‹ La coalitionChapitre 5 sur 20 · SCÈNE Vif · texte numérisé non relu

SCÈNE Vif

LES MÊMES, ADÉLAÏDE, conduisant TITL

ADÉLAÏDE , à son frère.

Voyons, monsieur Titi, voulez-vous bien venir.

TITI

Tiens , faut encore aller à l'école. . . Ti^nt pis ! . . .

ADÉLAÏDE

Allons , restez là , je vais chercher vot' panier.

( Elle rentre. )

MARTEL

Ah! c'est mon p'tit cadet... un fameux espiègle; vous allez voir, CoUguon . , . Viens ici y Titi , que j' te pnrle. . . Qu'est-c' que t'as?

TITI

C'est ma sœur , (jui veut encore que j ;iill(î aux l^noriintins j je n' veux p;is,nioi, j^'aiine mieux les Mutuels. MARTEL, basa Colignon.

\' oyez-vous , il aime mieux les Mutuels. " ' '

COLIGNON, bas.

C'est jeune j mais ça sent déjà . . .

MARTEL , présentant son rerre à Titi.

Tiens, Titi, bois un coup clans le verre à papa... et raconte la Colonne à M. Coliguon.

■JlTi , huunnt.

y veux pas!

COLIGNON.

]1 est genllt , vot' petit.

( Tili joue auec un lilboquet et mange une pomme. ) MAaxEL.

Il en s;iit plus que bien des gens qui sont plus grands !... Il n'avait pas encore quatre ans , qu^il savait la Colonne par cœur... Queuque fois, avec sa mère, nous passions d'vant... nous n'avions pas l'air... Eh bien ! c't'enfant s'arrêtait d' lui même , et nous disait : « Papa , je veux que » tu m'expliques la Colonne. . . », et moi. . . ça m' faisait plaisir... parce que la Colonne...

( . G L I GN o N , ? 'oyant Martel 9!"f' ^ssuiç une^^ larme. El) bieul enfant .. il pleure parc' qu'on parle de la (Colonne. . . gros enfayt ! . . .

MARTEL

C est plus fort que moi... j' peux pas v penser sans qu' ca m'émouve. . .

COLIGNON.

Et moi donc. . . l'aut<'e. jour, j'étais t'a la r'garder. . . y avait l't un' mauvaise figu,]fe, qu'avait, l'air d' rire.et d' la tourner on ridicule... Moi , qui en est , d' la Colonne, j' vous Y lisque entre deux yeux , et j l'y dis : « Camarade , » une minute, c'est du grand Napoléon ça , et n' faut pas » avoir un air... Criliquez 1' Louvre, critiquez la porte » Saint-Denis... critiqticz l'Arclie de Triomphe... mais » respect à la Colonne. . . on n'y touclie pas ! J' mets mon » chapeau dessus. . . »

MARTEL

Vous avez le bras long.

COLIGNO^.

Vous pensez bien que je n' l'aurais pas fait. Voyons , chante la Colonne , Titi.

TITI

3' veux pas.

COLIGNON.

Eh bien , embrasse-moî, F.rançais !

( Titi lui donne un grand coup de pied dans les jampes et se sc^we. ) , ABÉLAin^ , rentre et court après lui.

Eh bien , Monsieur. . .

COLIGNON , s(^ tenant la jambe.

Oh!

MARTEL , froidement.

Tl est solide pour son âge ; il s'a déjà battu avec un homme I

SCE]\E YIL%

MARTEL, COLIGNON, JUDAS.

JUDAS, en oiwrier y à la cantonade.

C'est bon! buvez toujours!... ( J part. ) En v'ià qui iront bien... A ceux-ci!... ( H«z//.) Salut , les anciens. . . ( Colignon et Martel quittent la table. )

MARTEL

Ahîiev'Ià!

COLIGNON , lui serrant la main.

Vous voyez. . . les amis n'ont qu'une parole. . .

MARTEL

Ah! ça, il se prépare donc quelque chose ?. . .

JUDAS, d^un air de bonhomie.

Moi, j' sais pas. . .

COLIGNON.

Ilum! farceur!... y n' sait pas... Mettez-vous là, et contez-nous ça. ( Ils se mettent à table. — Jppelant. ) Garçon ! un verre ! . . .

JUDAS

Dam', mes enfans, faut pas se dissimuler une chose. . . 1 ouvrier n'est pas content.

MARTEL

C'est-à-clire, il est content clans un sens. . .

COLIGNON.

Mais il n'est pas satisfait dans l'antre.

JUDAS , d'un air en dessous.

C'est ça. ,. Je le calme tant que je penx. . . mais il y a« des mal intentionne's qui le remuent...

MARTEL

Des Je'suites . . .

COtIGKON.

Ah ! les porichinels de jésuites ! .. . J' pourrai pas mettre la main d'sus un. • .

JUDAS, appuyant.

Apres ça, faut être juste. . . on a remué des pavés. . . c' n'est pas pour des prunes ! c' n'est pas pour que l'ouvrier se r'fuse un verre de vin quand il a chaud. . . MARTEL , buvant.

Et il se le refuse!

COLIGNON, idem.

Il ne fait que ça.

JUDAS , regardant la bouteille.

N'y a plus rien. .. (Appelant. ) Garçon, du même... ( Haut. ) Pour lors , d'où voulez-vous qu'il tire sa subsistance ? . . . ( Au garçon. ) Du cachet vert. ( Haut et chaudement. ) Faut donc qu'il se laisse tyranniser par les chefs d'ateliers . par les maîtres de fabriques , qui croient qu'ils ont tout fait quand ils vous ont payé c' qu'ils vous doivent. . .

MARTEL

Se laisser tyranniser!. . .

COLIGNON.

Nous ne serions pas Français. . .

JUDAS

Partons d'un principe.

MARTEL

J' veux bien.

En roule !

Eh ! non. . .

COLIGNON.

Ah I oui. . . partons assis.

COLIGNOK, se let^ant.

JUDAS , l'arrêtant.

JUDAS, faisant rasseoir Colignon.

Ils font toat avec des machines. . .

AIB : Haïr est une folie.

En uue heur' un' mécanique

Vous fait dix raille aua's de draps. . .

COLIGNON.

C'est pour nous casser les bras . . .

MAKTEL.

Et mêrae on m'a dit tout bas

Qu' par un' machine hydraubique ,

Ils allaient fair' des souliers.

COLIGNON.

Pour ruiner les cordonniers .' Enfin ils ont pris des m'sures.

Et la vapeur va , mon gros , Fair' marcher tout's les voitures.

MARTEL

C'est pour supprimer les chevaux!

COLIGNON.

pauvres chevaux ! encore des mécontens ! . . .

JUDAS

Et les compagnons qui vont être oblige's de travailler la nuit. . .

COr.IGNON.

Sans augmentation?

JUDAS

Au contraire , on les diminue. . . ( //^ ^e lèvent. )

MARTEL

Mille tonnerres!

COLIGNON.

C'est à nous de faire la loi . . .

MARTEL

Nous rogner notr' paie !

COLIGNON.

Ils la raugment'ront. . .

MARTEL

Du double !

COLIGNON.

Du triple !

MARTEL

Ça y est.

Faut les forcer. . .

JUDAS, se frottant les mains.

C'est ça... soyôri.9 des hommes'. Je vas prévenir tous les quartiers. . . Le renilez-vous est ici. . . Soulevez-vous en même temps, pour que ça soye plutôt lini... parce que je ii'ainie pr-.s le bruit, moi. . .

COLIGNON et MARTEL.

Nous non plus.

JUDAS

AIR : J'ons lin cUré patriote.

Les menuisiers nous demandent,

Afin de s'faire augmenter :

Les boulangers nous attendent.

Faudra bien les écouter.

Enfin v'Ià les maréchaux Qui n'veul'nt plus terrer les chevaux ;

Ça niarcli'ra , {bis.) Ça march ra bien mieux comm' ça.

TOUS

Ça niarch'ra , etc.

Coriimençons par les fabriques

Et les machin's à vapeurs ;

A quoi serv'nt les mécaniques

Et les press's dos imprimeurs?

Les Trycicles n'roul'ront plus,

On cass'ra les Omnibus.

Ça march'ra , {bis.) Ça march'ra bien mieux comme ça. . .

Oui , ça march'ra bien mieux camm' ça.

TOUS

Ça march'ra , etc, ( Il sort en courant. )

SCÈJ\E IX.

MARTEL , COLIGNON.

MARTEL , un peu échauffe.

Vlà-t-il un brave homme!

COLIGNON, di' même.

Brave homme I brave hojnme!... J'ai encore oubh'é d' lui d'mander son nom.

MARTEL

C'est égal , un ami n'est point un inconnu . . . Buvons !

COLIGNON.

Non... faut conserver ses facultés morales et ses jambes. . . Sois tranquille , père Martel, ça ira bien. MARTEL , se montant peu à peu.

Oui... la liberté, c'est comme la bouteille... àla romle , mon père en aura. . Moi j'en veux.

COLIGNON.

Les camarades aussi. . . J'en veux, lu en veux , nous en voulons, ils en veulent tous comme des goulus ! ...

MARTEL

lis en auront! Toucbe là, mon Colignon ( Avec

tendresse. ) Je t'aime , Colignon. . . tu me pbus.

COLIGNON.

Parole d'iionneur ?. . . Eli bien , embrassons-noas !

MARTEL

Ca va!... ( Us s'embrnssriit. ; Colignon, permets une (juestionà ton ami. .. Pourquoi que tu no serais pas mon gendre , Colignon?

COLIGNON.

Tiens , au fait. . . c'te bêtise!

MARTEL

Tu as des qualités. . . tu as une Hgure. . . COLIGNON, nuec fatuité'.

J' crois qu'oui. ... la figure y est. . . MARTEL.

Tu as une figure espirituelle !

COLIGNON , ai'ec indifférence.

Ob ! ob ! j'ai de la facilité. . . J' m'entends assez bien à monter un' couleur. ( Il rit. )

MARTEL le montrant du doi^^.

Ah! malin!... Eb bien,j' te donne ma fille, si tu veux. . . Est-ce fait?

COLIGNON.

J' v;is vous dire... Votr' fille est gentille, et nous ferions un joli couple, au moral; mais an physique, j'ai idée que vous n' lui donn'rez pas un sou.

MARTEL

Je lui donnerai ce que j'ai . . ,

Coalition. J

COLIGNON.

Oui. . . c'est ça. . . et alors. . . j'ai mon oncle, le boulanger, qui m'en laissera... et vous pensez bien que mon oncle m'en laissant.. . moi. . . je. ... Chut ! v'ia c" clampin d'Isidore... Nous en recaus'rons.

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