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INTRODUCTION

La Cloche Roland, paru depuis peu à Copenhague, a déjà eu le plus grand succès dans toute la Scandinavie; il a obtenu en Allemagne celui qui était à souhaiter; il a été interdit par les autorités. C'est un livre dangereux pour les Allemands.

Sous une forme qui paraît douce au début il contient un des réquisitoires les plus implacables qui aient été écrits contre la guerre allemande. De nombreux volumes ont déjà été publiés sur ce terrible sujet; ici l'attaque est conduite d'une manière nouvelle. M. Jôrgensen fait vibrer certaines cordes capables d'émouvoir ses compatriotes danois et les autres Scandinaves que notre propagande française n'avait point touchés, faute de bien comprendre leurcaractère etleur situation de neutres.

La guerre nous a surpris certes; mais elle a surpris encore davantage les S>candinavesqui, pénétrés d'idées pacifistes, croyaient que la guerre, dans l'état actuel de la civilisation, était une chose impossible. M. Jôrgensen ne partageait pas cette illusion. Il raconte dans La Cloche Roland une soirée passée, il y a trois ans, en Danemark, pendant le dernier séjour qu'il y fit. Un poète y prononça un discours où il annonçait un prochain conflit européen; il conjurait les Danois de préparer leur défense dans le cas où leur neutralité serait menacée. Un homiiie de science, un « réaliste », parla après lui et démontra, en se basant sur des faits, l'er-

reur de ces prévisions; il éprouvait une pitié ironique pour les gens qui croyaient qu'il y aurait encore des luttes sanglantes entre les peuples ; la complexité des relations internationales, les difficultés financières y mettraient des obstacles insurmontables « puisque c*est l'argent qui gouverne tout ». Il exprimait également la pensée si répandue en Scandinavie que les gens qui songent à se battre, qui se battent, sont des barbares. M. Jôrgensen, qui est poète, sentait bien que le poète avait raison, comme il arrive toujours aux poètes, car qu'est-ce que la poésie, sinon une vue claire, profonde, et un sens très aigu de toutes les variations de sentiments?

Mais quand la guerre a éclaté, il a éprouvé toute l'horreur qu'une âme fine et délicate, aimant la paix et le silence, doit ressentir pour cette explosion de force brutale, ce retour à l'instinct animal, pensait-il. Artiste, un peu moine, un peu nomade, il n'est pas, en vrai franciscain, ennemi d'une joie pure et simple, celle de goûter, attablé sous une tonnelle, un vin doré, de raconter, dans un presbytère de campagne, déplaisantes anecdotes, de s'asseoir le dos au soleil et de contempler un paysage baigné de lumière. Quelle répugnance devait lui inspirer ce que la guerre comporte d'affreuses réalités! Après les orages et les déchirements de la conversion, une sorte de quiétisme l'avait envahi dont il ne voulait pas sortir. L'Allemagne avait eu une part à son entrée dans l'église catholique; on se rappelle pour les avoir lues dans Le Livre de la Route et dans Notre-Dame de Danemark ses descriptions de l'abbaye de Beuron. Il avait beaucoup fréquenté le clergé rhénan; mille souvenirs se ratta-

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