SCÈNE Vif
LES MÊMES, ADÉLAÏDE, conduisant TITL
ADÉLAÏDE , à son frère.
Voyons, monsieur Titi, voulez-vous bien venir.
TITI
Tiens , faut encore aller à l'école. . . Ti^nt pis ! . . .
ADÉLAÏDE
Allons , restez là , je vais chercher vot' panier.
( Elle rentre. )
MARTEL
Ah! c'est mon p'tit cadet... un fameux espiègle; vous allez voir, CoUguon . , . Viens ici y Titi , que j' te pnrle. . . Qu'est-c' que t'as?
TITI
C'est ma sœur , (jui veut encore que j ;iill(î aux l^noriintins j je n' veux p;is,nioi, j^'aiine mieux les Mutuels. MARTEL, basa Colignon.
\' oyez-vous , il aime mieux les Mutuels. " ' '
COLIGNON, bas.
C'est jeune j mais ça sent déjà . . .
MARTEL , présentant son rerre à Titi.
Tiens, Titi, bois un coup clans le verre à papa... et raconte la Colonne à M. Coliguon.
■JlTi , huunnt.
y veux pas!
COLIGNON.
]1 est genllt , vot' petit.
( Tili joue auec un lilboquet et mange une pomme. ) MAaxEL.
Il en s;iit plus que bien des gens qui sont plus grands !... Il n'avait pas encore quatre ans , qu^il savait la Colonne par cœur... Queuque fois, avec sa mère, nous passions d'vant... nous n'avions pas l'air... Eh bien ! c't'enfant s'arrêtait d' lui même , et nous disait : « Papa , je veux que » tu m'expliques la Colonne. . . », et moi. . . ça m' faisait plaisir... parce que la Colonne...
( . G L I GN o N , ? 'oyant Martel 9!"f' ^ssuiç une^^ larme. El) bieul enfant .. il pleure parc' qu'on parle de la (Colonne. . . gros enfayt ! . . .
MARTEL
C est plus fort que moi... j' peux pas v penser sans qu' ca m'émouve. . .
COLIGNON.
Et moi donc. . . l'aut<'e. jour, j'étais t'a la r'garder. . . y avait l't un' mauvaise figu,]fe, qu'avait, l'air d' rire.et d' la tourner on ridicule... Moi , qui en est , d' la Colonne, j' vous Y lisque entre deux yeux , et j l'y dis : « Camarade , » une minute, c'est du grand Napoléon ça , et n' faut pas » avoir un air... Criliquez 1' Louvre, critiquez la porte » Saint-Denis... critiqticz l'Arclie de Triomphe... mais » respect à la Colonne. . . on n'y touclie pas ! J' mets mon » chapeau dessus. . . »
MARTEL
Vous avez le bras long.
COLIGNO^.
Vous pensez bien que je n' l'aurais pas fait. Voyons , chante la Colonne , Titi.
TITI
3' veux pas.
COLIGNON.
Eh bien , embrasse-moî, F.rançais !
( Titi lui donne un grand coup de pied dans les jampes et se sc^we. ) , ABÉLAin^ , rentre et court après lui.
Eh bien , Monsieur. . .
COLIGNON , s(^ tenant la jambe.
Oh!
MARTEL , froidement.
Tl est solide pour son âge ; il s'a déjà battu avec un homme I
SCE]\E YIL%
MARTEL, COLIGNON, JUDAS.
JUDAS, en oiwrier y à la cantonade.
C'est bon! buvez toujours!... ( J part. ) En v'ià qui iront bien... A ceux-ci!... ( H«z//.) Salut , les anciens. . . ( Colignon et Martel quittent la table. )
MARTEL
Ahîiev'Ià!
COLIGNON , lui serrant la main.
Vous voyez. . . les amis n'ont qu'une parole. . .
MARTEL
Ah! ça, il se prépare donc quelque chose ?. . .
JUDAS, d^un air de bonhomie.
Moi, j' sais pas. . .
COLIGNON.
Ilum! farceur!... y n' sait pas... Mettez-vous là, et contez-nous ça. ( Ils se mettent à table. — Jppelant. ) Garçon ! un verre ! . . .
JUDAS
Dam', mes enfans, faut pas se dissimuler une chose. . . 1 ouvrier n'est pas content.
MARTEL
C'est-à-clire, il est content clans un sens. . .
COLIGNON.
Mais il n'est pas satisfait dans l'antre.
JUDAS , d'un air en dessous.
C'est ça. ,. Je le calme tant que je penx. . . mais il y a« des mal intentionne's qui le remuent...
MARTEL
Des Je'suites . . .
COtIGKON.
Ah ! les porichinels de jésuites ! .. . J' pourrai pas mettre la main d'sus un. • .
JUDAS, appuyant.
Apres ça, faut être juste. . . on a remué des pavés. . . c' n'est pas pour des prunes ! c' n'est pas pour que l'ouvrier se r'fuse un verre de vin quand il a chaud. . . MARTEL , buvant.
Et il se le refuse!
COLIGNON, idem.
Il ne fait que ça.
JUDAS , regardant la bouteille.
N'y a plus rien. .. (Appelant. ) Garçon, du même... ( Haut. ) Pour lors , d'où voulez-vous qu'il tire sa subsistance ? . . . ( Au garçon. ) Du cachet vert. ( Haut et chaudement. ) Faut donc qu'il se laisse tyranniser par les chefs d'ateliers . par les maîtres de fabriques , qui croient qu'ils ont tout fait quand ils vous ont payé c' qu'ils vous doivent. . .
MARTEL
Se laisser tyranniser!. . .
COLIGNON.
Nous ne serions pas Français. . .
JUDAS
Partons d'un principe.
MARTEL
J' veux bien.
En roule !
Eh ! non. . .
COLIGNON.
Ah I oui. . . partons assis.
COLIGNOK, se let^ant.
JUDAS , l'arrêtant.
JUDAS, faisant rasseoir Colignon.
Ils font toat avec des machines. . .
AIB : Haïr est une folie.
En uue heur' un' mécanique
Vous fait dix raille aua's de draps. . .
COLIGNON.
C'est pour nous casser les bras . . .
MAKTEL.
Et mêrae on m'a dit tout bas
Qu' par un' machine hydraubique ,
Ils allaient fair' des souliers.
COLIGNON.
Pour ruiner les cordonniers .' Enfin ils ont pris des m'sures.
Et la vapeur va , mon gros , Fair' marcher tout's les voitures.
MARTEL
C'est pour supprimer les chevaux!
COLIGNON.
pauvres chevaux ! encore des mécontens ! . . .
JUDAS
Et les compagnons qui vont être oblige's de travailler la nuit. . .
COr.IGNON.
Sans augmentation?
JUDAS
Au contraire , on les diminue. . . ( //^ ^e lèvent. )
MARTEL
Mille tonnerres!
COLIGNON.
C'est à nous de faire la loi . . .
MARTEL
Nous rogner notr' paie !
COLIGNON.
Ils la raugment'ront. . .
MARTEL
Du double !
COLIGNON.
Du triple !
MARTEL
Ça y est.
Faut les forcer. . .
JUDAS, se frottant les mains.
C'est ça... soyôri.9 des hommes'. Je vas prévenir tous les quartiers. . . Le renilez-vous est ici. . . Soulevez-vous en même temps, pour que ça soye plutôt lini... parce que je ii'ainie pr-.s le bruit, moi. . .
COLIGNON et MARTEL.
Nous non plus.
JUDAS
AIR : J'ons lin cUré patriote.
Les menuisiers nous demandent,
Afin de s'faire augmenter :
Les boulangers nous attendent.
Faudra bien les écouter.
Enfin v'Ià les maréchaux Qui n'veul'nt plus terrer les chevaux ;
Ça niarcli'ra , {bis.) Ça march ra bien mieux comm' ça.
TOUS
Ça niarch'ra , etc.
Coriimençons par les fabriques
Et les machin's à vapeurs ;
A quoi serv'nt les mécaniques
Et les press's dos imprimeurs?
Les Trycicles n'roul'ront plus,
On cass'ra les Omnibus.
Ça march'ra , {bis.) Ça march'ra bien mieux comme ça. . .
Oui , ça march'ra bien mieux camm' ça.
TOUS
Ça march'ra , etc, ( Il sort en courant. )
SCÈJ\E IX.
MARTEL , COLIGNON.
MARTEL , un peu échauffe.
Vlà-t-il un brave homme!
COLIGNON, di' même.
Brave homme I brave hojnme!... J'ai encore oubh'é d' lui d'mander son nom.
MARTEL
C'est égal , un ami n'est point un inconnu . . . Buvons !
COLIGNON.
Non... faut conserver ses facultés morales et ses jambes. . . Sois tranquille , père Martel, ça ira bien. MARTEL , se montant peu à peu.
Oui... la liberté, c'est comme la bouteille... àla romle , mon père en aura. . Moi j'en veux.
COLIGNON.
Les camarades aussi. . . J'en veux, lu en veux , nous en voulons, ils en veulent tous comme des goulus ! ...
MARTEL
lis en auront! Toucbe là, mon Colignon ( Avec
tendresse. ) Je t'aime , Colignon. . . tu me pbus.
COLIGNON.
Parole d'iionneur ?. . . Eli bien , embrassons-noas !
MARTEL
Ca va!... ( Us s'embrnssriit. ; Colignon, permets une (juestionà ton ami. .. Pourquoi que tu no serais pas mon gendre , Colignon?
COLIGNON.
Tiens , au fait. . . c'te bêtise!
MARTEL
Tu as des qualités. . . tu as une Hgure. . . COLIGNON, nuec fatuité'.
J' crois qu'oui. ... la figure y est. . . MARTEL.
Tu as une figure espirituelle !
COLIGNON , ai'ec indifférence.
Ob ! ob ! j'ai de la facilité. . . J' m'entends assez bien à monter un' couleur. ( Il rit. )
MARTEL le montrant du doi^^.
Ah! malin!... Eb bien,j' te donne ma fille, si tu veux. . . Est-ce fait?
COLIGNON.
J' v;is vous dire... Votr' fille est gentille, et nous ferions un joli couple, au moral; mais an physique, j'ai idée que vous n' lui donn'rez pas un sou.
MARTEL
Je lui donnerai ce que j'ai . . ,
Coalition. J
COLIGNON.
Oui. . . c'est ça. . . et alors. . . j'ai mon oncle, le boulanger, qui m'en laissera... et vous pensez bien que mon oncle m'en laissant.. . moi. . . je. ... Chut ! v'ia c" clampin d'Isidore... Nous en recaus'rons.