‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 75 sur 91 · GEORGES, KÉROUAN, LOUISE, LUCILE · texte numérisé non relu

GEORGES, KÉROUAN, LOUISE, LUCILE

GEORGES, entrant rapidement suivi de Lucile. Qu'y a-t-il?... Pourquoi ces cris?

LOUISE

Georges... Georges... Il veut tuer mon enfant! GEORGES, s'élançant devant la porte de la chambre de Louise.

Vous me tuerez donc avant lui !

KÉROUAN

Que dis-tu ?

LOUISE, courant près de Georges.

Ah ! nous sommes deux à présent !

Toi, Georges ?,.. tu la défends... Que viens-tu faire ici ?

GEORGES, mettant un genou à terre.

Puisqu'il vous fiiut du sang... je viens vous spportcr celui du coupable.

LUCILE

Mon frère !

KÉROUAN, courant à une hache.

Toi... toi, Georges!... Ah ! misérable!...

LUCILE, s'élançant au devant de lui.

Kérouan ! qu'allcz-vous faire !...

KÉROUAN, voulant la repousser.

Laisse-moi, enfant !

KÉROUAN, après un long silence.

Tu as raison... tu as raison... — Georges... le fils de mon vieil ami... Georges... lui! — Et tu le savais, toi, Lucile ?... et tu cachais le crime de ton frère?... horreur!

LOUISE

Non, mon père... non!... e'ie n'a caché que ma faute, elle n'a eu pitié que de votre fille.

KÉROUAN

Peu ni'imporle à présent!

(Il va à la cheminée et il en décroche deux épécs qu'il pose sur la table.)

LUCILE

Que va-t-il faire? mon Dieu !

Voici ma vieille épée de Vendéen, monsieur... et voici celhî que me donna votre père quand je le relevai tout sanglant du champ de bataille... laquelle prenez-vous?,.,

GEORGES

Laissez-moi celle de mon père ; je ne la déshonorerai pas.

LOUISE, stupéfaite.

Qu'osez- vous dire, Georges !

RÉROUAN.

Je vais à lasaulaye...

GEORGES

Je vous suis, monsieur!

LOUISE

Vous...vous!..mais qu'allez- VOUS donc faire là?

GEORGES

Remplir mon dernier devoir... Je vais monrirl

LUCILE

Mourir!... lorsque tu dois...

LOUISE, éperdue.

Tais-toi, Lucile.— Mon père... vous le connaissez à présent... II ne vous échappera pas... Eh ! bien, donnez-moi un instant, une minute, pour lui parler.

KÉROUAN

Je suis patietit... j'attendrai... (Il fait un pas pour sortir.) Parlez-lui.

Non pas seule, mon père!... mais devant vou.s qui m'avez maudite, devant elle qui a eu pitié de moi... devant Dieu qui nous écoute...

(Kéreuan redescend la scène et va à la table sur laquelle il s'appuie et où il pose son épOe.)

KÉUOUAN.

Soit, diles-lui vos dernières paroles.

LOUISE

Ecoulez, Georges... et répondez-moi encore une fois comme vous l'avez fait, si vous l'osez... où allez- vous?...

GEORGES

Je vous l'ai déjà dit : mourir!

LOUISE, avec désespoir et stupéfaction.

Mourir!

LUCILE

Mourir, frère !... mais tu ne penses pas...

LOUISE

Ohl tais-toi, Lucilc, je t'en prie... (A Georges.) Mourir, dls-lu?... Cominenl... à cette heure, ici, dans cette maison... en voyant un père désespéré, une pauvre fille perdue... et là, là... un enfant qui est le tien et qui n'a pas de nom, il ne t'est pas venu une autre pensée que de mourir !...

GEOHGES.

Je ne puis pas plus : la mort est la suprême expiation de tous les crimes.

LOUISE, 'tombant assise.

Ah! mon Dieu! i! me méprise donc bien!

LUCILE

Ah ! Georges, c'est afircux.

KÉROUAN , à Louise.

Croyez-vous que je me fusse mieux vengé en vous tuant... (A Georges.) Venez- vous, monsieur !

GEORGES

Je suis à vous !

(Ils marchent vers la porte fluroiul, Lucile se jette entre eux.)

LUCILE

Mais ce n'est pas possible!,., écoulez-moi, Kérouan... mon père va venir...

GEORGES, avec éclat.

Mon père va venir ! Ah! venez, monsieur, venez .. mais que je n'entende pas sa malédiction!... lui-même me dirait de mourir.

LUCILE

'^ Ah! Georges, tu méconnais notre père !...

KÉROUAIS.

Tu mens !... et tu es un lâche !

LOUISE, s'élançant vers son père.

Mon père !... il est fou... il doit être fou... LUCILE, au fond, regardant par la croisée. Ah ! voici mon père enfin...

GEOîî.GKS.

Lui !... (Son épée tombe de ses mains.) Ah! ayez pillé de moi, mon Dieu ! (A Kérouan.) Vous l'avez voulu... eh! bien, interrogez mon père, et vous saurez pourquoi j'ai voulu la mort.

KÉROUAN

Laisse-moi parler à ton père, enfant .. la loi, elle-même, protège les insensés.

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