E. CAUSSE
Depuis cette époque, le magistral dont il s'agit n'a pas été admis à siéger une seule fols en police correctionnelle. Le roulement l'a constamment maintenu à la r« chambre.
Et l'on a crié à la calomnie quand Berrycr a déuoncé des faits analogues, et j'attendrai vainement un Communiqué qui ose démentir ce que j'ai raconté.
Et Ton assure que c'est nous qui ne respectons pas la magistrature française! nous
qui serions trnlés d'ouvrir une souscription en faveur du tribunal de Clermont- Ferrand ; s'il n'éiait pas injurieux pour la justice de remercier des juges de ce qu'ils ont fait leur devoir !
Vendredi 2Î. — Je reviens de Troye?, édifié, touché et effrayé pour les etn^Iâtres du gouvernement.
Ce n'est pas parce que j'ai entendu à travers les fentes d'une porte (la salle étant comble) une admirable plaidoirie de Jules Favre; ce n'est pas parce que le Propagateur de l'Aube, le vieux journal tué, confisqué, pil'é sous moi au 2 décembre, cl brillamment ressuscité par l'union des hommes libéraux du pays, est sorti .«ans trop de meurtrissures du procès, et n'a été condamné
qu'à 5t)0 francs, pour oirénso? envers l'empereur, C[uantl ii en coule j)h)s cher de s'attaquer à certaines gens moins inviolables.
Non; la cause de mon émotion, de ma joie, de mes inquiétudes pour un pouvoir si mal informé, si mal servi, par ses préfets, ses mouchards et s^es journaux, c'est le spectacle superbe dont j'ai été témoin pendant cette journée , spectacle de la rue, spectacle de la réuniorn privée; c'est le réveil de tout un [lays en^^ourdi depuis isrjl ; c'ctt la fermentation des pny.-ans qui tous, en 1848, avec un élan féroce, volaient pour Napoléon et voulaient me jeter à l'eau parce que j's voiais pour Cavaignac, et qui, aujourd'hui, accourus pour acclamer Jules Favre, venaient nous serrer les mains et fraterni^aientde cœur avec nos regrets et nos espérances.
Jo ne sais pas trop ce que le spirituel pr(^fet de Troyai!, qui a des accès de colère depuis quelque temps, M. Salles, écrit à M. Pinard dans ses èpanchements administratifs. je ne sais s'il lui garantit le succès aux élections prochaines ; je ne sais s'il se flatte que cette vieille terre champenoise, cruellement battue par les pieds des Cosaques et ravagée par les derniers exploits de Napoléon, est restée fidèle au culte de l'homme par qui et pnnr qui elle a tant souffert.
Mais, ce que je sais, c'est ce que je vais dire, c'est ce que j'ai vu, c'est ce qu'il est impossible de nier.
Tout d'abord, je suis jaloux de ce Propa-
galcur de 1868, qui humilie le vieux combaltant de 1848.
Dans ce temps-là, nous étions très-fiers de nos 600 abonnés, de nos quelques actionnaires!
ie nouveau journal, dont le nom est une revanche, a plus de 4,300 abonnés, sur lesquels 800 appartiennent aux campagnes^ qui nous étalent quasi fermées autrefois.
Il a pour e-ociétaires, non pas quelques libéraux taquins, habiiants nomades, laitant de l'opposition pour se venger do la province ; mais le fond m.ôme du terroir, les commerçants, les cultivateurs, les gros bonnets, c'esl-à-dirc les grosses tètes et les grosses bourses.
Voilà le résultat obtenu par 17 année.- de silence. Le coup d'Etat a trouvé ce dôparlcraenl presque complice. Un des chefs des
travailloiirs do (iccenibrc, un des plus implacables, U. Mail pris, y passait impunémenl dans les nies. Je l'aurais dôfiô de s'y montrer hier !
La France subit elle partout le môme Iraval de transformation? Je l'espère, je le souhaite. Mais alors, où allons-nous ? •
Un bnnquet avait été préparé pour Jules Favre. Ce n'était que le prétexte d'un:; réucion privée.
Je dois dire cependant, pour rendre juslice à tout le monde, que le prétexte en luimême était bon, et que les journaux qui Vivent des miettes de la préfecture auraient tort de se moquer du veau et de la soJacle démocratiques.
Le parti de lalibcrlc est assez riche pour payer ses menus. C'est là encore uq progrès.
Pour salisfaireaux exigences de In loi, un local, ]ou6 par bail authentique, ne reçut, à six heures, que les 230 convives munis de caries.
La consigne, sou? ce rapport, était si sévère, qu'un des ci:isiniers ayant oublié sa carte, le rôti fut obligé de faire tne station assez longue à la porte, tant les gardiens se montraient inflexibles.
La police n'aurait pu se cacher dans le plat, car le plat n'eut ses entrées que quand l'imprudent cuisinier eut reconquis ses droits et retrouvé sa carte.
MM. Jules Favre, E. Pelletan, Lignier, ancien représentant de 1848, Farjasse, an-
■'ài
ciea préfet de la République décembrisé, tous les blessés, tous les exilés, tous ceux qui ont soutrert, sans jamais cesser d'espérer, étaient là, avec la jeunesse du pays, avec ceux qui ne savaient rien du passé, mais auxquels le présent suffit poursouliaiter l'avenir.
Le coup-d'œil éîait splendide; la fêle avait quelque chose de grave, d'attendri, qui en modérait l'éclat. Ou sentait bien que ce banquet était un acte, et, avant que les discours, que les toasts eussent amené les larmes elles éclairs dans les yeux, on devinait que les poitrines étaient gonflées de ce souffle nouveau, presque inconnu, tant il était oublié, qui remue les âmes et fait vaciller les édiGces, depuis la base jusqu'au couronnement.
Jules Favre parla à deux reprises, et ce fut dès lors un élan, une vibration denthou-
^iasmequisoprolongeradans les consciences.
Apn\^ un discours sur les devoirs politiques, le grand orateur porta un toast à la jeunesse. Un jeune convive avait parlé de découragement, de la mauvaise éducation donnée par les professeurs et du mauvais exemple donné par les ministres. Jules Favre releva en termes magnifiques celte défaillance, cette abdication de l'avenir ; il but « à la jeunesse, » c'est-à-dire à l'espérance, à l'amour, au » foyer domestique, à la couronne de nos » vieilles années, à la certitude que ces glo- » rieuses traditions des pères trouveront de » dignes successeurs! »
E. F'ellctan se fit applaudir après Jules Pavre. Tout le bien que je dirais de son discours est dans ces paroles. Puis, les effusions, les toasts, les confidences politiques duièrent jusqu'au milieu de la nuit. A une
heure du matin, les convives reconduisaient Jules Favre à la gara ; et nous quittions Troyes avec la conviction d'uvoir asi^isté à une des manifestations les plus évidentes, ' les plus victorieuses de l'esprit libéral.
Voilà pourtant tout le bien que peut faire un procès intenté à un journal. Pour les 500 francs d'amende auxquels il a été condamné, le Propagateur' ne donnerait pas la journée et la soirée d'hier.
J'ai rapporté de Troyes deux histoires plaisantes, pour lesquelles j'ai promis un coup de carillon.
La première a déjà été racontée par tous
le>? journaux de Pari? et des départemenl?, mai^c^lle attend son dénouement.
On se souvient de M. Samcennes,condamui^ à 13 francs d'amende par le tribunal (l'Arcis-sur-Aube pour délit de pêche et auquel un substitut, au moins tort maladroit, a voulu faire faire la jours de prison. M. Saincennes était resté 5 jours sous les verroux quand on s'est aperçu de l'erreur. On l'a mis à la porte, et tout a été dit.
Les habitants d'Arcis-sur-Aube et les électeur» du département se demandent si tout doit se borner là, et s'il n'y a ni excuses à faire à un cit^ yen injustement arrêté, ni punition àindiger à un substitut qui n'a pas même rendu de visiie de pulilesse à sa victime.
Le pouvoir se montre très-susceptible à l'égard de la liberté individuelle ; il ne veut pas qu'on luisse arrêter trop facilement les gens.
Cette sn?ceplibilité l'honore ; mais il faut la consacrer par le châliment de tous ceux qui compromettent l'autorité par des violences ou des bévues déplorables.
Pourquoi M. Jalabert, ie substitut d'Arcis, n'est-ii pas destitué? Pourquoi n'a-t-il pas été contraint à une réparation publique envers iM. Saincennes?
On oit que ce jeune magistrat se croit forcé de ne douter do rien, dans la patrie de
Danton. Mais l'audace n'est respectable que quand elle sert le droit et la justice; et, fût-il protégé de M. Routier (la plus grande protection possible en ce bas monde), ce substitut, au moins léger, qui écoute mal, lit mal ou comprend mal les jugements du tribunal près duquel ii lonctionne, doit expier le tort qu'il s'est donné.
La morale se serait satisfaite, il y a huit jours, d'une démarche et de simples excuses; elle veut aujourd'hui une destitution.
Dans l'intérêt des élections prochaines, M. le préfet de l'Aube fera bien de s'unir à moi pour la demander.
Quant à l'autre historiette, elle est plus bouffonne. Mais elle intéresse aussi le premier fonclionnaire du fl(''parlenient.
Tout le moM !.- -wiiiidît aujourd'hui le maire de Saint-Benoît-sur- Vannes, qui veut fair'! danser ïes administrés à sa manière, avec des musiciens estampillés par la mai'ie.
Il a un émule dans jM. le maire d'Essoyes.
Le maire d'Essoyes a une manie, c'est celle des lois, décrets et ordonnances. Il légifère comme cinq dépuîés et comme quarante sénaîeurs. Il réglemente tout, iî ne laisse rien en dehors de son omnipotence.
— Eh! là-bas! l'homme, la femme, le bœuf ou le musicien qui passez, venez rendre hommasre au suzerain !
11 y avait à Essoyes un pauvre nomme de ménétrier. Il était né ménétrier comme on naît fils d'empereur ou de roi. 11 n'avait pas d'autre état. Son père avait fait danser la gavotte, il faisait danser la contredanse; il payait sa patente, et sans nul doute, en bon musicien qu'il était, il avait toujours voté pour le gouvernement qui fait danser et pour le candidat qui paye les violons.
Mais voilà qu'un député du département, ne voulant pas être reconduit santi tambour ni trompette aux prochaines élections, fait cadeau d'une fanfare à la commune d'Essoyes. M. ie maire sera-t-iî vaincu en générosité? Vile, il rend uge ordonnance qui attribue à cette jolie fanfare de M. ie député
le droit exclusif de faire danser dans la commune.
L'industrie du vioion ne sera plus libre. Le ménétrier paye patente, tant pis pour lui ; la fanfare ne paye rien, il est donc juste que tout le profil soit pour la fanfare ; c'est une harmonie de plus.
En vain le pauvre homme de ménétrier se lamente, se désespère, se sent ruiné. On dressera procès-verbal contre lui s'il contrevient à l'ordonnance : M. le maire a parlé. Meure le violon du pauvre homme plutôt qu'un principe!
Que le préfet ait ratifié, approuvé un arrêté si saugrenu et dont le caractère despotique n'était point caché sous le côté ingénieux, cela se comprend à la rigueur.
Si les préfets de l'empiie n'approuvaient jamais que ce qui est spirituel dans le fonc-
lionnement de l'empire, ils n'auraient rien â faire.
Mais, ce que je trouve assez grave dans cette drôlerie, c'est que M. le maire d'Essoyes ajoute, dit-on. au bas de ses arrêtés la sanction suivante :
« Lts LOIS, ordonnances, liglements contraires au présent sont et demeurent abrogés, a
Et. après la signature du maire, M. le préfet, s'il faut en croire la chronique, ajouterait : Approuvé.
Ainsi.M.le maire d'Essoyes abrogerait les lois et M. le préfet ratifierait les abrogations.
Je demande qu'on expédie à Essoyes la loi de sûreté générale ; si M. le maire est de belle humeur, il, la mettra en morceaux.
Voilà ce que j'ai rapporté de Troyes.
Quand je pense que mon pays n'était célèbre que par ses andouilleltes !
On ignorait qu'il produisit aussi des magistrats municipaux fort agréablement épiées.
Sumeîïl ^S. — Un maire gui annule une loi ! Je n'ose plus, après cela, parler d'un sous-préfet qui annule un décret do l'empereur.
Cepeiidant, il faudrait savoir si de pareilles usurpaiions sont permises. Le Corps iôgislatif annulé par un maire, on pourrait le supporter ; l'empereur annulé par un sous-prélel. ce serait plus délicat, parce que si celle habitude se propageait, on ne sentirait plus assez la main de l'élu du 2 décembre.
Tout le monde sait que le- département de la Seine jouit da privilège de ne- pas élire ses conseillers municipaux, et c'est bien juste ; Noisy-le-Sec élisant le successeur de M. X..., qui a eu de gros malheurs judiciaires, cela ferait peser une trop grande responsabilité sur le suilrage universel.
Kos voisins de la banlieue sont donc administrés par des conseillers désignés par M. liaussmann et nommés par décret de l'empereur; rien que cela !
Quand on a ses affaires remises à de/geriL si haut placés et aussi impérialement nommes, on peut se consoler de ne les avoir pas choisis.
Cest la consolation que je m'offrô tous les jours pour l'empire, l'empereur et les emprunts!
Par malheur, un des sous-préfels de M.
Haussmann (or, M. Ilaussmann, qui est plus que préfet, a des sous-préfets, qui sont moins que des sous-préfets et qui, jusqu'à présent, n'avaient encore rien annulé qu'euxmêmes), le sous-préfet de Saiiji- Denis, puisqu'il faut l'appeler par son nom, se croit en droit de révoquer les conseillers de la commune des Liiab.
* if
Le» lévoque-l-i! ?-qu\ ? Les fail-il révoquer par M. leiiinislre de l'intérieur? Le cas est douleux; nais admettons que M. Pinard soit intervenu.
Si on conpare M. Pinard à M. le souspréfet Géraid, on compare une éioile à un ver de terre; si on les compare tous les deux à l'empereui, ils ne sont plus que deux vers de terre. On ne peut pas dire que le sommet du mont Bianc soit plus voisin du soleil que le sommet de la balte ^îontmartre.
Or, ce qui est certain, c'est qu'un décret de l'Emnereir a été annulé par quelqu'un, quelque part, sans que l'Empereur en sadic rien!
Commf3 i! me lit, je lui signale celtograve atteinte portée dans un but que M® La'liaud» un des invités de Compiègne, pourrdt l'aider à trouver.
Que vont devenir nos commune? Nous qui avions tant confiance dans les ?ens qui font nos afTaires, sur qui nous reposer désormais? Pour révoquer ainsi brusquanent des conseillers inotlensifs, que leur a-t -on demandé, et qu'ont-ils refusé?...
Tout sons-préfet a son candidat officiel ou son candidat officiel honteux. « 7otez pour mon candidat, ou j'annule le décret di l'Empereur ! » Voilà pourtant ce qa'un souspréfet peut dire.
Je ne prétends pas (p'o M. le sons-préfet de Saint-Denis ait tenu ce langage. Si on m'affirmait qu'il l'a tenu, j'esssy.- rai? de
nie:, de contredire. iMais enfin, il n'est pas bon in'un sous-préfet de César puisse être sou}i(.onn6. et comment le soupçon ne seraitil pasfacile? Comment ne pas croire à quelque caididature, quand on voit de braves gens nis à la porte, en dépit de la -loi et du droit, e malgré un décret impérial.
« Où tst la femme? » disait un philosophe dans les enquêtes criminelles. « Où est le candiJat';» nous demandons-no»?- à chaque révolu tioii municipale ?
Où il est? A Compiègne-, je l'ai dit plus haut.
11 paraît que, sans les conseils des minij très, qui troublent un peu le programme (^s fêles, on finirait par s'amuser tout à fai à Corapiègne.
Les invités de la seconde série, qui sont de retour, promènent dans Paris la mélancolie de leurs regrets. Ils ont rapport^, paraît-il, l'ôblouissemenl de certains taJleaux vivants, près desquels les agaceries de la Pérkliok,\e5 drôleries de la cour ù'Anatibou ou du roi ChUpérxc ne sont que des grimaces sans portée.
Le premier tableau représentait Eslher ci Assucrus. Gomme il est convenu qu'on ne fait rien de aiaif à la cour, et que le séjour des diplomates doit êlre le paradis de la diplomatie, on a chercha un sens à chacun de ces tableaux.
\s?iiérui^ représpiiterait, dan? ce Cfis, le pOLvoir, absolu, indiscutable, infaillible, conrjDromis par l'impudence de ses agents et les maladresses de ses ministres. Esther serait h voix des vaincus longtemps refoulée, repoussée, et qui, surprenant un jourleir.aître dais une heure de raison, lui présenterait la requête des opprimés.
Asijucrus, ce roi fabuleux, comme on n'en voit plu;, se rend â l'appel de ses sujets, pend son ministre d'Etat, gorgé d'or et d'honneurs, qui le trompait, et demande des conseils a Mardcchée, l'ancien proscrit, désormais transporté de joie. .
Le tahkan de Compiègne ne va pas jusqu'à la pendai>^on du ministre. On sous-entend ce détail.
Le tableau de Jucub et Rébecca serait une flatterie à la noblesse du second empire,
qui n'a pas eu besoiD de se couvrir de ptiaux de bêtes pour obtenir Ja part et les iitres d'Esaii.
Quant au troièième tableau, œlui d'Ophélie, c'est l'âme délaissée par in peuple qui cherche à accomplir quelqu'œuvre de justice et de réparation. Elle représente la poésie noyée, l'art s'en allant à la dérive, tout ce qui est beau, tendre, divin, étouffé, écrasé par l'égoïsme des intérêts d'orgueil et d'ambition.
Voilà, si j'en crois un témoin, le sens caché de ces apologues en relief, qui masquaient fort agréablement la vérité sous des fleurs.
M e?t bon que les puissants de la terre cherchent à s'instruire on s'amusant. Les contribuables ne regretteront pas leur argent.
Il y a d'autres jeux d'esprit à la disposition de la cour. On aime assez celui des mots à deviner. »
Voici comment la chose s'exécute. On compose un mot avec des lettres que l'on mêle ensuite, et le patient doit reconstituer le mot. C'est simple et fort joli. Ce jeu a été inventé pour enseigner aux enfants la lecture et l'orthographe. Mais il peut servir aux ignorants de tous les âges et de toutes les séries.
Ouelquefûi?, il donne liou à desingu/ier? quioro juo.'î.
Un jour (ceci ne se passait pas à Compiègne, où i'on ne se trompe jamais), un grand personnage mêla les lettres de bois et déûa un autre grand personnage, d'un autre sexe, de deviner le mot.
La grande dame essaya et finit par trouver. Mais elle poussa un cri.
— Ah ! !e vilain mol! De qui donc avezvous voulu parler?
— De l'opinion publique.
— Comment! voilà ce que vous en pensez?... Et la belle devineresse assembla les lettres qui composèrent ce mot : Rosse.
— Mais non ! je proteste ; s'écria le grand
personnage masculin, ce nV?t pas là mon mot. Le voici :
VA, remaniant :o> lettre?, il composa le mot Esior.
Ce qui prouve bien qu'il suffit souvent de retourner la moindre des choses pour substituer l'espérance au découragement, et pour faire d'une nation nfr.i'.fsée comme une rosse une nation qui prend son essor!
Si l'aventure s'était passée à Comni^gne, Plie aurait de la portée; mais, encore une fois, Compi^gne n'est pour rien dans l'histoire.
Tout se passe i la cour avec une étiquette scrupuleuse.
Dans le bal dej dome-aiques, je parle de
ceux qui ont la grande livrée, on n'<s(a(]mi:J, les hommes, qu'en habil noir, les .'emmcs, qu'en robes décollelées.
Jusqu'où l'omulalion du bien et du nu ne va-t-elle pas?
On disait que la reine dEspagne allait à Cornpiègne. C'était une erreur. Elle n'est encore allée qu'au Jardin-des Planies; et voici, au sujet de cct'.e visite, des délails que je crois vrais.
On vint prévenir c s jours-ci un des directeurs, profe.-seurs ou [iré^arateurc- du Jardin- des-PJantes que ia reine Isabelle et son raari honoraicni de leur présence ia colonie pénitentiaire des animaux féroces.
Vile ie professeur accourt et rencontre Leur:^ Majesté? détrônées pré? de l'habitation de riiippopotanie.
La visite fut dèè lor.^, pour les auguste^ exilés, pleine d'intérêt.
On prit soin de leur expliquer les mœurs, les caractères el l'anatomie de chaque animal.
Devant le squelette de la baleine, l'éloquence du démon trateur ne tarit pas.
Comme il faisait remarquer Tétroitesse du passage qui met en communication l'estomac avec l'intestin, S. M. François d'Assises interrompit :
— Comment alors, monsieur, expliquezvous l'épisode de Jonas?
La reine, qui est pourtant aussi religieuse que son époux, regarda celui-ci avec un certain dédain.
Je crois qu'on ne doniui aucune explication au prince, qui fui rôveur pendant cinq minutes.
Décidément, If S rois ne font même plus rire ; et S. M. d'Amalibou a beau fricasser son Dieu, corrompre son peu[iip, danser Je cancan au milieu de sa cour, manquer à ses engagements et s'aiTub'er d'oripeaux étincelants, le public, qui sait {iu'cn déDnitive ces farces annoncent nu rappel ient dos malheurs, ne se déride p?.?.
Et voilà pourquoi riieureux auteur du Chapeau de paUle rV Italie s'e^t Irompé, en croyant nous déîecier par le iableau d'un souverain abruti et abrutissant, que ses peuples mettent à la \ov\q.
Ce speclacle, qui n'a rien d'iuiprôvuj est devenu fade. On a sifflé la débâcle de ce roi
absolu, absolument bote.
Diusaaic-Ise S9.— J'ai reçu beaucoup de vers celle semaine, beaucoup Irop pour que je puisse leur ouvrir les pages de ce recueil; mais je ne veux pas ôtre ingrat envers mes correspondants.
Je reiTicrcie donc très-sincèrement l'auleur d'une forl belle pièce adressée à la Cloche et datée du Quartier Latin. Oui, c'est pour vous, c'est pour la jeunesse surtout que je sonne cet Ângehis de la liberté dont vous parlez si éloqucmment. Ma joie, c'est d'être entendu et cuinpris de ceux qui ont l'oreille dressée et le cœur ouvert. Merci encore une fois!
Un autre poëte, M. Albert Glatigruj, le courageux improvisateur , m'envoie une pièce improvisée sur !a Cloche, dans une soirée du Casino de Marseille. Les rimes étaient données au versificateur, qnirst sorti victorieux de ce supplice.
Je suis aise d'avoir fourni le sujet et d'avoir valu des applaudissements à M. Glatigny; mais je garde pour moi ses compliments et ses vers.
Toutefois, comme une pige de prose est jointe à renvoi de ces ver.-, \v, reproduis celle parlie du message, qui n'est pas la moins instructive ni la moins émouvante.
«Maintennnt, monsioiir, vous pouvez I) njoiitcr à voire lisle dos viclimcs du 2 dé- 1) cembrc la liste des jeunes gens que l'on a » LMevés dans le raôpris du droit et de la li- » berlô. En ce qui me concerne, je puis vous « dire ceci :
)) Au moment du coup dTJat, j'avais onze » ans; mon père élait gendarme. J'étais, » par conséquent, élevé dans une caserne, » où l'on m'apprenait à considérer comme » des assassins et dos brigands tous les en- » ncmis de l'empire.
n Un jour, je vi:^ arriver fi la prison do I) Bernay des condamnés politiques qu'on I) envoyait au mont Saint-Michel, et je me » souviens d;; les avoii- injuriés. Un d'entre » eux, un martyr inconnu, laissa simplement 1) échapper ces mois : c Pauvre enfant ! »
») Ce n'est pas à moi que j'en veux de » ce! te insulte, qui ckil t'rypper si douloureu- )) senieiit ces nialheurciix, venant d'un ga- » min; c'est à ceux q-.i.i m'élevaienl ainsi. » Jusqu'à vingt ans, je nie suis fait gloire de » vivre dans une indJIférence alisolue des » choses politiques; ii a fallu la l'urce des » faits pour m'ouvrir les yeux, tt je ne suis » pas le seul! Presque tous les hommes de » ma génération, à moins d'une éducation » différente, ont fait connue moi. ISe devrait- » on pas demander un peu compte à l'Etat » de l'apaîhie où il a plongé ainsi tant de » jeunes gens, du retard apporté à leur cona science, et u'est-il pas responsable des sot- » tises qu'ils ont pu commettre 1
» Recevez...
)) Alblri Glatigny. »
C'osl au sentiment vrai exprimé dan? celte Icllre, sentiment qui se trouve au cœur de laplupait des jeunes gens actuels, que .M. Jules Favrea répondu si éioquemment dans son toast à la jeunesse.
11 paraît qae M. Camille Doucct a obtenu que la pièce de M. GiUe conservât son tilre : Les Horreurs de la guerre. A la bonne heuro. Je me sens autorise à encourager un de mes amis qui vient de finir un drame contemporain et qui crbignràt que la censure ne le
chicaDÛt sur son lilri' : Les Horreurs du 2 décembre.
Puisque la guerro, en général, a ses horreurs; la guerre civile n'a- l-(41e pas deux fois les 5>iennes?
Au moment où la loi de sûreté générale, que l'on croyait morte, ressuscite, il est de toute justice de rappeler que le maréchal de Mac-Mahon vota seul au Sénat contre celte loi charmante.
On s'est beaucoup (^'gayé dans les journaux religieux el officieux des nouvelles arrivées du 'îY'xa-?, concernant l'ancien rédacteur en chol' de la Démocratie pacifique. Le sujet est bien risible, en effet. On devrait en faire un proverbe pour jouer à Cornpiôgne.
l'n bomnio chassé de France parce qu'il se rangeait du côté de la Constitution, et qui, après avoir perdu dans l'exil sa mère et sa femme, vii pauvrement de son travail, que! joli motif d'opérette! el comme il porte à rire !
Ce serait cependant un médiocre tableau vivant.
M. le préfet de la Seine, dont l'imagination est intarissable comme son crédit, est en train de faire un essai de réverbères d'un nouveau modèle. Il paraît que les candélabres installés le long des trottoirs gênent les marcheurs.
On leur substitue des potences en bronze qui montent le long des édifices.
Je ne sais si le besoin de celte innovation se faisait vivement sentir ; mais il me paraît singulier que les ionctionnaires en exercice dressent eux-mêmes des potences, quand leurs journaux accusent l'Opposilion de vouloir pendre tous les hommes du pouvoir.
I Si Ton ne savait pas bi<^n que nous somnesdu parti (ja'on mitraille, plutôt que du ^arti qui lue, ce serait là une grave impruience.
Lundi 30. — Berryer est uioil. Les orces physiques ont cédé plutôt que la orcc morale, et l'on pourrait dire que ce ;rand orateur est entré tout vivant dans la mort, qui n'est qu'une forme nouvelle de t'immorialilé.
Il s'est éteint doucement, paisiblement.
Deux jours avant sa dernière agonie, il s'é-
tait dressé tout à coup sur son séant et, d'un| accent où vibraient les conviclions de toute sa vie, il s'était écrié : « Vive le roi! »
Je regrette d'avoir su trop tard ce détail, pour le dénoncer à la police, embarrassée de trouver des gens qui conspirent et qui se livrent à des manœuvres à l'intérieur.
On a dit que M. Berryer était allé à Âugerville pour détruire des papiers compromettants. En réalité, il avait voulu finir au milieu de ses souvenirs. Il faut n'avoir jamais conspiré pour croire à de pareils bruits. Le geuvernement qui, Dieu merci, a connu des conspirateurs, ne s'y est pas trompé. H sait bien que Berryer a surtout conspiré à la tribune.
Les cours de perfcclionnement pour l'ôdu- :ation supérieure des femmes ouvrent demain, boulevard des Capucines, 39, dans ::et institut libre qui, l'hiver dernier, a préparé el élrenaô le grand succès attendu cette iQDée.
LaPorie-Sainl-Mailin vient do reprendre avec un luxe éblouissant de décors et do co^;tumes cette amusante pièce de la Dame de Monsoreau, épopée tragi-comique pleine d'embûches, d'éclats de rire, de coups d'épée, de trahisons, comme toule bonne épopée monarchique.
Mélingue reste inimilable dans le rôle de Chicot, ce fou qui agit comme un minisire el qui prouve bien que les ministres peuvent, au besoin, agir comme des fous.
On a relevé ce mot plaisant rie Chicct, à propos des avidités que le pouvoir suscite :
— Le trône de France n'est plus un fauteuil, c'est une banquette.
Le parterre a applaudi, et voulait faire réi)éler le mot. Il croyait qu'on avait dit : « eut une sellette. »
iÇlardl ï"^'' dé€i-B]aïsÊ»e. — La première ?éric d'iiRi[(';s dux fêtes parlcnscntaires do la sixième chambre avait constaté le grand succès de W.'Gambefla, succès d'orateur cl d'opinion.
La seconde s('vk\ qui vient d'être congédiée sans trop ne dommage, nous a valu un très-beau, très-éloquent et trùs-^pirituel discours de M. Weiss. Le rédacteur du Join-nal de Paris s'est souvenu qu'il avait été professeur d'histoire, et il a fait une conférence non autorisée par M. Duruy, qui retentira longtemps dans le souvenir de ceux qui l'ont entendue ou qui l'ont lue.
De pareilles manœuvres à l'inlôrieur sont en efï'et fort dangereuses pour le pouvoir. Mais il est si facile à lui de les empêcher. C'est sa faute si M. Gambetta et M, Weiss ont parlé si haut et si fort.
Nous cherchons à imiter les Anglais. Si nous avions leur fierté î
M. Disraeli vient de donner une jolie leçon à toute notre aristocratie de fraîche date. La reine voulait lui conférer un litre de noblesse, le premier lord de la chancellerie refusa.
Mais, comme il comprit que les hochets de vanité, les blasons, font de jolis bijoux ; et comme il sait que les femmes aiment la parure, il pria la reine d'anoblir sa femme toute seule, si bien que Mme Disraeli se fera appeler dans le monde la vicomtesse de Beaconfield, sans que ce luxe fasse tort à la gravité de son mari.
Pourquoi nos gentilshommes n'ont-ils pas eu cette galanterie? M. Fialin serait resté Fialin tout court, et sa femme porterait le
titre de duchesse de Persigny, comme une traîne.
D'autant plus que la duchesse de IMorny a prouvé à l'aristocratie impériale que les épouses des grands seigneurs français ne tiennent déjà pas tant à garder la couronne ducale de leurs époux décédés.
iWercrcfîi 12. — il paraît qu'un des chevaux de la voilure impériale s'est abattu dans une promenade. Comme il est heureux que l'empereur n'ait pas été ce jour-là dans le char de l'Etal!
L'accident n'a pas eu de suites. 11 n'y a
rien de changé à Compiègne ; il n'y a qu'un cheval de moins.
Il reste 89 bêtes à l'écurie, d'après le dernier recensement.
Le Gymna?e a èié jouer devant la cour. H paraît qu'au dernier moment on a remplacé la pièce le Serment d'Horace par Une Femme qui se jette par la fenêtre.
On ne dit pas le motif de ce changement d'affiche. Est-ce à cause du titre? Mais le Serment d'Horace n'est pas le serment de César. Horace tient son serment et ne s'en trouve pas mal. A-t-on cru qu'^^ne Femme
qui se jette par la fenêtre était une évocation moins dangereuse et plus piquante ?
C'est pourtant rhistoire de tous les pouvoirs volontaires et capricieux. 0;i aime mieux se jeter par la fenêtre que de cède!-.
(Louis Ulbach) FERBAGUS Le gérant : LE CHEVALIER
Paris, imp. DUBUISSON et G*, vue Coq-IIyrQti, 'j.