I) A. DE SAINT-ARNAUD
H peut paraître singulier que le général, si occupé à Paris dans les journées du 2 et du 3, pût connaître, dès le 4, la fierté et l'émulation des troupes départementales.
Mais, c'eût été la première fois qu'en remerciant des soldats pour une besogne, après tout fort délicate, on ne leur eût pas dit : « Vos frères d'armes sont jaloux ! » C'est là
une formule convenue et qui ne prouve rien ; de même que l'appellation à^honnêles gens pour les vainqueurs, qui semble réserver i'épilhète de coquins aux vaincus. Il y a là un peu d'hyperbole.
On n'a pas encore ouï dire que Baudin fût une canaille, pour s'être fait tuer sur une barricade.
Le coup d'Etat mitraillant les républicains pour sauver la République, n'est-ce pas absolument la farce d'Ugolin dévorant ses fils pour leur conserver un père ?
M. Duruy, qui respecte l'histoire depuis qu'il n'y to ; 'he plus, a été longtemps, par ses prop^:" et par ses livres, le complice des malho!iuèt,es gens mis à mort par le 2 décembre.
11 est vrai, cependant, qu'en feuilletant son Histoire romaiîie, publiée avant 1848, on trouverait, au tome 2 et à la page 15 (édition de 1844), un bon conseil et un apaisement pour les consciences en travail de coup d'Etat et de parjure.
Voici ce que le futur ministre de l'empire, qui a prêté depuis le serment solennel dont dépend sa fortune, mettait dans la bouche du mime Romain Labirius : -— «Qu'estce qu'uQ serment ? Un emplâtre à guérir les dettes. »
J'affirme qu'on n'a jamais rien dit de plus fort, de plus beau, de plus laid , de plus vrai, de plus politique sur le serment.
Le 2 décembre a été tout bimplement la levée d'un emplâtre; à moins, au contraire , que l'augmentation de^ 'mplàtres dans le gouvernement ne date de ce jour-là.
Un se souvient de la fameuse réunion privée de Nîmes qui a valu à M. Sagnier un coup d'épée dans les reins, et à M. Lacy- Guillon une amende de 500 francs.
Au sujet de ce procès qui dure encore, un journal du pays, le Bulletin iniernaiîonaly révéla la situation faite à un juge du tribunal qui, par la manière dont le roulement est combiné, et à cause de son caractère personne!, n'est jamais admis à siéger en police correctionnelle.
Oa .s'éaiut do Ct.Ute n'^vélalioa, qui jastiliait certain di-^cours de Berrycr. Mais, ce (jui paraît fort étonnant, c'est que le ministre de la justice, répondant avec remphase et l'aplomb d'un [ragment de pouvoir infaillible, à l'éloquente sortie de Berryer, aKirinait que jVi//iats aucun magistrat ne s était élevé cotiti'ii le roulement de son tribunal^ quand il avait en main ou dans ses cartons la réclamation du magistral de Nîmes évincé !
V ic\. en eilei, ce que ie juge en question, fiap. é d'un os racisme continuel, écrivait, dès le 28 août 1865, à son président et au miniitre :
« Monsieur le président,
» J'ai l'honneur de vous adresser copie de
» la réclamation que jo soumets à M. le » garde des sceaux, au sujet du roulement.
» Veuillez agréer..., etc..
« Signé : viguier. »
. « Monsieur le ministre,
» J'ai l'honneur de vous exposer que je » suis resté pendant deux années conséculi- » ves dans la première chambre du tribun nal. Néanmoins, on a cru devoir, contre » mon gré, m'altacher à la même chambre » dans !e nouveau roulement qui vient d'ô- » tre arrêté.
» Cette décision n'a été soumise au tribu- » nal que le 14 août, lorsque comm.ençait à » peine un congé de dix-neuf jours qui m'a » été délivré à partir du 13, et que j'avais n fait inscrire au greffe dès le 2 du même » mois. Cette circonstance, fortuite sans » doute, m'a mis dans l'impossibilité de ré- » clamer contre cette combinaison.
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» Cette manière de procéder s'écarte en- » lièrement des usages suivis jusqu'à ce » jour par le tribunal et ne me paraît pas » conforme au vœu de la loi. Si elle n'est » que le résullat d'une erreur involontaire, » bien que mon intention de passer à la » deuxième chambre fût connue de M. le » président, il me suffira de la signaler pour 1) en obtenir la rectirication.
» Si, au contraire, elle aireclait de créer » à mon égard une situation exceptionnelle, » elle serait pour mon caractère un outrage » que je ne puis subir sans prolester.
1) Mais je ne veux pas m'arréter à cette » pensée ; car mes collègues, quelles que » soient les circonstances, n'iront jamais » jusqu'à oublier les égards que l'on doit » toujours à l'honorabilité de la personne » comme à la loyauté du magistrat.
» Je viens vous prier, moasieur le minis- » tre, de vouloir bien ordonner que je serai » admis à exercer, ainsi que les autres inem- » bres du siège, mes fonctions à la deuxième » chambre.
n Veuillez agréer, e!c.
» Signé : viguier. »
M. le ministre, qui n'a jamais reou, selon sa déclaration devant le Corps législatif, aucune réclamation de magistrat, s'empressa de faire répondre à celle-ci :
« Nîmes, 23 set':cnibr': tK6o.
» Monsieur et cher collègue,
» J'ai l'honneur de vous prévenir que, » par sa dépêche à la date du 13 septembre » courant, S. Exe. M. le garde des sceaux a » maintenu le projet de roulement du tri-
» bunal de iNîmes pour l'année judiciaire » I8G0 1866.
;) Le roulement se trouve ain?i fixé...
» Veuillez agréer, etc.
n Signé : Le président de ta I) chambre des vacations,