‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 20 sur 91 · SCENE n · texte numérisé non relu

SCENE n

Les MÊMES, moins KÉROUAN, MATHURINE, MACLOU, Pauvres.

PORNIC

Peut- on manger son bien comme ça !..

MADELINE

On dirait que tu n'es pas Breton... Tu ne sais donc pas le proverbt; : Quand on jette deux grains de blé à un oiseau, il en mange un, et le bon Dieu fuit un épi de l'autre?

LOMSE, descendant la scène, les pauvres s'avancent un à un ; Perrine a aidé Madeline à placer les pains sur la table. — A Perrine. Ah ! te voilà, Perrine... Comment va ton frère? (Elle commence la distribution aux pauvres.) PERRINE.

Que la bénédiction du bon Dieu soit sur vous et votre maison, Louise Kérouan : il se remet... il pourra travailler... dans une quinzaine.

LOUISE

Eh bien ! qu'il vienne... il trouvera toujours de l'ouvrage ici. (Perrine s'éloigne, et des pauvres passent et reçoivent l'aumône de Louise ; le vieux chouan Maclou appi'oche, Louise lui donne un pain et lui glisse l'argent ; il fait un mouvement.) C'est mon père qui le veut...

MACLOU

Merci... je me griserais... Gardez ça plutôt pour cette petite fille, derrière moi :je suis seul, et elle est deux. Allons, approche Malhurine...

(Une femme s'approche limidoment,)

PORNIC et DES PAUVRES.

Non... non... pas elle...

PORNIC, allant à la jeune femme et la repoussant. Qu'est-ce que c'est que ça ! Malhurine?.. Veuxtu bien t'en aller, malheureuse '

LOUISE

Pourquoi la chasser?... et qu'a-t-elle donc fait ? (Louise va vers Mathurine.) Eh bien I ma fille... eh bien ! approche.

PORNIC, pendant que Louise ramène la pauvresse.

Vous ne savez donc pas qui elle est ?..

LOUISE

Je sais qu'elle pleure, qu'elle souffre, qu'elle a faim peut-être.

PORNIC

Eh bien ! tant pis pour elle, elle l'a mérité... Sa tante lui a pardonné sa faute... mais elle s'y est obstinée...

LOUISE

Quelle faute ?

PORNIC

Au lieu de mettre son enfant à l'hospice..,

LOUISE, à part.

Son enfant...

Elle a mieux aimé le nourrir que de travailler pour sa bonne vieille lante.

LOUISE

Ah!... pauvre fille... venez...

PORNIC

Aussi elle est bien lotie... sa tante l'a chassée, et la v'ià tendant la main.

LOUISE

Tais-toi, malheureux, tais-toi... Asseyez-Yous là. ..Continue, Madeline.

(Madeline et Perrine continuent la distribution.) PORNIC.

Quand je vous dis...

MADELINE

Veux-tu te taire, mauvais cœur !..

' (Elle le pousse.) LOUISE, à Mathurine.

Ainsi, r/est pour avoir gardé votre enfant qu'on vous a chassée ?

MATHURINE

Oui... mamselle... oui... Ma tante me disait i c5;Mels-le auxenfans de l'hospice, et on ne satra rien. » Mais moi je me suis dit : Si Dieu peut me pardonner de ne pas avoir été une honnête fille,

ce sera parce que j'aurai été une bonne mère

LOUISE, à part.

Et c'est elle qu'on maudit. (Haut, lui donnant plusieurs pains.) Tenez.., tenez, prenez pour vous, pour votre enfant...

MATHURINE

Oh 1 merci... merci. Pauvre petiot, comme y va me rire en me voyant revenir avec du bon pain frais !

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