Région ano-rectale
Une des opérations les plus délicates que l'on puisse pratiquer sur cette région est celle de la dilatation anale. On y a recours pour guérir les fissures à Vanus ou les hémorrhoïdes, mais, dans ce dernier cas, la dilatation peut ne pas suffire ; il est parfois nécessaire d'y ajouter l'ablation du bourrelet variqueux, et dans l'une et l'autre alternative, l'analgésie cocaïnique nous a donné les plus merveilleux résultats.
Le patient est mis en position classique, couché sur le côté, le membre inférieur de ce côté étendu, le membre inférieur du côté opposé fortement fléchi sur le bassin ; le périnée est, de ce fait, exposé pour ainsi dire, bien en rue, presque saillant, ou du moins peu enfoui dans la rai-
Dure interfessière. La région anale est rasée^ lavée, et l'on se propare à pratiquer l'anesthésie. D'abord, on introduit, avec une pince, un tamponnet de ouate hydrophile gros comme un petit pois et imbibé dans la solution de cocaïne. Il est poussé, peu à peu, dans le trajet sphinctérien tandis que les mains, par des tractions sur la peau des fesses, étalent les plis de l'orifice anal et le dilatent. Le tampon pénètre ainsi sans être accroché par les plis radiés, et on le laisse en haut, au niveau de l'ampoule.
Au bout d'une ou deux minutes, ce trajet est assez insensible et assez relâché pour qu'on puisse y introduire des tampons, gros cette fois comme une noisette et munis d'un fil, grâce auquel on pourra les retirer facilement. On en poussera un autre un peu plus gros dans l'ampoule rectale. Il est vrai que le deuxième a chassé le premier, et le troisième le deuxième, mais s'il n'en reste plus dans le trajet sphinctérien, un peu de la cocaïne exprimée s'y insinue et en assure l'analgésie. Voilà pour l'insensibilisation de la muqueuse.
Mais il faudra forcer le sphincter; on doit par conséquent l'analgésier, si l'on veut conjurer l'atroce douleur que provoquerait sa déchirure ; pour cela, nous faisons une injection circonférentielle tout autour de l'orifice anal, injection poussée à peu près à la limite de la peau
et de la muqueuse, mais empiétant plutôt sur la peau. Nous plantons l'aiguille dans le derme, en avant de l'orifice, et cette seule piqûre a le droit de causer un peu de douleur. En effet, nous .poussons de la cocaïne à mesure que nous avançons; le contenu de la première seringue, en cheminant, insensibilise le premier quart du trajet circonférentiel dont nous déplissons la peau devant la pointe de l'aiguille afin que cette peau ne soit pas percée au niveau des plis. L'aiguille est retirée, puis replaotée un peu en amont du point qu'elle quitte ; aussi pénètre-t-elle dans un tissu déjà anesthésié. Un deuxième quart de la circonférence est ainsi parcouru ; même manœuvre pour le troisième et le quatrième, et le pourtour de l'orifice se trouve ainsi insensibilisé par quatre centigrammes de cocaïne.
Ici, nous comptons avec soin la quantité d'alcaloïde qui pénètre dans les tissus, car dans la dilatation simple pour fissure anale, aucune incision n'est nécessaire et, par conséquent, toute la cocaïne injectée est absorbée, aucune parcelle ne sera libérée et ne s'écoulera au dehors avec le sang. Nous comptons, car il s'agit d'une région vasculaire où les veines dilatées abondent et où l'absorption de l'alcaloïde est rapide. On le voit, nous avons deux raisons pour une d'être prudent.
Il faut insensibiliser le sphincter. Pour cela, nous introduisons l'index gauche dans le trajet;
il y pénètre avec facilité, car la muqueuse est anesthésiée et le muscle, contracture jusqu'alors, est devenu flasque : l'orifice est presque béant, Men que la dilatation mécanique n'ait pas commencé. Cet index introduit dans l'anus, on pique, en dehors de l'orifice, l'aiguille perpendiculairement à la peau ; elle y pénètre sans provoquer la moindre douleur, puisque cette peau est insensibilisée ; puis ou pousse l'aiguille et le piston de façon à progresser de bas eu haut dans le sphincter, tout en versant entre ses fibres un petit jet de cocaïne ; on la ménage, on pousse lentement le piston, de façon à ce que la seringue ne soit vide que lorsque l'aiguille est arrivée au bout de sa course, c'est-à-dire au niveau du bord supérieur du sphincter.
On retire l'aiguille, puis on la pique un peu plus loin, à un centimètre environ, et toujours sans provoquer de douleur, puisqu'elle pénètre dans les téguments insensibilisés par l'injection circonférentielle. Mêmes précautions que la première fois, même direction de bas en haut; d'ailleurs, l'aiguille est guidée par l'index resté dans l'anus, il la sent cheminer à travers les tissus et s'oppose à ce qu'elle fasse fausse route et perce la muqueuse ou quitte le sphincter. Ici encore on ménage l'alcaloïde. On fait ainsi, et en tout, six piqûres ascendantes, régulièrement espacées tout autour de l'orifice anal. Ces six piqûres ont dé-
posé dans le sphincter six centigrammes d'alcaloïde, qui, joints aux quatre centigrammes de l'injection circonférentielle, font un total de dix centigrammes.
Il faut attendre cinq minutes, cinq minutes depuis la dernière injection ; on enlève alors, en tirant sur le fil qui les étreint, les tampons de l'ampoule anale et l'on peut prendre le spéculum de Trélat qu'on introduit, fermé et oint de vaseline, dans le sphincter déjà lâche et sans résistance; puis, peu à peu, sans secousse, sans à-coups^ par un mouvement progressif, on presse sur les branches du spéculum qui s'ouvre et dilate le sphincter; bientôt la résistance s'accroît; on étreint les branches avec plus d'énergie, mais avec la même lenteur, et pour que l'opération soit régulière, il est bon de mettre trois minutes avant que les deux valves du spéculum soient écartées au maximum. On retire le spéculum ouvert; on le ferme, on l'introduit de nouveau, de façon que les valves s'ouvrent dans un sens perpendiculaire au premier, et cette fois-ci, plus rapidement, en une minute, environ ; l'on presse jusqu'à ce que les hanches se touchent, c'est-àdire jusqu'à ce que les valves soient arrivées au terme de leur course.
La dilatation anale est finie, et l'opération est complète, s'il ne s'agit que de fissure anale ou d'hémorrhoïdes peu volumineuses; mais si, le