‹ La cocaïne en chirurgie (volume 2)Chapitre 41 sur 53 · Analgésie des muqueuses et des séreuses · texte numérisé non relu

Analgésie des muqueuses et des séreuses

Ici il n'est plus question d'injections dans la trame des tissus; l'analgésie s'obtient par simple contact de la cocaïne avec la surface

MUQUEUSE PHARYNGÉE 167

de la muqueuse. Ce '^badigeonnage/' d'ailleurs, produit une anesthésie trop superficielle et trop fugace pour un acte chirurgical prolongé et si l'on veut, dans ces régions, atteindre des tumeurs à racines profondes, c'est encore aux injections qu'il faudra recourir.

Le contact de la cocaïne sur les muqueuses amène cependant un affaiblissement des réflexes qui permet de ''manier" des surfaces que le moindre attouchement exaspère et révolte. Grâce à de sinaples badigeonnages avec un pinceau imbibé d'alcaloïde, on introduit des instruments jusqu'à l'entrée du larynx, on enlève des corps étrangers, on pratique des cautérisations légères.

Les médecins auristes y ont recours. Kirchner et Cartaz les utilisent pour pratiquer la paracentèse du tympan, l'incision de son pli antérieur et de son pli postérieur, la ténotomie du muscle tenseur et la section du manche du marteau. Nous nous en sommes servi pour introduire dans l'œsophage des tubes de Debove, pour enlever des amygdales, et pour abraser des végétations pharyngiennes, opérations peu douloureuses, du reste, et qu'on peut mener à bien sans analgésie préalable. Comme l'insensibilité n'est alors, pour ainsi dire, qu'à fleur de muqueuse, certains auteurs proposent, non de badigeonner la surface, mais de la ''brosser" en quelque sorte, avec une solution à 10 ou à

d%, dont ne voudrions, pour notre part, prendre aucunement la responsabilité, du moins en chirurgie générale.

Cessolutions des spécialistes, et je le dis une fois pour toutes, me paraissent, à moi, dangereuses. J'ai rapporté ailleurs que ''cinq fois, pour pratiquer la lithotritie, Dubuc a eu recours, avec succès, à l'injection dans le réservoir urinaire, de 30 grammes d'une solution h 5 % lorsque la muqueuse très altérée est douée d'une grande capacité d'absorption, k 10 % dans le cas contraire." Si je fais le calcul, je constate que ces 30 grammes de solution à 5 et à 10 %^ équivalent à 150 et à 300 centigrammes de cocaïne ! Or, nous conseillons de ne jamais atteindre 20 centigrammes. Et certes, ce n'est pas à la légère que nous avons fixé cette limite infranchissable pour nous. N'avons-nous pas montré, observations en mains, que des doses six fois moindres que celles de Dubuc ont suffi pour amener la mortf

Et nous nous entendons bien : il ne s'agissait pas, dans les cas d'intoxications mortelles auxquels nous faisons allusion, d'injections au sens propre du mot, de propulsion intra-dermique, de solution emprisonnée dans les tissus et dont l'absorption et la pénétration dans le sang seront totales. Non : dans ces cas, comme dans ceux de Dubuc, il y avait simple contact de la so-

lution cocaïnique avec la surface d'une muqueuse ou d'uue séreuse, pharynx, urèthre, vessie, rectum, vaginale, et la mort n'en est pas moins survenue, foudroyante presque toujours. N'avons-nous pas d'ailleurs rappelé les expériencee de Lépine et Condamin montrant l'absorption se faisant, à la surface de quelques muqueuses, aussi rapide que dans les lames du tissu cellulaire ? Aussi sommes-nous épouvanté, lorsqu'on parle d'une solution à 10 et 5 % et d'injections de 30 grammes !

Les observations de Dubuc ont plusieurs années de date. Elles sont d'une époque où nous n'avions aucune donnée précise sur la toxicité de la cocaïne. Mais, à cette heure, je sais des spécialistes d'une grande notoriété et dont l'habileté me parait d'ailleurs, en d'autres circonstances, doublée d'une prudence extrême, qui parlent couramment de solution à 5, 10, 20 et 50 /^ ! Ne vontils même pas jusqu'à mettre sur la muqueuse non plus -une solution plus ou moins chargée, mais du chlorhydrate de cocaïne sans mélange ! Si chez eux les accidents sont cependant exceptionnels, si ces spécialistes peuvent invoquer une série de cinq mille ou même de dix mille examens ou interventions sans troubles graves, à peine quelques syncopes ou quelques excitations cérébrales passagères, c'est que la surface d'absorption qu'ils analgésient, la portion de mu-

queuse sur laquelle ils manœuvrent, sont en général peu étendues ; mais j'ai toujours peur que ces titres de solution ne tombent dans des oreilles de médecins ignorants, qui s'empresseraient de les transporter dans la chirurgie générale. Là, les champs opératoires sont larges et, pour les analgésier, il faut beaucoup de liquide : 20 grammes au minimum pour la vessie. Et Von voit alors les chiffres d'alcaloïde qu'on atteint avec les solutions des spécialistes. Or, rappelonsnous que 80, 75, 50, 22 centigrammes peut être, mis au contact d'une muqueuse, ont suffi pour provoquer la mort.

Et si j'insiste, si je reviens à la fin de cet ouvrage sur une discussion épuisée déjà dans le premier chapitre, c'est que ces solutions à 10 et 5 ^ ne sont pas seulement dangereuses, elles sont inutiles : si les dentistes, les auristes, les laryngologistes se contentaient de solution à 1 %, ils obtiendraient une analgésie suffisante pour leurs explorations et leurs opérations. Les solutions faibles insensibilisent parfaitement les tissus en général et la surface des muqueuses en particulier ; la seule différence entre les solutions fortes et les solutions faibles, est que les premières provoquent une anesthésie plus rapide et plus durable. Mais, que sont ces deux avantages en regard de la sécurité que donnent les secondes !

Page 1