INTRODUCTION
La médecine ancienne attachait une importance capitale à l'aspect et aux propriétés macroscopiques du sang. L'examen du sang à la sortie du vaisseau, de sa coagulation, du caillot qui en résultait, était le corollaire de toute bonne saignée, et inversement, servait à édifier les théories pathogéniques à la mode surles maladies et les perturbations des humeurs. Les mots de sang épais, de sang visqueux, de sang poisseux, de sang léger, de
sang couenneux, émaillent les traités et les disserta-
tions des médecins. « Mais, malgré toute l'attention «qu'ils prêtaient à la coagulation, ce phénomène restait « pour eux étrange et en quelque sorte impénétrable. » (Hayem, Du Sang, 1889.)
Les transformations du sang hors des vaisseaux sont pour nous moins mystérieuses. Mais l'étude de la coagulation du sang n’a pas apporté à la clinique d’aide comparable à celle que lui ont prêté lant d’autres procédés de recherches sur les huweurs.
Pourtant, il est regrettable que nous ne puissions pas mieux apprécier une fonction si importante qu'elle
S'AÎtTE
imprime sa trace même aux cadavres : à l’autopsie, cerlains sont pleins d’un sang fluide, poisseux, sans un seul caillot dans le système circulatoire; d’autres présentent dans le cœur et dans les vaisseaux des coaguülations énormes.
L'abondance des renseignements analytiques fournis par les éléments figurés et par les constituants physicochimiques du plasma, s'oppose à la pauvreté des indications tirées de l'examen global du sang.
Certes, on étudie de gros troubles de la coagulabilité si importants qu'ils font partie de la symptomatologie courante de certaines maladies. Nul ne laisse passer une hémophilie évidente ou à diagnostiquer sans s’aider du renseignement donné par le temps et l'aspect de la coagulation chez le malade. Mais, à part certains purpura et certains grands syndromes hémorragipares, on n'attend pas, pour les autres maladies, de renseignements utiles tirés de l'étude de la coagulation.
Ceci ne veut pas dire que le problème ait été négligé; au contraire, le rôle des vices de coagulation sanguine dans les grands syndromes hémorragipares préoccupe l'esprit des thérapeutes modernes ; à un récent Congrès Français de Médecine (1912), la thérapeutique des syndromes hémorragipares et la physiopathologie de la coagulation ont été mises à l’ordre du jour.
Les rapports de MM. Carnot et Nolf ont mis en lumiere les progrès de la science analytique de la coagulation et de la thérapeutique anti-hémorragique. Mais nos connaissances sont beaucoup moins avancées
sur le moyen pratique de mesurer ces vices de coagule-
A Ets
tion. Or, sans méthode de mesure, si fécondes que soient les hypothèses théoriques et thérapeutiques, lé médecin sera réduit, dans leur application, à aller en aveugle.
Il existe des maladies avec vice évident de la coagulabilité; notre raisonnement biologique et médical se refuse à admettre qu'entre l’état normal et cet état de trouble il n’y ait pas tous les degrés. Chaque altération d'une fonction suppose l'existence d’une altération de sens contraire. L'état normal peut être considéré comme le juste milieu entre deux états anormaux l'un en plus, l’autre en moins. Entre les deux états extrêmes, en passant par la normale, se trouvent toute une série d’états intermédiaires.
Pour ce qui est de la coagulation, nous connaissons une des extrémités de la chaîne, — les cas de gros troubles par diminution de la coagulabilité; nous soupçonnons, sans pouvoir la prouver, l’altération égale et de sens contraire, — la coagulabilité exagérée; au Juste milieu, nous admetions un état de coagulation normale, sans pouvoir lüi fixer de limite ni de forme précises; et nous ne savons rien des maillons intermédiaires, de ces innombrables états pathologiques où le sang doit posséder, à des degrés divers, des coagulations anormales en plus ou en moins.
On s'explique l'obscurité de ce com de pathologie humorale quand on connait les difficultés de l'étude de la coagulation. Sa rapidité excessive, — « explosive »,
he
comme on l'a dit, — met l'observateur devant le fait. accompli, devant la coagulation achevée, avant qu'il: ait eut le temps d'en analyser les phases. D'autre part, il n'existe pas d'étalon normal pouvant servir de repère aux comparaisons.
Il est d'autres causes de difficulté et d'erreurs sur lesquelles nous reviendrons en étudiant les moyens de mesure de la coagulabilité actuellement employés.