ACTE L SCENE IV
lOUlSE.
Il VOUS connaît ?... il vous sourit?,..
MATHURINE
Oui-da... je l'ai laissé là tout près sous la saulaye... il est si gentil, maniselle, quand il îappe dans ses petites mains en me disant ; « Maman... maman ! »
LOUISE
Ali!., vous avez bien fait; votre dévoûment vous absout de votre faute ! Les caresses de votre enfant vous consoleront de la honte. Allez... allez... Tenez... prenez cet argent... (Elle s'arrête et remet
les écus dans sa poche. — A part.) pas celui-là
C'est celui de mon père... et il ne le donnerait pas à un pareil malheur... (Haut.) Voilà ma bourse... Allez, persévérez, Dieu vous pardonnera.
MATHURINE
Qu'il vous sauve aussi, mamselle...
Puisse-l-il vous entendre I... Allez... allez... (Mathuriue s'éloigne avec les pauvres; Louise tombe assise près de la table.— A part.) Ah!.,, elle est heureuse... elle le voit... Mon Dieu, mon Dieu, est-ce une leçon que vous m'envoyez?...
PORNIC, à Madeline.
Eh bien! oui... oui... oui... il me plaît de le dire, et je le dirai tant que ça me plaira, c'est une charité mal placée...
MADELINE
Tu es sûr de ne pas mal placer les tiennes... tu n'en fais jamais.
PORNIC
Je n'ai pas envie d'encourager les fainéans et les... suffit... Je m'entends ! Si on n'en avait pas pitié, on ne verrait pas tant de filles qui... suffit. .. je m'entends.
MADELINE, allant et venant pour remettre tout en ordre.
Pourquoi dis-lu ça, mauvaise langue?
PORNIC
Je dis ça pour les ambitieuses... qui se laissent dire des douceurs par plus riches qu'elles... LOUISE, avec terreur.
Ah I que dit-il?
MADELINE, riant.
Bon... bon... je sais où tu veux en venir.
PORNIC
Oui, oui, on rit d'abord... on se laisse cajoler et on fait la fière avec ses égaux, et puis un beau jour... il y a une Mathurine de plus dans le paysv.- (A Louise.) N'est-ce pas, mamselle? LOUISE, à part.
De qui parle-t-il? mon Dieu...
MADELINE
N'aie pas peur, Pornic, ça ne m'arrivera pas..» Si celui qui me fait la cour est plus riche que moi, il est honnête.*, et s'il ne l'était pas, mon \
La CL0$BBIG BK$ CBN^TSi
gars, je le suis pour deux... N'est-ce pas, mamselle?
LOUISE, à part.
Ah! mon Dieu! c'est un supplice horrible...
MADELINE, après un peiit temps.
Eh ben I qu'avez-vous donc, maniselle ?
LOUISE
nien, laissez-moi...
MADELINE
Je m'en doutais, que vous ne seriez pas assez forte pour tout ça... sans compter cet imbécile qui se permet de vous contrarier... Va donc chercher de l'eau fraîche, du vinaigre.
PORNIC, courant au puits.
Voilà! voilà! (S'anêtant.} Inutile... (Apart.) V'Ià mademoiselle Lucile qui arrive, et ces belles demoiselles ont toujours plein leurs poches de petites fioles vinaigrées; et celle-là doit en avoir besoin...