LE LUNDI DES ROSES — LE MERCREDI DES CENDRES G AU DE AM US IGITUR
Le lundi des roses Le mercredi des cendres
Au loin les soucis maintenant, au loin toutes les douleurs Demain est demain, aujourd hui est aujourd'hui 1
Enfants, ici soyons joyeux.
C'est le carnaval, le carnaval sur le Rhia»
C'est la chanson qui [m'accueillît lorsque, sans penser à mal, la veille du dimanche gras 1912, j'arrivai le soir dans l'hôtel où j ai l'habitude de descendre à Cologne. Les yeux rougis et ensommeillés, le portier s'avança vers moi et m'assura que j'aurais ma chambre ordinaire, la plus tranquille de la maison, mais il ajouta qu'il doutait que Monsieur le professeur pût dormir cette nuit, c C'est le carnavall i, fit-il en manière d'explication.
Je me dirigeai ve^s la grande salle à manger où des bourgeois silencieux s'assoient d'ordinaire en buvant de la bière de^ Wûrzburg devant des tables couvertes de nappes rouges,
et je me trouvai dans le carnaval. Ce n'est pas qu'il y eût beaucoup de masques et de costumes, mais c'était une foule de gens qui étaient joyeux, qui chantaient, qui riaient ; la salle était remplie, les garçons se faisaient un chemin en tenant à chaque doigt un bock de bière, et même de vieux et honorables messieurs portaient des bonnets de papier sur leurs cheveux d'argent. Au buffet, se tenait le directeur de l'hôtel, également coifTé d'un bonnet de fou, des jeunes gens allaient et venaient avec des cylindres rouges sur la tête et, au cou, une décoration bigarrée représentant un singe ou un chat...
Le carnaval de Cologne est pour les gens nés à Cologne une solennité nationale et une fierté nationale. Un comité, dont les membres portent les noms les plus considérés de Cologne, le prépare à l'avance. Des femmes extrêmement distinguées y prennent part et c'est à celle, des anciennes familles de Cologne, qui équipera le plus beau des chars du cortège le lundi des roses.
Le public qui, ce soir, remplit les salles de le « Frânkischer Hof » est aussi un public de famille.
Autour des tables, il y a des cercles de
visages qui se connaissent et celui qui est introduit dans un nouveau cercle est pre'senté à ceux qui le composent. Un orchestre est installé dans un coin de la salle et on y chante sans interruption. Et quand le refrain retentit, le refrain qui m'accueillit à mon entrée à l'hôtel, tout le monde se lève, se prend par la main et forme de longues chaînes qui, par un balancement, marquent le rythme de la mélodie. C'est une grande, heureuse, brillante confusion; visages, yeux, sourires, mains levées, tout brille, tout remue et tout chante.
An loin les soucis maintenant, an loin toutes les douleurs, Demain est demain, aujourd'hui est aujourd'hui!
Enfants, ici soyons joyeux.
C'est le carnaval, le carnaval sur le Rhin.
c Combien de temps cela dure-t-il? » demandai-je, après m'être assis, à mon voisin, un petit homme qui semblait être un fonctionnaire et qui, entr'autres, m'avait raconté qu'il n'était pas de Cologne, mais de Wûrzburg, en Bavière.
t Jusqu'au mercredi des cendres >, telle fut sa rapide réponse. C'était vrai. Les habitants de Cologne se font un point d'honneur de célébrer tout le carnaval. Dans une soirée, le
lundi des roses, une femme de la plus haute société raconta que pendant les quatre derniers jours elle s'était couchée à six heures du matin 4 et pourtant je n'ai pas mal aux cheveux! » ajouta-t-elle. Et une jeune fille, qui avait une fluxion de poitrine, demanda au médecin l'autorisation de quitter l'hôpital en disant : « Je suis une jeune fille de Cologne, et il faut que je sorte pour le carnaval! » Les familles pauvres mettent leurs vêtements du dimanche au Mont-de- Piété pour s'acheter des masques et des oripeaux dont elles font des déguisements. Et dans les rues élégantes, dans les grands cafés, le Champagne mousse et l'on danse en re les tables de marbre de même que l'on danse sur l'asphalte des rues en chanlatit ia dernière scie de Carnaval! t De Wienanz han'nen Has em Pott — Miau, miau, miau... >
Sans avoir beaucoup dormi, je pars le dimanche matin et reviens à Cologne vingtquatre heures après. 11 est de bonne heure, il n'est pas encore 6 heures. La cathédrale avec ses puissantes tours s'élève grise, froide, infinie dans la lumière du matin. Les rues sont par-
semées de confetti, ii y a des serpentins accrochés aux buissons devant la gare. Les tramways, qui ont marché toute la nuit, sont pleins de masques rentrant chez eux. Un Pierrot se tient au coin d'une rue et, endormi, se sentant la tête lourde, il regarde devant lui. Passent deux autres masques... « Cologne toujours première! » dit l'un, enthousiasmé. « Quatsch! » répond l'autre, bourru. Sur la place de la cathédrale, se hâtent des couples bigarrés, des hommes le bras posé sur la taille de leur dame. Au loin, dans les rues, on entend le dernier « Miau, Miau, Miau >, de la chanson sur la famille Wienanz et son lièvre dans le pot, ou bien je me sens frôlé par un insinuant :
Marieche, du darfst nicht kriegche,
"Fang doch an lâche', das siiht besser uus...
Mariette, tu ne dois pas grogner, GommcDce à rire, ça va mieux...
C'est aujourd'hui le grand jour du carnaval, c'est le lundi gras, le lundi des roses, Rosenmontag, comme disent les gens de Cologne. Le mot est joli, mais doit d'ailleurs être une altération de « Rasenmontag », le lundi où tout le monde est saisi de fureurs...
Et assurëment, ce ne sont pas les roses qui font le caractère au lundi gras à Cologne, c'est la fureur, la fureur bacchique, qui se donne libre cours, sans retenue. Le catholicisme allemand qui, autrement, fait une impression si sévère, presque puritaine, devient soudain lâche, plus qu'en aucun autre pays; même les établissements catholiques (le « Frânkischer Hof » en est un) sont alors des centres officiels de la joie du carnaval. Les faunes et les nymphes se trémoussent librement au pied de la grave cathédrale. C'est comme si l'antique dôme se disait : « Seigneur Dieu, ce sont pourtant des hommes... Qu'ils soient des hommes, complètement, sans retenue ni contrainte. Quand ils l'auront essayé pendant deux jours, ils en seront assez fatigués et ennuyés et le matin du Mercredi des cendres, ils me reviendront; je ferai le signe de la croix sur leur front avec des cendres et je laisserai tomber sur eux mes paroles mélancoliques : « Souvienstoi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. »
Et les hommes viennent le Mercredi des cendres et s'agenouillent contre la grille du chœur. Les vieillards viennent et les vieilles femmes; et les enfants avec leurs petits fronts
INTERMÈDE ATXEMAND 187
purs viennent aussi. Et les jeunes gens viennent qui, la veille au soir, portaient encore les culottes rouges et les plumes de coq de Méphisto et les jeunes filles qui, la nuit précédente, dansaient en souliers dorés, vêtues en Hollandaises avec de larges bandeaux d*or sur leurs cheveux et une jupe courte, bleue et blanche, comme la porcelaine de Delft. Et les cendres saupoudrent leur blonde chevelure que ne couvre plus le bonnet blanc des Hollandaises, mais qu'enveloppe la mantille noire de Téglise et, tandis que les mots latins sont répétés toujours les mêmes le long de la rangée de fidèles agenouillés et se rapprochent d'elles de plus en plus, les jeunes filles pensent : « Nous sommes poussière et nous redeviendrons poussière! Mais cette poussière a brillé ; de ses yeux, elle a fait des signes et elle a souri, elle a ri et elle a chanté et elle s'est amusée jour et nuit jusqu'à ce que les cendres soient descendues sur elle. Et l'année prochaine, reviendra le lundi de? roses.
Gaudeamus igitur
f Vous n'avez jamais vu un Kommers d'ëtudianls allemands? Alors il ne faut pas négliger l'occasion d'assister au cinquantième anniversaire de la Société d'Etudiants Novesia! Je vous y invite solennellement. »
C'était mon ami, le professeur de philosophie à l'Université de Bonn qui, un jour de l'année 1913, m'adressait ces mots. Et ainsi, je me trouvai à 8 heures et demie du soir assis à la table d'honneur du Kommers dans la salle Beethoven.
J'étais juste en face du Podium ^ sur lequel trois représentants de l'Union avaient pris place; derrière eux étaient placés autour de trois longues tables les délégués d'autres unions d'étudiants venus pour apporter leurs félicitations; ils étaient à peu près cinquante. J'ai fc vu à Sienne la cavalcade médiévale, il Palio^ mais l'assemblée que j'ai devant moi est presque aussi brillante de couleurs. Les trois
étudiants de la Novesia portent des costumes rouge éclatant et derrière eux il y a un parterre bigarré, jaune citron, vert d'herbe, bleu de ciel, orange. Les uniformes sont traversés d'écharpes jaunes, jaune rouge, bleues, blanches ou vertes. Sur leur tête est posé coquettement la CereviSf la barrette rouge ou jaune, retenue par un élastique passé sous le cou. Les mains sont cachées par d'énormes gants à manchettes, les pieds chaussés de bottes vernies et éperonnées. Sur la table, devant chacun de ces brillants personnages, il y a un bock de bière et à côté est posée/ une éclatante rapière.
Je me retourne... toute cette immense salle est remplie d'étudiants assis devant de longues tables, chacun a\ec son bock. Plus bas se tiennent les « Fûchse », les étudiants de première année, portant des casquettes plates et rouges. Plus près, à la table d'honneur, il y a une masse de vieux messieurs, des membres dont la position est faite aujourd'hui mais qui sont venus, à cette occasion, et qui portent sur leurs cheveux grisonnants une sorte de bonnet très spécial.
Plusieurs d'entre eux sont des ecclésiastiques et cela fait une curieuse impression de voir ces Qgures de prêtres sévères ou empreintes de
jovialité avec ce couvre-chef rouge qui est tout autre chose que respectable. Mais ils semblent se plaire; en effet, pour eux, c'est un retour à leur jeunesse et à ses joies, à la camaraderie, à la gaieté, aux chants. Il est défendu de fumer pendant la première partie de la fête, la partie officielle, mais ceux qui sont « en charge » sur la tribune donnent le mauvais exemple en allumant des cigarettes et bientôt un nuage de fumée monte vers la tribune qui court autour de la salle et d'où une guirlande compacte de jeunes filles, sœurs, cousines, fiancées, ont été autorisées à regarder leurs frères, leurs pères et les élus de leurs cœurs buvant de la bière et à respirer la fumée de leurs cigares. Elles-mêmes ne boivent ni ne fument, elles sont là pour orner, comme des fleurs.
Mais voilà que le président de la Novesia se lève à la tribune et qu'il frappe bruyamment sur la table avec son épée. c Silentium » crie-t-il au milieu du bruit et de la fumée de tabac; il ajoute : c Aus Feuer ward der Geist geschaffen. Vers i >. Et on chante une strophe de la chanson de Kôrner dont il vient de dire les premiers mots. Sur la tribune, tout le monde s'est levé; dans la salle on est autorisé
à rester ass s. A chaque reprise, le président frappe sur la table et commande : c Strophe 2, 3, 4 * et ainsi de suite.
Je lis les paroles dans le livre. Le thème est celui que Ton retrouve toujours dans les chansons allemandes à boire, le « Vin et l'Amour », et autour de moi les « vieux messieurs » chantent aussi de toute la force de leurs poumons : « Le plaisir des chants et des armes, le plaisir de l'amour me remplissent. » Ce n'est que de la poésie, on ne pense rien de ce qu'on chante, on peut le chanter même si Ton est le plus paisible des receveurs des postes ou un ministre de la religion sans les moindres dispositions amoureuses.
Après le chant un licencié en droit souhaite la bienvenue et il termine en engageant^ à une c formidable salamandre ». Tandis que tout le monde se lève, résonne militairement à travers la salle le commandement : Ad exercitium sala?7iandrif « eins », chacun prend son bock, « zwei », tout le monde boit, « drei », tout le monde pose son bock sur la table avec une sorte de roulement sonore, les cinquante « en charge » frappent de leurs rapières, l'orchestre résonne et toute la salle est remplie d'un vacarme entraînant qui dure longtemps.
Dans un agréable état d'exaltation nerveuse, on se rassied et on chante de nouveau. On entonne rhymne de combat de la Novesia et au dernier vers les t Fûchse » sautent sur les bancs et restent enlacés fraternellement, chantant de toute la force de leurs jeunes poumons. Alors un ecclésiastique, Mgr Schweitzer, fait le discours, puis l'orchestre commence une mélodie : f Le Dieu qui a créé le fer » et l'on chaule. A la troisième strophe, tout le monde se lève; ceux qui sont t en charge » sur la tribune brandissent vers le ciel leurs épée» qui retentissent et qui étincellent. C'est comme si l'on voyait devant soi une troupe de j^^unes guerriers, élancés, beaux dans leurs costumes éclatants. Et alors gronde à travers la salïe :
0 Allemagnp. sainte patrie, O amour et fidélité allemanû*'. Toi pays sublime, toi pays admirable, nous te jurons encore ; Que les poltrons et les esclaves soient proscrits ! Qu'ils derien- [nent la proie des corneilles et des corbeaux! Nous marchons à ane nouvelle bataille d'Uermann et voulons
[nous veoger!
Les chants succèdent aux chants, les di»*-ours aux discours. Un t vieux monsieur > parle pour l'empereur, un autre « vieux monsieur » pour les hôtes. Un de ceux qui sont « en
charge » répond pour les hôtes et tous les discours se terminent par une « Salamandre » toujours introduite par le formulaire suivant : € Je demande ce commando à la très honorée présidence. Qu'il tourne à mon plus grand honneur I » Le président, de sa table, salue militairement, et alors retentit le roulement des bocks, on tape des pieds, les épées s'entrechoquent. Je m'étonne que les tables puissent supporter ces coups répétés et continuels donnés avec les rapières, et Ton me répond que sous les nappes bigarrées, il y a des planches solides. Peu à peu s'établit un dialogue entre les trois éléments de l'assemblée, la salle, la tribune et le balcon. A chaque minute un domestique gravit les degrés de la tribune et remet à l'un des beaux jeunes gens un bouquet avec une carte; il la lit, saisit son bock, boit, en tenant son coude en sorte qu'il soit tout à fait perpendiculaire à son corps, pose son bock sur la table d'un geste aussi anguleux et làdessus adresse un salut dans la salle en agitant sa main gantée de blanc. Quelque Cerevis de couleur brillante se hasarde près du. balcon et, penché sur la balustrade, il salue, sourit et fait signe de la tête à une belle Rhénane aux dents brillantes, aux yeux luisants et irrésis-
tibles. Il commence aussi à pleuvoir des fleurs sur la table des professeurs; mon ami le philosophe en reçoit t d'un candidat qui doit bientôt passer son examen », avoue-t-il. Mon humilité est de même honorée d'un bouquet : « Une cordiale bienvenue au poète danois qui est au milieu de nous! » Hélas oui! Ils étaient si cordiaux.
On s'enfonce peu à peu dans cette atmosphère de bière et de bruit. Les discours ne s'arrêtent pas et, pendant chaque discours, après chaque discours, s'élève la tempête des pieds que Ton frappe par terre et le tonnerre des coups de rapières. On chante : c Heil Dir im Siègeskranz » (Salut I toi qui portes la couronne de la victoire) et tous se dressent pendant que les lames levées, comme lorsque l'on prête serment, étincellent de nouveau. Pendant les discours certains groupes d'assistants doivent être debout, d'autres rester assis. Au balcon, on commence aussi à boire de la bière et moi je songe à m'en aller.
Alors tout devient silencieux et un instant après s'élève à travers la salle la vieille ritournelle : Gaudeamus igituVy juvenes dum sumus (réjouissons-nous tandis que nous sommes encore jeunes), post jucundam juventutem, post ma-
lestam senectutem^ nos habebit humus (quand la joyeuse jeunesse est passée, quand la triste vieillesse est finie, le cimetière nous attend).
Les strophes se suivent. C*est le vieil étudiai,t qui s'éveille le matin de son soixantedixième anniversaire et qui, à la clarté du matin, regarde sa vie passée : c Aujourd'hui il y a soixante-dix ans que tu es né, cent semestres se sont écoulés depuis que tu étais un jeune étudiant aux joues roses et aux yeux clairs. » Le temps a passé si vite, y a-t-il si longtemps? Et il murmure les vieilles paroles banales : Vita nostra brevis est,..
Il s'enfonce dans ses souvenirs, pense à ses camarades, aux amis de sa jeunesse, à ses professeurs, à l'amour de sa jeunesse. A l'amour est consacré tout un verset; lorsqu'il est fini, lous les jeunes gens se lèvent, tous les regards se dirigent vers le balcon. Les c Fùchse » et les € vieux messieurs » secouent leurs bonnets r( uges. Et elles sont debout rougissantes, le long de la balustrade du balcon, les filles des pays rhénans, ces filles aux yeux noirs et aux cheveux noirs, belles comme des princesses et fières comme des reines, et elles regardent audessous d'elles cette salle remplie d'hommes qui leur rendent hommage par leur chant et par le
froissement de leurs épées. Et elles rougissent de plus on plus, pendant que les milliers de voix masculines enthousiasmées font monter vers elles les paroles du poème : Vivatit, omnes virgines, faciles^ formasse, t Vivent toutes les belles jeunes filles, Vivent toutes les femmes I »
La chdnson retentit, et quelques instants après, nous revenons en voiture chez mon ami qui demeure hors de la ville. Après bien des jours de froid et de pluie, il fait enfin une belle nuit claire où brillent les étoiles. Au dessus de nous, dans l'étendue bleue brillent la Grande Ourse, Arcturus, les diamants du W de Gassiope. Je pense à tous ceux qui, ici-bas, au cours des siècles ont regardé ces étoiles et qui ne sont plus, à tous les jeunes étudiants, à toutes les belles jeunes filles dont les yeux brillants ont été rongés par les vers ot dont le sourire étincelant est depuis longtemps ue/enu l'horrible grimace de la tête de mort. Nos habebit humus»
« La culture allemande! > Ne IVf-on pa reconnue dans les deux descrijttions prëiddenles? Le lundi des roees et la cathédrale de Cologne, « Wein, Weiber und Gesang i (le vin, les femnîes et les chants), la Salamandre el le rêve mélancolique des temps disparus, la joie du présent et le frisson h la pensée de la rijort. Et au milieu de tout cela, des fumées du vin et de la fumée du tabac, au milieu de la bonhomie et de Tépanchement du cœur, soudain, le cliquetis des épées et le cri du lansquenet : le plaisir des armes, le plaisir de l'amour et le. plaisir do la vengeance, le barbare qui, par ses as} ra < ns violentes et irrésis' tibles, revient à la bataille d'Hermann et à la foret de Tcutobourg ..
La culture allemande est une culture de sentiment et une culture de passion. Il n'y a pas de langue qui puisse gonfler aussi puissamment, tonner d'une façon aussi retentissante que l'allemand. C'est une langue faite pour le
pathétique, pour la destinée, la vie et la mort, pour les grands moments de l'existence et ses terreurs.
C'est la raison pour laquelle la culture allemande n*a atteint la perfection que dans deux domaines, le lyrique et le musical (et cette philosophie lyrico-musicale qui est propre à l'Allemagne et dont le type est, non pas Kant, disciple de l'Occident, mais Hegel, Schopenhauer ou Nietzsche.) Quand il ne faut que du sentiment, de la passion, l'Allemand fait des chefsd'œuvre, Faust. ..y la Neuvième Symphonie..,^ Ainsi parlait Zarathustra,,,
Mais dans la sculpture, dans la peinture, dans l'architecture, l'Allemand est inférieur. La culture allemande n'a jamais pu produire un Michel-Ange ou un Velasquez, un Van Dyck ou un Thorvaldsen. La peinture allemande, des Nazaréens (1) à Bôcklin, est lyrico-musicale.
Et il est ainsi parce qu'iZ y a quelque chose de féminin dans l'esprit allemand, La Germanie
(1) Nom que prirent de jeunes peintres aliemands, Overbeck, Pforr et Vogel. Venus à Rome en 1810, ils s'établirent dans l'ancien couvent de Saint-Isidore, près de la Trinité-des-Monts ; ils y menèrent, avec leurs amis et disciples, Veit, Schadow, Fiihrich une existence à demi monacale. On désigna ensuite par le même nom les écoles de peinture catholiques de Munich et de Dûsseldorf. (Note du traducteur.)
est femme, et elle a toutes les qualités de tant de femmes; épouse parfaite dans son intérieur, ange pour ses enfants, furie pour son mari. Comme certaines femmes, l'Allemand est prompt aux larmes et prompt à la fureur (furieux comme un Allemand, disons*nous en Danemark), inaccessible aux arguments et à la logique, mais persévérant à faire prévaloir sa volonté tyrannique (pour votre bien), convaincu d'avoir toujours raison, scandalisé et irrité de ne pas être obéi. Devant des preuves claires comme le jour, ces femmes, comme l'Allemand, le front levé, sans sourciller, sont capables de crier : ce n'est pas vrai I Et avec pathétique, avec des larmes, avec fureur, elles finissent par saisir ce qu'elles ont sous la main et vous le jettent à la tête en criant : t Dégoûtant menteur ! >
Les femmes de cette espèce et l'Allemand' n'ont pas le sentiment du devoir envers la vérité; ils n'ont pas de conscience (il ne faut pas confondre l& conscience avec la bonté, la pitié, la tendresse et tant d'autres vertus féminines). Pour eux, les motifs abstraits n'existent pas, ils sont I ors d'état de les prendre pour guide. Ce sont d'éternels opportunistes.
L'Allemand ne comprend tout simplement pas que l'on puisse fonder sa vie sur une idée, que
l'on puisse risquer son existence pour l'amour d'un Jor^^^c^/?e. Lui-même, c'est toujours un sentiment qui le fait agir, une passion, un intérêt, quelque chose de personnel et de concret. La lutte pour la liberté en 1813 était une lutte pour atteindre des biens personnels^ saisissables : l'indépendance politique, l'indépendance nationale. C'était donc exactement V opposé des luttes de la Révolution française qui a voulu mettre en œuvre une idée, réaliser trois grands principes.
L'Allemand est réaliste. « Das Droben kann mich wenig kûmmern », on n'a jamais prononcé de parole plus allemande que celle-là, « Que me fait ce qu'il y a dans les nuages, dans le bleu... dans le ciel de l'idéal? »
Mais ne vous laissez pas tromper par l'apparente religiosité des Allemands. Ce n'est que la religion de Végoïsme. Après avoir mené une vie agréable et ordonnée ici-bas, dans cette — relative — vallée de douleur, on veut s'assurer une bonne place de l'autre côté. Après le carnaval et le kommerSf on veut avoir une entrée dans l'éternelle félicité.
C'est pourquoi la lutte d'aujourd'hui est une lutte enti^e deux principes qui ont toujours été en opposition, le réalisme et l'idéalisme. Cette
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nouvelle lutte, peut-être la dernière, décidera qui sera maître dans la maison de TEurope. Car au^essus de la Germanie s'e'lève, comme il y a^es milliers d'années, la puissance qui, dans riiistoire, représente le devoir viril, la conscience, Dieu premier servi, comme l'on disait dans la France du moyen-âge; fiât justitia, pereat mundus, comme l'on disait dans la R me antique. Contre la culture allemande, il y a en opposition la culture latine. Et le centre de la culture latine est (aujourd'hui comme toujours) Rome.
La Germanie contre Rome, c'est une formule qui contient l'essence intérieure de la : uerre mondiale. Une culture fondée sur le sentiment, sur la passion, sur l'arbitraire et l'égoïsme contre une culture fondée sur la raison, sur la réflexion, sur la volonté réfléchie et sur l'altruisme. Une culture païenne, pour dire le mot suprême, contre une culture chrétienne.
En dépit de toute la piété officielle, l'Allemagne le sait bien. Teutsch signifie païen et l'Allemagne a donné au monde le premier c;rand esprit qui ait osé se qualifier lui-même de païen et mettre la croix avec la vermine, l'odeur d'ail et la fumée de tabac au rang des
quatre choses qui lui étaient insupportables. Pour le rationaliste Feuerbach, le moniste Haeckel, le pangermaniste et les adorateurs de Wotan, pour Ostwald et Jatho et pour tous les annonâfeiteurs de la « nouvelle foi », le dogme essentiel et le cri de guerre sont toujours « Los von RomI » C'est la révolte germanique, la révolte barbare, ce qui, il y a cinq cents ans, était la Réforme, il y a un siècle et demi le Sturm und Drang (1) littéraire et ce qui à présent est devenu le fer et le sang ayant pris la forme du 420 î Et cette haine à l'égard de Rome, cet odium papae, comme Luther l'exprima, est si profondément enfoncée dans l'âme de l'Allemagne que même les artistes voient avec joie détruire des œuvres d'art si seulement elles appartiennent à Rome! Robert Hug!i Benson a prévu qu'il en serait ainsi dans « Le Maître du monde », ce livre qui élinceïle de vues prophétiques. Il ne devait pas vivre assez pour voir le « Jugend » munichois glorifier « der grosse Brummer », le gros bourdon, la force brutale, Thor qui se lève
(1) Sturm und Drang^ nom donné en Allemagne, au commencement du romantisme ; ces mots, titre d'un drame de Klinger représenté à Francfort-sur-le-Mein en 1775, signifient assaut tumultueux; ils caractérisent bien la fermentation de jeunes esprits, révolutionnaires en littérature, qui voulaient renouveler l'art et créer de nouvelles formesde poésie. (Note du traducteur).
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(comme Heine le prédit) et, de son marteau, détruit les cathédrales gothiques (1).
Oui, Thor s'est levé dans sa puissance, les vieux dieux se réveillent, le Walhalla se lève d'entre les morts pour combattre une dernière fois contre le blanc Christ et contre la puissance de Rome. Encore une fois la Germanie inonde les champs latins. La Nature dans toute sa puissance irréfléchie veut régner sur le Logos, Tordre, la loi. Comme le mot le plus essentiel de la Germanie est Puissance, la parole la plus élevée de Rome est Droit. Et la lutte décidera lequel des deux mots prévaudra finalement
Je sais bien des gens qui poseront ce livre avec cette objection qui semble irréfutable :
(1) < Le christianisme a adouci, jusqu'à un certain point, cette brutale ardeur belliqueuse des Germains; mais il n'a pu la détruire, et quaud U croix, ce talisman qui l'enchaîne, viendra à se briser, alors débordera de nouveau la férocité des anciens combattants. Alors, et ce jour, hélas ! viendra, les vieilles divinités guerrières se lèveront de leurs tombeaux, essuieront de leurs yeux la poussière séculaire, Thor se dressera avec son marteau gigantesque et démolira les cathédrales gothiques. » (Heine : Vber die Lileralur Deulschlandt).
€ Oui, mais en Allemagne, les catholiques ont une si bonne situation, le Centre est si puissant, le gouvernement si prévenant, l'empereur est un bienfaiteur de l'ordre des Bénédictins tandis que la France persécute
le catholicisme, chasse les religieux et les
religieuses, enlève la religion des écoles Et
l'Angleterre, qui combat à ses côtés, est protestante, la Russie schismatique et elle est l'adversaire de l'Eglise catholique, l'Italie n'a pas précisément un renom de sainteté Par contre
l'Autriche, de même que l'Allemagne catholique, au commencement de cette année, s'est
consacrée solennellement au Sacré-Cœur La
Belgique n'a pas, selon toute apparence, songé à un acte religieux de ce genre 1 La lettre imposante de l'épiscopat allemand qui, en termes énergiques, déclarait que ces temps d'épreuves nous rapprochaient du Sauveur, n'était-eile pas sublime? « Nous nous sommes réjouis de ces grâces particulières du cœur divin, et au milieu du bruit de la guerre, nous avons distingué les coups calmes, pleins d'amour de ce Cœur qui cherchait les âmes. Nous le remercions que cette guerre ait porté des fruits pour le salut des âmes. Nous le remercions pour les «plendides résultats et les victoires dont le ciel
a béni nos armes » (1). Vraiment il faut être aveugle pour ne pas voir où l'on combat au nom du Christ, et où l'on ne combat pas en son nom ! Comme l'a dit l'archevêque catholique de Fribourg, « le Père de la miséricorde et le Dieu de la consolation ne nous abandonnera pas Nombreux sont les ennemis qui
nous environnent. Mais nous nous fions à la justice de notre cause et à l'aide de Dieu. » Ou comme l'évêque d'Osnabrûck l'a dit: « De notre côté est le droit. C'est pourquoi Diea est aussi de notre côté. Quand Dieu est pour nous, qui peut être contre nous? Nous nous fions au très haut Seigneur des armées dans le ciel comme lorsque David luttait contre Goliath et lui criait : « Tu es venu à moi avec une épée et une lance, mais je viens à toi au nom du Seigneur des armées, au nom du Dieu des armées d'Israël » (1. Rois XVII, 45). Dieu est avec nous, comme il est écrit sur le heaume de notre pieuse armée et nos soldats sont (comme l'a dit Tévéque Keppler de Rottenburg) les lutteurs de Dieis qui, au nom de Dieu et avec la grâce de Dieu, ont accepté la lourde tâche de .la guerre (2) i*
(1) Der Kampf der Zentralmàchte, par un prêtre étranger. (Fribourg-en-Brisgau, Février 1915), pages 14 et 15.
(2) Loc. cit., p. 13-14. « Gott sei mit eucb, Gott wird mit
Je réponds à cela : « Le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en vertus ». Je réponds à cela par la plainte du prophète au nom de TEiernel : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». Je réponds que le disciple de Jésus n'est pas celui qui crie : « Seigneur I Seigneur î » mais celui qui fait la volonté du père céleste. Il y a dans l'Evangile une parabole où il est question d'un homme qui avait deux fils. L'un disait à son père: « Je veux faire ta volonté », il alla, et ne la fit pas ; l'autre refusait de lui obéir, mais il alla et fit ce que le père lui avait ordonné. Lequel des deux était le vrai fils? demande Jésus, ^
Ces prélats allemands que nous venons d'entendre parler vivent dans leurs tranquilles et agréables évêchés où ils sont loin du théâtre de la guerre, rompant paisiblement le pain que leur tend un gouvernement protestant. Mais il y a un autre prince de l'Eglise catholique qui, au milieu des ruines, élève sa voix, un évèque qui a vu son église tomber sous les obus des Barbares, le primat du pays des martyrs, l'ar-
euch sein, ihr Streiter Gottes, die ihr im Naraen Gottes und in der Gnade Gottes die schwere Kriegsarbeit auf euch genommen habet { >
chevêque de Malines, le cardinal Mercier î Ecoutez les paroles qu'il a fait entendre au monde par sa lettre pastorale de Noël 1914!
« Lorsque, le 2 août, une puissance étrangère, confiante dans sa force et oublieuse de la foi des traités, osa menacer notre indépendance, tous les Belges, sans distinction ni de parti, ni de condition, ni d'origine, se levèrent comme un seul homme, serrés contre leur Roi et leur gouvernement, pour dire à Tenvahisseur : « Tu ne passeras pas I » Du coup, nous voici résolument conscients de notre patriotisme : c'est qu'il y a, en chacun de nous, un sentiment plus profond que l'intérêt personnel, que les liens du sang et la poussée des partis ; c'est le besoin et, par suite, la volonté de se dévouer à l'intérêt général, à ce que Rome appelait i la chose publique » Res publica (1). »
La philosophie germanique connaît aussi la hiérarchie des intérêts. Pour M. de Bethmann- Ilollweg il y a aussi des considérations de second ordre qui doivent céder devant des considérations plus hautes. « Il faut nous mettre au-dessus du droit des gens, dit-il, parce que
(1) Patriotisme et Endurance. Lettre pastorale de S. Em. le Cardinal Mercier (Paris 1914), p. 23.
nous y sommes forcés. » La force prime le droity a déclaré son grand prédécesseur et maître. L^AlIemand sacrifie les autres pour le bien de sa patrie. Celui qui parle au nom de Rome demande le sacrifice de soi-même pour le bien de sa propre patrie, pour la Res publica^ comme il le dit en latin.
Il n'y a pas beaucoup de paroles dans la lettre pastorale du Cardin'al Mercier, il y a surtout des faits et des chiffres. « J'ai parcouru, dit-il, la plupart des régions les plus dévastées
du diocèse et ce que j'y ai vu de ruines et
de cendres dépasse tout ce que, malgré mes appréhensions pourtant très vives, j'avais pu imaginer. Certaines parties de mon diocèse que je n'ai pas encore trouvé le temps de revoir, ont subi les mêmes ravages. Eglises, écoles, asiles, couvents, en nombre considérable, sont hors d'usage ou en ruines. Des villages entiers ont quasi disparu. A Werchter-Wackerzeel, par exemple, sur 380 foyers, il en reste 130 ; à TremeloQ, les deux tiers de la commune sont rasés ; à Bueken, sur 100 maisons, il en reste 20 ; à Schaffen, d'une agglomération de 200 habitations, 189 ont disparu, il en reste 11. A Louvain le tiers de l'étendue bâtie de la cité est détruit ; 1.074 immeubles ont disparu ;
sur le territoire de la ville et des communes suburbaines, Kessel-Loo, Hérent et Héverle', réunies, il y a un total de 1.828 immeubles incendiés. »
Et de nouveau s'élève de la prose simple et unie du Cardinal, si éloignée de cette boursoufflure allemande qui en appelle au ciel, l'hymne de douleur de la Belgique — Planctus Beati Martyins Belgii !
€ Des centaines d'innocents furent fusillés, écrit le cardinal ; je ne possède pas au complet ce sinistre nécrologe, mais je sais qu'il y en eut, notamment, 91 à Aerschot et que là, sous la menace de la mort, leurs concitoyens furent contraints de creuser les fosses de sépulture. Dans l'agglomération de Louvain et des communes limitrophes, 176 personnes, hommes et femmes, vieillards et nourrissons encore à la mamelle, riches et pauvres, valides et malades, furent fusillées ou brûlées. » (« La lourde tâche de la guerre I... >)
« Dans mon diocèse seul, je sais que 13 prêtres et religieux furent mis à mort. L'un d'eux, le curé de Gelrode, est, selon toute vraisemblance, tombé en martyr. J'ai fait un pèlerinage à sa tombe et, entouré des ouailles qu'il paissait, hier encore, avec le zèle d'un apôtre, je lui ai
demandé de garder du haut du ciel, sa paroisse, le diocèse, la patrie. »
Et le cardinal donne le nom des 13 prêtres et religieux que, comme ëvêque, il a perdu, et de 30 autres qui ont été tués dans d'autres parties de la Belgique...
Depuis Noël où la lettre pastorale a paru, la liste a singulièrement augmenté, et plus d'un observateur a dû se faire la même question que le Hollandais Grondijs : « Est-ce donc une guerre de religion? »
Je laisse parler les faits ; que chacun se forme une opinion. Que ce soit ce que Ton veut, mais le témoin hollandais que je viens de nommer a entendu les soldats allemands crier: « A bas le catholicisme, à bas les prêtres I » et partout il a trouvé les petites statues polychromes de saints et de saintes que les Belges ont l'habitude de mettre dans leurs chambres à coucher, jetées par terre et brisées (1). Pourtant les Allemands ont à leur compte des choses plus graves.
« Le 21 août, raconte un témoin, le curé de Buecken, le révérend M. de Clerck, a été arrête par les soldats allemands et accusé d'avoir tiré sur eux, ce qui était tout à fait faux puisqu'il
(1) Les Allemands en BelgiquCy p. 19.
était malade et que, depuis longtemps, il ne pouvait plus rendre de services. Le pauvre malade fut placé sur un canon ; il en fut ensuite arraché et jeté dans un fosse'. Puis des soldais le prirent les uns par un bras, les autres par une jambe et le traînèrent ainsi sur le pavé. Torturé de la sorte et totalement épuisé, le vieillard dit qu'il aimait mieux mourir. Il fut alors fusillé. »
Un autre témoin de la même affaire : « Le curé de Buecken gardait le lit, souffrant du diabète ; on l'en tira pour le fusiller, avec un père conventuel qui exerçait les fonctions paroissiales. Le père eut beau protester qu'il était Hollandais ; il fut mis à mort. Des campagnard! ont indiqué le lieu de la sépulture. Le curô avait les oreilles et le nez coupés ».
Dans le village de Blegny, il s'est passé et» qui suit : c Sous le prétexte habituel de coups» de fusil tirés sur des soldats, on avait rasseni blé tous les hommes de cette paroisse à l'église,, tandis qu'un conseil de guerre allait choisir les victimes. Le pasteur fut accusé d'avoir laissé placer un poste d'observation dans la tour de son église (comment eut-il pu l'empêcher?) Pour ce crime il fut condamné à mort ; le lendemain 16 août après le saint sacrifice, il se
rendit au cimetière où il fut passé par les armes. »
Les Allemands trouvèrent sur un jeune jésuite, le père Eugène Dupierreux, qui étudiait à Louvain, un journal où il avait relaté ses impressions au sujet de la destruction de la ville et où il s'indignait de l'incendie de la bibliothèque. Il portait la Croix-Rouge sur le bras et faisait fonction d'infirmier quand il fut arrêté. « La Croix-Rouge », fit en se moquant l'officier allemand qui était là. c Tracez-lui vite une croix blanche sur le dosi » On dessina, avec de la craie, une croix blanche sur le dos du malheureux, et on le fusilla dans le dos. Une vingtaine de prêtres, parmi lesquels il y avait le frère jumeau d'Eugène furent contraints de regarder l'exécution (1).
Dans la petite ville de Spontin le curé fut
pendu alternativement par les pieds et par lee
mains. Comme il n'était pas complètement
mort, il fut percé de baïonnettes et enfin
I fusillé (2).
Le curé d'Hastière fut arrêté dans une paroisse voisine. « Etes-vous le curé d'ici? » lui
(1) A. Mélot, Le martyre du clergé belge ^ p. H-15.
(2) L. c. page 20.
demanda l'officier allemand. Non, répondit recclésiastique, je suis le curé d'Hastière. « Ahl nous vous tenons enfin. On a tiré de votre village. » Il fut traîné à l'écart et fusillé.
C'est le système habituel. Le prêtre est puni pour ce qui s'est passé dans sa paroisse en son absence, comme un maitre d'école serait réprimandé par l'inspecteur parce qu'il ne maintient pas la discipline dans sa classe. Du reste ce jour-là, 22 août, il y avait encore des troupes dans Hastière.
Le curé de Roselies fut accusé d'avoir luimême tiré sur les Allemands dans la nuit du 21 au 22 août. Il pouvait invoquer l'alibi puisque pendant cette nuit, il avait veillé à l'ambulance locale et il se rendit à la kommandantur d'Aiseau pour se défendre. On l'écouta et on lui donna un papier qu'il dut rapporter à Roselies. Il croyait que c'était un acquittement et, rayonnant, il le montra aux soldats. Ceux-ci le lirent et se mirent à rire. Un quart d'heure après le prêtre était mort. (1)
Le 28 août, au soir, Alphonse Huypens, vicaire à Hérent, rentre chez lui. 11 rencontre des soldats allemands qui l'attaquent, le jettent par
(1) L. c, pages ^1 4 2SL
terre, lui arrachent le sauf-conduit qu'il avait obtenu des autorités allemandes et le conduisent à leur lieutenant. Celui-ci demande : « Etesvous prêtre? » « Oui, » re'pond le vicaire, je suis prêtre catholique. « Ma foi, moi aussi, je suis catholique, » dit Tofficier qui se lève, va vers le prêtre et lui crache au visage. « Vous venez de Hérent, votre sort est réglé, soldats faites votre devoir ! »
L'abbé Huypens est attaché et mené dans la rue. Après l'avoir accompagné, les soldats disent qu'il est libre et peut aller où il veut. Il croit qu'ils ont pitié de lui et s'éloigne, mais il entend les gâchettes des fusils. 11 se retourne résolument et déclare qu'il ne sait pas le chemin et que d'ailleurs il veut rester avec eux. Ils le conduisent à la garde, lui lient les jambes, et le jettent ainsi dans un hangar au milieu de soldats allemands qui dormaient. Ceux-ci s'éveillent, jurent, allument de la lumière et passent la nuit à se moquer de lui et à le torturer. A 3 heures du matin, le 2i août, un officier entre et dit : « A présent on va mettre le feu au hangar. Ainsi personne ne parlera plus de vous. »
La menace n'est pourtant pas exécutée. A 4 heures du matin, le même officier revient, fait couper les cordes qui liaient les jambes du curé et
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lui ordonne d'aller à l'église. Il y a déjà là une centaine de gens de l'endroit, plus deux prêlres de Weseaiael. Les soldats poussent dehors tout le troupeau. Gomme le vicaire ne marche pas assez vite, on lui donne un coup de pied, de sorte qu'il tombe le visage contre terre. (Ses mains étant attachées par derrière, il ne peut les étendre en avant pour se protéger.) Cette plaisanterie semble amuser les soldats.
Ce chemin de croix dure de 4 heures du matin à 10 heures du soir. Pas un morceau de pain, pas une goutte d'eau. On arrive enfin à une station de chemin de fer où attendent d'autres prisonniers ; parmi eux se trouvent plusieurs prêtres. Il y a 700 personnes en tout. On les enferme dans des wagons à bestiaux dans lesquels il y a une couche de fumier de 15 centimètres. Les malheureux seront conduits ainsi à Mûnsterlager.
Pendant le voyage à travers la Belgique, les voitures restent hermétiquement fermées ; on songe aux souffrances des Belges enfermés dans ces écuries brûlantes pendant ces journées d'août. Quand on arrive en Allemagne, à chaque station, on ouvre les portes à coulisses; il y a souvent en même temps des soldats que l'on transporte sur le Iront; quand ils voient
les prêtres, ils s'en moquent, et s'ils peuvent les atteindre les frappent au visage (1).
Enfin les prisonniers arrivent à Mûnsterlager et ils sont enfermés dans un hangar. A côté sont des soldats qui montent la garde. Ils s'amusent à frapper sur le mur et enfin à leur tirer dessus par les fentes. 5 prisonniers sont tués, 7 blessés. Les 700 malheureux ont presque complètement perdu l'esprit et crient pour sauver leur vie : « Nous sommes Allemands, nous sommes Allemands! > Un garçon de quinze arfs tombe mort aux pieds de son père.
Le matin les prêtres furent conduits devant le préfet. Alphonse Huypens fut dépouillé de tous ses habits, il dut se présenter nù, n'ayant que sa chemise. L'interrogatoire commença, mais comme il ne comprenait pas l'allemand, il ne répondit pas. Un soldat le frappa sur la bouche de sorte qu'il saigna, et on le traîna hors de la salle. On le jeta dans un fossé et là il s'évanouit. Quand il revint à lui, il était dans une cellule; on lui rendit son pantalon, mais rien
(1) Un brave soldat du /anrfs^wrm, très amusé, écrit à sa vieille mère qu*à Giessen son train en a croisé un autre où il y avait des prêtres belges et qu'un de ses camarades a eu le bonheur de leur donner deux bons coups de poing dans le visage {Kolnùche Volkszeitung^ % mars 1915).
antre. Deux fois par jour, on lui donnait un peu de pain et d'eau ; deux fois par jour aussi on le faisait sortir avec un numéro sur une plaque qu'on lui mettait au cou. Cela dura ainsi six jours et six nuits; il reçut alors la permission de retourner chez lui. On n'avait pas pu prouver les charges portées contre lui ; il était accusé d'avoir « excité la population à la révolte ». Lorsque le 2 mars, le cardinal Mercier fit sa visite à Hérent, il salua le vicaire comme un martyr. « Je lui ordonnai, écrit le cardinal, de me raconter tout, et pendant que j'écoutais, j'avais envie de tomber à ses pieds pour lui exprimer la vénération que j'éprouvais pour lui(l). >
Comme les autorités allemandes elles-mêmes ont dû finalement le reconnaître, on ne put jamais trouver dç bases réelles aux accusations formulées contre les prêtres belges. L'histoire des signaux établis dans les tours de la cathédrale à Matines, des lignes téléphoniques entre le presbytère de Battice et Fortet-Fléron, de la station radio-télégraphique du séminaire de Bastogne, des lignes souterraines de téléphone trouvées
(1) Tijd du 9 et 16 mars 1915. Mgr Vaes, Vonore et i'inno cenza ciel clero belga, Rome 1915, p. 20 à 23.
dans le presbytère de Damvillers près de Verdun et à Flaucourt, toutes ces histoires qui se sont multipliées dans les journaux allemands, se sont montrées de pures inventions quand on y a regardé de plus près (1). Mais même des auteurs allemands sérieux les ont répétées et les oat mises en circulation, ainsi M. W. von Trotha dans son livre « Mit den Feldgrauen nach Belgien hincin > (Avec les Gris du champ de bataille en Belgique^ Leipzig 1915), etK. J. Staufîerdans « Der Fâhnrich von Verdun » [L enseigne de Verdun , Leipzig, 1914). Pour M. von Trotha, il est certain que les prêtres de Louvain ont « organisé la révolte » et M. Stauffer a vu un moine sur une barricade distribuant des munitions aux francstireurs (2).
On pourrait rire de ces histoires de brigand à la Karl May, l'auteur si populaire en Allemagne, si elles n'avaient pas leurs racines dans une aussi tragique réalité, si elles n'étaient pas l'expression littéraire d'une injustice aussi sanguinaire. Mais en face des sombres mensonges, la vérité couronnée d'épines n'en parait que plus pure.
(1) Voir Kôlnische Volkszeitungy 1** avril 1915, édition da 8«ir, 14 avril 1915, édition du soir, 23 avril 1915.
(2) Trotha, p. 155. Stauflfer, p. 177.
Encore une fois je mets les deux pouvoirs l'un en face de l'antre.
Accusation allemande : f Le curé de Pont- Briile', Wouters, chanoine de l'Ordre des Prémontrés, moine de l'abbaye de Grimbergen, a attaqué une sentinelle, soldat au 26* régiment, 111« bataillon de réserve. Woutere chercha à lui arracher son fusil, mais il fut assommé par un autre soldat qui s'était précipité au secours de son camarade. Ces faits sont consignés dans le rapport de l'officier. »
Réponse belge : < Pour examiner cette affaire, le cardinal Mercier offrit au gouverneur allemand de Matines, le colonel Wengersky, de créer un comité d'autant de représentants des deux côtés sous la prési4ence d'une personne appartenant à un pays neutre. Le colonel refusa et le Cardinal fit lui-même l'enquête. Voici le résultat de cette enquête :
« Le 25 août, le chanoine Wouters retourna à l'abbaye de Grimbergen. Il avait été retenu prisonnier comme otage toute la journée du 24 août et lorsqu'on l'eut menacé, il chercha refuge dans le couvent. Ses supérieurs- lui conseillèrent pourtant de retourner au presbytère (1).
(1) La situation est donc celle-ci : 1* le chanoine Wouter.fl appartient au chapitre des Préraontrés de Grimbergen; 2* il
Il s'y rendit dans le cours de la journée, mais, à mi-chemin, il fut arrêté et conduit dans une salle où il passa la nuit. Le matin suivant, le mercredi 26, 28 civils furent enfermés dans le même endroit. Ils trouvèrent le prêtre debout, les bras levés et obligé de rester plusieurs heures dans cette position. Chaque fois qu'il cédait à la fatigue, à coups de baïonnette dans la poitrine et de crosse dans les genoux et dans les coudes, on le forçait à se relever. Après lui avoir infligé cette souffrance, les soldats lui permirent de s'étendre par terre, mais forcèrent deux des prisonniers civils à le fouetter avec un bâton et à lui cracher au visage. Comme Is ne furent pas obéis selon leur souhait, ils montrèrent eux-mêmes comment on devait et frapper et cracher. Ils prirent au prêtre son bréviaire, le déchirèrent en morceaux et le lui jetèrent à la tête. Après lui avoir encore donné des coups de crosse et des coups de pied, ils voulurent le forcer à se lever, mais le prêtre retomba en arrière comme une masse sans vie. Alors, les soldats jetèrent sur lui un seau d'eau, «t quand, après cela, il fît un faible
remplit les foBCtions de curé dans le village voisin, à PoDt- Brûlô, où il habite seul le presbytère.
mouvement de la tête, ils s'écrièrent : t II vit encore 1 >. Ils jetèrent encore de l'eau sur lui, mais celte fois, il ne remua plus; tous le croyaient mort. Après quelque temps^ un frisson secoua ce corps sans vie en apparence, et les mains du prêtre cherchèrent à saisir le fusil d'un des soldats. Au même moment^ un autre soldat le tua d'une balle (1). y»
Mettons les choses au pire... Admettons que le pauvre prêtre, torturé dans son excès de souffrance, ait cédé à un désir spontané de vengeance... Mais auparavant, quels tourments brutaux et quel avilissement I Et si ce mouvement de la main qui se tend vers Tarme a été un geste involontaire pour saisir quelque chose... alors, on peut lire ce simple récit comme un chapitre de la Sainte Ecriture, de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, d'après l'Apôtre, se continue dans ses fidèles et surtout dans ses prêtres.
C'est donc vrai, ce que le voyageur hollandais avait pressenti, que si, à l'origine, la guerre allemande contre la Belgique n'a pas
(1) lijd, 1 Avi-il ldl5. Les italiques sont de moL
été une guerre de religion, elle Test devenue. Les chefs de Tarmée allemande employèrent pour la guerre de Belgique des troupes recrutées dans les régions luthériennes de l'Empire, tandis que les régiments catholiques furent envoyés contre les schismatiques russes. A la vue des prêtres et des moines catholiques, Tofficier prussien, le soldat prussien ou saxon sentent se réveiller toute Tanimosité contre ce qui est papiste, qui est innée en eux, mais qui a encore été développée par Téducation. Ils croient tout de suite qu'ils se trouvent en face de « jésuites >, ces êtres fabuleux qui ont du poison dans leur poche, un poignard dans leur manche et dans le cœur cette maxime : « la fin justifie les moyens ». On pouvait tout attendre de leur part, c'étaient des animaux malfaisants qu'on devait abattre à la première occasion !
Et encore autre chose. L'officier allemand et le soldat allemand ont éprouvé pour ces hommes qu'ils savaient vivre dans le célibat l'ardente colère de l'immoral contre celui qui vit vertueu sèment. L'Allemand a éprouvé le besoin inconscient de souiller cette continence, comme il a eu plaisir à violer des religieuses... On ne peut qu'expliquer ainsi les faits suivants :
€ A Beyghem, les soldats allemands, sous les ordres du lieutenant Kûmer, conduisent leur proie, une jeune fille, à la cure, abusent d'elle devant la sœur du curé it le curé lui-même, qu'ils ont désliïibillé et qu'ils empêchent de fermer les yeux ou de tourner la tête. »
« A Asnoy, on emprisonna le curé; deux soldats amenèrent devant lui une femme, la dépouillèrent de ses vêtements et la violèrent (1). »
Ces faits ne sont pas uniques. Partout où arrivent les soldats allemands, instinctivement, ils maltraitent les ecclésiastiques, physiquement et moralement. Dans un village, on s'amuse à faire faire au curé le chemin de croix; pendant ce temps, on lui crache au visage et on lui fait subir d autres avanies. Ailleurs, on le fait courir dans un manège, comme un cheval, en le frappant d'un fouet. On force le curé de Schaffenlez-Diest à regarder le soleil pendant une heure. A Florennes, les soldais frappent le curé au cou et sur le dos de leurs éperons, le déshabillînt et l'abandonnent dans un jardin. A Mon-
(1) Nothomb : Lex Barbares^ p. 80. — Mélot : Le martyre du clergé belge ^ p. 34, 46.
tigny-sur-Sambre, les soldats jettent, à la tête d'un prêtre les bouteilles de cognac qu'ils ont vidées et les os qu'ils ont rongés. A Louvain, on enferme treize prêtres dans une porcherie ; on veut justifier ainsi l'injure appliquée de préférence aux ecclésiastiques, celle de « Schwein » (1).
On lit tous ces récits, qu'il est inutile, fatigant et révoltant de citer... Et l'Eglise belge vous rappelle cette malheureuse épouse et mère dont parle le rapport, qui, de 9 heures du soir à 6 heures du matin, fut outragée sans interruption par des soldats allemands et qui ne cessa pendant ce temps d'appeler son mari au secours, son mari qui était lié dans la chambre voisine (2). On imagine ainsi l'Eglise belge appelant son époux au secours. Et c'est comme s'il n'entendait pas, ou comme s'il était retenu par des liens qu'il ne peut rompre...
(1) Mélot, pages 35, 38, 39, 47, 48, 50.
(2) Notbomb, p. 80.
Les c soldats allemands de Dieu » ont certainement parfois éprouvé de la fatigue pour avoir assumé « la pénible tâche de la guerre » de violer la femme de leur prochain et d'outrager la fille de leur prochain. Pour que le Dieu des armées leur donne de nouvelles forces, ils sont allés dans les églises qu'ils n'avaient pas encore brûlées et ils y ont fait leurs dévotions à leur manière. La commission officielle belge en a relevé divers témoignages qui c so recht » montrent le niveau moral et eulturel du soldat allemand.
A Sorinnes, les Allemands urinèrent dans le ciboire.
A Aerschot, le tabernacle d'une des églises de la ville fut fracturé et les vases sacrés volés.
A Ethe, le tabernacle fut fracturé et les saintes lioslies jetées dans un buisson.
A Porchercsse, à Bouge, à Jvrehaille, à
Lisogne, à Maizeret, les tabernacles et les vases sacrés furent profanés.
Dans l'église d'Aiseau et dans une église de Saint-Trond, les soldats allemands satisfirent leurs nécessités sur Tautel.
A Hastière, les Allemands arrachèrent à un prêtre les saintes hosties qu'il voulait mettre en sûreté et les foulèrent aux pieds.
Et en France comme en Belgique, c'était la continuation de la même guerre dans le même esprit.
A Montmacq (diocèse de Beauvais), les Allemands satisfirent leurs besoins dans le bénitier et s'essuyèrent avec la nappe d'autel.
A Rouvres, les Allemands profanèrent les ciboires et les remplirent de chair de porc ; brutale allusion au dogme catholique de la présence réelle.
A Gerbéviller, près de Nancy, les Allemands prirent pour cible la porte du tabernacle; plusieurs balles transpercèrent le saint ciboire et brisèrent les hosties qu'il contenait. (1)
(1) Mélot, p. 39 à 41. La guerre allemande et le catholicisme^ édité par Mgr Alfred Baudrillart (Paris 1915), pages 101 à 104. Voir ci-coatre la photographie d'un ciboire martyrisé de Gerbéviller.
c Et la parole du Seigneur me vint encore, et il me dit :
Fils de l'homme, tourne le visage vers Gog, vers la terre de Magog, vers le prince et le chef de Masoch et de Thubal, et prophétise contre lui.
Tu lui diras : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens à toi, Gog, prince et chef de Mosoch et de Thubal.
Je t'entourerai et mettrai un frein dans tes mâchoires. Je te ferai sortir, avec toute ton armée, les chevaux et tous les cavaliers couverts de cuirasses, et une grande multitude armée de lances, de boucliers et d'épées.
Comme un ouragan qui monte, tu viendras, et, comme un nuage, tu couvriras la terre avec toutes tes troupes, et tous tes peuples nombreux.
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : en ce temps-là, des pensées s'agiteront dans ton cœur, et tu formeras une résolution criminelle;
Tu diras : Je viendrai vers un pays sans murailles, vers des gens qui sont en paix, qui habitent en sécurité: tous demeurent dans des villes sans murailles, et ils n'ont ni verrous ni portes ;
Afin d'enlever les dépouilles, de ravir le butin et de porter la main... sur un peuple qui a été rassemblé d'entre les nations, qui commençait à posséder, et qui habite au centre de la terre.
Saba, Dedan, les marchands de Tharsis et tous ses lions te diront : Ne viens-tu pas pour prendre les dépouilles? Tu as assemblé tes bandes pour enlever un grand butin, pour prendre l'argent et Tor, pour emporter les meubles et les richesses, et pour ravir des dépouilles immenses.
C'est pourquoi, prophétise, fils de l'homme, et dis à Gog : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Ne viendras-tu pas... alors de ton pays, du fond de l'aquilon, toi et de nombreux peuples avec toi, tous cavaliers, avec une grande troupe et une puissante armée?
Et tu t'avanceras contre mon peuple d'Israël comme un nuage pour couvrir le pays. Tu seras da is les derniers jours, et je t'amènerai sur mon pays, afin que les nations me connaissent
orsque j'aurai été sanctifié par toi, à leurs yeux, ô Gog!
Dans ce jour là, au jour de l'arrivée de Gog sur la terre d'Israël, dit le Seigneur Dieu, ma colère et ma fureur monteront.
J'appellerai contre lui l'épée... et je le châtierai par la peste, par le sang, par des pluies violentes et par des grêles énormes, et je ferai pleuvoir sur lui le feu et le soufre.
Et je me glorifierai et je me sanctifierai ; je me ferai connaître aux yeux de nombreuses nations; et on saura que je suis le Seigneur.
f Mais toi, fils de l'homme, prophétise contre Gog, et dis-lui : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens contre toi, Gog, prince et tête de Mosoch et de ïhubal.
Je te cernerai, je te tirerai... je briserai ton arc dans ta main gauche, et je ferai tomber tes flèches de ta main droite.
Tu tomberas sur les montagnes d'Israël... Je t'ai livré aux bêtes de toutes sortes, aux oiseaux et aux bêtes de la terre, pour qu'ils te dévorent.
Tu tomberas sur la face des champs, parce c'est moi qui ai parlé, dit le Seigneur Dieu...
Je ferai connaître mon saint nom au milieu de mon peuple d'Israël ; je ne laisserai pas davantage profaner mon saint nom; et les nations sauront que je suis le Seigneur, le Saint d'Israël.
Le temps arrive, c'est fait, dit le Seigneur Dieu : voici le jour dont j'ai parlé.
Les habitants sortiront des villes d'Israël : ils brûleront et réduiront en cendres les armes, les boucliers, les lances, les arcs et les flèches, les bâtons qu'on porte à la main, et les piques et ils les consumeront par le feu pendant sept ans.
Ils n'apporteront pas de bois des champs, et ils n'en couperont pas dans les forêts, parce qu'ils brûleront ces armes, et qu'ils feront leur proie de ceux dont ils avaient été la proie, et qu'ils pilleront ceux qui les avaient pillés, dit le Seigneur Dieu.
Et dans ce jour je donnerai à Gog un lieu célèbre pour sépulcre en Israël; c'est la vallée des voyageurs, à l'est de la mer, qui frappera de stupeur ceux qui passeront; là ils enseveliront Gog et sa multitude, et on l'appellera la vallée de la multitude de Go^.
La maison d'Israël les ensevelira pendant sept mois pour purifier l'air
Pour toi, fils de l'homme, voici ce que dit le Seigneur Dieu: Dis à tous les oiseaux, à tout ce qui vole dans Tair, et à toutes les bêtes des champs : venez ensemble, hâtez-vous, accourez de toutes parts vers la victime que je vous immole, cette grande victime qui est sur les montagnes d'Israël, afin que vous mangiez la chair et que vous buviez le sang.
Vous mangerez la chair des forts, et vous
boirez le sang des princes de la terre Et
vous vous rassasierez sur ma table des chevaux et des braves cavaliers et de tous les hommes de guerre, dit le Seigneur Dieu.
J'établirai ma gloire parmi les nations, et toutes les nations verront le jugement que j'aurai exercé, et elles reconnaîtront ma main que j'aurai appesantie sur elles.
Et la maison d'Israël saura, & partir de ce jour, et désormais, que je suis le Seigneur Dieu. » {Ezéchiel, ch. 38 et 39.)