‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 80 sur 91 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MONTÉCLAIN, d'AYATIANNE, BRIAS.

d'AVATIANNE, assis près de la table.

Pardon, colonel, mais prenez garde à ce que vous allez faire.

MONTÉCLAIN.

J'en prends la responsabilité tout entière.

d'AYATIANNE.

Vous êtes incapable d'un acte d'iniquité, je le sais; mais vous êtes militaire, Monléclain; vous avez pris à l'armée des habitudes de sabre, qui vous persuadent que, du moment qu'une chose est juste, vous avez le droit de la faire, sans vous inquiéter des formes.

BRiAS, riant.

Ah! je comprends la a a... forme, comme dit Bridoison.

d'AYATIANNE.

Oui, mon cher Brias .. la forme ; elle est comme toutes les choses de ce monde, stupide quand on en abuse, excellente quand on s'en sert dans une juste mesure.

C'est la ressource des coquins en mille occasions.,.

d'AYATIANNE.

C'est possible ; mais ne fùt-ellequ'une seule fais la protection de l'innocence, il faudrait la respecter...

MONTÉCLAIN.

Croyez-vous donc avoir affaire à une femme innocente, malheureuse et persécutée?...

d'avatianne.

Comme homme du monde, je juge M"^« de Beauval et je la méprise; comme magistrat, je n'ai rien à voir dans sa conduite.

MONTÉCLAIN.

Au diable soient vos dictiuctions de Palais!... Vous refusez donc de me seconder?

BRIAS.

Je suis à vous corps et âme, Montéclain ; j'ai

été si sottement l'agent des mauvais desseins de

Mme de Beauval, que je m'associe avec joie à tout

ce qui peut vous aider à la punir.

d'avatianne.

Je m'y associe d'aussi grand cœur que vous, Brias; mais je dois avertir Montéclain qu'il joue un jeu à se faire destituer...

Et vous aussi sans doute?...

d'AYATIANNE, se levant.

J'aurais oublié tout ce que je vous dois, si j'y avais pensé...

MONTÉCLAIN.

C'est donc à moi de le faire pour vous... Je vous reprends le rôle que je vous avais destiné, et je courrai seul la chance.

D'AYATIANNE.

Vous m'avez mal compris, Montéclain .. Le premier devoir de l'amitié est de dire à un ami : Voilà le danger où vous marchez ; le second, c'est de l'y suivre coûte que coûte.

MONTÉCLAIN.

Eh bien! d'Avatianne, j'accepte... Certes, j'ai à cœur le salut de Louise et la punition de M™^ de Beauval... mais je ne prétends pas cependant les obtenir par des moyens indignes d'un homme, qu'il porte la robe ou l'uniforme.

BRIAS.

Et moi?...

MONTÉCLAIN.

Vous êtes mon premier complice... Mais, ditesmoi, ces dames viennent-elles ?. ..

BRIAS.

Ma mère est au salon... avec M. et M'ïie de Firmiani, les Francheville, les Basterne...

C'est très bien. ..Vous savez ce dont nous sommes convenus... allez trouver ces dames, remerciez-les de ma part.

BRIAS.

Je vous préviens qu'il vous faudra faire votre paix avec ma sœur... elle est furieuse de ne pas avoir été invitée.

MONTÉCLAIN.

Je ne suis pas assez sûr de ce qui va se passer etsedire ici, pour en rendre témoin une jeune tille. Mais l'heure approche... allez, et n'oubliez pas le notaire... vous l'avez bien stylé?...

BRIAS.

Une machine à vapeur écrivante et grossoyants ne sera ni plus impassible, ni plus silencieuse... Je vais le chercher. (Il sort.)

MONTÉCLAIN.

Très bien... (A d'Avatianne ) Et le livre sacra mentel?

d'AYATIANNE.

Le voici.

MONTÉCLAIN.

Veuillez mettre le signet à la page où est écrite la seule espérance qui nous reste.,. (Allant à une

porte de côté.) Silence... une voilurcdans la grande avenue!... C'est M^^e de Beau val.

d'avatianne.

Ou un autre de vos invités...

MONTÉCLAIN.

Non... tout le monde est arrivé par le parc. d'avatianne.

El Georges d'Esléve?...

MONTÉCLAIN.

Oh ! il est venu, mais je l'ai mis sous clé ; je réponds de lui, et du diable s'il peut s'échapper. Je le donne au plus vigoureux et au plus adroit... Des murs tout nus et une lucarne grillée, à dix pieds du sol...

d'avatianne.

Ce n'est donc pas une plaisanterie que ces prisons terribles que renferment les vieux châteaux de la Bretagne?

MONTÉCLAIN.

Ni les prisons... ni les moyens épouvantables de supplice. (Il pousse un bouton caché dans l'une des moulures de la porte du fond ;-une trappe s'ouvre.) Regardez...

d'avatianne.

Des oubliettes !

(D'Avaliannc se penche sur le bord du trou. Monléclain l'arrête.) Eh 1 doucement... ce serait un voyage dangereux... (La trappe se referme.) Vous voyez qu'il ne manquerait rien à notre exécution.

UN DOMESTIQUE, entrant, à voix basse, et rnpidemenl à Montéclain.

Madame de Beauval!...

MONTÉCLAIN, tiès vivement, à d'Avatianne. A votre poste!... et prévenez lîrias et le notaire. (D'Avaiianne se retire par la porte du milieu, au fond.)

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