VEND, ACHÈTE, INCHANGE BIJOUX, BOBB8| DENTELLES, ETC
Passage de rOpéra, galerie de V Horloge, it* ...
— Si cette femme a un autre nom, c'est sous celui-là sans doute que je la connais ; mais madame Ephraïm?...
Et Camille rendit simplement la carte à sa sœur.
— Tu pourrais aller aux renseignements, dit Julie avec malice.
— A quoi bon? Cette femme a menti.
— Tu en es sûre ?
— Parfaitement sûre.
— Tu m'autorises à lui répéter cela î
— Oui.
Julie regarda sa sœur, dont le visage était resté impassible.
— Ah ça! lui dit-elle après une minute de silence, tu n'as donc aucune passion?
— Que veux-tu dire?
— Je veux dire que si j'étais à ta place, et si l'on m'annonçait le quart de ce que je viens de
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t'annoncer, je n'y tiendrais plus, même en doutant de la vérité... Je serais jalouse, furieuse, et je souffrirais.
— Tu regrettes que je ne souffre pas? repartit Camille. Je n'ai pas grand mérite à cela... Et si jamais le ciel t'accorde le bonheur d^aimer et d'être aimée, tu verras que la confiance est facile.
— Oh! moi... je n'aimerai pas! Je pense trop i me marier.
Et, en accompagnant cette réflexion vraie d'un petit rire qui empêchait peut-être un soupir, Julie s'en alla, mécontente d'elle-même, qui venait d'échouer dans sa taquinerie, mécontente de sa sœur, dont elle enviait la placidité.
Camille ne doutait pas, et ne pouvait en aucune façon douter de Pierre Dufour ; mais elle devinait qu'une femme comme Sylvie ne firappait pas au hasard, et que cette menace indirecte lui était faite pour lui déchirer quelque endroit du cœur.
« Il n'est pas vrai que je puisse jamais avoir une rivale, se dit-^elle quand elle fut seule; mais est-il invraisemblable que l'on songe à en susciter une? Comment cela pourrait-il m'inquiéter? >
Malgré sa foi absolue, elle se sentit atteinte d'une curiosité presque fébrile ; elle alla cher-
cher les dernières lettres de son ami , les relut attentivement, et ne trouva aucun indice. Interroger Pierre, c'était Taffliger, lui laisser croire que l'ombre d'un doute avait passé sur elle. M. Dufour pouvait être aussi bien informé au moins que madame Ephraïm; elle alla dans la journée même 'à Belleville-, et ce fut avec un battement de cœur dont elle se raillait intérieurement qu'elle amena la conversation sur ce sujet en plaisantant, en ayant l'air de se croire un* peu jalouse.
M. Dufour était au courant; Pierre lui faisait ses confidences. Au premier mot, le brave homme, dont la sagacité diplomatique s'épaississait sans doute avec l'âge, ou plutôt qui s'entendait mieux à ruser avec les hommes qu'avec les femmes et qu'avec les jeunes filles, au premier mot, M. Dufour prit un ton sérieux, pénétré, attendri, et dit à Camille en lui serrant les mains :
— Mon enfant, ne soyez pas jalouse! Pierre vous aime bien, car il vous sacrifie, sans hésiter, une belle personne, une belle position, tout un grand avenir qui commençait... Je ne dis pas qu'il a du mérite à cela; mais... un autre eût hésité.
Camille se sentit mordue au cœur par cette ré-
ponse faite pour la rassurer. Pierre Taimait plus que tout au monde, plus que sa gloire : n^était-ce pas à elle à refuser quelque chose de cet amour trop absolu !