qu'il a prouvé, un certain jour, qu'il y a aussi des députés à pcAgne.
Tout le monde n'a pa^ la force musculaire delM. de Guilloutet.
D'ailleurs, depuis qu'on a redoré le dôme des Invalides, on a dressé au-dessus des mâts de cocagne ordinaires un objet de convoitise formidable.
Si des malfaiteurs allaiont profiter de la îf'iciiritt^ que leur donne la poliiv pour gratter l'or qui ruisselle là haut! Si nous apprenions tout-à coup qu'on a ratissé les aigles qui viennent d'être ajoutés aux casques en relief du dôme!
Je ne parle pas de la dépouille de l'Empereur. Personne n'en voudrait,
J'ai cité, il y a doux on trois semaines, l'opinion de M. Littré sur Napoléon l^^ ; voici le jugement porté par Auguste Comte, le chef de l'école positiviste, sur le chef de l'école impérialiste :
u Chaque vrai philosophe doit, à mon gré, regarder TTiaintenant comme un irrécusable devoir social de signaler convenablement à la raison publique la dangereuse ahenatlon qui, sous la mensongère exposition d'une presse aussi coupable qu\''garée, pousse au= jourd'hui l'ensemble de l'école révolutionnaire à s'efforcer, par un funeste aveuglement, de réhabiliter la mémoire, d'abord si justement abhorrée, de celui qui organisa, de la manière la plus désastreuse, la plus intense rétrogradation politique dont l'humanité eût jamais à gémir. »
Le style de ce jugement est un peu lourd ; mais cela n'enlève pas du poids à l'opinion du juge.
Je lis dans un journal de province :
« M, l'abbé Vêtu fera un cadeau de Î2 francs, en livres, aux personnes zélées qui, dans l'intérêt du salut des âmes, propageront le Savez 'VOUS l (nouveau Peinez- y h\en pour le temps actuej).
« La seule condition a remplir est celle de prendre pour 9 francs d'ouvrages au choix dans son catalogue, qu'il enverra franco k ceux qui lui en feront la demande, rue d'Fnfer, 92 à Paris. »
Je ne sais si Tabbé Vêtu est assez velu pour partager son manteau comme Saint-
Martin; mais, quand il donne pour 12 fr. de livres aux bonnes âmes qui lui en aôl^^tent pour 9 fr., il fait simplement une bonne affaire. C'est la spéculation de tous les distributeurs de primes ; et le salut le plus clair dans ce trafic, c'est le salut de la caisse.
:ilarcH *IH. — W DO me semble pas qu'on juge avec équité la grande et douloureuse initiative que vient de prendre le P. Hyacinthe.
Toutes les fois qu'une intelligence hors ligne se débat sous l'étreinte d'un discipline
-uracnée, d'un pri^-jugi^ qui l'opprime, le -pecîac'e vnul qu'«in s'y In1ére3?e, qu'on ?'y arrête A le con'cmrtier ot qu'on fasre des vœux pour la libération complète de celte volonté captive qui cherche sa voie.
— Bahl disent quelques-uns de mes confrères, ce n'est rien, ce n'est qu'un prêtre qui se chamaille avec son supérieur !
Nous verrons si ce n'e?t rien ; mais ce peut être Taurore d'un grand mouvement dont la liberté humain(3 aurait à faire son profit.
Le parti catholique, malgré sa peur du scandale, est obligé d'attester dans son sein des divisions profondes, plus que cela, des abîmes irréconciliables.
Tous ceux qui représentent l'éloquencp»
le sens artislique, l'esprit enthousiaste, le sentiment humain, la sympathie pour les luttes et les efforts du dix-neuvièrne siècle, dans ce grand parti, se séparent tout bas, ou arrivent à se séparer tout haut de ceux qui veulent rester immuablement Romains.
C'est là un fait grave, qui n'annonce pas seulement une révolution prochaine dans l'Eglise, mais qui ébranle le dernier étai du pouvoir personnel. Désormais, le schisme s'établit entre le trône et l'autel. Et les démocrates n'aideraient pas ce mouvement !
et ils s'imagineraient qu'ils ne s'agit que d'un petit débat ecclésiastique !
Non. L'hcui'y est trùs-sérieuïC pour la conscience humaine. Le Pape me semble un nouveau Louis XVI, croyant tout finir par rouvert ure des Etals généraux de l'Eglise,
et, au contraire, commençant tout en donnant, par nécessité, une issue h la Révolulion qui le déborde.
L'Eglise en est à son 89, et les plaintes éloquentes des plus fiers esprits qu'elle possède sont les cahiers et les doléances de ceux qui ne peuvent plus vivre sans la liberté.
Les révolutionnaires doivent donc aide à celte révolution. Est-ce que le soupir du P. Hyacinthe est un soupir isolé ? L'évéque d'Orléans, qui s'émeut de cette révélation, qui eût voulu l'empêcher, mais qui laisse voir dans ses reproches sa sympathie pour le caractère du P. Hyacinthe, ajoute à ses doléances eu voulant les empêcher. Il avoue que le P. Lacordaire et le P. de Ravignan ont sou/ferf au?si ; soulfert de quoi ? Du despotisme ultramoRtain, du fanatisme de ces ligueurs que M. Veuillot enivre.
Combien d'autres, sans compter le plus illustre de tous, Montalembert, combien d'autres qui ont épuisé leurs forces dans ce mépris? Faut-il envier ceux qui ont eu l'énergie de se taire? Faut-il blâmer ceux qui croient de leur devoir de parler haut ?
Je respecte les premiers, j'approuve les seconds.
Le P. Hyacinthe n'est pas seul. 11 y a derrière lui ces prêtres que l'un d'eux a voulu appeler à la vie sociale, dans ces romans de l'abbé X... qui ont leur importance dans le débat. Déjà, de toutes parts, il se dirige vers Rome des suppliques, des brochures, des mémoires, des appels, tantôt éloquents, tantôt naïLs qui tous révèlent le ma'aise des âmes, le besoin d'ouvrir la porte et de respirer au grand air du progrès.
Je trouve donc qu'on n'ai tache pas asî^ez d'importance à cette revendication du P. Hyacinllie.
Voici un ex-bénédiclin de Solcsmes, fondateur et premier supérieur de l'abbaye d'Acey, qui dénonce les Bénédictins dans un ouvrage en deux volumes, et qui conclut, dans un appel au futur concile, par ces mots significatifs :
« Maintenant que ma tâche est remplie, je laisse à l'autorité compétente le soin de statuer sur le sort d'un arbre dont les fruits ordinaires sont : l'astuce, le men?ong<^ la calomnie, le vo', l-.s abus de contiance, le
scandale, la dominalioa sur leâ évèqueà et ifur le Saint-Siège lui-même. »
L'auteur de cette dénonciation s'appelle Pierre des P'dlkrs. Si c'est une des pierres importantes des piliers de l'église, je plains ceux-ci ; ils m'ont l'air de perdre un peu leur équilibre.
Aurons nous la guerre? Le grand- duc de Bade iournna t-il le prétexte attendu par
ri (11 patience de nos cliauviiis? Mainlenant que TEmpereur ne peut plus monter à clieval, conQera-t-il à d'autres Tlionneur d'une si grande guerre ? Enibarnis^é des libertés donton use et qu'il n'ose rcpren.lre par un coup d'Eut, le gouvernement personnel a-til besoin do celle diversion énergique de la guerre, et le crime d'Auber\illiers va-t-il bientôt ne plus sulfne V
Voilà ce qu'on se demande avec inquiétude, avec émotion, et l'on attend comme des oracles les moindres nouvelles venues de Saint Cloud. Mais les oracles sont parfois d'une ambiguïté terrible, et j'avoue que je ne comprends pas du tout le dernier qui nous est transmis. Le voici :
(( Dan« la promenade à pied que Sa Majesté a faite hier avec le général Waubert de Genlis dans les bois de Garches, ellea ciieiili une grappe de raisin qu'elle a mangée chemin faisant. »
On ne dit pas ce qui est résulté de ce petit lunrh ambulatoire. Le raisin était- il trop vert? Etait-il trop m.ûr? Vent-on nous faire comprendre par cet apologue que les entrailles augustes sont désormais affermies et qu'elles peuvent résister sans coliques à l'opinion, puisqu'elles ont pu résister au raisin ?
On a soin de nous dire que l'Empereur ?.e
promenait avec un général. Kst ce encore un oracle ? Cela veut-il dire que l'Empereur irait aus^i facilement vendanger sur le Rhin avec ses généraux, qu'il va cueillir du verju? dans les bois de Garches avec un général ?
On remarquera aussi qu'à moins d'élre un raisin sauvage impossible, le raisin devait appartenir à quelqu'un. On ne dit pas que l'Empereur l'ait payé. C'est là le sens le plus précis de roracle.
Le gouvernement personnel a repris de l'appétit; il cueille son fruit où il le trouve, et il passe.
Le jour où l'Empereur mangera les pommes du voisin, la guerre sera déclarée.
^Berci'cdl «9. — • En altendant qu'on sache un peu ce que veut TEmpereur, l'opinion publique, qui professe un profond amour pour la Constitution, demande que l'on réunisse au plus tôt les représentants de la France. L'échéance du 20 octobre sera-telle protestée ?
Il se signe dans toutes les circonscriptions du département de la Seine une adresse aux députés, ainsi conçue :
a L'article 46 de la Constiiulion oblige le gouvernement à convoquer le Corps législatif le 25 octobre prochain au plus tard.
H En présence de l'intention prêtée au pouvoir de pas se conformer à celte prescription, un de vos collègues, M. de Kératry, a déclaré qu'à l'expiration du délai légal, il se rendrait au Corps législatif pour exercer son mandat, et cette louable initiative a été l'objet d'une approbation générale.
(( Dans ces circonstances, les soussignés espèrent que, choisis aux élections des 24 mai et 8 juin pour faire respecter par l9us la souveraineté nationale, vous vous montrerez, le 26 octobre prochain, dignes du mandat qui vous a été confié. »
Dans tous les ateliers, dans tous les bureaux, dans tous les magasins, cette adresse trouvera des signataires.
Soutenus par une si formidable adhésion, représentanis paciflques de l'ordre, c'est-àdire de la Constitution, les députés devront se rendre à leur poste. S'ils y trouvent les baïonnettes qui ont ouvert le Serment du jeu de Paume, i(s auront, eux aussi, un serment nouveau à prêter; s'ils trouvent l'entrée libre, là tribune ouverte, ils auront à dresser le procès-verbal de cette manifestation légale.
Mais, dans l'un ou l'autre cas, ils rempliraient un devoir indispensable, et c'est de
— sucette façon qu'inaugurant le régime parlementaire, ils auront lait reculer le coup d'Etat, puisqu'on fait à l'Empereur l'injure de lui supposer l'intention de marcher encore une fois contre les lois qu'il a donnc'^es et jurées.
Un recueil que tous les journalistes devraient avoir, c'est la collection des Murailles rccolulwmiaircSf c'est ce mur public sur lequel tous les apostatt; d'aujourd'hui, qui n'ont pas fini leurs évolutions, ont placardé jadis l'assurance de leur dévouement à la République et à la Révolution.
Je me propose de faire des emprunts iic-
quents à celle publicalion, qui se continue par les soins de l'éditeur Picard, et qui sera bientôt terminée.
Aujourd'hui, je cueille une modeste Heur, l'olfrande du prince Lucien iMurat, Voici ce que, le 15 avril 1848, il écrivait aux électeurs.
Ne riez pas trop.
(t Hier, après trente ans d'exil, il ra'élait permis de revoir la France, et ce bonheur mmense, d'un fils à qui l'on rend sa mère, le le dois à la réi'Lbliuce.
« Aujourd'hui, u uÉruBLiQUE l'ait appel a
(ous les dévouements. Je iii'ofire à elle, et je viens vous demander de siéger à TAsscmblée nationale.
« Banni par les ennemis de la France, je vous apporte, des Etats-Unis, vingt- deux ans d'expérience et d'opinions ukpublicaines. Je suis fils de Murât et de Carolina Bonaparte, cousin de cet honorable Gaétan Murât, que vous avez tous connu et aimé. Tels sont mes titres.
« Si vous me confiez vos intérêt?, je saurai îes défendre ; A vous nie chargrjz de vos droits, je saurai les l'iire valoir. La raase du peuple me sera sacrée, et si je ne puis vaincrej je saurai mourir.
« Labastide-Fortunière, 15 août 1848.
« Lucien Mlpat. »
On sait que, par une exception fort honorable, le prince Mural a tenu 3a parole. De
opinions républicainGs de vingt années ne chargent pas au moindre souille. Ce n'est pas de sa faute s'il a pris le tréteau des Tuileries pour une barricade, et s'il s'est trouvé à côté du trône, quand il voulait être en face. Bombardé de crachats, il a su mourir, comme il l'avait promis, et on Ta enterré clandestinement au Sénat.
11 y a quelque temps, le Figaro a publié une lettre du comte Léon qui déclarait, en (ils respectueux de Napoléon 1^»', laisser au neveu de son père le soin de diriger les destinées de la France.
En 1848, W. Léon était moins conciliant. Il voulait la République, rien que la République, et il terminait ainsi sa profession de foi adressée aux citoyens de l'arrondissement de Saint-Denis :
(( Enfants de Paris, 771a naissance vous est connue] elle est glorieuse^ et j'ai préféré lutter corps à corps contre les scandaleuses et incessantes Iracasi^eries de toute nature de mes adversaires, que de la souiller en me ralliant à un gouvernement (celui de Louis- Philippe) qui n'inspirait chez Thomme de cœur que dégoût et mépris !
(( Et si aujourd'hui, citoyens, je viens vous demander votre mandat, c'est pour coopérer au maintien du gouvernement républicain que nous nous sommes donné, le seul qui convienne à la France, le seul que nous voulions tous!
(( Mon appel à votre confiance sera entendu et accueilli, car vous m'avez vu au milieu de vous, à votre tète même, et vous savez que je ne faillirai jamais au nouveau mandat que vous me conférerez. Mon vote sera toujours libre, sincère et sans arrièrepensée.
(( En homme de cœur, je conserverai mon indépendance, et ferai respecter celle de mon pays. Jamais vous ne me verrez voter le rétablissemant (Caucune dynastie en France,
« Vive la République : vive la France I
(( LÉON, fils naturel de l'Empereur Napoléon, rue Joubert, y.
« Paris, ce '20 mars 1848. »
Cette lettre n'a pas besoin d'épilogue. Le comte Léon, toujours aussi fier de ra naissance, mais devenu plus dynastique, subit avec une résignation admirable la monarchie dont il n'a pas voté le rétHblissem.ent.
on s'étonne de la curiosité fiévreuse du public pour le champ de massacre d'Auber- Mliiers. Pans aime les cimetières.
Un jour, dans une terre fraîchement remuée, on voy«iit des cadavres alignés, lis n'étaient recouverts que d'une couche légère. Par pitié pour les familles, le fossoyeur avait enseveli les assassinés jusqu'à la tête seulement poiir qu'on pût les reconnaître, et rien n'était horrible, paraît i!, comme ces morts qui semblaient regarder, guetter l'arrivée de leurs parents ou se soulever pour une résurrection.
Au bout de quelques jours, ceux qui n'avaient pas été reconnus dans cette Morgue bizarre étaient couchés un peu plus profondémenl, et l'oubli piétinait leurs corps.
Quel dommage que le peuple n'ait pas vu ce sillon funéraire ! Cela l'eût beaucoup amusé. On ne sait pas si ce spectacle sera donné une seconde fois.
Cette première repré?entalion avait lieu le lendemain du 2 décembre 1851. C'était au cimetière Montmartre.
Tropmann est pourtant trop jeune pour s'être inspiré de ce tableau ; mais il en aura entendu parler !
(Louis Uî.nACH) FERRAGUS Le Gérnni : L. LE CHKVALIRR
t«rli.- lUiprinifrlt île Puliulssoii el C». 6, rup fîoq-H<^r(>u
Librairie Arm. Le Chevalier, 61, rue Richelieu.