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FIN DE LA SECONDE PARTIE

P0ST-SCR1PTUM.

De la communication faite aux deux Chambres par S. Exe. M. le Ministre Secré~ taire d'Etat au département des Affaires étrangères, touchant la réduction de l'armée d'occupation.

" peine venons-nous de quitter la plume, qu'il faut la reprendre. Bien des choses douloureuses nous restent à dire.

A la lecture du discours prononcé dans le sein des deux Chambres, par S. Exe. M. le président du Conseil des Ministres, nous avons éprouvé bien des incertitudes.

U semblait que nos craintes dussent être injustes, et nos réclamations intempestives.

Le caractère, les principes, le nom du Ministre, forcent à croire la vérité de ses

paroles, autant que la supériorité de ses lumières commande une confiance sans réserve dans la justesse d.e ses vues.

Est-il facile néanmoins de concilier avec les expressions de l'estime, avec les protestations de la reconnaissance (1), et les faits déjà recueillis par l'incorruptible histoire, et les plaintes dont la même voix faisait re* tentir la même tribune, en disant le 25 no-r vembre 1815, qu'il suffisait de savoir que les onéreuses, dures et pénibles stipulations du Traité de Paris, avaient été proposées à des Français, pour qu'on dût en conclure que la nécessité, et la nécessité la plus indis^ pensable, avait pu seule les déterminer à y souscrire ? (2).

La note officielle des quatre cours n'a pas dissipé notre étonnement ; elle a décidé nos alarmes.

Nous avons été frappés d abord de la.

satisfaction détaillée que les plénipoten-

(1) Voyez le Discours de S. Exe.

(2) Discours prononcé par S. Exe. M. le duc de ftichejieu, en présentant le Traité aux deux Chambres»

tiares témoignent, au nom de leurs maîtres, pour le système suivi dans l'administration du "royaume. Nous nous sommes rappelé qu'en Pologne, les rois conjurés préparèrent le partage par l'adresse qu'ils surent mettre en œuvre pour s'emparer de tous les intérêts nationaux, pour devenir les arbitres de toutes les contestations qui naissaient, chaque jour, de la gravité des circonstances ; eux aussi, ils eurent soin de tracer au monarque la ligne constitutionnelle où sa politique devait marcher : c'était prévenir, long-temps à l'avance, que les institutions, les libertés, les principes étaient sous la sauvegarde de ces redoutables tribuns du peuple, et que, si le Gouvernement venait à suivre une autre r route, la nation serait confisquée au profit de ses libérateurs.

L'ambition saurait bien encore argumenter à la manière d'un monarque dont la politique perfide avait mis le royaume en feu : 3" Ne voyez-vous pas, disait Henri V, " que Dieu m'a amené ici comme par la " main ? Tout est en confusion dans le roy- " aunie ; on ne songe pas à s'y défendre

" contre moi ; puis-je avoir une marque plus " sensible, que le Dieu qui dispose des cou- " ronnes, a résolu de me mettre celle de " France sur la tête?"

Ces réflexions en ont amené une autre : nous nous sommes demandé si les puissances avaient été, jusqu'à ce jour, magnanimes envers la France; d'accord avec le genre humain, notre conscience a prononcé que non.

Il a fallu nous demander alors si elles le sont devenues. Même réponse.

Si elles étaient justes, elles auraient libéré le royaume d'un fardeau que rien ne leur donna le droit d'appesantir.

Comment donc seraient-elles magnanimes, en n'écoutant ni les réclamations de l'équité, ni les plaintes du Roi, ni les soupirs de la France ?

Or, où est le bienfait qu'on exalte ? Les grandes dettes continuent à peser sur nous ; les boulevards du royaume ne sont pas restitués; l'armée d'occupation reste: seulement il se pourra que trente mille hommes partent.

Mais, nous ne jouirons de cette faveur

qu'au mois d'Avril; mais rien n'est retranché des cinquante mille rations de cavalerie ; mais il n'est pas clairement exprimé que l'entretien, la nourriture, ou la paie, ne soit plus à nos frais.

Main enfin, il a été antérieurement stipulé pour l'armée entière une augmentation de solde qui suffirmt à entretenir dans la Belgique les troupes retirées de France.

Cette observation est importante ; elle ouvre carrière à bien des conjectures. Elle reporte surtout la pensée à réfléchir que la munificence des Hauts- Alliés est conditionnelle; qu'ils exigent d'abord l'adoption d'une bonne loi des finances.

Une bonne loi! C'est-à-dire qu'ils sont appelés à discuter avec nous le budget ; c'est-à-dire qu'ils ont voix délibérative aussi-bien que nos assemblées nationales :

voilà une quatrième branche du pouvoir législatif!

Les charges ne sont pas diminuées ; quelques fantassins de moins, et des millions de plus.

Encore, pour obtenir ce prétendu avantage, faut-il, à tout pris, voter le budget

présenté par le ministère ! Quel est le but?

Les domaines nationaux, les biens des émigrés, les propriétés communales, tout a été vendu, tout est consommé : des bois seuls nous restent encore, dernière hypothèque qu'il faudrait pouvoir réserver à l'avenir ; dernière proie dont veut se rassasier cette Coalition qui dévore tout ce que la révolution n'avait pas englouti.

Et, à l'aspect des voies tortueuses où Ton croirait que la politique des cours s'engage, afin de mieux conduire la monarchie

à sa perte , notre cœur s'est, plus que

jamais, trouvé gros d'amertume; nous avons crus, plus que jamais, nécessaire de tonner la Philippique.

Il n'est pas de considération qui puisse nous empêcher d'accomplir cette noble tâche. Rien au dedans, rien au dehors ne nous saurait forcer à garder plus longtemps un silence que réprouvent les intérêts de la monarchie.

Sans doute il est pénible d'avoir à contrarier d'augustes espérances. Celui qui est remonté au trône de ses pères, le Testa-

ment de Louis XVI à la main, petit ignorer qu'il est plus facile à la clémence d'oiib^lier des crimes, qu'à l'ambition de pardon* ner des victoires. L'âme d'un loyal et grand Prince répugne à soupçonner des arrière-pensées ; le cœur d'un bon Roi se refuse à pressentir des calamités nouvelles. C'est donc un devoir de ne pas taire des périls que son âme est trop belle pour connaître; devoir rigoureux que nous n'aurions pas le courage de remplir, s'il nous fallait troubler une sécurité qui est le seul dédommagement des infortunes les plus cruelles, et les plus longues. Louis XVIII a raisoii de se réjouir et de croire que déjà brille Yaurore du bonheur de la France ; car tous les Français la trouvent dans la haute sagesse et la sollicitude paternelle de leur Roi.

Nous ne pouvions pas nous affliger d'une autre crainte ; le reproche d'avoir méconnu les droits de la reconnaissance ne nous sera point adressé ; les illusions d'un jour se sont évanouies.

L'univers proclame que la France ne doit pas ses Bourbons au dévouement ni à la grandeur d'âme des Hauts-Alliés ; et l'asile

qu'une puissance donnait aux augustes proscrits de la révolution, fut offert par les mêmes principes qui expropriaient, à la même époque, une princesse du même sang, forcée d'abandonner ses états héréditaires, de laisser la Sicile en proie à la rapacité de ses prétendus défenseurs, pour aller chercher, à Constantinople, dans la générosité du Grand Turc, un refuge où ne pussent l'atteindre les persécutions do cabinet de Saint-James : on sait que tous ces billets de banque, dont le gouvernement britannique fut, dit-on, si prodigue, étaient autant de capitaux donnés ou prêtés par la politique anglaise, pour assurer les vues ultérieures dru cabinet de Saint- James.

Et si les amis de la Grande-Bretagne osaient invoquer les secours donnés par elle aux insurrections de la Vendée, pour nous répondraient ces nobles Princes, qui n'obtinrent jamais l'avantage de toucher le sol français, de peur que la présence des Petitsfils d'Henri IV pût tout rallier à son panache ! Nous vous appelons aussi en témoignage, mânes des victimes de QuiberonN!

Ah ! loin de vouloir contraindre le peuple

français à consacrer ses souvenirs par un culte de reconnaissance, priez plutôt qu'il oublie le passé, ou qu'il pardonne les outrages, les complots et les crimes.

Sûrs que les Ministres sont trop bons Français pour ne pas sentir comme nous, mais éloignés de penser comme leur circonspection, tout en pensant comme leur patriotisme, nous n'avons pas craint de combattre franchement les vues politiques du ministère.

Il était bon de rappeler que, lorsque la ■monarchie gémissait sous le joug de conquérans avides, nos Rois répondaient aux conseils pusillanimes, " Oeil oeli qui onc- ** ques rien n'entreprint, rien n'acheva. (1) "

Il était bon de rappeler que tous les attentats, toutes les folies, tous les malheurs des trente dernières années, ont eu comme des prête-noms dont le crédit suffisait à rendre tout possible, La liberté sur les échafauds, et la gloire parmi les champs de bataille, ont exterminé la nation en détail.

(1) Charles VI.

Gare que, pour Fachever en masse, la résignation ne mène les Français à l'esclavage.

Si l'on nous objectait que cette crainte est offensante pour les Hauts- Al liés, nous demanderions depuis quand le passé ne donne pas le droit de préjuger l'avenir.

Et c'est à dessein que nous nous retranchons dans le passé ; là nous aurons, outre l'appui de l'opinion publique, un auxiliaire dont il serait difficile de condam-? ner l'assistance.

La tribune nationale a, en 1815, retenti des accens de la plus noble douleur ; le président du conseil des ministres, en présence de l'Europe alors campée dans nos murs, (1) osait, après avoir tracé le tableau des évênemens qui avaient soustrait la destinée actuelle de l'état à V action de son gouvernement, avouer qu'il avait été obligé de composer avec les prétentions ; apprendre qu'il n'avait pu méconnaître, ni balancer Vincontestable supériorité qui demandait des sa-

(1) Disc, prononcé par S. Exe. M. Je duc de Riches lieu aux deux Chambres, le 25 Novembre 1815, erç présentant le Traité.

erifices pénibles; convenir que la rigueur extrême aurait pu être tempérée par l'équité et la magnanimité des souverains ; proclamer qu'après des discussions longues et soutenues, où des demandes plus exorbitantes encore avaient été faites, les charges pesantes qui nous sont imposées, avaient été présentées comme un idtimatum ; ajouter enfin ces expressives paroles :

Voyant d'une part, disait son Exe, dans les dispositions des Ministres des Puissances une détermination invariablement arrêtée, voyant, de Vautre, que la crise actuelle meU tait incessament en action, sur rétendue de la France, le principe d'une oppression, d'un appauvrissement, d'une irritation, et enfin une suite de dévastations qui semblaient, tous les jours, s'accroître et prendre de nouvelles forces, nous avons jugé que si nous laissions cette crise se prolonger indéfiniment, il y allait du sort de la France, du sort même de ceux qui nous ont imposé de si grands sacrifices, et peut-être de la destinée de l'ordre social en Europe.

Ainsi, <T irréprochables témoignages autorisent assez nos jugemens, et nos terreurs ne

sont que trop fondées sur une expérience douloureuse.

Dès lors, pourquoi les taire ? Ce qui est vrai doit toujours être utile ; car Bacon a eu raison de le dire, Nulla est tant intima quùm iïïa veri ne boni simpatkia.

Ce qui nous justifie encore, c'est le soin, pris d'un bout de l'Europe à l'autre, d'enchaîner toutes les langues, de cadenasser toutes les bouches : sans doute qu'on ressemble à cet Uvarix, qui, au gré d'un vieil auteur, appréhendait plus la point em et les eslancements des langues disertes des ito- ?nai?is, que de leurs lances et javelots.

C'est donc une grande faute que d'avoir laissé à la liberté de la presse, cette tribune des temps modernes, les entraves qui la gênent encore. Il fallait que l'éloquence, athlète formidable, pût descendre fièrement dans la lice, et marcher, avec toutes les forces de l'opinion publique, à la conquête de la dignité nationale.

Démosthène, qui bientôt fut réduit à donner sa vie en expiation de son courageux patriotisme, Démosthène aurait sauvé son pays, si son pays avait pu l'être.

Un tel exemple doit enhardir, et ne peut point effrayer ; pour avoir à redouter les mêmes périls, il faudrait inspirer les mêmes craintes, c'est-à-dire combattre avec les mêmes armes.

Si pourtant nous étions, contre toute attente, réservés à l'honneur qu'ambitionnait un jeune prince, d'avoir des rois pour adversaires, nous ne perdrions pas de vue le noble souvenir d'un citoyen de Rouen, envoyé au supplice par les oppresseurs de la France, pour avoir trop intrépidement défendu son Roi et sa patrie. Comme on lui offrait de se racheter de la mort, au prix d'une faiblesse, A Dieu ne plaise, s'écria-til en présentant la tête au bourreau, A Dieu ne plaise que je voulusse empêcher un roi d'Angleterre de se déshonorer !

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