INTRODUCTION XVII
l'autre ; son œil reposait sur moi, flatteur, fascinant, hypnotisant... et dans mon esprit, je priais mon bon ange, lui disant : « Que je ne tombe pas dans le piège ! »
« Je n'y tombai pas, je résistai. Bismark ne laissa pas voir qu'il ait été déçu; il continua à être aussi aimable et ra'ofîrit de passer la nuit chez lui. Je déclarai que je voulais retourner à Schlawe pour dire la messe le lendemain matin, car j'avais remarqué qu'il y avait là une petite église catholique. » Bismarck répondit qu'il pouvait dire la messe à Varzin, mais l'évêque refusa, parce qu'il n'avait pas d'ornements*
Le germanisme peut prendre les formes les plus aimables à l'égard de l'Eglise catholique quand il veut s'en faire un instrument. On sait combien l'Allemagne s'est appuyée sur le catholicisme dans certains pays neutres et comment elle a joué de notre triste anticléricalisme. On peut en Scandinavie observer ce bizarre phénomène de protestants qui croient que l'Allemagne combat pour la cause de VEvangélisme, ainsi que l'on désigne toutes les églises protestantes dans leur ensemble, et de catholiques qui pensent que la défaite de TAllemagne serait une diminution pour l'Eglise. Les catholiques y sont peu nombreux il est vrai, mais c'est cependant parmi eux que nous devrions avoir nos plus fermes soutiens. Autrefois le catholicisme marchait de pair avec l'influence française; malheureusement, dans ces pays, les missions sont à présent presque entièrement aux mains des Allemands. On peut alors comprendre l'importance qu'a pour les catholiques Scandinaves an plaidoyer comme celui de Johanncs Jôrgensen. Il en a pour les non catholiques parce que beaucoup d'entre eux le
regardent comme le premier écrivain de la Scandinavie contemporaine. Et même en France, où il a conquis tant d'admirations et de sympathies, il aura son importance et sa signification.
A ses yeux, la guerre actuelle qui, au commencement n*a pas été une guerre de religion, Test devenue. En Belgique, dans les réglons envahies de la France, la haine innée, mais encore développée par l'éducation, de l'Allemand pour le prêtre a surgi des profondeurs de son être. On le voit à son acharnement contre les ecclésiastiques, aux détails des tortures qu'il leur inflige, à sa persistance à détruire les églises et à les profaner.
C'est la Belgique qui, d'une façon plus frappante qu'aucun des pays attaqués, a révélé l'iniquité allemande. Qui pouvait mieux que les Danois, les premiers que la botte allemande a frappés, les premiers qui ont été mutilés par la guerre de 1864, qui, depuis, souffrant dans un de leurs membres, ont été continuellement menacés par la puissance allemande, compatir au malheur des Belges? Leur bienfaisance s'est manifestée envers eux dès le début de la guerre. M. Jôrgensen a été la voix qui a exprimé leur indignation et celle «ie tous les peuples qui, ne pouvant pas combattre, ne sentent que davantage, dans la guerre allemande, l'abus de la force, le mépris du droit des faibles. « L'Allemagne, dit-il, a de son poing ganté de fer frappé au visage de toute l'humanité, »
Mais ceux qui désespéreraient de la justice auraient tort. Sur les routes de l'exil, les fugitifs ont trouvé des amis, les armées, comme celles des croisés, se sont levées pour venger les victimes. La justice triomphera