‹ La coalition et la FranceChapitre 30 sur 44 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Moyen d'étouffer les discordes.

Le spectacle des divisions intestines ne vous arrêtera point.

Faiblesse que de s' occuper des partis!

faiblesse que de vouloir tour-à-tour les séduire par des concessions, et les abattre par des coups d'Etat !

Les caresser, c'est les enhardir ; les frapper, c'est les prévenir qu'on a sur eux l'œil, et, la plupart du temps, ils ressemblent à ces gladiateurs qui se déchirent tandis qu'on les regarde, et s'embrasseraient s'ils ne faisaient point spectacle.

Les factions ont beau paraître discordantes, il y a toujours quelque point de contact entre elles ; un intérêt général les rapproche, en même temps qu'un intérêt particulier les divise.

Le grand art est donc de s'emparer à propos de tout ce qu'il y a de commun dans les affections et dans les haines, dans les besoins et dans les vœux, de créer un esprit de nationalité devant qui l'esprit de parti s'efface, d'ouvrir à la turbulence une plus vaste arène, où, marchant à la tête de toutes les passions, vous les entraînerez sans résistance vers le nouveau but que votre politique leur saura donner.

Quand Buonaparte saisit les rênes, il avait tout à craindre, et les sectateurs de la liberté républicaine, dont son apostasie allait renverser l'idole, et les amis du système monarchique, dont son ambition venait tromper les vœux.

Dans ce double péril, il se mit à crier bien haut, La descente ! Tout le monde regarda l'Angleterre ; on ne s'occupa plus de lui ; la France ne songea pas à défendre ses droits : le Consul régna.

Ce fut constamment sa maxime, de ne jamais laisser du relâche à l'inquiétude de ses sujets : la guerre pouvait seule pacifier son empire.

Ce doit être encore la maxime de nos

Princes : l'esprit belliqueux n'est pas révolutionnaire, mais il le devient à la longue.

Quand la politique erronée des derniers temps de la monarchie vint, après les grands jours du siècle de Louis XIV, éloigner la France de la scène des affaires européennes, tous les esprits s'agitèrent à l'intérieur ; au lieu de combattre, on disputa ; au lieu des Catinat et des Villars, on eut des Voltaire et des Rousseau ; au lieu de vaincre l'Angleterre ou l'Allemagne, on voulut triompher des abus, des résistances, de la royauté : le trône n'était déjà plus.

Loin donc de nous séquestrer de l'Europe, il faut nous ramener au milieu d'elle ; loin de distraire l'opinion publique des douleurs nationales, il faut en substituer le ressentiment à l'exaspération des souffrances domestiques.

Loin de taire les grands dangers de la patrie, ne craignez pas de nous en entretenir sans cesse, de nous révéler sans détour l'avenir qu'on nous prépare, et surtout ne permettez point à un zèle inconsidéré de calomnier l'impatience généreuse de la jeunesse française : il faut exalter en elle,

propager dans toutes les conditions, chez tous les âges, cette haine des dominations étrangères qui est aujourd'hui notre seule sauvegarde.

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