INTRODUCTION XV
de la qualité de ses plaisirs qui la peint tout entière. II laisse entendre d'ailleurs que certaines des habitudes qui se sont développées depuis quelques années dans les casernes et dans les Universités expliquent une partie des actions inqualifiables dont le récit remplit les volumes publiés par les commissions d'enquête des gouvernements français et belge.
La culture allemande qui s'est incarnée en des écri» vains et en des artistes que M. Jôrgensen a aimés, il sait qu'elle a disparu; elle a été étouffée par le dressage militaire qui a tué l'homme dans l'Allemand, et en a fait une machine. Le Gemiïlh allemand, ce mélange de bonhomie et d'humour, peut se retrouver un instant dans le calme d'une soirée. Mais Theure du loisir fini, avec la lumière du jour, le temps des choses sérieuses commence et le reître reparaît. Le christianisme l'avait dompté. A plusieurs reprises il a voulu secouer les chaînes qui le retenaient. La Réforme, un certain romantisme, le Kulturkarapf, lœ ivre de Nietzsche sont des révoltes de ses instin a sauvages contre la loi chrétienne. Il s'en est aujourd'liui complètement afîranchi. Travaillant en barbare il croit combattre pour la culture comme au temps du Kulturkampf. La lutte contre l'Eglise catholique a pris aujourd'hui en Allemagne des ormes courtoises, mais elle se continue pourtant. Le gouvernement se sert de la ruse vis-à-vis des catholiques et veut les plier à son service. Bismarck lui avait déjà donné les leçons d'une pareille
politique. Nous trouvons dans un des anciens livres de M. Jôrgeiîsen une anecdote intéressante qui le prouve et qui lui a été rapportée par un évêque rhénan (1). Il avait clé élevé au siège épiscopal en plein Kulturkampf. « J'étais le plus jeune de tout l'épiscopat allemand, dit-il. Plusieurs évêques étaient en prison; pour ma part, j'étais encore libre. Un jour, je reçus du prince de Bismarck, une aimable invitation de l'aller voir à Varzin.
(( J'arrivai le matin à Schlawe, je pris une voiture et j'arrivai à Varzin peu de temps avant le déjeuner. JBismarck lui-même sortit pour venir au-devant de moi et me reçut avec une grande cordialité; il me pria de l'excuser s'il était en costume du matin. « Mais nous sommes à la campagne, ajouta-t-il, et nous nous mettons à l'aise. » Il n'y avait à table que la famille. Mme de Bismarck et Herbert de Bismarck entretenaient presque seuls la conversation. Bismark était aimable, courtois, bon enfant; il me versait de la bière dont il faisait Téloge et qu'il buvait avec un air de satisfaction. C'était un vrai père de famille en qui on n'eût pas pressenti le chancelier de fer.
« Nous nous retirâmes dans son cabinet; nous nous promenâmes ensuite dans le jardin. Il s'agissait d'une chose que Bismark voulait obtenir et que par moi il pensait atteindre. Il avait compté sur ma relative jeunesse et sur mon inexpérience; il déploya toutes ses facultés. Je n'avais jamais vu un homme aussi aimable. Je me souviens que nous étions assis l'un à côté de
(i) Indtryk og Stemningcr (Impressions et Dispositions), Copenhague igii, p. 29 et s.