‹ La ClocheChapitre 4 sur 15 · X... NAPOLÉON QUATRE · texte numérisé non relu

X... NAPOLÉON QUATRE

Cette enseigne n'est séditieuse que par l'oubii d'une virgule. A quoi lient Tinnocence? X... a pour prénom Napoléon, et il habite au numéro 4.

Si M. Ilaussmann passait par là, il exproprierait !e numéro.

On sait que le Journal de VEmp'ire était encore à vendre, il paraît que son rédacteur aclucl en reste le fermier, moyennant un prix de fermage de 50,000 francs par an.

Si je ne suis pas trop curieux, je voudrais savoir comment un journal qui n'a' pas d'abonnés et pas de revenus peut payer 30,000 francs par an.

L'argent qui ne sort pas de la caisse du

1 Lihiic doit sortir de la caisse des fonds se-

' ''s; or, je m'étonne qu'il y ait des jour-

i.-tcs a£S(z dévoués pour alficlicr publi-

quemcîil leur dcpcndaiice ; et quelle tK'pcn.-' dance ! celle de rômargemcnl.

Ce n'est pas que cctie proicclion financière profile au Joui-ual de VEmplre. La vente e^t interdite tur la voie publique ; mais l'excomraunication vient des marchands.

Sanicili toir , a[)rèà m'ôtre itiutiîenienl adressé à une vingtaine de kiosques du boulevard, je trouve enfin une marcîiande assoupie qui avait le numéro du jour.

— Le Paijs? lui dis-jc.

Elle tressaille, se réveille et me tend, en souriant de pitié, le journal.

— C'est votre ucriiicr numéro ?

— Mon dernier et nioil [«•cmier. Je n'en ]nvnds qu'un, monsieur, et encore, parce qu'on me le change (piand je no le vends

jias. Il y il lies somainus où jo lo change sept fois de suite.

Ayez donc pour lilre le.^ denx phuî lieaux noms réunis : le Paijs! V Empire !

Mercredi 4. — C'était liier la rentrée des tribunaux. M. l'avocat général Ducreux (quel nom pourun orateur !), dan-; un foi't beau discours, a blûmé Arislote de s'être laissé condamner par défaut. 11 a loué, au contraire, Socrate d'avoir eu Je bon goût d'accepter ses juges, de s'être laissé juger, condamner et exécuter.

Je ne pense pas que M. Ducreux ait songé à Hoclii fort. Mais, moi, j'y songe,

et je puis a??!uror à M. Tavocat gi'-néral que, le cas ccht'-ant,, j'imiterais re?[;ectueufcment Socraîe piulûl qa Aristole.

Mais... pas trop de ciguë, n'e;t-ce pas ?

Ce treiziôrne numéro clôt la première p(5riode d'existence de la Cloche. ÎS'ous avons vécu dôji trois mois. Ce n'est rien dans la vie des peuples ; c'est quelque chose, par ce temps d'épidémie, dans la vie des journaux et dans la vie des gouvernement?.

La Cloche est donc en métal solide, et ie succès inespéré qui a accueilli nos débuts nous resle fidèle. C'est un encouragement à faire mieux, à rester aussi ferme dans l'exercice de notre droit, dans l'usage de la liberté. Nous ne dépasserons jamais les limites que notre coiisciencc s'est posées. Il se

peut que l'atmosphère varie autour du clocher ; lo son de la Cloche restera le même. Tant pis pour ceux qui ?c trouveraient les oreilles trop dures ou trop délicates!

Le numéro 13, qui finit le premier trim.estre, est le nombre aimé de Ferragus,

C'est aussi le nombre favori de l'empire: regardez plutôt la dernière livrai>on du Monde M'uslré !

Une gravure représente le conseil des ministres. Auiour d'une table oblongue, on voit rem[)ereur, riuipcratrice, puis MM.

Rouiier, Duruy, Pinard, Barociie, de .Moustier, le maréchal Niei, le maréchal Vaillant, l'amiral Piigault de Genouilly, MM. Magne, de Forcaùe de la Roquette cl Yuiîry.

Comptez! lo nombre do Ferragus y est bkin. Me voiià solidaire des chances de l'empire. Qu'on prenne f-^ardc de me faire pôrir, puisque Je dois contribuer, dans l'intérêt du pouvoir comme dans mon intérêt propre, à détruire le préjugé que le nombre 13 porte malheur et qu'il y a du danger à se trouver treize à table 1

(Louis Ulbacii) FERHAGUS.

Le géranl : LE CIIliVALIliR

r.Hris. — lii.i'. Butiuissoii et (>. rue Coq-lléron 5

-N^ u. Samedi 14 novembre 1868.

PAR

FERRAGUS

Jeodî 5 EBoveasaM'c. — J'ai reçu, trop tard pour y joindre un remerciement, le gracieux communiqué inséré dans le dernier numéro de la Cloche.

Il m'a donc fallu attendre ce numéro ci pour féliciter M. le ministre de rint(5rieur de sa politesse et de sa pudeur.

lo communique me donne raison. Il reconnaît que je ne m'élais pas (•chauffé à tort en dénonçant, après le Suffrage universel de Caen, ces couplets qui se chanteraient peut-être entre chasseurs, à Compiègnc, mais que Thérésa elle-même n'oserait chanter devant la reine d'Espagne.

M. le ministre s'échauffe môme plus que moi, puisqu'il a ordonné une enquête.

Puis-je espérc-r que nous en connaîtrons les résultats?

Nous avons besoin de savoir quel est le plaisant ou le nigaud, parmi les muets de l'estampille, qui a laissé maculer la chasteté de la police.

On peut donc estampiller k tort et à travers ?

Quelle catastrophe si, au lieu d'une gravelure, on estampillait les Châtiments ou la Lanterne !

La loi, les règlements et les fonctionnaires du colportage sont donc un vain mot?

Voilà ce qu'il faut apprendre pour édifier le pu]3lic et le ministre.

M. Pinard est direclonicnt intéressé à ne pas laisser croire que l'enquête annoncée est un argument de communique et que celle-là, comme tant d'autres, n'aura pas de suite.

La Cour s'amuse !

Il était temps. Son ennui nous gngnait, et comme il n'y a pas à craindre que nos ennuis la gagnent, elle va s'épanouir en toute liberté.

A vrai dire, la première série d'invités

n'est pas bien folâtre. S'il y a des farceurs, ce sont des farceurs sérieux. Je ne vois guères que Gustave Doré pour aimer la gaudriole; il est en train, d'ailleurs, d'illustrer Rabelais. Jules Sandeau évoquerait plutôt Charles-le-Chauve; quant à Paul Féval, s'il n'obtient pas sa tombola des gens de lettres, il aura bien de la peine à oublier le funèbre baron Taylor.

Je sais que Compiègne est un endroit charmant. Le patriotisme et l'innocence y couraient bien quelques risques autrefois. Jeanne d'Arc y fut pr^e par les Anglais, et Mme de Montespan par Louis XIV.

Mais ces choses-là n'arrivent qu'une fois. Jeanne d'Arc n'a plus de rivales ; et Mme de Montespan ne courrait plus de risques.

Compiègne reste la grande et magnifique hôtellerie de toutes les noces et festins des dynasties.

C'est là que Louis XV décrépit est venu aLtendre Marie-Antoinette, qui tremblait.

Quel souvenir plein de promesses !

C'est là que Napoléon, ayant épuisé son bonheur, a reçu Marie-Louise. Quel événement joyeux!

C'est là que Louis XVill reçut Alexandre de Russie. Quel présage enchanteur !

Je ne parle pas du mariage de la princesse Louise d'Orléans avec le roi Léopold. Il serait inconvenant d'évoquer cette mère de l'impératrice du Mexique dans un endroit où l'on va tant rire à l'heure des fantômes, et où l'on fera trop de folies pour songer aux veuves qui sont folles !

Ce n'est pas tout; Compiè gne a d'autres annales. On dit que Jules César a fondé la ville, sans se douter qu'un jour son historien viendrait y sourire aux charades des enfants de Brennus.

Saint Eloi forgea dans les environs; et tout porte à croire que c'est à Compiègnc même que le bon roi Dagobert mit sa culotte à l'envers.

Voilà une tradition qui porte un double conseil. Elle invite les princes à un aimable débraillé, et elle exhorte les ministres càunc noble franchise.

Où trouver, de nos jours, un homme d'Etat assez hardi pour présenter à son souverain la mâle observation de saint Eloi?

Où trouver un souverain assez raisonnable pour répondre à son ministre responsable :

— C'c?t bien ! je vais la mettre h l'endroit?

Age (J'or do l'histoire de France, où laciilolle et la conscience d'im prince n'étaient pas plus dil'liciles à retourner que la culotte et la conscience de M. Darimon !

Tem])S héroïque, où le clief de l'Etat prenait pour ministre un homme de bien, qui était un excellent ouvrier, et où le ministre faisait à la fois la monnaie et le salut de l'Etat !

On jouera sans doute, comme une fanfare, sur le cor, au fond des bois, l'air du /îoi Jkigohcri. Mais il n'y a pas de danger que les morts se réveillent; M. Magne est tranquille; il assure qu'il n'a pas besoin d^FAol pour fabriquer de l'argent et faire des emprunts.

Donc, on s'amusera, on s'amuse déjà à Compiègne; àmoins pourtant qu'on ne s'y ennuie, .l'ai toujours un peu de défiance de la gaieté commandée.

Dans un roman de Paul de Kock, un maître de danse, M. Mistigris, veut faire croire qu'il y a foule à ses petits bals. Il se met tout seul, à côté délia fenêtre ouverte, et il racle très-fort du violon , en criant : En avant deux! chassé-croisé !... Puis, il frappe du pied.

Les badauds qui passent lèvent la tète, écouleat et disent :

— Comme on s'amuse chez M. Wistigris!

Nous sommes un peu de ces badauds-là.

Nous entendons racler le violon de Corapiègne ; mais il faudrait voir la figure des danseurs !

J'ai peine à croire que l'on s'amuse tant là-bas, quand ou fait ici tantd'oirrandes à la mémoire des morts !

Le violon de M. Mistigris n'inspire plus de confiance.

Dimanche prochain, 13 courant, cependant, l'allégresse sera tellement officielle qu'elle sera unanime. On célébrera la fête de l'impératrice.

J'engage les invités de la seconde série à ne pas oublier leur bouquet.

Cet accident est arrivé, une de ces années passées, à un illustre convive, qui a été obli-

g6 de faire iin coup d'Etat pour se procurer dos (leurs. Je veux dire qu'il a \o\6 le bouquet d'uu collègue, déposé dans un coin, et qu'il l'a tenu soigoeusement caché derrière son dos jusqu'au momciil de Foirrir,

Bien que ce lut vraisemblablement le premier larcin de ce fonctionnaire, son collègue a eu de la peine à le lui pardonner.

On a plus d'indulgence pour . la récidive, et on a de l'admiration pour l'habitude.

On dit que M. de Persigny prépare ses Mémoires, et les a déjà offerts, par fragments, à l'empereur.

.!'(inlen(la SOS confulnnco:^ ; car ppr autres mf^moiros sont soidrs dppiiis longtemps.

S'il dit tout, iM. 11! ilnc éclairera l'Iii-Molrc. Il est ass.z illustre maintenant pour ne pas dissimuler la vi'-riîé sur son origine.

Je parlais, il y a huit jours, du procès de Bou'oL'ne. Voilà un fragment de riulorrogatoire que je copie textuellement :

— Vous prenez le rom de Percigny ; mais ce n'est pas le vôtre ?

— C'est celui de mon grand-père.

— Paternel ou maternel?.

(L'accusé ne répond pas.)

— Votre grand-père était-il vicomte ?

— Mon arrière-grand-père était comte.

(On rit.)

M. le duc de Pcrsigny n'a p£9 démenti l'annonce de ses Mcnwires ; mdil?, madame

la duchesse, de Gérolstein a envoyé un communiqué pour protester contre la supposition qu'elle voulait scandaliser le public de ses confidences.

A la bonne heure!

L'hôtel de M. Rouher, aux Champs-Elysées, disent les journaux, est à louer pour le mois de juillet prochain.

Est-ce que M. le ministre d'Elat songerait à quitter la France vers ce moment-là?

Vendredi @. — L'Odéon a représenté hier une pièce assez médiocre, extraite pourtant d'un livre intéressant et qui a pour titre : Le Drame de la rue de la Paix.

M. Haussmann n'y joue aucun rôle; il n'est pas question des brèches faites aux maisons et au budget.

Il s'agit de prouver l'infaillibilité des pressentiments de la police en matière criminelle.

La thèse est dangereuse. Si les mouchards, qui sont déjà crus sur parole après l'instruction, passent à l'état d'oracles avant toute enquête, nous sommes perdus.

Fort heureusement, cette apothéope du mouchard, qui réussit quelquefois dans les communiqués, n'a pas réussi à l'Odéon, malgré le talent des artistes.

En France, la police porte malheur à tout ce qu'elle touche.

Quant à la justesse de ses pressentiments,

voici une liistoricile que je rocommande à la magistrature. Je fais une pcconde copie de mon rOcit pour V Indépendance belge; on ne saurait trop carillonner ces clioses-là.

Au commencement du mois d'octobre, à Wasquehal, canton de Roubaix, le contremaître de l'usine Voigt et Gie fut volé. Ou lui avait pris 750 francs dans sa chambre. Le commissaire de police de Roubaix, escorté du garde-champêtre de ja commune, arriva en toute bàîe pour instrumenter.

On ne sait pas combien Ja première information du premier agent peut avoir d'influence sur l'instruction d'une aflaire, et le juge, souvent sans s'en apercevoir, incline vers l'argunieiit ou Tutopie du commissaire.

Celui de Roubaix fut superbe. La police a ses théories, ecs mcthodey, dunt elle ne sort

— îû —

pas. Elle conroit toujours un polit plan du crimo dans ioquel, bon gré mal gT('>, entrent les résultais do l'enquête. Lo iîn!i,n'slrat en question a sans doute pour sy.^tèn^e d:i suspecler les concierges.

Il décida que Je vol avait été commis par le concierge de l'usine.

Notez que la cliambre était ouverte à tous venants, que la clé restait souvent à la porte, qu'un passant pouvait entrer.... Oui ! mais la théorie du concierge !

On fouilla ch; z ce dernier ; on trouva les épargnes du mari, puis l'argent du ménage mis en réserve par la femme, puis la jjourse du fils. On n'unit toute cette monnaie et l'on trouva un total de 805 francs. Plus de doute ! voilà les voleurs ! Mais comment ont-ils, dans leur trésor, cinquanlc-cinqfrarjcs de plus que le Irésor volé? Bah ! c'est (lu'ils en ont volé d'aulrcs. Uemarquez bien que, s'il s'était

trouvé un déficit de cent francs, la conviction du commissaire de police ne variait pas !

On met l'argent dans un gros sac , que le garde champêtre porte comme le saintsacrement devant le cortège. 11 manquait une inscription : — « Ceci est le produit du vol ! » Puis , on empoigne le père, la mère, le fils, et on les concUiit à la mairie.

Après six mortelles heures, M. le commissaire, toujours éclairé de cette lanterne sourde de son intuition, ordonne le transfert des voleurs à la prison de Roubaix ; et alors, ces pauvres gens, accablés, pleurant, le mari honteux, la femme souffrante, le fds débile, mal vêtus, mal chaussés, font à pied ce trajet, traversant une population qui les

connaît, qui ies estimait, qui va les mépriser. Ils passent devant la maison du grandpère. Pourvu (jue le vieillard ne puisse les voir ! Mais non, aucune amertume ne leur est épargnée. L'aïeul apprend que des voleurs sont emmenés du pays ; il veut les regarder et les maudire en passant ; il reconnaît ses enfants, et tombe anéanti, mais non tout à fait mort.

Roubaix n'était pas la dernière étape.

Après quelques jours d'incarcération , on transporte les infortunés à Lille, d'où , au bout de trois semaines de prévention, ils ont pu sortir acquittés avec éclat, blanchis, proclamés innocents et martyrs par jugement du 28 octobre !

Qui rendra à cette famille, victime des

inspinlioiis d'un commiF?aii'o, ?on argent épuisé, son pain perdu, son lionncnr ébréché aux yeux de ceux qui ont ]e préjugé de la police ? Ils n'ont pas môme, les malheureux, de recours à CÀ'ercer contre le commissaire qui a fait son devoir, et qui a pu ruiner des iuL'Ocents sans cesser d'être un fort honnête homme.

Je n'ajoute rien à celte simple histoire, qui contraste avec les pompeux élogCo* décernés dans les discours de rentrée à notre merveilleuse organisation judiciaire. Ce qui est arrivé là arrive ou arrivera à tout le monde, si surtout, au lieu d'argent, il s'agit de passions politiques.

(lolfe infaillibilité pré^^umée de la poUce sï'tend auxoriicicrs de gendarmerie; et M. le lieutenant Lairuire en est un mémorable exemple.

On se souvif-nt que l'Union Hbrrale a été condamnée, uniquenient et striclement,pour avoir annoncé que le lieutenant Latrud'e allait donner sa démission et fonder un journal.

Or, le lieutenant Latriiffe a donnné sa démission et a fondé un journal, le Mcmicur de la Gendarmene .

L'Union libérale avait donc absolument raison ; sans doute, c'est pour cela qu'elle était dans son tort.

Je prie M. do Guilioutet de nous dire &i c'est bien cela qu'il a voulu et s'il a prétendu l'aire punir la vérité et la vérité inolfensive.

Ma foi , Basile a raison ; pour le mémo prix, autant vaudrait calomnier, il en resterait du moins quelque chose !

Il y a des gens qui se flallent d'obtenir des magistrats mêmes qui ont com.posé la Haute- Cour de justice le 2 décembre un arrêt pour décider que le 2 décembre n'a jamais existé.

Tant que ce merveilleux résultat ne sera pas obtenu, j'aurai toujours le deuil de cette date néfaste, et ;je poursuivrai l'enquête commencée sur les victimes de ce miracle.

Voici un nouveau et éclatant témoignage. La lettre est accompagnée de pièces à l'appui, de consultations, d'attestations.

J'ai cru devoir adoucir dans quelques pasages l'expression d'un ressentiment filial fort légitime, mais blessant pour les vainqueurs. 11 faut les ménager.

« Carcassonne, le 31 cet. i8G8.

» Monsieur,

» Je m'empresse de répondre à l'appel » que, dans votre onzième numéro, vous

» faites aux victimes du 2 décembre, en ve- » nant dénoDcer à l'opinion publique un fait » des plus curieux, en cela que la victime » appartenait à cet honorable corps de la » gendarmerie dont M. le lieutenant Latruffe » est le champion.

» Au 24 février 1848, mt)n père était gen- » darme à Perpignan. Au mot de République, » M. Foubert de Laize, chef d'escadron de » cette compagnie, déserta en Espagne, et )) le capitaine engagea les gendarmes à' se » mettre à l'écart.

» Fort de la sympathie qu'il inspirait, » niun père, ^eul entre s>:s coiiègaes, se » mêla au mouvement populaire, et, par » son énergie, parvint à prévenir quelques ') scènes regrettables. Celte conduite, noble- 1) ment appréciée par iM. Guitter, commis- !) saire du gouvernement, lui valut' le com- ') mandement d'une brigade « a litre de

» récuniiiense nationale. » Hélas 1 celle y6- » compense, il Ta bien cruellemeot expiée ! » Sa iiominalion l'ut, signée par le générai » Cavajgnac.

» Quandia réaclion commença à reprendre » courage, M. d'Iîauîponl, ministre de la » guerre, organisa, tout le mondtî s'en sou- » vient, un vaste s^'Stème d'espionnage qui » devait aider au travail des commissions » mixtes, et le fameux auteur do la circu- » laire à la gendarmerie, le liéros des fu- )) œillades légitimistes de 1815, devint grand » référendaire du Sénat du second Empire.

» Un gendarme entaché de récompense » nationale devait sembler d-mgereux, et » ppu proru'e, en tout cas, à ce service nou- » veau. On se décida à chasser mon père » (les rangs de l'armée, sans pension, ni » traitement, après vïitgt-deux années des )) plus honorables services, au mépris de )■> toutes les lois qui protègent les services

» mililaires. En cffc!, les ]oi?, décrois ou » rJgkîmcnîs qui régissent la maiicrc, por- » laiont en substance que, dans la gcndar- » meric, nul ne peut cire renvoijé ou cassé n sims un coiiseU de guerre ou un conseil » d'enquête. Dans ce cas, toutes les formes » lôgales furent foulées aux pieJs, et mon » père fut chassé de la caserne avec sa », famille, par les gendarmes mêmes qu'il » commandait.

)) Cet exposé, ayant sans doute pris trop » de place dans votre feuille, je vais ré- » sumer succinctement ce d.écret nocturne » frappant dans son bien, dans son avenir, H dans sa famille, un homme coupable du » crime d'avoir été remarqué et récompensé » par des hommes tels que François Arago )) et Cavaignac.

„,, recréa une inaastrie en aUenaam de

" ^ • . îlHi;; le coup a blai dUi

„ meilleurs jours, «f'" ''^ J^n „on père „ va. i;fttaW.ssen*nt que »" fevmépar

'1™;Se"1ritSnS vint mettre le

"'?-"^ILmbUnVpouvaut dénouer la » {aire. M. LaraDu, i- ,,édarantque les

„ droUs de mo« ?■-•'■». " . "'mauvre loi ! ce

I uî nvait été woî(!e(,pauMi- »" „ q„e ! '<""!""' ^,(,^3 fois), n-afc -?« '•'«-

» Algérie, a f-'\.î'^^Zir leMonUeur „ rendre jusliœ. (textuel, f

„ du 19 avril 1863). .

„LeSéaatproiionwloi(lieûuj

» Mon père, depuis trois ans, a formé un » pourvoi devant le Conseil d'Etat ; l'assis- » tance judiciaire lui a même 6té accordée; » mais M. le ministre de la guerre s'obstine » à ne pas répondre et entrave ainsi l'action » régulière de la justice.

» Mon père demande à être jugé. 11 ne » cessera de revendiquer son droit que de- » vant un arrêt légal. Il veut savoir s'il est 1) possible qu'un homme qui a servi vingt- » deux années son pays sans reproche puisse » être spolié du bénéfice de ses services, » parce que, dans sa modeste position, il est ;> resté fidèle au drapeau de la'France et au » drapeau de l'honoeur.

» Veuillez agréer , monsieur , l'assu- » rance, elc...

» Claude Paul, voyageur de com- » merce, en face la gare, à » Carcassonne. »

Saiwesli 7. — On ouvre une souscriplion pour élever un monument à la mémoire do M. Baudin, mort le 3 décembre I80I, en défendant la Constitution.

La chose est toute simple. C'est honorer le courage, c'est proclamer l'inviolabililé des lois.

Un gouvernement qui veut régner par les lois devrait s'associer à cet acte de justice et de piété.

— Mais, disent les aboyeurs du coup d'Etat qu'ils n'ont pas fait, ces vainqueurs du lendemain qui lèchent volontiers les mains sanglantes, pourvu que ces mains soient bien

garnies; — mais c'est abominable, c'est provoquer la guerre civile! Je renversement de l'empire! Vous êtes des factieux.

Et, par faiblesse pour ces journalistes, qui monteraient plutôt au pilori qu'aux barricades, le pouvoir paraît décidé à poursuivre les auteurs de la souscription el semble incliner à trouver un délit dans un témoignage de respect et d'admiration.

Ali! laissez-nous donc un peu admirer ce qui est beau; laissez-nous nous reposer du mépris. S'il y a des gens provoqués en France, ce sont ceux auxquels on refuse la consolation d'honorer les vaincus, en les forçant à subir perpétuellement l'apothéose des vainqueurs !

Je m'explique, car le terrain est glissant. J'entends par vainqueurs les Morny, les Saint-Arnaud, les Maupas, tous ceux qui ont frappé par égoisme et par ambition étroite.

Le gouvernement permettrait sans doute à des admirateuiS de M. de Morny de dresser sa statue. Il a sa rue, comme Saiut-Arnauà a la sienne, en attendant qu'ils aient l'un et l'autre leur boulevard, leur square, leur chapelle.

Et pourtant, quels titres à la mémoire du peuple réclament ces gens-là, si vous leur retirez les prouesses de décembre?

Cet homme auquel on veut élever un monument, est-ce donc un chef de bande, un anarchiste, un émeutier ?

Non; c'est un législateur honnête, pacifique, qui a pris au sérieux son mandat, et qui, la première fois qu'il a abordé la tribune, a su qu'il vouait sa vie à l'honneur de la représentation nationale.

Le gouvernement arrivera peut-être à interdire une souscription publique. Il ne saurait empêcbier un ami, représentant les vœux et les regrets de tous, d'élever un monument à la n^émoire de M. Baudin. Les inscriptions ne manqueront pas au bas du mausolée. S'il fallait ajouter un commentaire aux paroles sublimes du représentant frappé dans l'exercice de son mandat, je conseillerais de feuilleter le Moniteur. Voici ce qu'on y trouverait :

Le 26 mai 1851 , on discutait un projet de loi sur la réorganisation de la garde nationale, projet qui blessaiî l'égalité. Baudin monta à la tribune.

Voici un fragment de son discours :

« L'origine de tous les pouvoirs, du pou-

» voir exécutir aussi bien que du pouvoir lé - » gislatif, est dans la souveraineté du » peuple. Ils émanent de la nation tout cn- » tière. Elle peut les déléguer, elle ne les » abdique pas. On peut les usurper, mais le » droit à la revendication est toujours ou- » vert. »

Et, après cette exposition de principes, s'adressant à cette majorité aveugle qui a perdu tous les régimes, il parlait avec la sérénité d'un homme qui a fait un pacte avec la mort :

« Vous voulez sauver la société, Messieurs.

» Hors du terrain de Tégalité, il n'y a dans » notre pays qu'abîmes et tempêtes... Quant » à nous , notre tâche est tracée par nos » principes. Nous ne retirerons les mains de )) l'œuvre que le jour où le dernier de nos » frères aura trouvé justice devant la loi et » dans l'égalité... Nous agirons, nous vi- » vrons, nous mourrons, s'il le faut, pour la 1) vile multitude. .>)

Baudin a tenu ?a parole. 11 est mort pour Ja vile multitude et en face d'elle. Je souiiaite que cette phrase soit gravée sur son tombeau. En tous cas, nous devons tous, unanimement, solidairement, honorer cet homme logiaue, vivant et mourant pour la loi.

11 ne doit faire honte qu'aux âmes perverses ; il ne doit faire peur qu'à ceux qui méditent toujours des embûches; mais je comprends qu'il fasse envie au pouvoir.

C'est ainsi qu'un gouvernement aime à être défenfiu.

Pourquoi, dès lor?, le pouvoir ne s'associet-il pas à celte manifestation? iM. de Girar-

din est venu maudire le duel sur la tombe d'Armand Carrel, tué par lui; l'empereur a eu le courage de faire son meâ culpà de Boulogne et de Strasbourg, dans la ville de Ham. Il continuerait la série de ces actes nécessaires en attestant le respect de la légalité devant une victime du coup d'Etat.

Ce n'est pas nous qui établissons la solidarité qu'on veut trouver ofTensante entre le présent et le passé ; ce sont ceux qiii voient de l'opposition dans le culte de la justice et de la légalité.

Je souhaite à l'empire des hommes comme Baudin.

Sans doute, l'empire est bien solide ; et il faut qu'il le soit pour résister à ses amis. Mais si jamais sa constitution était menacée, et si jamais un député quelconque de la majorité, ou un sénateur se faisait tuer volontairement pour la défendre, je promet? de

souscrira, afin d'élever un monument à ce martyr de la constitution impériale.

Jusque-là, je réserve mon obole pour les hommes comme Baudin.

La Cloche souscrit pour cent francs, et transmettra les souscriptions de ses lecteurs aux journaux qui, comme YAvenlr et le Réveil, ont eu Tinitialivo de celte manifestation.

Si la presse libérale le veut, son unanimité dans celte circonstance serait une grande leçon donnée à nos adversaires. Une leçon etun averlissemenil V^oilà Une occasion d'alTu-mer simplement, légalement, honnêtement, la solidarité des gens de cœur et de liberté, quel que soit d'ailleurs leur drapeau. M. Prévost-Paradol n'a pas manqué à celte lâche; nous n'y manquerons pas non plus.

Quant au Journal de V Empire, qu'on d*^vrait appeler le Journal de la Révolte, je lui

con?oillo do nif^diler cette phrase de Panl- Louis Courier :

« Les vrais séditieux sont ceux qui en trouvent partout. »

DîEcîaEïcSse S. — Puisque je parle du Jouirai de V Empire, je demande à mes lecteurs la permission de vider un petit débat personnel.

Je m'étais étonné qu'un journal sans abonnés et sans débit de vente pût promettre 50,000 francs de rente à ses commanditaires, et je demandais quelle providence ferait pleuvoir ce bénéfice invraisemblable.

Au lieu de me répondre et de s'expliquer, le Journal de V Empire se permet un débordement de personnalités et d'injures qui abrégera la discussion entre nous.

jo m'adressais au journal; c'est M. Paul do Cassagîiac qui intervient et qui me propuse de nous crocheter.

Je ne connais pas, et je ne veux pas connaître M. Paul de Cassagnac. C'est la première l'ois, je pense, et c'est sans doute la dernière fois que son nom se trouve sous ma plume. Me serait- il facile de lui répliquer, et, sur le terrain des personnalités qu'il choisit, aurais-je sur lui des avantages? Je n'en sais rien et ne veux pas le savoir.

J'ai déclaré la guerre à de plus fiers ennemis. Ceux-là me suflîsent ; et , sans m'interdiro, quand cela me paraîtra nécessaire, de toucher au Journal de V Empire, je n'abaisserai jamais ma haine jusqu'à ces

pugilats (lu ruisseau qui sont souvent des pièges. La police est faite pour y prendre ma place.

Toutes les fois que les attaques politiques deviendront des injures personnelles, j'appellerai contre ces importunités malsaines le secours des lois qu'on a faites contre nous, qu'on nous recommande, et qu'on nous accuse de transgresser.

J'aurais pu déjà me dispenser aujourd'hui de répliquer moi-même; mais M. Paul de Cassagnac eût pu m'accuser de ne l'avoir pas averti. Je tiens loyalement à ce qu'il le soit : je me reprocherais de lui opposer tout à coup des armes qu'il ne connût pas aussi bien que moi.

La reine d'Espagne est dans nos murs, M. Marfori aussi. Les sergents de ville, les agents de police, moins l'agent Constant, qui n'est pas replacé , s'étaient empressés de se porter sur le chemin du cortège pour témoigner par leur respectueuse attitude toute la sympathie due aux malheurs.

On dit que le jeune prince impérial annonce des dispositions précoces pour l'exercice de rcstampillr , et qu'il a déjà honoré de ses suffrages quelques petits livres d'his-

toire qui paraissent avec cette formule : Approuve par le prince impérial. Je suppose que toutes les œuvres de M. Duruy sont dans ce cas-là.

J'oserai humblement alors solliciter la haute bienveillance de Son Altesse pour im fragment littéraire dont je lui rommerai l'auteur une autre fois, s'il ne l'a pas deviné. Ces pages ont été composées exprès pour l'éducation des héritiers directs et responsables.

Cela s'appelle d'un titre général Dialogues des Morts. Son Altesse verra par là que les morts sont les meilleurs conseillers des vivants.

Il y a quelquefois des morts qui font peur, et un axiome de droit, qui pourrait être dans bien des cas un axiome de politique, affirme que le mort quelquefois saisit le vif.

On avudco morts inconnus, enterrésdepuis longtemps, qui dormaient paisibles, et qui.

tout à coup, dôlerrés à rimprovi.-îto, faisaient pâlir les vivants les mieux vivants, parce qu'ils avaient eu ù cOtô d'eux, dans leur cercueil une lumière enfouie qui éclairait le ciel en réapparaissant : cette lumière qu'un appelle le droit, la loi, la liberté.

Mais les morts dont je parle et qui vont parler sont si vieux, si vieux, qu'ils ne peuvent faire honte à aucun contemporain. Qui peut se flatter d'avoir connu « un Caton » dans ce temps-ci, et qui oserait dire sans pouffer de rire que nous avons connu un vrai César ?

C'est, en elTet, entre Caton d'Utique, tué de ses propres mains, et César, tué par ses sénateurs, que le dialogue a lieu. 11 a pour

but de démontrer cette moralité inscrite en tête du chapitre.

Ze 'pouvoir despotique, loin cV assurer le repos et ïautoinié des princes, les rend malheureux et entraîne inévitablement leur ruine.

Je frappe les trois coups , non pas sur César, mais sur son cercueil, et le dialogue commence.

Attention :

CÉSAR. — Hélas ! mon cliei' Caton, te voilà en pitoj'able état ; l'horrible plaie !

CATON. — Je me perçai moi-même à Utiqiie, après la bataille de Thapse, pour ne point survivre à la liberté. Mais toi, à qui je fais pitié, d'où vient que tu m'as suivi de si près? Qu'est-ce que j'aperçois? Combien de plaies sur ton corps? Attends que je les compte... en voilà vingt- trois!

CÉSAU. — Tu seras bien surpris quand tu sauras que j'ai été percé de tant de coups au milieu du Sénat, par mes meilleurs amis. Quelle trahison !

cxTos. — Non, je n'en suis point surpris.. N'etais-tu pas le tyran de tes amis aussi bien que du reste des citoyens ? Ne devaient-ils pas prêter leurs bras à la vengeance de la patrie opprimée? Il faudrait immoler, non-seulement son ami, mais encore son propre frère, à l'exemple de Timoléon, et ses propres enfants, comme fit l'ancien Brutus.

Que dites-vous, Monseigneur, de ce commencement de dialogue? Je ne parle pas du style; il ne ressemble guère à celui de II. Duruy. Mais la morale n'est- elle pas bien romaine, et ne voilà-t-il pas le sénat bien disculpé?

Je cunlinuG en abrégeant un peu :

CÉSAU. — Tu as toujours été prévenu contre moi et outré dans tes maximes de vertu.

CATON. — Qu'ost-co qui m'a provenu contre toi? Ta vie dissolue, prodigue, artilicieuse, efréminée, tes dettes, tes brigues, ton audace; voilà ce qui a prévenu Gaton contre cet homme dont la ceinture, la robe traînante, Pair de mollesse, ne promettaient rien qui fût digne des anciennes mœurs. Tu ne m'as point' trompé. .Je t'ai connu dés ta jeunesse. Oh! si l'on m'eût cru!...

CÉSAn, — Tu m'aurais enveloppé dans la conjuration de Gatilina pour me perdre.

cvTON. — Tu vivais en femme , et tu n'étais homme que contre la patrie. Que ne îîs-je point pour te convaincre? Mais Rome courait à sa perte; elle ne voulait pas connaître ses ennemis.

CÉSAR. — Ton éloquence me fit peur, je l'avoue, et j'eus recours à l'autorité. Mais tu ne peux désavouer que je me tirai d'afîaire en habile homme.

CATON. — Dis en habile scélérat... »

Monseigneur (car vous m'écoulez toupurs), j'interromps ici Calon, et je trouve que, pour un homme parlemcniaire , il dit les choses un peu crûment. Scélérat me parait un peu fort, appliqué à un homme que hi po^lôrilé a tant admiré et tant imité. Scélératl parce qu^l a eu pour de la tribune et parce qu'il a passé le lUibicon! Si je ne tenais l'auteur du dialogue pour un homme doux, juste, poli et d'excellent langage, je croirais qu'il a voulu rendre César intéressant en le calomniant un peu.. Scélérat !... le divin César 1...

Continuons :

César reproche à Caton de ne .s'être pas rallié : il l'eût nommé quelque chose, cl Calon eût servi encore la républiciue. Mais Catun, ce représentant d'un vieux parti, est intraitable.

CATON. — 11 n'y a plus de république, dès qu'il n'y a plus de liberté.

CÉSAR. — Mais quoi ! Être furieux contre toi-même !

CATON. — Mes propres mains mont mis en liberté, malgré le tyran, et j'ai méprisé la vie qu'il m'eût offerte. Pour toi, il a fallu que tes propres amis t'aient déchiré comme un monstre!

César, ne discutant plus l'origine de son pouvoir, cherche à s'excuser en prétendant que son pouvoir était doux, humain; et il atteste les funérailles superbes qu'il eut dans Rome, les regrets du peuple. 11 délie Caton de répliquer.

CÉSAU. — Qu"as-tu â répondre?

c\TON. — Que le peuple est toujours peuple, crédule, groâsier, capricieux, aveugle, ennemi de son véritable intérêt. Pour avoir favorisé les successeurs du tyran et persécuté ses libérateurs, qu'est-ce que le peuple n'a pas souffert On a vu ruisseler le plus pur sang des citoyens par d'innombrables proscriptions... Heureux qui n'a pointvu ces jours de désolation ! ]\Iais enfin, parle-moi, ô tyran ! Pourquoi dédiirer les entrailles de Rome, ta mère? Quel fruit te reste-t-il d'avoir mis ta pairie dans les fers? Est-ce de la gloire que tu cherchais? N'en aurais-tu pas trouvé une plus pure et plus éclatante à cpnserver la liberté et la grandeur de cette ville, reine de l'univers ?

.... Te fallait-il une vie douce et heureuse? L"as-tu trouvée dans les honneurs inséparables de la tyrannie ? Tous les jours de ta vie étaient pour toi aussi périlleux que celui où tant de bons citoyens immortalisèrent

leur vertu en te massacrant. Tu ne voyais aucun vrai Romain dont le courage ne dût te faire pâlir d'efiroi.... Dis, si tu l'oses, que tu as été heureux !

CÉSAR. — J'avoue que je ne l'étais pas. Mais c'étaient tes semblables qui troublaient mon bonheur.

CATON. — Dis plutôt que tu le troublais toi-même. Si tu avais aimé la patrie, la patrie t'aurait aimé. Celui que la patrie aime n'a pas besoin de garde. La patrie entière veille autour de lui. La vraie sûreté est de ne faire que du bien et d'intéresser le monde entier à sa conservation. Tu as voulu régner et te faire craindre. Eh bien ! tu as régné, on t'a craint, mais les hommes se sont délivrés et du tyran et de la crainte tout ensemble. Ainsi périssent ceux qui, voulant être craints de tous les hommes, ont eux-mêmes tout à craindre de tous les hommes, intéressés à les prévenir et ri se délivrer!

J'ai presque pi lié de César , Monseigneur,

Mais on dépouillant co langage des férocité? d'expression qui tiennent aux mœurs romaines, sidifl'éientes des nôtres, quels excellents 1 conseils pour fonder une dynastie! César est frappé de celte logique; il essaye de se disculfier par la nécessité d'Etat. Les usurpat(>ars allèguent toujours la nécessité de l'usurpation. On connaît ce refrain. Vous n'aurez pas à l'entendre chanter, Monseigneur, puisque vous régnerez par droit de naissance et non par droit de conquête. Il est bon, toutefois, que vous le connaissiez.

Caton ne se laisse pas éblouir par ces subtilités. 11 rétorque vivement les arguments de l'ambition, et iinit par tourner le dosa César, en lui disant :

« Adieu! je crains que l'ombre de Brutus )) ne soit indignée si elle me \ oyait parlant » avec toi. »

Et c'est ainsi que finit le dialogue.

Encore une fois, vous trouverez, Monseigneur, que Caton manque un peu de forme et de grâce. De nos jours, on ne dit plus en face aux gens : scélérat, tijran, monstre. J'excepte pourtant les journaux officieux, qui ne se font pas faute de traiter tous les jours les gens d'opposition (ïassass'vns, de voleurs et de bandits. Mais, vous savez aussi bien que moi ce que valent les journaux officieux, vous savez mieux ce qu'ils coûtent et le peu de profit qu'on a à les écouter.

Le langage de Gaton n'est donc plus en rapport avec nos mœurs; mais la morale est éternelle. On ne fait pas de coup d'Etat contre elle; et c'est la morale seule de ce morceau que je vous prie en grâce d'apprécier, si vous daignez me lire.

Laaiaâi 9. — Les travaux du Palais- de- Justice avancent beaucoup.

Est-ce pour les accélérer, ou pour faire une autre économie, que, dans les dernières salles, au lieu de graver VN providentielle qui estampille tous nos monuments, on a peint ce signe de l'élu sur des cartouches qui peuvent facilement s'enlever et se remplacer, sans dégât pour rédifice ?

M. Dupaiitoy, le laillcur des dynasties, envoie une note aux journaux pour déclarer que personne chez lui, dans ce moment, ne prôiend au trône d'I^pagiio. Il conliiiiM;, dailleurs, à habiller au plus jus'e prix les prétendants en disponibilité.

Le général Prim, dans une proclamation aux troupes récemment insurgées, leur rappelle que la discipline est le premier apanage du soldat, et qu'un bon militaire doit vouer sa vie à la défense des inslitulions nationales, à moins que celles-ci né méritent d'être renversées.

Cette proclamation a été apporîée de France toute faite. Les ornements cspa-

^nols qu'on y a ajoutes la chang'-nt nn peu ; mais elle a dôjà servi dans la pièce de Joseph Prud'homme; elle csl dtleini Monaier.

Le nouveau Journal du Jura a fait son apparition.

Il a eu le bonheur d'avoir pour préface la magnifique élection de M. Grévy, et il a la chance d'avoir pour rédacteur en chef uii écrivain de très-grande valeur,' M. Louis de Ronchaud, qui ne sait pas seulement lutter, agir pour la cause libérale, qui sait aussi l'ortcmcnt penser el brillamment écrire.

niaraÎB îO. — La censure ne veut pas reconnaître les droits au trône du Palais- Royal de Sa Majesté Amatibou. Elle a exigé de M. Labiche qu'il fît de son héros un simple prince. On n'a pas voulu descendre jusqu'aux ducs, pour ne pas entamer le monopole de gaieté inhérent à certains duchés contemporains. Prince a suffi.

Quant à la religion, les dévotes gens qui font de la marotte un goupillon n'ont pas permis qu'on osât dire que les peuples d'Amatibou adorent une anguille. On a mis en marge du manuscrit : — « Remplacez la divinité.»

On croit que M. Labiche a proposé un oiseau de proie et un oiseau de basse- cour.

^a piétô des censeurs va choisir entre ces ieux emblèmes.

V Avenir d'Aucli ^ient de gagner ses chevrons.

L'éclatante manifestation d'estime et de sympathie qui a accueil! M. Lissagaray à la sortie de l'audience, l'ovation que lui ont faite les honnêtes gens, le dédommagent du désagrément de payer une indemnité à la réputation qu'il aébréchée.

Cette feuille intrépide, qui aura contribué

si puissamment à réveiller l'opinion dans Gers, annonce pour le 14 de ce mois un uu-j méro extraordinaire, rédigé par les plumes les plus illustres de la démocratie et qui sera vendu 30 centimes.

On trouvera de ces numéros aux bureaux de la Cloche, chez M. Lo Chevalier, 61, rue de Richelieu.

içaeres'eîîâ 113. — Les journaux officiels se sont beaucoup moqués de la libéralité avec laquelle, en Espagne, tous les soldats furent élevés au grade de caporaux après la révolution. Mais c'est là l'elTet ordinaire des insurrections.

Un sergent, qui déposait dans le procès !' i]ou!ogne, a raconté :

(! — Lorsque M. Aladenize me présenta au

r-rince, c'était pour faire de moi un sous- ■ lioutennnt; mais, lorsqu'il passa à la droite ) (Je la compagnie, le Prince m'offrit les 1 épaulettes du capitaine. »

On n'a jamais \u d'avancement si rapide laiis l'armée. Malheureusement pour le sor- .1 nt, l'affaire de Boulogne ne réussit pas.

Quant au major Col-Puygellier, il dépose :

(t — Le Prince me dit :

'(Me voici, capitaine; je suis le Prince Ijvais. Soyez des » nôtres, et vous aurez

' ce que vous voun drez ! ')

- Je lui répondis:

u —Prince Louis ou non, je ne vous con- > liais pas ! »

On sait comment cette réponse faillit coûter cher au capitaine. Par bonheur, la b: qui devait le frapper n'était pas encoK-. fondue. '

On faisait jusqu'ici des cantates pour la fête des princes et des princesses. Il paraît que Ton va désormais en faire pour aider à l'heureux accouchement des reines eiôes impératrices.

C'est M. Albéric Second, aidé de M. Jules Cohen pour la musique, qui introduit ce perfectionnement hygiénique dans la can-

tate. Le chloroforme avait été jiigé dangereux par les sages-femmes ; mais la cantate n'a pas encore été essayée.

On ne dit pas comment le poëte et le musicien s'y prendraient dans le cas d'un accoucliement laborieux.

Quoi qu'il en soit, l'empereur d'Autriche, enchanté des effets émollients de la poésie de M. Albéric Second prise à faible dose, et du résultat de la musique de M. Jules Cohen avalée sans exagéiation, vient de conférer à ces deux inventeurs de l'hymne à jet continu, indispensable aux princesses en couche et exécuté à Nancy, l'ordre de François-Joseph, en l'honneur de rheureuse délivrance de l'impératrice Elisabeth.

L'histoire regrettera que l'empereur d'Au-

triche n'ait pas dans son écrin l'ordre de la Conception ; c'eût été de meilleur goût que l'ordre de Joseph.

Je me trompais. Mercadet le faiseur aura les honneurs de Compiègne ; mais les amateurs delaCour, quiauraientpujouer la pièce, se récusant avec modestie, c'est la Comédie- Française qui exhibera l'heureux drôle dessiné par Balzac.

Finissons par une bonne nouvelle.

Dans ce temps de laideur, de caricatures peintes, dessinées, gravées ou frappées en médailles, voici une société qui veut réagir contre l'envahissement du commun, du banal, de l'horrible.

L'éditeur A. iMorelmet en vente un album splendide de toutes les frises du Parthénon, photographiées et imprimées photographiquoment par les soins de MM. Arosa et Cie.

Cette restauration, cette transfiguration de Phidias en plein dix-neuvième siècle, nous console des horribles bas -reliefs que la flagornerie des contemporains accroche au-dessus des écuries du Louvre.

Quels cavaliers que ceux de la république grecque ! comme ils désarçonnent ceux de l'empire romain !

(Louis Ulbach) FERRAGUS.

Le gérant : LE CHEVALIER

..ris,— Inip. Dubuisson et C«, rue Coq-Héror. 5.

PARAIT TOUS LES SAMEDIS

PRIX DE L'ABfNNEMENT TRIMESTRIEL

N'' il

Samedi 21 novembre 1868.

LA CLOC

PAR

FERRAGUS

Jeudi 13 iiovc»fi!>9'e. — Hier, à la

nuit tombante, deux jeunes filles, deux ouvrières, se présentent dans un bureau de journal; il ne restait plus guère que les garçons de bureau.

— Est-ce ici, dit la plus hardie des deux, que l'on souscrit pour le repos de lU'une de M. Baudin?

•— Oui, mesdemoiselles.

— Excusez-nous de n'avoir pu venir plus tôt... Mais nous ne sommes libres qu'après la journée finie... Voici nos offrandes.

Et chacune, dépliant un petit papier qui tenait lieu de porte-monnaie, présentait sa souscription, une pièce de 50 centimes.

— Vos noms, mesdemoiselles ?

— Oh! ne publiez pas nos nomsl nous avions un frère, monsieur... 11 est mort en Afrique, déporté après le 2 décembre; il n'a plus besoin des journaux pour avoir de nos nouvelles. Il sait, il voit que nous souscrivons; cela nous suffit.

Et l'aînée des deux sœurs, qui avait dit cela d'un air simple et pourtant héroïque, pâlit un peu, tandis que la plus jeune passait rapidement la main sur ses yeux.

Puis elles se retirèrent.

La police regrettera sans doute de ne pouvoir connaître ces deux insurgées, complices de manœuvres à l'intérieur.

On adiscuttHonGuoninrit et bruyamment le droit des femmes dans dcs^ réunions privées et publiques. Ces deux jeunes ouvrières ont été plus éloquentes et plus pratiques; elles l'ont affirmé et exercé.

D'ailleurs, depuis Olympe de Gouges, qui réclamait l'égalité des sexes devant la tribune comme devant l'échafaud, la question, au point de vue politique, a fait beaucoup de chemin. Le 2 décembre l'a prouvé.

Un de mes amis de Paris est allé récemment faire une heureuse tournée électorale dans un département du Midi. Il est revenu stupéfait du nombre d'anciens exilés ou transportés qu'il a rencontrés là-bas. Nous ne saurons jamais assez l'iiistoire.

lia jour, mon ami recevait dans sa chambre, à i'iiûtel, uae députation de ces électeurs spéciaux. Les sièges, les meubles furent envahis-, il ne resta bientôt pour s'asseoir que la couchette. Comme un jeune homme, qui avait la ligure d'un enfant, se dirigeait vers ce divan démocratique :

— Quel âge avez-vous donc ? lui demanda le candidat, surpris de la présence de ce trop jeune électeur.

— Quinze ans.

— Vous, du moins, vous n'avez pas été déporté ! Votre âge me rassure.

— Pas moi, mais ma mère. Je suis né là-bas !

Mon ami ne s'attendait pas à cette réponse ; il en fut sutlbqué.

— Alors, c'est votre mère qui vous envoie ici ?

— Elle est morle, Monsieur; je suis revenu seul.

Il paraît que l'enfant avait un accent singulier en prononçant co dernier mot.

Je doute qu'on en fasse jamais un abonné du DLv décembre.

Les journaux annoncent que Mme Wa- Icwska a rendu à l'Empereur toutes ses lettres trouvées dans les papiers de M. Walewski. Elle vient, en outre, de cédera Sa Majesté, moyennant la bagatelle de 1,500 mille francs, le domaine d'iiorls donné autrefois à l'ancien président du Congrès de Paris.

De plus, l'illustre veuve est nommée da-

me d'honneur de l'Impératrice, et tout porte à croire que si ces témoignages de gratitude ne suffisent pas, le gouvernement sollicitera de la Chambre des députés une rente, au moins viagère, pour -achever d'honorer l'inutilité politique, littéraire et sociale de M. Wale\v?ki. Lui, du moins, n'a fait de mal à personne.

J'ose espérer qu'on s'en tiendra là, et qu'avec cent ou cent cinquante mille livres de rente la pauvreté de Mme Walewska commencera à devenir supportable.

J'avoue que ce monument en sacs d'écus, élevé sur la tombe de chacune des gloires impériales qui meurt, finit par las.=er l'étonnement et par cigacer l'ironie. Puisque la mode est aux évocations, évoquons un spectre moins redoutable que celui de Baudin, mais aussi humiliant pour la vanité des hauts funclionnaires de l'Empire.

Je veux parler d'Armand Marrast, président de l'Assemblée à une époque où il fallait plus que de la morgue pour contenir les passions, et plus que de la probité pour vaincre la calomnie.

Celui-là mourut pauvre, et je défie M. Schneider de le valoir jamais ea esprit et en fermeté.

Armand Marrast, quand il était maire de Paris, en 1848, montrait un jour à un de ses amis la carte de i'état-major, dont le ministre de la guerre d'alors lui avait fait cadeau, et disait :

— Voilà tout ce que j'emporterai de mon passage aux affaires.

Jo ne doute pas du désintéressement de M. Haussmann ; raais, sans le caiomnier, je parie bien que, s'il quittait aujourd'hui TllOlel-de-Ville, M. le préfet emporterait autre chose que celte carte de géographie ridicule, destinée à prouver à l'Europe que la France est suffisamment bornée.

Marrast sortit les poches vides, il n'avait rien voulu toucher de ses appointements comme maire de Paris; et la Constituante, ayant décidé qu'il toucherait au moins les arrérages de ces émoluments, Armand Marrast, fier et prodigue à sa manière, dépensa en fêtes, en réceptigns, cet argent qu'il pouvait garder. Aussi, se moqua-t-on de lui et l'appela- t-on marquis , ce démocrate qui voulait rassurer, pacifier, amuser les esprits.

li l'iil lo meillonr do.^ prôsilonts ci le plus éconniiir. 11 recevait, pour exi^-ccr la première fonction de VElvA, à ce momor.t-lil, /t.COO franc» parmois. C'était mesquin; ai.ssi ne fut-il pa? rôélii aux élections de mai 18'i9. Le peuple aime le? prodigues; c'est pour eux qu'il élève ses veaux gras.

Marrast, qui avait manié les finances de la ville de Paris, qui, entre autres travaux utiles, fit faire les études sur le prolongement de la rue de Uivoli, mourut aussi pauvre qu'un transporté, il fallut vendre ses meubles pour payer ses funérailles.

Mme Walewslva n'a pas eu celte douleur.

Comme journaliste, Marrast n'avait pa= eu plus d'ambilioa. Jusqu'en 1817, il (ou-

— iO —

chait 500 francs par mois au National , c'est-à-dire, ce que touche aujourd'hui le plus modeste des chroniqueurs. A partir de 1847, il reçut 1,000 francs par mois, et c'est avec ce traitement qu'il vécut dans les premiers mois de la Pit^volulion.

Son seul point de ressemblance avec M. Walewski, c'est l'apoplexie.

Au mois d'octobre 1831, il était venu de Bellevue, où il avait loué une modeste maison avec sa mère, sa fille enfant et sa bellemère. Il sortait de chez son frère pour retourner à celte campagne, quand il fut frappé d'une attaque, à laquelle il survécut près de cinq mois.

Au2décembre,ilcnlcn(Jitdcson lit le bruit des tambours. On ne put lui cacber ce qui se

passait. Il en fut consternô, mais ne désespéra pas.

— Le dix- huit brumaire, dit- il, n'est plus po?sible en France !

C était une opinion fausse, à coup sûr; l'événement l'a bien prouvé, et, sous ce rapport, MM. de Morny et Walewski eurent plus de pénétration que lui.

Sa tombe est au cimetière Montmartre, dans ce cimetière séditieux, qu'il faudra fermer comme un club, le club des niorls. La mousse a verdi la pierre, un peu écornée par endroits. Personne ne songe à élever un monument à cet ouvrier honnête de'ia première heure. Le jour de la justice n'est pas levé pour ce fonctionnaire intègre, ce grand polémiste, ferme dans ses convictions, do qui M. Vieillard lui-môme disait :

— On a ûlù pour lui d'une ingratitude noire.

Je ne crois pas me livrer à une manœuvre en me livrant à ce convenir. Marrast n'a do séditieux et d'ojtposé à l'empire que sa pauvreté.

A Compiègne» on ne lésine pas sur les dépenses. Un journal a donné le chilFre des chevaux destinés aux cavalcades :

40 chevaux de selle pour l'empereur;

28 chevaux pour l'impôr^itrice;

22 chevaux pour le prince impérial ;

En tout 80 bélcs pour l'amusement du château.

C'est plus tle biHc»; qiio d'iiivilc.-, ce qui esl bitj[i llalteui' pour coiix-ci.

Parmi lesdistraclions promises aux diverses calégories, on parle d'une iiouv(dle pirco de M. le duc de Massa, sous ce litre merveilleux : lu Mitrailleuse. On ne sait pas quand aura lieu la première représentation. PeutcHre le 3 décembre 1

M. Rainbeaux continue à Compiègne la mission de sauveteur pour laquelle il a remporté une médaille.

Après avoir sauvé l'empereur de Russie et l'empire de l'rance, il vient de sauver l'empire du cotilhm. Depuis que M. de Caux est marié, il manque un maître aux bals iiilimes, un artiste pour diriger la danse et

valse. M. Rainbcaux, avec l'in^roïsme d'un écuycr'qui a la veine, s'est jclé dans la môlôe, et il paraît que c'est un cavalier aussi lieureux à pied qu'à cheval.

Hier, le journal le Gaulois racontait qu'à une partie de chasse toule récente, Sa Majesté s'était aperçue de l'absence de M, l'ambassadeur d'Autriche.

— Où donc est Metlernich? demanda familièrement ^'apoléon lil.

U fallut avouer qu'on avait oublié d'envoyer son invitation.

« L'empereur fut contrarié, dit le journal, et il manifesta son peu de satisfaction de

h manière la plu? complète, r'est-à-dire par un geste et avec un.; expr>-Ssion qui sont la plus haute manifestation de ron irritation.

» Tourmentant et tirant de la main gauche sa mouslache :

» — Ah! que c'est bête! dit -il. »

Je ne crois pas que celte exclamation ultra familière trouve sa place dans un livre comme celui que j'ai sous les yeux, et qui esl intitulé : Paroles mémora'd's. On y lit :

« L'homme se peint dans la parole; les grands hommes s'annoncent par des paroles mémorables. C'est par elles qu'on connaît la grandeur de leur âme, la délicatesse de leurs sentiments, leur pénétration, leur sage^t;c. Le siècle qui les entend les admire; transmises rà la postérité, elles deviennent des oracles. »

Ce livre parut en 179 J, et son auieu*,

IG

Brollior, fuldôporlc'î un pou plu.s lard, comme royalisU;, ;'i Siniiamari.

Ne pourrait-on trouver à la cour ou à la villiMin continuateur de celte publication, dosiinée à mettre en relief les paroles royales? N'esl-il aucun souverain pour ofl'rir la contre-partie de cette maxime d'Alplionsc Y, roi d'Aragon :

— La parole d'un prince doit valoir autant que le serment d'un particulier.

Cliarles l"' d'Angleterre disait avec un orgueil dont la reine Isabelle se soucie peu :

— Rien de plus abject qu'un roi méprisé !

J'ai conseillé il y a huit jours au prince impérial la lecture de certain dialogue des

moris. .1(3 lui con^cillo aujourd'liiii ces srtitciicis KK'morables, cijc suuliailo, puiiriiiud respect et pour mes illusions, qu'il ne (lise pas, après les avoir lues :

— - Ah! que c'est bCtel

VcBsdrcdS. 18. — Plusieurs abonnés se plaignent de ne pas recevoir rôgulièremenl leur numéro.

Je prie instamment RIM. les employés de Ja poste, à tous les degrés, de laisser passer et arriver a leur destination les numéros en qurstion, puisqu'ils nous sont payé?. Je comprends une cnriosité qui me llatte, mais j'oiïro de la satisfaire ///-«Ms, en prêtant ou en donnant aux fonctionnaires trop pauvres les numéros qu'ils égarent. J'aiderai ainsi à la

moralisalion des employés de l'Etat, sans déplaire à mes abonnés.

A M. Vandal, j'offic la collcclion, par trimestre, toute brochée. Cela vaut bien le calendrier que iMM. les facteurs vont nous apporter dans quinze jours.

Je n'ai pas encore entendu dire que l'histoire ait été interdite. Je reste donc dans la légalité la plus rigoureuse en continuant de publier les documents qui m'arrivent sur les événements du 2 Décembre.

C'e-t d'abord la petite lettre que voici :

« Toulouse, 10 novembre.

» Monsieur,

» Youi pouvez ajouter à Ja liste des victi-

mes du 2 Décembre mon cousin Auguste Bordèrc, sans profession, fils unique, domicilié chez ses parents, ;1 Puissenlul, commune de Homps (Gers).

» 11 fut arrêté un matin, dans son lit; il se battait peut-être en rêve. On le conduisit dans i' s prisons de Lectoure ; de là, il fut expédié en Algérie, où il mourut du mal de la France et aussi du mal de l'Algérie.

» Agréez, etc.

» BOKDÈKE aîné, .) 13, place des Carmes, Toulouse. »

Une autre lettre, trop longue pour être reproduite, me donne des détails sur les violences, les souHrancer, et les vexations de toutes sortes enduré;js par ceux qu'on appelait au 2 Décemibre les insurges. D'ailleurs, on sait bien que les casemates et C^venne

ont décime euffisaniment celle masse importune.

J'extrais seulement de celte correspondance quelques renseignements de statistique.

Un de nos abonnés s'est chargé de faire une enquête dans son département (Lot-et- Garonne); il m'envoie une première note.

Le contingent fourni à la déportation ou à l'internement pour le canton de Puymirol, arrondissement d'Agen, est celui-ci :

Puymirol, 1,500 habitants.

Mascala Pierre, boulanger, transporté en Algérie; Bazaillier, tourneur, id. ;

Soubrié, instiluloiir, id.; Miladif^, tailleur, id. ; Dt'loiislal, propri<H:uro, id.; Foiirnier, inarcliaiid d(! grains, id.; Cortège Jules, plâtrier, id.; Salanave, interné.

Commune deClerinont-Dessus, Go8 habitants.

Viguô, fila aînô, propriétaire, transporté en .Algérie.

Commune de Salnt-Romaln.

iMarccllin Couderc, tailleur, interné; Tuiïal, charpentier, id.; Soubirou.x, carrier, id.; Garrig, propriétaire, id.

Sahd-Jean-de-Tliurac, 522 habitants.

Harthe, maréchal- ferrant, déporté en Algérie, puis interné en France.

Mon corrrespondant me promet dt^. com-

pléter cette liste et de la faire suivre de la liste des victimes du canton de ^érac.

Cette façon de recruter des notes pour l'histoire est le système de l'enseignement mutuel.

J'ai l'audace de publier les lettres qui m'envoient des compliments; il faut bien que j'aie aussi le courage d'accueillir les missives chargées de reproches. En voici une que je subis en toute liu milité.

« Paris, il novembre.

» Monsieur,

» L'Opposition se perd par ses excès. Je

comprends que vous déploriez le vertige des

dépenses, rtnlêtement des ministres qui

masquent l'avenir aux regards de i'empe-

reur et qui, stipendiant des journaux pour provoquer à la haine et au mépris des citoyens, tout en faisant des procès bruyants sur des questions d'histoire fort délicates, s'arrangent ainsi pour entretenir le levain des guerres civiles et déconsidérer le pouvoir ; je comprends que vous souffriez de l'atonie des affaires, de l'abaissement du niveau intellectuel, de l'isolement de la France. Mais je ne comprends pas que vous poussiez l'esprit de parti jusqu'à trouver que l'empereur n'est pas beau et ne ressemble pas i son oncle.

)) Ceci, Monsieur, dépasse les bornes. Je pourrais vous dire qu'en principe, la beauté est un frivole avantage, auquel les reines elles-mêmes, toutes femmes qu'elles sont, n'empruntent pas leur prestige.

» La reine d'Espagne ne passe pas pour la rivale de Vénus, sous le rapport physique, et pourtant, personne, en Espagne, n'a eu

le mauvais goût de la railler h cet égard. Ce n'est jias cela qui l'a renverscîe.

» La collection des souverains actuellement en exercice n'est i)as pr6cis(jnierit une rulleclion d'Apolions. Le roi d Italie, le roi de Prusse , ont des lètcs martiales, mais vnlj^aires; et pourtant, qui n'envierait l'élan d(! renaissance de l'Italie et la pré{)ondérance prodigieuse de ce roi de Prusse qui va être pris pour arbitre par les Etats-Unis et rAoglelerre?

» La beauté plastique du roi ne fait pas le

bonheur des sujets.

)) Ceci posé, je vous dirai, Monsieur, que notre Empereur, saus ùlre Adonis, est un bel homme, et qui plus est, un bel homme Eoloîi la tradition napoléonienne. Je vous engage donc à rétracter ce que vous avez dit sur l'anachronisme d'un c stume romain, et sur rinconvenance d'une quasi-nudité, à pro])os de son bas-reliel" équcsire. Lisez la

page suivanlo, extraite d'un volume publié à Londres, six mois avant lu merveil- Jeuse, mais trop prématurée, expédition de Boulogne, et vous me direz si, en conscience, le portrait n'est pas exact, et fait pour nous donner l'oreueil d'être Français.

» Je sais bien que l'auteur de celte miniature était l'ami du prince, peut-être M. de Persigny, et qu'il s'agissait alors de faire croire au peuple que Théritier de l'oncle ressuscitait sa Ggure. Mais, en faisant la part de ces considérations d'un certain poids, vous reconnaîtrez la justesse et la justice du pinceau.

» Puisse ce fragment vous donner des remords !

«Voici le fragment:

» Le prince est d'une physionomie agréa » ble, d'une taiile moyenne, d'une tournure » militaire. Au premierabord, j'ai été frappé » de sa ressemblance avec le prince Eu- !) gène et l'impératrice Joséphine, sa grand'- » mère; mais je n'ai pas remarqué une égale )) ressemblance avec l'Empereur.

» Il est vrai que, n'ayant ni l'ovale de la » figure, ni les joues pleines, ni le teint bi- » lieux de son oncle, l'ensemble de sa ligure » est privé de quelques-unes des particula- » rites qu'on remarque dans la tête de l'Eni- » pereur, et qui sufûsent pour donner aux » portraits les plus infidèles et les plus in- » formes une certaine ressemblance avec » Napoléon.

» Les moustaches qu'il porte, avec une » légère impériale sur la lèvre inférieure,

» impriment d'ailleurs à sa physionomie un » caractère militaire d'une nature trop sp6- » ciale pour ne pas nuire à sa ressemblance » avec son oncle. Mais, en observant attentif n vcment les traits essentiels, c'est-à-dire ceux j) qui ne tiennent pas au plus ou moins cVem- » bonpoint et au plus ou moins de barbe, on n ne tarde j)as à découvrir que le type napo- » léonien est reproduit avec une étonnante

n fidélité Si l'œil s'arrête sur le dessin de

» ces formes si correctes, il est impossibléjîe n ne pas être frappé, comme devant la fête de n VEmpereur , de Vimposante fierté de ce )) profil romain dont les lignes si pures et si » graves, fajouteral même si solennelles, » sont comme le cachet des grandes desti- » nées, n

«Voilà ce portrait. Depuis qu'il a été tracé par un ami fidèle, les années et le pouvoir ont dérangé quelque chose des lignes si pures et si .so/enîfe//e5. Mais, Dieu merci! il

en reste assez pour n'-pondre victorieusement à ceux qui refusent de reconnaître sur nos monnaies la face d'un vrai Côsar.

n Monsieur Ferragus, qu'avez- vous ù répondre à cela?

.» Votre dévoué

» Bad

» Premier abonné au journal Le Dix Décembre. »

Comme le dit mon honorable correspondant, je n'ai rien à répondre, et je ne réponds pas.

H^ninedi îJ. — La souscription pour le monument f3audin est menacée d'interdiction absolue. Nous déposerons, quand le moment sera venu, l'argent recueilli dans des mains fidèles.

Si la terre des moris, que M. Ilaussmann veut exproprier, ne doit pas recevoir le monument rêvé par la piété des souvenirs; si le bronze, le marbre ou la pierre font peur quand ils ne sont pas employés pour des bornes ou pour des statues de généraux et de minisires, je propose qu'on n'inquiète pas davantage le pouvoir, auquel le repos et le calme sont si nécessaires.

Exilons nos deuils pour les garder purs ; demandons rexliumalion de Ikudin interné au cimetière Monlniartre ; cherchons pour lui une terre étrangère, où nous ayons du

moins la liberté de notre dévotion, et élftvons, par exemple, ce monument à'côté du tombeau de Charras.

De celte façon, tout le monde sera salisfait; la police, les libéraux et l'ombre des morts.

Quant au pèlerinage qui devait être fait le 3 décembre prochain, je ne doute pas qu'il ne soit indéfiniment ajourné.

J'ai entendu dire que les lurcos, jaloux de participer aux cérémonies françaises, voulaient, eux aussi, aller au cimetière Montmartre. Laissons-les accomplir, à leur tour, cette démarche moralisante sans les déran-

gcr. Qu'ils y aillent seuls; la police ne trouvera rien de répréhensible dans leurs discours s'ils parlent, dans leur silence s'ils ne parlent pas.

Le procès jugé aujourd'hui, mais en première instance seulement, et qui, sans aucun doute, n'est pas près de finir, ce procès, parmi tous les étonnemenls qu'il cause, me surprend par im détail singulier : l'importance de la parole d'un rigcnî de police.

Si, dans un salon, et je n'excepte pas même le salon de M. le préfet de police, quelqu'un était soupçonné de gagner son

pain en travestissant son visage pour écouler aux portes et aux consciences, tout le monde et M. le préfet de police le premier, viendrait dire à chacun des interlocuteurs de ce personnage :

— Prenez garde! ne croyez pas un mot de ce qu'il vous dira; c'est un mouchard !

Qu'est-ce, en effet, qu'un mouchard?

J'ai reçu, à ce propos, les confidences d'un ancien préfet de police, qui me disait :

—Un bon agent de police secrète doit être un peu... blasé sur la verlu, pour n'avoir aucune illusion sur l'honneur et la probité d'au trui,et un peu bête, pour avaler tout, afin de rapporter tout, sans se permettre de choisir les renseignements k transmettre.

On comprend, en effet, qu'un honnête homme délicat répugnerait au métier de provocateur, do confident, c'est-à-dire de traîlre, et qu'un homme d'esprit, sachant faire la part des exagérations, des sottises, des crédulités, ne fournirait pas souvent de la besogne à la police.

Ce qui faisait le grand mérite deM.de Maupas à son poste, c'est que ce fonctionnaire naïf croyait, au 2 décembre, que le prince de Joioville marchait sur Paris et que le comte de Chambord était dans la banlieue.

li; Il bien! ces êtres équivoques, suspecls dans un salon, suspects dans la rue, auxquels

on refuse crédit pour les questions d'iionneur et de sincérité, n'ont qu'à franchir l'enceinti d'un prétoire; et dès qu'ils sont en présence de ce qu'il y a de plus auguste au monde, c'est-à-dire de la justice et de la loi, ils sorjl crus sur leur simple affirmation; et la liberté, la fortune, souvent môme la vie des citoyens dépendent d'eux.

Ainsi, dans ce procès d'aujourd'hui, tout en rendant hommage à l'extrême modération du président, à la liberté qu'il a laissée aux défenseurs, je dois constater qu'il a accepté sans observation tous les détails fournis par les agents; tandis que les témoins les plus honorables sont quelquefois suspectés.

Cet avantage considérable accordé aux agents de police n'est pas fait pour les rendre modestes, inotfensifs et scrupuleux, et je

veux, encore sur ce point, présenter une observai ion.

Le premier inlérôt d'un gouvernement qui veut ôlre considéré, n'est-il pas d'éviter toutes les occasions de scandale où son prestige peut subir une atteinte ?

Et, pour éviter ces périls, ne doit-il pas s'appliquer à prévenir ces occasions plutôt qu'à les faire naître?

Je comprends donc bien que l'Empire ne veuille pas laisser trop remuer la terre sanglante du 2 décembre, et je ne m'étonnerais pasqu'ilait vu avec un très-vif mécontentement les couronnes déposées sur la tombe de Baudin.

Mais alors, pourquoi n'a-l il pas ordonné à tous les agents de police de se mettre en costume; et pourquoi a-t-il laissé les vibiteurs, les libéraux, dans cette fausse sécurité qui a été une excitation ?

Jo ne m'aviserai jamais d'aller, sans nécessité, pousser des cris séditieux devant les sergents de ville qui passent. Mais, quand je suis chez moi, avec mes amis, je ne me gène pas, et j'offenserais les oreilles les moins corses de l'empire, par les propos auxquels je donne la liberté.

Les visiteurs du cimetière se sont crus entre eux, en famille. On les a donc excités en les espionnant, et il est bien cruel de profiter contre eux des embûches qui leur étaient tendues.

Les propriétaires qui ne veulent pas de braconniers, mais qui ne veulent pas non plus la mort de ceux-ci, mettent des inscriptions sur leurs murs t.)our annoncer qu'il y a des pièges dans leurs jardins.

Je voudrais qu'une fois pour loutos, In gouvernement cùl la généro?il6 cl la lovante; de nous dire :

— Partout où vous irez pour prier, jtoiir parler, pour penser, prenez garde! Il y a des piôges, veillez sur vous !

On veillerait, et il n'y aurait de mal pour personne. Mais il faut que tous les gouvernements fassent les mêmes fautes pour le triomphe de la logique et la gloire de la liberté!

Or, môme après l'expédition du Mexique, je ne connais pas de faute plus grave que ce procès. Voyez, en eflet, le résultat.

On parlait librement du 2 Décembre et des décembiiseurs ; mais les précautions de la plus vulgaire prudence mettaient une sourdine à la voix de Némésis et un abatjour à sa torclie.

On ne sortait pas de certaines bornes, qui,

en laissant s'éveiller les souvenirs, mettaienl un frein aux ressentiments.

Après le succès prodigieux du livre de M. Ténot, qui était un avertissement pour tout le monde, on voulait rendre un hommage pacifique à une victime de la guerre civile; et le gouvernement, qui a élevé une statue au maréchal Ney, frappé par un jugement, devait, pour être juste, laisser édifier un monument à iM. Baudin, victime sans jugement d'une insurrection contre le droit.

Chacun eût fait ses dévotions à son autel ; les uns à la chapelle de Louis XVI; les autres aux Invalides et à l'avenue de l'Observatoire ; ceux-là dans les diiférents ossuaires.

Mais, en intervenant, le pouvoir a avivé

les colère?, rouvert les plaies, déchaîné le? défiances. Les insulteurs officieux s'acharnent aux cadavres et aux vieillards, et l'éloquence indignée des avocats a servi à la France entière quatre ou cinq plaidoiries qu'aucun pamphlet, qu'aucune épigramme ne dépassera jamai-^.

On peut, le jour où son timbre paraîtra désagréable, chercher querelle à la Cloche-, on peut multiplier les procès; on peut enchaîner les journaux, briser les plumes. Je défie bien qu'on fas^e rentrer dans les poitrines qui ont si magnifiquement mugi, ces tempêtes de libéralisme qui, parties du tribunal, vont parcourir la France et le monde entier !

On lisait tout bas les pamphlets; on les respire maintenant. La parole ardente de RIM. Créraieux, Arago, Gambeita, Laurier, Leblond, Ilubbard, a pulvérisé, enflammé et dispersé à tous les points de l'horizon

celle semence d'héroïsme et de liberté quil va germer dans toutes les ùmes.

Tâchez de faire oublier ces plaidoiries, d'empêcher qu'elles soient lues, apprises et commentées I

Si modéré qn'il soit, relativement à l'énormité de la prévention, le jugement du tribunal frappe M. Delescluze avec rigueur.

Mais, croyez -vous que ce champion intrépide, déjà éprouvé et jamais lassé, se sente abattu par ces six mois de prison, lui qui a vu l'exil et Cayenne !

Je cherche ce que le pouvoir a gagné en confiance, en sécurité, en concorde, en pacilicalion, en respect, à ce procès, et je ne le trouve pas !

Comme l'a dit avec une si mfile éloquence Me Gambella, ou peut frapper, punir, eulernier les liomnics qui ont voué leur vie à la défense des opinions démocratiques, on ne peut les déshonorer. On ne peut pas même les anéantir. Yovî z I5audin ! On les tue une l'ois et ils ressuscitent ! on les lue deux fuis comme Martin Bidauré, et ils ne font pas même une heure de retraite dans leur tombeau sanglant!

Ce n'est donc pas nous qui avons à nous plaindre du résultat de ce procès. Fermons nos caisses de souscription ; notre tùche est remplie. Attendons , paisibles , fermes et stuiques, que le présent se repente, que l'avenir s'éclaire.

Et, comme s'il était indispensable que rien ne manquât, pour l'achever, à celte maladresse du pouvoir, les journaux officieux prennent soin de constater le nom de tous les libérau.x, à quelque drapeau qu'ils ap-

parliennent, et appellent cela la conspiration des vieux partis, de? vieilles rancunes.

Wais, comment se fait-il donc que celle légion prétendue des vieux partis, qui n'a ■ pas pu se réunir, se reconnaître et fonctionner depuis le 2 décembre 1831, se trouve àugmenlée d'une génération toute neuve, toute jeune, née à la vie politique et élevée sous l'empire?

Depuis dix-sept ans, on n'a fait de propagande que pour la gloire impériale; les triomphes militaires et les mises en scène architecturales n'ont été que pour l'apotliéose de l'empire. Pas un journal républicain n'a paru, môme clandestinement ; l'opinion proscrite a été soigneusement traquée-, et pourtant on est tout surpris de trouver,aux jours d'émotion populaire,les jeunes

gens aussi nombreux que les hommes mûrs, le bataillon de l'avant-garde aiis^^i complet que le bataillon de rarrièrc-garde.

Qui donc, puisque nous nous sommes tus, que nous n'avons eu ni réunions, ni journaux, qui donc nous a fait ces recrues? Qui ? les journaux comme, le Pays, les ministres comme M. Rouher et M. Baioche. Voiià nos auxiliaires, voilà les vrais conspirateurs!

S'il ne sufût pas du procès d'aujourd'hui pour ouvrir les yeux au pouvoir, qu'il regarde en province ! Un journal, à Toulouse, paiera moins d'amende pour avoir commis le délit d'outrages à l'empereur que V Avenir d'Auch pour a^olr diflamô M. de Cassagnac.

Celui-ci a obtenu 2,000 fr. d'amende; les injures au chef de l'Etat n'obliennent que 100 fr. de réparation.

Uhg dorniôre remarque, avant d'ahandonncT ce sujet qui domine tous les autres. Cn agent de police qui dépose dit :

— J'étais chargé de la tombe de Godefroy Cavaignac.

Ce mot chargé me parait sublime. On n'invenlepasde ces mots-là.

Je vois le commissaire de police distribuant les charges.

— Le numéro 1 sera chargé do Cavaignac! le numéro 2 de Baudin!

Chaque agent se rend cnsuKe à son posie, et l'on dirait qu il mot le mort sur son épaule.

Le Journal de ÏEmplre oxollo le coup d'Klat, le 2 dôccnibro. Ce n'csl pas rautlace qui lui manque. Eli tiien ! je le défie d'ouvrir une souscription au profit des /m L'fli//e(/ /'i" de ce jour-là :

Ce serait pourtant la seule n^ponse logique et pacifique de gens qui préfendent n'avoir pas honte de cette victoire, de cette besognelà!

Dininnclic 15. — C'est aujourd'hui la Ste-Eugénie.

J'ai voulu m'unir d'intention aux invités do Gompiôgne ; mais, que Ste Eugénie me pardonne, je n'ai jamais pu.

Ces histoires de cimetière, ces évocations de morts, ces débats sérieux, ces agonies des

hommes de génie ou de talent, ces menaces du Gaulois qui nous annonce une formidab'e conspiration , ces fureurs du Journal de r Empire qui nous montre le poing et la mitraille, tout cela nuit aux jolis compliments. Il faudrait être à Gompiègne, isolô, calfeutré dans l'admiralion, pour ne rien entendre des plaintes du dehors, des sanglots du dedans.

Ce sera pour l'année prochaine, si j'y

suis encore.

Je reçois la lettre ;^uivante :

« Monsieur,

• » En parlant dans vos premiers numéros du coup d'Etat et de la part prise par les

chefs militaires à ce grand événemeni, vous avez reproduit une lettre adressée an journal la Gironde, qui semblait faire peser sur le chef de bataillon Nio!, commandant ce jourlà le poste de l'As-emblée nalionale, le souprori d'une secrète connivence avec les artisans du complot.

» Permettez-moi de ccpousser cette insinuation. J'ai connu le commandant, depuis, général Nio), je l'ai aimé, je l'ai respecté. Je sais toute sa conduite, et, sans entrer dans la confidence de propos intimes, je puis vous attester qu'ignorant du coup d'Etat, M. Niol eût parfaitement passé au travers du corps du colonel Espinasse l'épée que celui-ci commença prudemment par lui enlever. Je ne veux qu'un seul argument pour défendre la mémoire de mon ami. Ce sont ses élats de services. L'ingratitude n'est pas le défaut de ce régime-ci. 11 eût reconnu des bons offices rendus en une si délicate occasion ; il n'a fait qu'accorder des grades gagnés péniblement sur les champs de bataille. Lieutenantcolon^^l en J8ol, nommé colonel en Crimée en 1853, général de brigade en 1855, géné»al

do division en i8G3, IN'iol est le seul oflicicr supérieur de son grade qui soit morl sans avoir dtô grand-croix.

» Il a laissé sa veuve pauvre, et son fils gravissant à son tour avec elîbrt les degrés de la hiérarchie militaire.

" Ce n'est pas là, âvouez-le, le lot d'un homme qui eût livré le palais de l'Assemblée, en 1831 ! ))

Je l'avoue, et la signature de mon correspondant, que je garde pour moi, m'eût servi de caution sans la lettre.

Le prince Napoléon, ce César à la cantonnadc, qui entre si rarement en scène, vient

de faire un petit discours en traversant Paris, et un petit discours fort bien lourni^

il a dit aux architectes contemporains des vôritiis qui peuvent ricocher sur les hommes d'Etat et sur les foncliounaires de tous rangs.

Parlant des monuments ôtranges : Expositions, marchés, églises, fontaines, Opéra, théâtres, tribunaux (il a oublié les casernes) que l'on construit, il a dit que ce qui faisait défaut, c'était le style, l'unité, le goût, et il a ajouté:

« La conclusion ne serait- elle pas que ce qui manque aujourd'hui dans l'art, comme dans l'ordre moral, avant et par-dessus tout, c'est la conviction et le caractère'/ a

Les élèves de l'Ecole d'architecture ont applaudi ces paroles, que Baudin, un homme de caractère allant mourir pour ses co/juictlons, n'eût pas désavouées!.

Le Journal de T Empire regrette de ne pouvoir tuer, scalper et enteiTer M. Berryer.

Ce petit accès d'anthrophobie est bien excusable de la part de gens qui n'ont qu'euxmêmes pour vis-à-vis. Mais, dans sa démence, il devient comique.

Je lis par exemple :

« Vieux, cassé, aflaibli, fini, de ses mains crispées, le vieillard secoue les barreaux de l'Empire ! >»

Comment ! les barreaux ? l'empire est donc une cage? une cellule ? une prison ? Et c'est le Journal de V Empire qui dit cela!

Plus loin, il ajoute :

(i Place ! place aux jeunes qui ont au moins, pour ôtre parjures, l'excuse de l'emportement juvénile ! ))

Au risque de passer pour un ratapoil de l'honneur, pour un chauvin do la fidélité, je trouve que ce n'est pas la peine de laisser la place aux jeunes, si c'est pour rendre le parjure plus excusable. Les vieux qui ontt faussé leurs serments nous suffisent.

M. Pinard a tort de ne pas museler quel-

qucfois 1g Journal de VEmpire. Il ne mord pas que les passants, il égraligiie ses maîtres. Ce n'est pas d'un bon serviteur.

Lundi IC. — Le Gaulois annonce un complot. S'il fallait l'en croire, tout le monde conspirerait. 11 ne resterait plus à l'écart que le parquet, les gendarmes el lui.

Je ne doule pas que le gouvernement ne s'empresse de démentir cette fausse nouvelle, qui a des proporlions trop invraisemblables pour ne pas égayer Jes mauvaises passions.

no:-sini csl mort.

C'est un deuil qui inlorrompl par une côrénionio bruyante et brillante rimmortnlité dôjà com'iiene6e pour ce grand ^'énic. Mais ce n'est pas une perle pour l'art, qui depuis si longlcmps n'attendait plu? rien de cet égoïste repu de sa gloire.

M. lia vin «t mort.

C'est un homme d'iionncur et de conviction de moins. On pouvait discuter la l;irgeuret la hauteur doses idi^es; on ne pouvait nier son libéralisme et sa probité, il laisse en pleine prospérité une grosse entreprise, son journal ; et en i)leino espérance une grande œuvre libérale dont on' a ri,

mais dont il faudra s'occuper : la souscription pour la statue de Voltaire.

Rothschild est mort..

Sa famille continue ses affaires. N'est-il pas providentiel que cet homme, qui, touîe sa vie, s'est miré dans les millions , ait fini par gagner la couleur do l'or et mourir d'une jaunisse ?

WardÊ 17, — La reine d'Espagne commence à dissiper sa mélancolie. On avait [annoncé sa présence au théâtre des Variétés. La nouvelle était prématurée. Elle n'a visité jusqu'ici que les musées et les églises; la Pérîchole viendra après.

Pendant sa promenade au Louvre, Isabelle s'évertuait à saluer tout le monde, et un journal très-poli s'étonne que personne n'ait répondu à son salut.

Pourquoi s'étonner? Saluons-nous toutes les femmes qui nous saluent les premières? et à quel titre répondrait-on aux avances d'Isabelle ?

Le ThécUrC'Lyiiquû a voulu ressusciter hier l'/ra/o de Méhul. Pour cette fois, les

courageux cl intelligents efforts de M. Pasdeloup auraient 6tô déçus.

On sait que YJroto avait 6lô applaudi par Napoléon 1'^% qui n'aimait que la musique italienne, sans s'y connnître, et à qui Méliul a voulu l'aire avaler cette parodie, celle caricature de la musique d'Italie.

Mais la laveur de l'empire ne porte pas bonheur à toutes les tentatives de restauration, cl la bouffonnerie de Napoléon î" est tombée à plat sous le règne de Napoléon III.

Un enseignement pourtant ressort de cette tentative. Nous croyions que l'opérelte était une conquête de l'époque actuelle, une in-

lovalion, une gloire du second empire. Eh )ien! non. Méhul , l'immortel auteur du Pliant du départ, pour plaire à ce despote çans ç^oût, qui a été fatal aux arts comme à la pensée, avait devancé Oirenhacli et Hervé sur la route impériale des farces.

J'aime mieux la Duchesse de Gérolsteln] c'est plus complet comme folie et confusion de toutes choses.

Mercredi 18. -- Je nc peux pas laisser passer sans la cueillir cette jolie pensée du Journal de ïeminre.

Il a trouvé que M. Berryer avait la vie dure; il revient à la charge, et il dépasse toutes les extravagances connues jusqu'ici pour bafouer cet illustré vieillard, écoutez :

(( S'abriter derrière une mèche de cheveux blancs, pour crier, l'escopette au poing : le trône ou la vie ! C'est odieux ! .)

Je connais beaucoup d'hyperboles d'une Iiaute fantaisie. J'ai applaudi dans mon temps au char de VEtat naviguant sur un volcan, ce qui serait assez de mise aujourd'hui, s'il fallait en croire le Gaulois. Je me souviens de la fameuse phrase : sortir de !a légalilé pour rentrer dans le droit; mais j'avoue que je n'avais jamais pu m'imaginer qu'un homme, fùt-il bien courbé par l'âge, trouverait le moyen de s'abriter derrière une mèche de cheveux blancs, com.me derrière un buisson, pour jouer de l'escopette !

Et pourtant, c'est ce que M. Berryer a fait. Heureusement que \e Journal de rEmpirese connaît en escopettes et qu'ace mèche de cheveux blancs n'est pas faite pour l'intimider ! Aussi a-t-il débusqué M. Berryer de sa cachette. Cela serait bienrisible si M. Berryer n'était pas mourant.

Dans le même numéro, ce journal comique a trouvé le but de la manifestation du cimetière Montmartre, il le révèle sans peiT à l'ombre de Baudin.

« Dans ton crcàne dénudé par dix-sept années de sépniture, les vampires révolutionnaires coulent des liîjgots de plomb pour mieux tuer l'empire! »

Moi qui appartiens nalurellement au pai l* (les vampires, je me permettrai de faire obf-orver au journal officieux que les vampires ont pour qualité spéciale de déterrer le.< moris, de s'en nourrir; mais qu'en général ilsTie coulent pas de balles de plomb dans les cr;\nes.

A des écrivains rûoins fantaisistes, je dirais qu'il ne s'agit ni de crânes, ni decràneries, ni de plomb, ni de vampires; mais de droit, de justice, de liberté ; ce serait parler pour n'être pas compris. Aussi je ne dis rien etje ris.

Je ris d'autant plus volontiers qu'à la même page j'ai aussi mon injure persou-

nclle. VoMii ! insiiUô en compagnie tics lîerryer, licà C;iYaign;ic et des avocats du dernier procès! on l'avouera, c'et>l une bonne florlune. Aussi je ne m'avise pas de me plaindre.

L'a des faiseurs de cantates dont j'ai parlé il y a huit jours se fâche, et, sachant bien où l'on tient boutique d'injures, va s'y embusquer.

Ce n'est pas le musicien qui a si peu d'esprit, c'est le poëte; et ce n'est pas la première fois que sa vanité essaye de mordre.

Un jour, comme je discutais avec lui la question de la croix d'honneur, il m'a reproché d'être pauvre ; et il se plaint aujourd'hui que je lui aie pardonné ce reproche. J'aurais été bien ingrat. Cette singulière attaque a soulevé tant d'indignation que je me suis tu par modestie.)

Aujourd'hui, ie nouveau chevalier do Tor drede François-Joseph me dit que je suis une femme et m'appelle Louise.

J'espère bien qu'il ne va pas jusqu'à croire que je suis enceinte et que je vais accoucher. Je n'ai pas besoin de cantate.

L'abus de la poésie a troublé un peu les nouons de ce vieux confrère sur la diiïérence des sexes; je me permettrai de les lui siîi-naler.

Ce qui est féminin, c'est de médire et de caiomnier; c'est de faire de la petite littérature pour satisfaire des petites coquetteries; c'est de cesser d'être un écrivain pour devenir un fonctionnaire.

Ce qui est viril, c'est d'avoir une foi, une

opinion, un principe; d'y consacrer tout son temps, toute sa vie, toute son âme; c'est P d'aflVonter tout : la ruine, la prison, l'exil; c'est, quand on a été quelque chose sous une République, même sous-préfet, de se résigner à n'être rien sous un empire ; c'est d'être lier de sa pauvreté quand on est pauvre par la faute des autres, et de jouir des succès d'un labeur qui n'emprunle rien au hasard ni aux libéralités d'un gouvernement; c'est d'être aimé des siens, haï seulement des ennemis de sou drapeau; c'est de n'avoir à renier ni un acte, ni une seule ligne dans toute sa vie ; de trouver dans ce témoignage de sa conscience la force de ne se sentir jamais provoqué que par son but suprême, et d'affronter les injures, en laissant à la police le soin de les balayer, quand elles font un tas!

Voilà ce qui est viril, et voilà, sans orgueil, pourquoi je me crois un homme.

Ceci dit, pour n'y plus revenir jamais, je continue ma besogne.

I^Bcrcrcdî — Le Gaulois est pour-

suivi pour fausse nouvelle : tant pis !

Le Moniteur dément la nouvelle d'un elïroyable complot : tant mieux !

Je vivais depuis trois jours dans le remords d'être un conspirateur sans l'avoir su.

Car je reconnaissais moi et mes lecteurs dans ce signalement : vieille rancune, jeune parti, libéralisme vieux et jeune!

Dieu soit loue ! le gouvernement qui n'a pas ma confiance me laisse la sienne... comme par le passé.

Continuons à bien faire enlaissaut le temps et l'avenir nous aider.

(Louis Ulbach) FERiîAGUS, Le gérant : LE CHEVALIER

^M. iiwanwo— - ■■'■ ■ II. ■ ■■..^— »^ ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Paris.— lui;». Dubuisson el Ce, rue Coq.HéroT\5

N<» 16, Samedi 28 novembre 1868,

PAB

F.ERRAGUS

Jccedi 19 uovcsâsîji'c. — Malgré .e prix de l'objet en lui-même, et malgré la cherté de son logement, je voudrais un ministre de plus dans le conseil de l'empire.

Non pas un ministre de génie ! je ne ve humilier personne, et je sais qu'un par ministre est impossiblo. Jean-Jacques Rou^. «j

Contrat social : « Un homme d'un vrai mérite est presque aussi rare dans le ministère qu'un sot à la tète d'une république. »

seau, qui est un impertinent, l'a dit dans le

Je ne voudrais pas un sot, ce Ferait trop facile ; je ne voudrais pas un homrae d'un vrai mérite, puisque c'est rare ; mais je demanderais a la i^rovidence un homme ordinaire, pourvu quïl fût honnêle, le premier invité de CompiègriO venu . pourvu qu'il eût du bon sens; car il s'agirait de représenter le sens commun, qui n'a pas de ministère.

M. Roulier veille sur son éloquence, M. Duruy sur son programme, iM. ISiel sur ses canons, M. Magne sur ses déficits, W. Pinard sur ses préfets, ei le Saint-Esprit veille sur la France. Mais personne ne veiile sur le bon sens. Or, j'assure qu'il est en péril. Ce ne serait pas trop d'un ministre tout seul appliqué tout le jour à le restaurer.

Le premier acte de ce fonctionnaire de Ta logique serait de ne pas empêclier ce qui n'est pas défendu ; et, comme il n'est pas défendu d'honorer les morts, il n'empêcherait pus de leur rendre des honneur?. Seulement, par le seul elTet de la logiq-ue, il participerait à la njanifeslation qui, dès lors, deviendrait absolument inolTensivc.

Ce que le ministère actuel, qui a perdu considérablement en esprit d'à-propos, n'a pas voulu faire pour Baudin, à qui il doit pourtant quelque chose, un ministère précédent l'avait fait pour Lamartine, à qui les Eonupartn ne doivent que de la rancune.

Je puis bien l'avouer maintenant, car je fus un des complices de celte manœuvre à

l'intérieur qui ôclioua complètement; j'aurais voulu qut* colle sou^^criplion vraiment nationale fût une protestation et une revendication.

Quel nom fut jamais plus favorable?

Lamartine, auquel on rendra plus tard la justice qui lui est due, fut un des rares hommes demeurés debout au milieu de la France agenouillée devant le nom de Napoléon. Jamais, à un seul moment de sa vie, il n'a cessé de haïr ce nom, de professer sa haine et de battre le fer chaud de sa colère sur l'enclume retentissante de ses pocmcs, de ses histoires et.de la tribune.

Depuis la tragédie de Vincennes jusqu'à la solennité de 1840, depuis ce retour triomphal des cendres, auquel l'orateur vraiment in.-piré s'opposa, jusqu'à l'élection de 1848, Lamartine, on toute occasion, protesta eon-

tiT; le ciillc du pclit chapeau et de la redingote grise.

Sa poésie, sa prose, son talent, son patriotisme, furent une lutte sans Irùve, sans coneessions, contre le reflux du sentiment napoléonien.

Toilà pourquoi, avec un bon sens qui devrait bien revenir, le gouvernement de Napoléon 111 énerva et paralysa la souscription de Lamartine en s'y mêlant.

L'empei'cur envoya 10,000 fr. ; le roi Jérôme, je ne sais plus quelle somme; et tout fut dit.

Pourquoi n'a-t-on pas fait pour la souscription Baudin ce qui avait si bien réussi pour la souscription Lamartine?

C'était adroit, pacifique, loyal et spirituel; trop spirituel ; voilà pourquoi on ne l'a pas fait.

On sait ce que coûte à la popularité du pouvoir cette première maladresse. Le 2 décembre, que l'on eût estompé dans cette souscription, se détache eu lettres de feu dans toutes les plaidoiries des avocats, et au moment où le public se blasait peut-être sur nos griefs, on nous rend le service d'en aviver la plaie. Ce n'est pas tout, et voilà la besogne délicate que le ministre du sens commun aurait à corriger et à refaire.

Tandis que les journaux officieux nous menac nt, nous insultent et nous décemhrciilent en style de J\larat, le pouvoir laisse croire que les libertés données })ar lui le gênent, et qu'il est disposé à recommencer contre son propre gouvernement ce qu'il a

déjà fait conîre la République. N'est-ce pas là un vertige? un appétit de suicide?

Que nous dirait-on si nous mettions; à la tète et à la queue do tous nos programmes la menace de l'insurrection !.Si nous ne réclamions rien sans ajouîer :

— Prenez garde aux barricades !

On nous traiterait d'insurgés.

Comment traiter des ministres qui nous menacent de coups d'Etat ?

Je sais que la nouvelle donnée par un journal a été traitée de lausse nouvelle, Mais je sais qu'on prétend qu'aucune poursuite n'aura lieu contre ce journal. Des feuilles étiangùres, d'ailleurs, ont expliqué, paraphrasé ce bruit et ne lui ont rien ajouté de rassurant. Il plane une inquiétude grandissante sur le [iays, et niicilé inquiétude !

La peur d'un ailerilal contre la Conslilu-

lion, fomenlô par un gouvcrnemeni, qui se prétend fort, solide, national, populaire, et qui, pourtant, ne trouverait pas d'autre moyen d'empêcher l'usage pacifique des lois proposées par lurl

S'il existe au monde un pays où rognent de plus grandes confusions sur la légalité, le respect de l'opinion et le droit de la force, je demande à y déporter le ministère tout entier.

Il est bien entendu que, sous le ministère du sens commun, les préfets ne seraient pas forcés de manquer de bon sens, et il

n'arriverait pcut-cMrc pa.^ rrôqu(>mmcnt ce qui vient d'ad venir au préfet de lîouen.

Celui-ci présidait les obsèques de M. Verdrel, maire de la ville. Dans une alloculion fort bien sentie, M. le préfet a rendu justice pleine et entière à tous les mérites du magistrat m.unicipal. Mais il me semble avoir dépassé le but quand, dans son lyrisme officiel, il s'est écrié : a M. Verdrel senmit r empereur et son pays selon la \ïd.\Q fidélité et le vrai zèle. »

Le mot scrmr est devenu à la mode depuis, dit-on, qu'un homme d'Elat en a fait la devise de sou blason.

Mais M. de Persigny a servi l'ambition du prétendant, comme M. de Aiorny a saci son impatience au 2 décembre, sans que tous les fonctionnaires, heureusement pour leur dignité, se trouvent dans le m4me cas ; cl,

si! y a une magislralure qui serve dabord Jes intérôls de la ville, de la cilé, de la commune avant les inlénHsdu prince, c'est bien la fonction municinalo.

J'avoue même que je ne conçois iias comment un maire de ville ou de village pourrait servir distinctement rcmpereur en dehors des services rendus au pays ; à moins de le servir à table, la serviette sur le bras.

Je n'ai pas entendu dire que M. Verdrel eût poussé jusque-là le zèle dynastique, et je ne peux pas croire que M. le préfet ait fait allusion à des services électoraux ; car, môme en assurant par son influence l'élection de députés dynastiques, M. Verdrel devait penser qu'il servait son pays.

On ne sert l'empereur métaphoriquement qu'en lui disant ia vérité ; et, entre nous, l'empereur est bien mal servi.

J'espère bien que M. Pinard .surveillera la rhétorique de ses préfets et empêchera ces hommages, ces certificats de servilisme, faiis pour décourager les ùmes fières,

M. Verdrel a fait du bien, il a travaillé à reinbellissement de la ville de Rouen ; mais quelle récompense pour dix années de travail et d'eiforts, que d'être traité comme i^n valet qui a servi avec fidélité !

Autre bévue prôfectoriilc !

On m'écrit de Rodez :

« On promet une récompense honncle à tonte pert'onne qui indiquera le lieu où se trouve le corps-dc-garde de la préfeclure, pour le chauffage et réclairage duquel le conseil général vote tous les ans quatre cents francs. »

On sait que, de tout temps, les fenx de corps- de-garde ont été célèbres par leur exagération. Mais on n'avait pas vu jusqu'ici payer tant de bois pour un feu qui n'est pas même un feu follet. Il est vrai que l'argent des contribuables n'a pas besoin d'allumettes pour être flambé!

La censure, en refusant au prince d'.l»mûboa ?on litre de roi, obéit peut-être à un scrupule délicat, quoique fort exagéré. Elle ne veut pas, au moment d'une grève de rois si

considéralilo, permettre dos plaisanteries que l'histoire ne juslifio pas, puisque la principauté d'Amalibou ne se trouve ?ur aucune carie, pas même sur la carte où Ton trouve tout ce que l'on veut.

Mais si le prétexte est bon à propos d'Amatibou, il est fort mauvais à propos de Théodoros ; et interdire dans un drame historique un titre que les journaux ont enregistré, c'est pousser loin la peur d'une solidarité otlensanle.

Si le nègre du Cbâtelet s'appelle l'empereur Théodoros, en quoi l'empereur Napoléon lil sera-t-il amoindri, diminué, exposé?

Quand les négrillons acclameront leur souverain, on pourra s'imaginer que c'est une ovation des turcos; et quand, au dénoûment , l'Angleterre victorieuse mettra le pied sur les débris du trône impérial, il suf-

fira de ne pas crier : a A bas l'empereur! » pour que les convenaiice^ soient m^'nag(^es et les mauvaises passions dé.^appoinlPes.

Mais ces défenses, qui soulignent l'iiisloire et qui provoquent la malice des rapj<rochements, sont les plus violentes maladresses qu'une censure puisse commettre. Ah! si nous avions un ministre du sens commun !

VcMîircdâ sô. -—Je ne sais pas ce qu'on avait ver^-é de corrosif dans la peinture noire avec laquelle on a écrit au 24 février sur tous nos monuments la fameuse devise : Lîhi'rtc, JigalKé, Fralernilé, mais J(î sais que cette inscription, devenue séditieuse sans qu'on puisse dire pourquoi, est indélébile, et reparaît sous tous les badigeons.

A Paris, pour ne prendre qu'un exemple, à l'angie formé par'le.s rues du Chaume et des Vieilles Haudriettes, s'élève une fontaine. La révolution de 1348, dans son expansion naïve, se hâta de s'affirmer au-de.'^sus de ces robinets d'eau claire.

Il paraît cfue les manœuvres exécutées à l'intérieur le 2, le 3 et le 4 décembre 1851 s'offusquaient de la liberté, menaçaient i'eg alité ci anéantissaient h fraiernité] cjr on s'empressa de barbouiller l'inscription.

Malheureusement pour les vainqueurs, il en est des signatures de la République comme de la vie des républicains; ou n'en a pas facilement raison. 11 fallut fusiller Martin Bidauré deux fois ; il faut repeindre plus souvent les murailles échaullées parles trois rayons du drapeau de 1848.

iG —

Le temps, qui ne cesse de prolester contre les injustices, et la pluie ont égratignô et lavé le badigeon, si bien que les trois mots réapparaissaient dans toute leur gloire. On a voulu ménager la pudeur des porteurs d'eau, et il y a quelques jours, pendant la nuit, un ciseau prudent et bien intentionné a grattô'la pierre et l'a ciselée au point d'anéantir à tout jamais l'inscription suspecte.

Il paraît qu'à Rouen, sur une des faces de l'hôtel-de-ville, les mêmes mois cabalistiques ont reparu.

L'édifice communal a moins de dévouement que feu M. le maire ; il sert moins bien l'empereur !

Que conclure de celle maladie bizarre de la pierre? Uien, sinon que le badigeonnage cl le grallage sont des remèdes puérils, et qu'un gouvernement qui a la prétention de nous donner la liberté, de nous envoyer tous égahment devant les mômes tribunaux, de nous partager des avcrlisscmcnts paternels qui nous font tous frères, devrait s'emparer de cette devise au lieu de la proscrire.

Ce serait une façon comme une autre, et plus radicale, de l'anéantir.

Mais j'oserai demander, en revanche, ipie l'on fasse disparaître le titre de Bibliothèque Impcrmlc et d'Archives lîiipcrialcs.

Que l'empereur ait sa bibliothèque personnelle; qu'il ait aussi ses archives, son armoire de fer pour ses secrets ; rien de

.„ iS —

mieux. Mais les dépôts des trésors litiéraircs cl scienlifiques de la nation n'appartiennent absolument d'aucune façon au souverain et devraient s'annoncer comme existant au-dessus et en dehors de toutes les opinions.'

Et voyez l'abus du langage! Tandis qu'on dit, qu'on imprime, qu'on grave : Archives impériales et Blbliothcque impériale , on donne à !a fôte de l'empereur le tilre de fête nationale. Quelle ironie !

Le pays n'a plus de droits sur les monuments; on lui en laisse un dans les Te Beiim du 15 août !

Mais ce n'est pas une épithète purement honorifique que cette épithète û'impérialc.

Cela donne le droit do fernu;!' la porto à qui l'on veut, et de meître sous 1rs verroux les documents désagréables pour la gloire de l'épitliète ea question.

N'essayez pas de consulter aux Archives le carton, par exemple, qui contient le dossier de l'aiTaire Mallet; on vous le refusera. Il faut respecter la mémoire de Napoléon !

On dirait que lui aussi, lui surtout, il a son sixième paquet.

Les archives et les bibliothèques sont des cimetières où l'on ne tolère pas plus qu'à Montmartre des promenades qui peuvent réveiller les morts, c'est-à-dire des témoins oudGsjujjes.

Dernièrement, un des grands savîwils de la Suisse moderne, un physicien distingue^ M. de la Rive, ('•lait à Paris, dans une maison d'hommes politiques gouvernementaux.

— Prenez garde, h] i dit on, on pourrait bien, un de ces jours, annexer la Suisse à la France !

— Prenez garde à votre tour, répondit M. de la Rive ; cette petite république, il ne faut pas trop en rire. Elle a rendu bien des servîtes à. la France depuis la révocation de l'édit de Nantes; et puis qui sait ce qui peut arriver? où iriez-vous? ou plutôt, où relourneriez-vous?

La remarque Tétait sensée. \\ est bon d'avoir toujours dans ce temps-ci une porte ouverte sur l'exil.

H y a quelques jours quo MM. les mi ilairt\^ n'ont enfoncé les cûles do MM. les ci!atins.

iïst-cc que les bonnes habitudes se perdraient?

Tout le monde se rappelle l'histoire du p^renadier Camnes qui, ayant un peu trop fêté notre jurande fête nationale du io août, tire son sabre, et, pour finir dignement la journée, introduit le plus possible son arme dans les lianes d'un ouvrier qui s'etlorçait de soutenir ses pas chancelants.

Le conseil do guerre a acquitté le soldat Camnes, parce qu'il était ivre.

Si les membres des conseils qui acquittent les soldats ivres prodtaient des loisirs de la garnison pour meubler leur mémoire, je leur conseillerais la lecture d'un ouvrage

elassique et peu suspect, le Cou7^s dadminisiratum mUUaïre de YaucheHe, et voici ce qu'ils y liraient :

« On voit, à presque toutes les époques, » nos généraux et nos capitaines h s plus » célèbres aussi v'igilanis à préserver le pays » de V indiscipline, de ses propres défenseurs » qu'à le sauver des dévastations de Tenne- » mi, et l'on voit encore, par les brevets 1) et commissions qui leur étaient donnés, » que le soin de défendre l'habitant de toute » insulte ou vexation était mis au rang des » premiers devoirs de l'iiomme de guerre, n

Je laisse au public la peine d'établir un parallèle entre la sollicitude des gouverne-

menti? d'autrefois et cdlo do? gouvernements d'aujourd'hui, par égard aux liabitants; et je crois qu'il est permis de se demander, sans nuire au culte des bravi3s, si le soin de défendre le citoyen de toute insulte ou vexation est encore mis au rang des premiers devoirs de lliomme de guerre.

S»ame<iâ SI. - Quand le décret qui met tant de plumeaux, de Jîvrées et de férules d'instituteurs aux mains de nos valeureux soldats a paru, on s'est perdu en conjectures sur l'opportunité de celle libéialilé..

On a été jusqu'à dire, mais je ne l'ai jamais cru, que l'influence de la duchesse de (jérolstein était pour quelque chose dans cet amour du militaire.

Comme s'il y avrdt en ce bas monde une autre préoccupation pour un ministre, un autre calcul pour un gouvernement que la préoccupation des électeurs et que le calcul de les séduire !

C'est uniquement en vue des candidatures prochaines, pour semer de fleurs la route du candidat officiel, que ce décret s'est échappé un beau jour, comme un élan de tendresse, du cœur compatissant des ministres.

Mais ce merveilleux décret était d'autant plus inutile, qu'il est appliqué déjà depuis de nombreuses années, et que les gouvernements qui ont précédé l'Empire n'avaient pas attendu la duchesse de Gérclstein pour cajoler les milit'àires et les paysans.

On sait bien qu'on ne peut pas inventoria poudre, puisqu'elle existe; mais ir faudrait

avoir au moins le bon goût d'en convenir. Et il faut vraiment compter sur la bonhomie d'un pays comme le m)tre, pour lui annoncer comme un progrès une innovation, un olîbrt de charité, ce qui s'accomplissait par (^goïsme depuis quarante ou cinquante ans.

Est-ce qu'avant la réclame électorale du maréchal INiel, les sergents de ville, les agents de police, les gardes-champêtres, les fadeurs de la poste, les préposés du service actif des douanes et des octrois, les gardespôche, les gardes forestiers, etc., n'étaient pas tous d'anciens militaires?

Est-ce que la nécessité d'avoir des employés disciplinés, habitués à la vie rude, n'a pas précédé celte mise en scène sentimentale qui ne fera ni une place, ni un employé de plus?

On s'est extasié et récrié quand il ne fallait que se souvenir; on a cru voir couler des sources nouvelles pour désaltérer

le soldat au retour; et si le soldat qui revient de Tarmée, comme les émigrés revenant de Coblentz, n'ayant rien appris et ayant tout oublié de son ancien état, n'a que cette boisson pour se rafraîchir, il peut bien mourir de soif.

On a fait boire autrement nos troupiers pour leur donner du cœur au ventre pendant la besogne du 2 décembre !

Plusieurs journaux ont annoncé à.tort que notre numéro 15 était saisi.

L'opposition franche que nous faisons au pouvoir ne nous a encore attiré que des dénonciations et des injures.

Mais Baudin a payé plus cher son dévouement à notre cause, et la boue qu'on nous jette par zèle n'est pas faiie pour nous étonner et nous arrêter.

Quant aux rigueurs du gouvernement, pourquoi les craindrions-nous? Si elles arrivaient au nom de la loi, elles trouveraient notre barricade faite derrière la loi; si, ce qu'à Dieu ne plaise, elles arrivaient au nom de la force, elles nous feraient une part si belle que j'aurais plutôt à les remercier !

Toutefois, comme il advient souvent que l'on est criminel sans le savoir, j'ai relu mon dernier numéro et je n'ai trouvé d'autre inexactitude sérieuse qu'une erreur d'addition, commise page 12, où j'ai donné un total de 80 chevaux à la conr de Compiègne, au lieu de 90 bôtcs qui composent réellement la population officiel !e des écuries.

La nouvelle que l'on faisait courir était plus fausse encore que mon addition. Je n'en dois pas moins reciiOer celle-ci, en jurant qu'il n'y avait aucune intention de manœuvre dans mon erreur. Je suis d'un parti

avec lequel on compte quclquefoi:', mais qui ne sait pas compter.

Le journal le Dix- Décembre jonche de fleurs son numéro-programme. Il tombeaux pieds de ce sexe à qui nous devons l'impératrice et insiste avec une éloquence coquette sur les merveilleuses aptitudes de Sa Majesté en économie et en finances.

Je ne doute pas que le journal en question ne soit parfaitement renseigné, et je ne me hasarderai pas à le contredire.

Mais, s'il voulait conclure de ces excellentes qualités (qu'on me pardonne le mot

'bien bour.geois) âcmcnagcre^ à la nécessité, pour l'épouse de l'empereur, d'un rôle pré- ]>ondérant en politique, je me i)ermcl- Irais de Taire remarquer que la tradition na- ]i(.)léouicnne, cliùrc sans doute au journal le Liœ -décembre i est absolument contraire à CGtl» galanterie.

Napoléon I" a fait deux essais d'impéïatrices. Aucune des deux ne lui a donné confiance dans l'opportunité de partager le pouvoir avec son auguste moitié.

Je lis précisément le 25° volume de cette correspondance, qui dit tant de choses à travers rinsignifiance qu'on lui donne, et je vois d'abord que, tout en laissant Marie- Louise régente, l'empereur ne désire pas qu'elle fasse elle-même des nominations.

Page 232, il défend bien que le ministre de la police montre à l'impératrice autre

choie que ce qu'il est bon qu'elle saehe. Il ne faut pas l'inquiéter.

Je n'insiste pas sur la lettre 366, où l'empereur gronde sa femme de recevoir i'archichancelier, étant au lit. C'est là une recommandation toute spéciale; mais, en lui interdisant le lit, ce vainqueur, à la veille d'être vaincuj lui interdit aussi l'église. U n'approuve pas que l'impératrice aille à No- Ire-Dam.e à chaque nouvelle d'un succès.

Cet homme, jusque-là infaillible, qui a eu son étoile gelée à Moscou, dit avec un com-

m.encement de philosophie :

a La guerre a des chances. 11 serait ridicule de chanter un Te Deum pour une victoire, lorsque, dans l'intervalle, on aurait appris une défaite. »

Le soûl acte que Napol(^on I"'' Cûn?Gii!e à l'ittinéralricc, c'est la clémence, non pas, bi«n entendu, celte clùmence tout humaine qui délivre les malheureux parce qu'ils sont malheureux, mais cette générosité de fracas qui no coûte guère et qui fait bien sur l'opinicfei.

«Je suis fâché, écrit-il à Cambacérès, que vous n'ayez pas conseillé à l'impératrice de faire grâce, le 23 au maiin, à l'homme condamné à mort. Il n'aurait pas fallu que cette grâce vint du droit de rindividu, mais du propre m.ouvcment de l'impératrice, à cause du jour. Saisissez la première occasion de lui faire fab-e un ou deux actes de son propre m.ouvemcnt; ce qui est sans inconvénient pour la juslîcc, et qui serait d'un bon effet sur l'opinion publique. »

Remarquons en passant à quoi lient ,a clémence des rois. Ce n'est pas du drn'il de la victime que s'inspire la pitié, mais du besoin de la réclame.

Sous ce rapport, l'heure est urgente pour l'empire actuel, et l'impératrice Eugénie, qui a sans doute plus d'inilialive que Marie- Louise, fera sagement de solliciter ces actes de générosité, ces amnisties, si peu dangereuses pour la justice (surtout quand celleci n'en tient pas compte) et d'un si excellent efTet sur l'opinion publique.

11 est bien entendu que je parle uniquement d'amnistier des voleurs ou des assassins. Les honnêtes gens n'acceptent pas le pardon qu'ils ne peuvent rendre.

Ainsi, pour rester dans la tradition napoléonienne, le Dix-Décembre devra modérer sa gilantcrie dynastique et se rappeler que ce ne fut jamais pour leur bonheur personnel, ni pour le bonheur du pays que les femmes se mêlèrent en France du gouvernement.

Je ne doute pas des éminenles facullés de l'iiDiiératriceen matière d'économie sociale; elle peut les appliquer en discutant avec M. Rouher, le socialiste le plus fougueux que nous aient légué les clubs de lb48.

On oublie trop les titres de nos ministres aux sympathies révolutionnaires.

M. Bidault a réclamé le droit au travoil.

M. Rouher, clans sa profession de foi, proposait aux électeurs de réclamer immédiatement': la suppression des impôls vexatoires, plus partïcuRèrement onéreux à la clcsss ouvrière; laliberté de réunion j)hine et entière; M jugeait les clubs indispensables; il voulait rimpôt progressif, le travail organisé, tmt enfin pour et par le peuple.

Avec quelle fureur tonnerait aujourd'hui W. Piouher contre l'audacieux qui aurait ramassé ce programme de 1848 !

Quant à M. de Persigny, il réclamait la suppression de la misère et, plus conséquent que M. Uouher, il la supprima... chez lai.

Oïl enterre aujourd'hui Ro?sini. Quelle première représcnîaîion ! Les billets se vendeiit h un prix cxtravacrant. C'est presque une^rentrée pour Alboni. Quanta RîmePaKi, c'esi la première fois qu'elle chantera avec de vraies larmes dans la voix.

On rspère que les cérémonies rcligiousos ne nuiront pas trop à l'éclat de cette solennité. Quant au mort, on le placera de façon à ne pas gôner le public.

Unejolie dame, en chapeaarose, folle de musique, et qui ne donnerait pas son entrée pour deux cents francs, était fort émue.

— Quel dommage qu'il n'y ait qu'un Rossiniaumende! soupirait-elle. On ne verra cela qu'une fois !

Quand Offenbach mourra, ce sera peutêtre joli aussi, mais dans un autre genre !

DïBssîîsieïBc 22. — Aujourd'hui, spectacle instruclif à la cour.

On joue les InidUes devant tous les ministres.

Leurs Excellences fontrek\clie pour celte représentation. Demain, elles reprendront la même pièce qu'elles jouent devant le pays.

La ri^clamation que j'ai adressée à l'adiniiiistralioii des postes dans mon dernier num<''ro a été entendue.

Je dois dire qu'on s'est empressé d'y faire droit et que des mesures sont prises pour que nos abonnés des départements et de Paris ne puissent soutFrir aucun relard dans l'expédition de la Cloche.

Si de nouvelles réclamations m'étaient transmises, l'administration les accueillerait avec le même empressement.

Nous n'avons pas idée de ce qui se passe en Algérie.

.le no. parle pas seulement de la famine et do la misère, ni des sévérités inouïes du régime militaire envers la presse, il est

douloureux de penser que la loi française n'est pas appliquée partout où s'étend le nom français, et qu'on mange de la chair humaine dans la principale colonie d'un empire qui fait de si grasses litières à ses administrateurs.

Mais il ne s'agit pas de cela seulement.

Alger possédait une pépinière fondée en 1835 par un intendant civil, M. Geaty de Bussy.

Depuis 1832, des plantations maguifiques, des travaux de toutes sortes avaient été faits dans ce jardin conquis sur des marais et qui portait vicLorieusement dans sou nom le trophée de sa gloire, el Hamma (la fièvre), pour rappeler que ce paradis avait pris la place d'un désert funeste.

Ce jardin d'essai était la parure d'Alger, un des témoignages les plus sérieux de nos etiorts de colonisation.

Il y a quelque temps, l'Etat céda à la Société générale algérienne ce paradis, dans lequel MM. Frémy et Talabot exercèrent les ravages que M. Haussmana appelle des embellissements.

Cette confiscation, au profit de spéculateurs, d'an lieu de promenade dont la ville d'Alger était fière comme d'un monument, était une première douleur, une première humiiiaticn. Mais, quand l'Etat prend quelque chose, il ne s'arrête pas en route. Après le jardin, il confisqua l'idée, et, le 1" novembre, il n'y a pas un mois, le Moniteur universel, ce Moniteur qui veut être cru comme l'Evangile, publiait un article dont chaque ligne était le contraire d'une assertion vraie.

« Il y a quelques années, disait la feuille

de M. Uouher, ]a. Soclcfe générale Algérienne ronflait au llamma, près Al^ror, un jardin d'essai dont elle confiait la direction à M. Rivière, jardinier en cher du I.uxembourg. Cet èlablissement, plus spécialement affecté à la culture des végétaux exotiques qu'il peut être utile de répandre dans notre colonie, conlient aussi quelques animaux dont on veut tenter l'acclimatation ou la domesticité. »

Puis, l'article continaant sur ce ton, promet des œufs d'autruche aux actionnaires et se félicite de cette source de richesse pour le pays.

Les lettres que Je reçois d'Algérie et VAklibar lui-même, avec douceur, démen-

tent celte audacieuse assertion, cedo réclame ctrrontée.

Non-SL'ulomcnt la Société générale n'a pas fondé ces années-ci un établissement fondé en 18.'î2; mais elle n'a pu se livrer à la domestication des autruches, puisqu'elle a fait vendre celles ci à l'encan, dès sa prise de possession, et puisqu'au dire du journal algérien, on ne trouverait pas Mnshnpk pigeon paltu dans la nouvelle propriété de MM. Fremy et Talabot.

Voilcà comme on fait l'histoire, comme on soufilette le pas:é, comme on ose, à la face de tout un pays, revendiquer une gloire et promettre des succès absolument fictifs. C'est pousser loin l'audace de l'expropriation !

Je lis dans le Mouileur de l'Oise :

«Vendredi dernier, à trois heures, l'em-

pereur s'est rendu à i'aielier de M. Gustave. Parquet, peintre de la vénerie impériale. Sa' Majesté a bien voulu examiner les tableaux etiôliciter notre compatriote de son talent.» Jusques-là, il n'y a rien que de très-simple.

Sous un régime qui honore .\ ce point la chasse et qui dépense lant pour ic's bêtes, il est logique d'avoir un peintre spécial pour la vénerie. Je souhaite à M. Parquet, que je ne connais pas, d'être l'Horace Vernet de ces nouvelles batailles, dût-on faire un musée spécial pour ces monumen's de nos gloires, .. cynégétiques!

Mais ce qui me blesse, c'est que le Moniteur de VOlse ajoute aussitôt :

« M. Parquet a commencé le portrait du prince impérial. »

Qaoil c'est le môme pinceau pour les chiens couchants e(. pour l'auguste visage du prince! Quoi ! i'arli^'te ajoutera sur ses

cartes, apr-js: pemtrede la mîfr??, ces mois: et du prince i)ii perlai \ A queJle promiscuité allons-nous? à quel oubli des convenances et de l'étiquette ?

Décidément, qu'ils subissent rin?r>iration d'un préfet ou celle du ministère d'État, les MonUeurs officieux ou officiels sont tous é°:alement maiadroits.

J'ai invoqué la correspondance de Napoléon l®"" à propos des mérites spéciaux que le journal le Dix-Décembre trouvait dans l'esprit do l'impératrice. Je crois que les ministres qui veulent diriger la presse feraient bien aussi de consulter à l'occasion les aveux que le grand despote laissait échapper.

II (écrivait, le 2 mai 1813, au ministre de la police gt'inérale :

« Comme lous les arlides de journaux qui parlent de l'armée sont faits sans lact, je crois qu'il vaut beaucoup mieux qu'ils n'en parlent pas, d'autant plus qu'on sait que ces articles sont faits sous l'influence de la police. Cest une grande erreur que de s imaginer qu'en France on puisse faire entrer les idées de cette façon] il vaut mieux laisser aller les choses leur train. Ces articles font du mal à l'opinion et pas de bien; c'est vérité et simplicité qu'il faut. Un mot : telle chose est vraie ou n'est pas vraie, suffit. >>

La lettre est bonne à méditer. Napoléon 1" 1 oublia souvent. Que ses héritiers s'en souviennent!

l.MiMlî »». — Le hnnl a couru que M. B(^rrycr ôUiil mort. Celte menace de la deslinéc, qui ne peut pins laisser un grand homme vivre dans l'atmosphr^re de l'Empire, ne s'est pas encore réalisme à l'iieurc où j'écris.

Ilôlas ! il faut bien craindre qu'elle ne soit qu un peu retardée.

Qu'importe I M. Berryer peut mourir; sa \ie est remplie, et tandis qu'avec une majesté tonchante, avec une grâce solennelle, il se drapait, pour ainsi dire, dans ses derniers adieux, on entendait au loin le croas-

sèment des officieux quirinsulîaient. Un peu de patience! et cette touiFe de cheveux I blancs qu'on reprochait à ce front vénérable ne fera plus peur à personne.

M. Berryer, dans une leltre qui ^ert de préface à un livre de son secrétaire, M. Moreau, intitulé : La libre défense, parle de l'esprit de tolérance de Napoléon I", et ajoute :

« M. le procureur-général Dupin nous en a transmis un monument curieux dans la copie d'une lettre autographe de l'empereur Napoléon, où l'exagération des paroles est plus ridicule qu'odieuse : — « Les avo- » cats sont dos factieux, des artisans de cri- » mes et de trahisons... Je veux qu'on puis- » se couper la langue à un avocat qui s'en » sert contre le gouvernement. »

On n'a pas osé couper la langue de M. Berryer, mais on a c??ayé d'y jeter de la boue. Avec quel dédain ce grand orateur, qui cherche acluellement sa route dans l'inQni, a laissé tomber ces insultes !

C'est égîl, l'heure est sombre, le crépuscule augmente, les gloires d'autrefois s'éteignent. Voilà le moment pour l'empire de faire briller les siennes. Renouvelez, renouvelez la consomm.ation d'étoile? ! Je crains bien que le5 astres v.^ nous fassent banqueroute.

On a bien le droit du rire quelquefois des procureurs généraux; ils font assez souvent pleurer. M. le procureur gt'-néral deColmar, dans son discours de rentrée, a prononcé ces paroles mémorables :

« L'empire repose sur un piédestal que le suiïrage universel a formé de dix vnllions d'épaules serrées et de vingt millions de mains entrelacées. »

Je ne relève pas ce singulier éloge, que nous perlons l'empire sur nos épaules ; je m'étonne seulement qu'un magistrat prenne les Français pour des singes et nous invite à penser que notre empira est l'empire des quadrumanes. Analysons, en effet, la phrase de M. le procureur générai.

Il parle de rfij) mî7/ians d'épaules; on a généralement deux épaule,: par personne. Dix millions d'épaules nous donr'ent donc un contingent de cinq raillions d'individus ; or,

cinq millions d'inflividus qui ont à leur dispo?ili()n vin^l niillions do mains, c'e?t-àdiro quatre mains par individu, no peuvent ôtre que des quailrumanes.

Et voilà comment la magistrature pousse parfois à la déconsidération des citoyens !

On publie demain le compte rendu du procès de VAvenir., du Rcveil et de la ï'ribune. Après l'émotion de raudfence, voici l'émotion de la lecture. Pour ne donner prise à aucune susceptibité, on s'est bien gardé d'ajouter un mot de réflexion, de commentaire, d'introduction à cetle sténographie exacte, officielle, des plaidoiries.

Peut-être cependant eût-on pu mettre en épigraphe cette remarque de belle et hère tournure, insérée par le tribunal de Gler-

— bO —

mont-Ferrand dans le texte du jugement qui renvoie V Indépendant du Centre. On ne rii'accasera pas de dénigrer la magistrature. .îe ne connais rien de; plus bf au, et je ie dis, que ce passage qui iniioct-ntc en Auvergne les délits de Paris.

« Attendu qu'en regard de toutes cescon- » sidérations de fait et de droit, la raison de » la justice pénale étant dans la loi morale, » qui est universelle, essentielle et absolue, » la dignité de la conscience s'accorde avec » le bon sens pour repousser l'application » d'une disposition légale, de droit étroit et » exceptionnel, par voie d'extension immo- » dérée ou de captieuse analogig^ »

Voilà des paroles qui honorent l'Auvergne et qui compensent Isl. Rouher.

içiarcîfi 2-5. — Le bruit se répand que !\lazzirii est mort. L'italio lui doit son uuité. Ce grand patriote, pour lequel l'aube de la justice se lève, meurt au seuil de la terre promise.

On pourra désormais en dire du bien : il n'est plus à craindre.

Je reçois de mon ami DecourcolIcÀ un petit volume qui a plus d'esprit à lui tout seul que tous les Momleurs réunis. Ce sont les Formules du docteur Grérjoire, autrement dit le Didlonnaire, qui a paru par fragments dans le Figaro.

Je prends à la première et à la dernière page trois déliuitions qui rentrent dans le sentiment de la Cloche :

Ar.niouER. — Renoncor à un Irôrie quana on ne peut plus faire autrement.

Absolutisme. — Un naarteau dont le peuple est le manche et auquel il s'étonne loujour.s de servir d'enclume.

Tyran. -- Il n'y a pas de tyran ; il n'y a que des esclaves.

Ces trois définitions me plaisent; j'avoue que la dernière a la préférence. Elle contient rélernelle et inutile leçon que donnent les Calon d'il tique et les iîaudin.

M. Pau! Dalloz annonce qu'il no s'incline pas devant l'arrélô minstériel qui crée deux nouveaux Moniteurs. Il réclame et prétend contester la propriété de son titre.

Le Moniteur lui-même, victime de l'expropriation , et poussant des clameurs au ciel en se raidissant contre l'elTroyable familiarité mise à la mode par M. Hàussmann envers les propriétés puliliques et privées, n'est-ce pas l'épigrammo, la leron et lecliàliment d'un des vices de l'époque?

Mercredi 55. — Quand ce numéro paraîtra, la vSixième chambre se sera prononcée de nouveau sur la question des manœuvres pratiquées à l'intérieur, à propos des listes de souscription publiées par ^Avenir yiational, le Journal de Paris, le Réveil, la Tribune et le Icinps. assignés pour l'audience de vendredi prochain.

Un communiqué nous apprendra-t-il comment nous devons faire pour constater les sommes qui ont été souscrites et pour remplir au moins envers les souscripteurs le devoir délicat d'un accusé de réception?

1! paraît que M. roxé'^utcur des hautesïuvres est malade.

Est-ce l'ennui de De rien faire? Est-ce la lalousic que pouvaient lui inspirer les chas- ;epo!3 et les mitrailleuses qui aurait aflcctô la santé de ce précieux fonctionnaire?

Si le médecin croit que son malade pourrait supporter les fatigues du voyage, j'engage celui-ci à aller se remettre en Italie. Précisément, le pape vient de confirmer une sentence de mort rendue par le tribunal politique. On doit tuer deux hommes. En se hâtant un peu, M. l'exécuteur de Paris pourrait faire sa petite expédition de Rome et obtenir à la fois du saint-père sa bénédiction et de l'ouvrage.

On ne guillotine plus guère que là des conspirateurs.

Le prince Louis-Napoléon a eu plus de chances lors de raffaire de Boulogne.

M. d'Alton-Shée, qui continue aujourd'hui, dans là Revue jnodeme, la publication de se? Mémoires, raconte comment il fut le seul à voter la mort du prince, et il donne les raisons de son vote.

J'emprunte quelques fragments à ce chapitreextrômcmcnt intéressant. C'est, d'abord, la physionomie du procès.

L"altontat do Boulogne présente la confusion démoralisante du s;in,;^lant et du protcsque ; que les amateurs du ridicule dans le

.crime lisent les journaux du fonips pour les délails lie costumes, d'aigles apprivoisés, etc., etc... j'écarte avec soin le cote forain do la conspiration. A défaut du clianoolior et du grand référendaire, morts aujourd'hui, que les curieux du mal sollicitent les conlidences de quelques membres survivants de la commission judiciaire de la cour : à trente ans do distance, la vérité serait encore trop cruelle. J'omets donc à dessein le récit des doubles trahisons, la disparition motivée de certains accusés, les forfanteries d'honneur de certains témoins complices, pour m'occuper surtout du chef du complot.

Voici maintenant loporlrait (le notre principal accusé :

Le prince avait le regard déjà .terne, la physionomie d'un rêveur; avec sa petite taille, son frac noir et malgré le crachat dont il s'était décoré, quelque chose do mesquin, (['(■trique. Rien on lui )ie faisait présager la majesté que développe immanquablement le rang suprême.

Il déclara se nommer Louis-Napoléon Bonaparte, né à Paris, le 20 avril i808, puis prononça quelques paroles dont je connais- >.iis la substance; car, habitant alors AugorviUe, Berryer et moi venions ensemble à Pans, lui pour le défendre, moi pour Je juger.

11 paraît que, déjà dans ce lempc-là, le prince n'était pas un orateur. Voici ce que raconte M. d'Alton Shée :

Plus de quatre-vingts généraux de l'empiic siégeaient à la cour. Aussi les premiers mots du prince avaient été écoutés avec une attention Licnveiilante, mais bientôt le prince s'arrêta, et, après avoir inutilement cliercliédan sa mémoire, prit dans sa poche un petit papier sur lequel il se mit à lire, ce qui diminua l'effet de son improvisation. Ce n'était qu'à l'aide d'un long travail et à force de coupures, de corrections et de substitutions que Bcrryer était parvenu ù réduire les douze pages primitivement rédigées par son client à douze lignes simples et politiques, qui agrandissaient sa position en exposant ses droits de prétendant. II avait annoncé sa résolution de garder à l'avenir un silence absolu ; néanmoins le duc Pasquier, insinuant et fin, mit tant de naturel dans les questions qu'il lui posait, que, dès la troisième ou quatrième, le prévenu otiblia sa résolution de n'y pas répondre. Sur les représentations de ses avo-

Viats, il reprit son système de miitisms, auquel manqua cependant deux on trois fois encore Jans le cours de son interrogatoire.

Benyer le défendit avec éloquence et d'autant plus de zèle, qu'à l'occasion d'un préten- [lant qui n'était pas le sien, il trouva moyen il'établir les droits supérieurs et antérieurs le la légitimité vis-à-vis de ce qu'il appelait une usurpation.

Je ne rappellerai du reste des déhats que !a persistance du chancelier à refuser à l'accusé Fialin le nom de Persigny, et les graves léclarations de calui-ci, que « dans la scène le la caserne, sans l'intervention d'Aladenize, 1 aurait tué à coups de baïonnette l'un des fous-lieutenants d'abord, et puis après le capitaine du 12". »

Les débals terminés, on délibéra. Voici, ur ce point, les confidences et l'opinion trèslettedeM. d'AIton-Shée :

La chambre, réunie en délibération secrète, irononça ensuite son arrêt sur chacun des couses. On statua d'abord sur le prince ,ouis.

J'étais le plus jeune des juges, et comme tel, j'exprimais le premier mon opinion. La question de culpabilité n'était pas douteuse, le crime était flagrant, avoué par Louis-Napoléon, qui en assumait la responsabilité; interrogé sur la pénalité, je votai la mort.

Les raisons qui déterminèrent ma conscience furent celles-ci. La peine du talion est la loi naturelle, mais dans l'état de notre civilisation, c'est bien moins par esprit de représailles que dans un but de préservation sociale que le législateur punit un crime de la peine capitale. Les victimes des vengeances individuelles ou de la cupidité sont bien peu nombreuses comparées aux meurtres en masse que commet et ordonne le prétendant qui, dans un but d'intérêt privé, et pour faire valoir une fausse légitimité, porte la guerre civile au sein d'une nation. En outre, s'il réussit, il conquiert la fortune, la puissance, la gloire, tout ce qui peut séduire l'ambition; s'il échoue, en dépit de la loi, il échappe à l'infamie : une opinion erronée, mais dominatrice, protège son honneur, l'entoure de compassion et souvent augmente le nombre de ses partisans. Il m'a paru que la crainte du supplice pouvait seule détourner d'un crime promettant de tels avantages et une telle impunité.

Si mes souvenirs sont exacts, mon vote n'eut pas d'imilaleicrs. Le titre, la puissance

du nom do racciisé, le danger que ses prétention?, deux fois soutenues par les armes, faisait courir à notre pays, en motivant la rigueur de ma sonteneo, par un ellet opposé, disposaient aux circonstances atténuantes la plupart de mes collè<j'ues.

Je n'ai rien à ajouter à cette narration d'un témoin qui ne s'était pas trompé; et qui a le bon goût d'avouer son isolement.

Encore un glas de mort !

Félicien ïMalIefilh! vient do mourir tout à coup, en quelques lu3ures.

C'était un écrivain énergique et vaillant

c'était mieux que cela, c'était une ànie ardente et dévouée, un ami fidèle de ses amis, un implacable ennemi de ses ennemis.

Il fat, il resta républicain. La lii)erté qu'il avait servie ie consolaif. dans sa retraite. On nous permellra peut-être bien de le pleurer tout haut et de lui éleverune pierre, à celuilà, puisqu'il a cté iué par la maladie, dans son lit, et que c'est une victime aussi du 2 décembre, qui ne fait que d'expirer.

Quel contraste ! Au moment de jeter la plume avec douleur, pour rester sur le souvenir de cet ami qui s'éteint, on me remet un journal plein de promesses, d'illusions, de jeunesse, d'espérances, un journal qui s'appelle VAvenir, auquel je voudrais de bon cœur souhaiter la bienvenue !

11 prend pour épigraphe les quaiif ver^ do rimmortel chant :

Nousentrorons dans la carrière Quand nos aînés n"y seront plus.

Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus.

D6pêcîiez-vou3, jouîies gf'ns, d'accouiii'! Les aînés s'en vont. On aura bientôt pro.crit la poussière de ceux qui sont morts fidèles à la liberté, et l'on vous fermera la bouche sous le poing do la police quand vous oserez parler de leurs vertus!

Vous voulez l'union, le progrès? dépôchez-vous! On a besoin de saluer l'avenir. Nous menons si souvent le deuil du passé, et il y a si longtemps que nous ne saluons pas le présent!

(Lcuis Uluacu) FERRâGUS Le gérant : LE CHEVALIER

V'Bris, — lïQp. DubuissoD et C', rue Ccq-KcroL',5

PARAIT TOUS LES SAMEDIS

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