‹ La cocaïne en chirurgieChapitre 48 sur 79 · AMYGDALES · texte numérisé non relu

AMYGDALES

Je conseillerai done de ne pas se départir, pour les badigeonnages, des règles que j'ai tracées pour les injechons interslitielles, Qu'on se rappelle ce que nous disions à propos des « dangers de la cocaïne » et qu’on veuille bien en relire les observations : on y verra que la plupart des accidents mortels ont trait à des intoxicalions dues, non à des injections dans le parenchyme, mais à de simples mises au contact d'une solution analgésique trop forte et trop abon- dante avec les muqueuses du rectum, de l’urèthre, de la vessie, du pharynx et du larynx ou avec la séreuse vaginale.

Ces opérations sous simple badigeonnage à la cocaïne sont peu nombreuses. Pour la bouche nous avons parlé des amygdales ; mais, en vérité, le bénéfice qu'on relire de la mise au contact de l’alcaloïde avec la glande est médiocre et ceux qui se félicitent d'avoir eu recours à la cocaïne s’imaginent la section de l’amygdale plus douloureuse qu’elle n’est en réalité. J'ai renoncé à la fois à l’anesthésie et à l'instrument tranchant, et je détruis la glande hypertrophiée par des ponctions avec un caulère conique qui pénètre facilement dans l’organe et le perce de part en part. Je pratique ainsi quatre ponelions par séance dans chacune des deux amygdales; je répète mon intervention de huit jours en huit jours, Deux séances, trois au maximum, suffi-

sent pour détruire les amygdales les plus volumineuses.

On a enlevé, à la suite de badigeonnages de la muqueuse, des fumeurs des gencives et des kystes salivaires des lèvres, des joues et du plancher buccal ; Ehrmann de Mulhouse s’en est servi pour la staphylorraphie ; Antonio Ecci a fait une autoplastie et une suture de la lèvre inférieure. Je ne puis guère croire que les malades n’aient pas souffert peu ou prou et prou plutôt que peu. En tous cas, pour des opérations semblables que je pralique assez souvent, j'ajoute au badigeonnage de la muqueuse, une injection dans les issus sous-jacents, dans la couche musculaire pour la lèvre, la joue, la langue et le milieu du palais ; les résullals sont excellents. Aussi ces interventions ont-elles trouvé place ailleurs, dans le chapitre où je traite de la technique des analgésies pour les opérations de la bouche.

Il en est une dont je n’ai point parlé encore et qui présente un grand intérêt ; je veux parler de l'extraction des dents. Une première remarque est indispensable ; lorsqu'il existe de l’ostéopérioslite, qu’un abcès s’est formé, qu'il a soulevé la muqueuse gingivale, les applications et les injections de cocaïne n’ont que peu d’effet. Elles amorlissent un peu la douleur, mais la souffrance est encore considérable. L'opérateur n’a donc pas à promettre ce qu’il ne saurait tenir,

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la suppression totale de la douleur. Il n’en sera plus de même «i le périoste alvéolo-dentaire est rouge et tuméfié, mais non décollé ; linsensibilisalion sera plus délicate à obtenir que s’il n’y avait pas d'inflammation, mais elle est possible et l'efficacité de la cocaïnisation n’est pas douteuse.

Pour extraire une dent comment s’y prendre ?

Voici la technique à laquelle j’ai recours depuis huit ans. J’applique sur la gencive, en dehors et au niveau de la dent que je veux arracher, une petite lame de ouate hydrophile imbibée de cocaïne et je recommande au palient de ne pas avaler sa salive. Au bout de quelques minutes la muqueuse est insensible; je plante dans son épaisseur la pointe de l'aiguille de la seringue et je pousse ; la muqueuse blanchit; j’avance péniblement du collet vers la racine dans la trame épaisse de la gencive et je vais profondément, d'autant plus profondément que la racine de la dent est plus longue. C’est dire que je ne crains pas de cheminer de un centimètre à deux et trois centimèlres lorsqu'il s'agit de la canine ou des grosses molaires. J'ai presque toujours vu violer ce préceple par les dentistes, ce qui m'explique les échecs qu’ils éprouvent parfois et les plaintes du patient.

Cette insensibilisation à la partie externe de la gencive et du maxillaire ne me suffit pas; je

la répèle à la partie interne, parfois même en avant et en arrière de façon que les quatre faces de l’alvéole soient circonserites par une injection ; j'attends alors 5 minutes, puis je déchausse avec soin la dent ou le chicot, je me ménage tranquillement, sur mon patient qui ne sent rien, une bonne prise sur la couronne ou les débris de la racine et je saisis mon davier. Puis, et par un mouvement progressif de vaet-vient, j’ébranle la dent, je la mobilise peu à peu et je la tire à moi, sans ces à-coups violents, ces mouvements brulaux de poignet qui brisent l’alvéole et multiplient les dégâts. Ces méthodes de force avaient leur excuse lorsqu'il fallait aller vite, chez un individu que lon lorturait par la plus atroce des douleurs ; mais maintenant qu'ils ont insensibilisé la dent, pourquoi nombre de dentisies n’ont-ils pas recours aux procédés de douceur ? J’ai vu l’un d'eux, et pas le moindre, arracher victorieusement, d’un brus< que tour de poignet, une dent cocaïnisée ; la dent élait hors de la bouche en moins d’une seconde, mais l’alvéole élait brisée !

Lorsqu'il s’agit de la dent de sagesse en évolution vicieuse, l'opération est délicate ; le plus souvent la couronne est cachée sous les fongosités de la gencive et, sans parler de la profondeur où il faut porter les instruments, la molaire qui précède la dent de sagesse cache celle-ci et ne

permet guère de l’aborder. On est parfois forcé, surtout lorsque elle est prématurément cariée, d'arracher non la dent de sagesse, mais la molaïre antérieure. Son extraction laisse en avant une large place où la dent de sagesse évoluera à son aise. Mais lorsque c’est cetle dernière que l’on veut enlever, il faut anesthésier non seulement les lissus qui Penchassent, mais encore la gencive de la molaire antérieure sur laquelle le levier prendra un point d'appui.

Les dentistes qui ont recours à la cocaïne, insensibilisent les issus lorsqu'ils veulent arracher une dent, mais s’absliennent dans les cas si douloureux pourtant, où ils arrachent ou détruisent la pulpe par des vrilles ou par des caustiques. Pourquoi ne pas faire alors des injections profondes, jusqu’au niveau des racines, et semblables à celles que nous avons préconisées pour Lextraction ? Certainement ces injections seraient efficaces ; elles agissent sur les nerfs qui abordent la pulpe, puisque lors de l'extraction on étire et lon rompt ces nerfs sans que le patient éprouve la moindre souffrance. Pour toutes ces anesthésies, opéré doit être dans la posilion horizontale si l’on veut empêcher la syncope. Pour tout dire en un mot, les injeclions analgésiantes de la bouche seront soumises aux mêrnes règles que les injections analgésiantes des autres régions,

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