SCÈNE X
LES MÊMES, iSïJyOKE, en habit de irafail
ISIDORE , entrant à reculons.
Oui , Madame , avant d'aller diuer... vous aurez votre serrure... ( Apercet^ant Martel. ) Ah l c'est vous, père Martel !
COLIGNON , à mi-voix f à Martel.
Faut tâcher qu'il soit des nôtres, ce capon là. . . il s'est bien battu. . .
MARTEL , bas.
Ne dis rien. . . ( Haut. ) Te v"là donc, Isidore?
ISIDORE
J'étais en peine de vous. . . On craignait , h la boutique , que vous u' soyez malade.
MARTEL
Tais-toi. • . Tu sais bien que je n'ai pas voulu y aller. . .
ISIDORE
Pourquoi?
MARTEL
Parce que j' suis bon ouvrier.
ISIDORE
Vlà pourquoi vous n' faites rien ?
COLIGNON.
Comme s'il ne savait pas qu' dans les circonstances, le bon ouvrier ne doit rien faire... pour montrer son patriotisme. . . cest dans l' journal. . .
MARTEL
Tu peux le lire, c'çst affiché sur tous les murs!
ISIDORE
Est-ce que je perds mon temps à ça !
MARTEL
En v'ià-t-il un séditieux I
( '9 ) COLIGNON.
C'est un etei^ûoir !
MARTEL
Et tu viens encore d' travailler ?
COLIGNON , indigné' il travaille! le lâche I... le feignant!
MARTEL
Pour faire du tort aux camarades !
ISIDORE
Pas pour leur faire du tort Mais je n' suis pas rentier , moi ; tous les dimanches y m' faut ma aemaine.
MARTEL
Eh ben! et à moi?
COLIGNON
Et à nous aussi, il nous la fnnt.
Eh bien ! vous ne l'aurez pas eu perdant votre temps. MARTEL , /r? tii^nt à lui.
Mais bête que tu es , tu n' compretids donc pas . . . COLIGNON, /'' tîrani de son coté.
Permettez, ieune aveugle!... Ne voyez - vous pas... qued'puis que le monde est monde , l'ouvrier y met du sien ! il faut à présent qu'on rnccourci<.se les journées , et qu'on allonge la paie ça fait qu'on s*y retrotivera , comme dit le philosophe.
ISIDO'^E.
Et les maîtres, comment qu'ils joindront les deux bouts , s'ils nous paient plus cher quand nous en ferons moins? faudra donc qu'ils augmentent, la marchîmdise? et le commerce qui va déjà mal, en ira donc mieux? et ceux qui n'ont pas d'ouvrage , en auront donc plus ? et. . . Ah ! hiisôez-moi tranquille.
COLIGNON lui t mimant le do.t.
Mon cher, vous n-'êtes qn'on aristocrate !
MARTEL
Allons , viens avec nous.
ISIDORE
Non , je reste à Patelier.
MARTEL , indign '.
On t'a donc embauché. . . Je ne te reeonnaiB plus.
AIR : Je suis l'/ançais , mon pays avant lotit.
Toi , que j'ai vu le Jour des barricades ,
Courir partout , t'battre comiDC un dérnon ,
Et qui tout seul , devant les camarades ,
Es revenu sur l'affût d'un canon ,
Kst-c' qu'aujourd'hui tu r'cul'rais , mon garçon?
ISIDORE
Non ; mais je crois que ma tâche est finie.
Sans être fier de quelqu's servic's rendus ,
Je msuis battu , j'ai servi ma patrie ;
Moi , j'suis content , je n'voulais rien de plus ;
J .suis coûtent , je n'voulais rien de plus, [his.)
f.OLiGTïON , h Martel , avec împorlance. C'est fini , il est abruti !
MARTEL, à Isidore.
Tais-loi !
ISIDORE
Je veux vous parler raison.
COLIGNON , le poussant.
11 veut nous corrompre. . . Va-t'en !
ISIDORE, le menaçant- Méchant colleur , si mou ouvrage ne m'attendait pas. . .
COLIGNON , fièrement .
Tape donc! v'ià mes frères qui viennent, v']à les amis... Tape... Ah I 11 nose pasî... le capon ! capon ! voltigenx î . . •
( // le reronduil en le nm-^iinnt. — hidore rentre , en haussant les épaules.^
SCE]\E Xf.
MARTEL , COLIGNON , Cocher , Boulanger • Fort , Charbonnier , iAL\réchal -ferrant. — Cliacun des personnages est à la télé de plusieurs ou- Triers du même méder que lui. — Perruquier , Fileur , Porteur d'eau, MArchand de vin, Coleur.
CHOÏUR.
AIR : Ce hrtiit soudain a semé V épouvante. ( Anloine. )
l)es ouvriers nous v'nons sout'nir la cause, Sur la justic' not' demande repose. . .
El qu'à son tour chacun ici propose , Ce qu'entre nous Il croit utile à tous !
Silence!
Silence!
Paix donc î
PREMIER GROUPE
DEUXIÈME GROUPE
TROISIÈME GROUPR.
MARTEL
Si VOUS demandez tous silence , on ne s'entendra plus.
COLIGNON.
Je partage l'avis de l'orateur ... Il s'agit d'abord de nommer un président Prenez le père Martel, je vous le
donne de confiance.
PREMIER GROUPE
Oui! oui!
DEUXIÈME GROUPE
Non ! non !
COLIGNON.
Si ! ... Le père Martel est vieux , et si vous ne le preniez pas , il n'y aurait plus de doyen d'âge.
TOUS
Le père Martel!
( Ils mettent au milieu du (he'dtrc la tohle du marchand de vin. — On fait monter dessus le père Martel, qui se confond en salutations. )
COLIGNON , montant sur une chaise , placée à côté de la table.
Moi, mes enfans , je suis le rapporteur Yaillans
amis ! honorables amis ! tous avez elé tons des grands hommes , quoiqu'il y en ait de plus petits les ans que les autres. . . et dans la circouslance vous avez dit : Ah ! ah! <|u'est-ce que c'est que ça. . . alors. . . A vous, pre'sident.
MARTEL
C'est pas ça ... Il s'agit de savoir pourquoi nous sommes assembles. . . A toi , rapporteur,
COLIGNON.
J'y suis 1 Vous savez la question Je demande
primo : qu'on renvoie les ouvriers étrangers.. . Allemands ,
Prussiens , Chinois j qu'ils s'en aillent tous clans leurs chefslieux. . .