CHAPITRE V
Suite du précédent.
Malheur à la France, si vous prêtiez l'oreille aux pusillanimes qui s'effrayant tou«? jours de la force, quelle que soit son attitude, prennent pour du jacobinisme la conscience de la dignité nationale, et arriy \ ent à calomnier l'opinion publique, parce qu'elle les réprouve !
Par un étrange renversement d'idées, ils vont imputant à crime au peuple français, appelant révolutionnaire, cet esprit de patriotisme qui vit dans la monarchie et la soutient depuis des siècles, cette fierté de l'indépendance qui est le plus bel héritage de nos aïeux, cette impatience de l'humiliation qui suscitait, après les infortunes de Philippe de Valois, les prospérités de Charles-le-Sage, les triomphes de Charles VII, après les désastres de son prédécesseur.
et la victoire de Denain, après les alarmes de Louis XIV !
Quelques-uns vont plus loin encore; ils semblent avoir pris â tâche de faire haïr aujourd'hui la génération nouvelle qui va régner demain ;
Oubliant qu'elle ne soupirerait pas au souvenir des grandes journées, si elle n'avait pas vu deux fois triompher dans les murs de Paris l'arrogance des vaincus de la Talavera, d'Austerlitz et de Friedland.
Gardez-vous de croire que la jeunesse française regrette des couleurs, des enseignes, un homme ! Non ; mais elle a vu la France reine parmi les nations : elle la voit leur esclave, entend leur menaces, et s'indigne; elle brûle de rendre l'honneur nationale digne du drapeau sans tâche.
. Imprudens et inutiles furent les efforts que l'on a tentés pour amortir les courages ! L'humeur guerrière est l'éternel apanage du royaume des Francs; elle en est aujourd'hui la seule richesse, la dernière ressource, i
La preuve que la révolution n'a pas, autant qu'on affecte de la croire, dépravé
les vieilles mœurs, c'est quelle a respecte les vieilles inclinations, c'est que dans les écoles survit le caractère nationale du vieux temps.
Le despotisme de Buonaparte aurait pu finir par extirper des cœurs l'esprit militaire ; mais vous, vous ressaieriez en vain : c'était un moyen d'oppression : c'est aujourd'hui un moyen de délivrance.
Le peuple français est désenchanté des ruineuses illusions de la victoire : quoiqu'il lui restât bien encore de quoi combattre et vaincre, il ne veux plus régner chez les autres; il sait trop combien l'oppression coûte tôt ou tard aux oppresseurs......
Mais il prétend maintenir son indépendance ; il sent le coup suprême qu'on lui prépare ; il se croit la force de le parer, et s'étonne de ne voir tremper ni le bouclier ni l'épêe.
Il consent à livrer tout son or, il se soumet à la misère, il se résigne à la scrupuleuse observation des traites.
Mais lorsque, ne pouvant plus offrir les fruits de ses champs, la laine de ses troupeaux, la sueur de son front, il^era sommé
par la puissante usurière de s'abandonner lui-même et de recevoir des chaînes, il veut pouvoir alors combattre pour son indépendance, et avoir du moins la consolation de vendre chèrement sa vie.