‹ La cocarde clancheChapitre 5 sur 53 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

Le Roman de la Bourgeoisie sera Thistoire des consciences modernes. L'auteur se flatte de dégager un enseignement et une espérance pour tous de chacune de ces études. Il n'a de haine que contre le despotisme; il n'a de parti pris d' effusion que pour la liberté. En mêlant à un drame intime les événements de Thistoire générale, il s'efforcera, comme il Ta déjà fait dans ce premier récit, de ne méconnaître aucun héroïsme, de rendre hommage à toute vertu, et de ne pas laisser dégénérer en pamphlet une analyse entreprise pour servir la justice et pour amener la concorde.

L'épisode de la campagne de 1814, qui a fourni le sujet de la Cocarde Blanche^ est resté un souvenir vivant en Champagne.

Si Tauteur n'a pas multiplié les notes, les preuves historiques, au bas des pages, c'est pour ne pas alourdir un récit dans lequel il se sentait heureux d'épancher par instants son âme et sa foi({).

Il se souvient que, dans son enfance,

(i) L'auteur doit un témoignage de reconnaissance spéciale à un livre intéressant et indigeste : V Invasion en Champagne , par Pougiat.

PREFACE m

quand il allait en promenade avec sa pension, le jeudi ou le dimanche, il ne pouvait sortir de Troyes sans rencontrer ou un pont ou un moulin brûlé, ou quelque maison démolie ; et^ à chaque question, les maîtres répondaient aux élèves : — Ce sont les Cosaques en 1 8 14!... — Les élèves avaient le cœur gros et maudissaient les Cosaques !

La Champagne, dans son héroïsme naïf, a tout pardonné à Napoléon. Il y a peutêtre de la modestie à se sentir moins magnanime. L'auteur avoue humblement que soii chauvinisme ne le précipite pas à la frontière, et qu'en touchant avec une émotion filiale aux blessures de la patrie, il divise la responsabilité de ces malheurs entre la Coalition furieuse et celui qui Ta provoquée.

Le second récit, qui paraîtra prochainement, et qui sera emprunté à la Révolution de i83o, pourrait s'appeler la Cocarde tricolore.

La Révolution de février venait de me renvoyer comme journaliste dans mon pays natal, d'où j'étais parti comme écolier. La France était en République depuis trois semaines, et j'étais républicain depuis qViinze jours. Je ne me suis pas repenti encore, après vingt années, du pacte conclu alors avec les idées nouvelles. Je n'avais pas eu à en trahir d'autres pour adopter celleslà, que je n'eus jamais depuis la tentation de trahir.

Mais mon républicanisme dans sa fleur se trouva fort empêché, quand il fallut subir le choc des ouragans soulevés par les élections prochaines. Comment faire un choix parmi les candidats, entre des réactionnaires que je saluais avec respect depuis l'enfance et des hommes nouveaux dont je ne pouvais contrôler les titres?

Dans mon embarras, je fus heureux de trouver un conseil, un appui, un initiateur réfléchi, après l'initiative de l'instinct et de l'enthousiasme.

a INTRODUCTION

C'était un vieil ami de ma famille. Il avait soixante ans avant le 24 février ; il n'en eut plus que quarante après la Révolution. Il est vrai qu'à la fin de i85i, il reprit, je n'ose dire il gagna, trente années de plus. Il est mort aujourd'hui, et je puis raconter sa vie.

M. Maurice Cerbonnet, ancien Troyen, portant en lui toute l'histoire locale, n'avait jamais été déraciné de cette rude terre champenoise qui scelle les p5eds de ses enfants dans la boue solide et dans 3a craie ; mais, grâce à un système absolu d'isoleu^ent au milieu de ses livres et de ses fleurs, il s'é\:îît conservé libre de préjugés provinciaux. Enclin touî au plus à excuser les faiblesses du chauvinisme champenois, comprenant tout, s'assimilant par la lecture l'essentiel de la vie parisienne dont il allait de temps en temps goûter le superflu , assez riche pour n'avoir besoin de personne, assez pauvre pour ne pas faire envie, estimé pour son caractère, un peu redouté pour sa calme raison et pour ses opinions radicales, étranger aux étrangers de sa ville natale, c'est-à-dire aux fonctionnaires, aux autorités qui passent, ne se mêlant à la vie publique de Troyes que pour les élections municipales, jaloux des belles promenades qu'on est en train de faire disparaître, orgueilleux de la cathédrale, fanatique de Téglise de Saint-Urbain, soupirant après une restauration de l'hôtel de ville, connaissant tout le monde , tutoyant et

n'étant jamais tutoyé, simple dans sa mise, cor<rect dans son attitude, bienveillant sans encou* rager les curieux, discret sans se refuser à personne, M. Maurice Cerbonnet, avec son visage carré, ses cheveux gris, sa barbe blanche qui ne cachait pas son sourire permanent, ses yeux profonds, tranquilles, qui voyaient si bien et qui se laissaient si bien voir, était le type le plus parfait de ces Champenois dont Amadis Jamyn a écrit :

S'ils n'aiment les procès que la fraude accompagne. C'est faute de malice et non d'entendement.

Il avait Tentendement de toutes choses : des choses de la vie réelle et bourgeoise, des choses de la vie idéale. Quand il parlait beaux-arts, histoire, science, de sa voix grasseyante qui mettait des accents circonflexes sur tous les a et avec des locutions du glossaire troyen qui se mêlaient, comme des coquetteries de Tamour na«* tional, à son parfait langage, on Tadmirait en croyant seulement Tencourager, tant sa bonhomie facilitait Testime.

Pour la politique, il avait une forme spéciale de discours. Il ne se livrait pas volontiers sur ce point; sans se défendre, il se réservait. Mais, quand on Tavait sollicité ou séduit, et quand il devait formuler sa foi, son symbole , les mots prenaient un relief singulier dans sa bouche : il parlait alors comme un Parisien et non plus

comme un Troyen *, ou plutôt je me trompe, il parlait comme un homme, sans acception de contrée; et ses phrases, d'une netteté, d'une sobriété merveilleuse, avaient toutes reçu l'empreinte de sa longue réflexion. Il était de ces gens qui seraient écrivains s'ils n'aimaient mieux rester des penseurs, et ce que me disait M. Cerbonnet sur la politique méritait d'être imprimé, sans qu'on se permît d'y ajouter un mot. Je puis bien avouer maintenant qu'il y avait quelque chose de lui dans mes meilleurs articles. Ah ! si nous pouvions mettre toujours un peu de nos effusions d'amitié dans nos œuvres, nos œuvres en seraient plus persuasives.

Au reste, M. Maurice Cerbonnet ne faisait aucune propagande. Cet homme étonnant n'étonnait plus : on le savait si peu ambitieux, qu'on oubliait qu'il avait le droit de l'être. Il était un des trois ou quatre républicains de la ville, avant l'avènement de la république ; le lendemain de la révolution, personne n'eût voulu de lui pour une candidature. Il ne fut même pas président d'un comité électoral. Les nouveaux convertis le trouvaient tiède; il paraissait dépassé, et il riait tout bas de cette émulation. Comment s'ouvrit-il à moi? Je ne fais pas honneur de sa confiance à mon libéralisme, mais à sa libéralité. Il me suivait depuis le collège, que dis-je? depuis l'école. J'étais un enfant du quartier, et, en effet, je me souviens que.

INTRODUCTION b

tout petit, j'allais jouer dans la grande boutique de son père.

Le papa Cerbonnet avait vendu de la toile après en avoir longtemps fabriqué. Un jour, c'était vers 1791 ou 1792, il avait quitté sa cave de tisserand aux carreaux de papier huilé, pour s'installer dans une grande boutique, qu'il n'a abandonnée que le jour de sa mort.

Je la vois encore, la vieille maison de bois, avec ses auvents d'ardoise à chaque étage, sa grande enseigne en biseau, ses volets gigantesques, qui se repliaient tous les matins comme les feuilles d'un paravent, démasquant les deux comptoirs et les rayons chargés de pièces de toile. Je me suis caché bien souvent dans ces rayons aux profondeurs dangereuses et d'où je ne sortais jamais sans être un peu pâle de l'effroi que j'y avais eu, quand la cachette durait trop longtemps , et un peu blanc de la poussière que j'y avais essuyée. Le papa Cerbonnet laissait jouer chez lui tous les gamins du voisinage. Lui-même, l'excellent homme, était un grand joujou pour nous, un joujou avec lequel on ne jouait pas autrement que par les yeux, mais qui nous est resté dans le souvenir. Son habit gris, ses bas chinés, ses souliers à boucles, sa petite queue frétillante qui semblait nous provoquer du haut de son grand collet, tout est resté dans ma mémoire et dans un beau portrait que je voyais chez; son fils.

Le papa Cerbonnet passait pour avoir eu un rôle dans la Révolution; mais je crois mainte nant que son plus grand acte de civisme et que son meilleur rôle avaient été de donner à son fils tous les moyens de voir, d'apprendre, de s'instruire, et de communiquer à son enfant cette trempe énergique, ce caractère stoïque dont M. Maurice n'était pas fier, mais qui le rendait bon, par conscience d'une grande force.

Le vieux tisserand était devenu riche pour son époque. Il s'était retiré des affaires, sans se retirer de sa boutique : on avait posé de grands rideaux de toile verte devant les rayons devenus inutiles, et le magasin s'était transformé en une sorte de parloir, où les compères du quartier venaient jcauser; les soirs d'été, le papa Cerbonnet mettait son fauteuil de paille devant la porte; les voisins apportaient leurs chaises ; et l'on politiquait en plein air !

M. Maurice Cerbonnet habitait dans un des faubourgs de Troyes une maison entourée d'un grand jardin. L'habitation avait bon air, mais un air rustique. Un grand toit, mélangé de tuiles vernissées qui brillaienjt au soleil et qui formaient des losanges de différentes couleurs, s'appuyait sur une charpente robuste, dont les saillies gardaient des vestiges de sculpture. Des pierres et de la brique étaient mêlées au bois; une treille harmoniait l'arlequinade ; mais, en somme, la vieille demeure était saine et solide.

ïNTRODÛCTrON 7

C'était le reste de quelque communauté, l'appendice où logeait l'abbé. Meublée de haut en bas de tableaux, de livres, d'objets de toutes sortes, parée de ces débris qui avaient, tous en particulier, leur physionomie, leur petite étincelle électrique pour susciter le souvenir et l'émotion, la maison de M. Gerbonnet lui ressemblait. Grise d'aspect comme lui, mais engageante pour la causerie, elle souriait gravement, d'un sourire simple et qui n'avait rien de banaU

M. Maurice s'était retiré là depuis la mort de son père. La vieille maison de la rue Notre- Dame, avec son glorieux millésime de 1667, avait fini de se pencher sur les passants. Vendue à un marchand de calicot, on l'avait balayée, et sur sa poussière, on avait construit une masure prétentieuse en plâtre, une vraie maison moderne, déguisée par le pinceau en maison de pierre.

Tous les jours, quand j'avais fini ma tâche, j'allais voir M. Gerbonnet; je lui portais les journaux du matin, les correspondances auto» graphiées qui m'arri valent de plusieurs foyers d'information à températures différentes. Nous causions, ou plutôt, il faisait semblant de me laisser causer, ayant horreur de toute tentation de doctrinarisme ; mais, par un mot qui m'interrompait, par une réflexion, par un geste, par moins que cela encore, quand nous fûmes arrivés à nous bien comprendre, il me donnait l^

réplique, la solution que j'attendais. Je dépensais les phrases; il les éclairait de ses idées.

Je ne connais pas d'intimité plus douce que celle d'un vieillard qui se rajeunit en vous mûrissant. Mais il ne faut pas croire que nos entretiens roulassent exclusivement sur la politique. Combien de demi-journées dont Thistoire locale faisait tous les frais ! combien de promenades dans son jardin qui étaient consacrées à des divagations infinies, commençant par la fleur et ne s' arrêtant pas aux étoiles ! Je me souviens d'un champ de roses autour duquel on ne tournait pas en vain. Dès que sa senteur nous atteignait, l'entretien, quel qu'il fût, avait une parenthèse ou une diversion, et fatalement alors, nous causions poésie, art, littérature. Pourquoi ? qu'avaient de commun ces roses avec les poètes ? je ne sais. Mais comme une sorte de pudeur instinctive avait toujours empêché entre nous les conversations sentimentales, et comme il fallait pourtant qu'entre deux hommes, s'estimant et s'aimant, la logique de l'expansion amenât, malgré la différence des âges, des confidences plus tendres, nous trompions, par un accord tacite , ce besoin de nos âmes , et nous saisissions le prétexte de la senteur amollissante des roses pour nous jeter à cœur perdu dans les amours de la nature, à défaut des amours humaines.

Mon vieil ami ne s'était jamais marié et je

savais qu'on n'avait jamais glosé sur ses mœurs. Un jour, devant moi, un causeur égrillard l'a« vait un peu poussé sur ce chapitre, plus qu'il ne convenait même à la politesse et à la décence qu'on se doit entre hommes. M. Maurice s'était contenté de répondre :

— J'ai parmi mes prénoms celui d'Etienne, vierge et martyr, et j'ai fait un vœu !

Mais le sourire qui accompagnait ces paroles était comme un pâle et furtif rayon de soleil étalé sur le marbre blanc d'une tombe. Cette chasteté cachait sans doute un deuil.

Jamais je n'eusse osé faire une question indiscrète à M. Cerbonnet; non que la curiosité ne me tentât, mais elle trouvait son compte à s'exercer toute seule en silence, à épier, à conjecturer, à attendre.

Il parlait de la famille avec émotion, des enfants avec piété; il ne prononçait jamais le mot amour, à moins de le déployer comme le grand étendard de la fraternité.

Un jour, c'était à la fin de mai , la pluie nous chassa, du jardin, que nous préférions d'ordinaire à la maison. Nous montâmes à la chambre de M. Maurice : c'était un musée, comme sa mémoire, mais un musée sur lequel flottait en quelque sorte l'expansion d'un grand cœur.

Le vieux tisserand était dans un cadre audessus de la cheminée. Sur la pendule, un petit buste en bronze de Grosley, le Troyen illustre,

lO INTRODUCTION

riait du rire édenté d'un Voltaire champenois. Des cartes du pays, des étagères garnies de ferraille trouvée dans des tombeaux gallo-romains; des armoires vitrées contenant de belles reliures; une table chargée de livres et de brochures ; au fond du lit, se détachant sur une vieille tapisserie, un sabre, un simple briquet de garde national, suspendu avec un fusil ; des gravures sur toutes les murailles ; dans un meuble spécial, la collection de la bibliothèque bleue, imprimée à Troyes chez Oudot; puis, pour se reposer, pour jouir sans fatigue de la contemplation de ce bric-à-brac patriotique, des fauteuils en bois blanc garnis de velours jaune, et, au milieu de ces sièges, le trône de paille de papa Cerbonnet; telle était cette chambre , vaste d'ailleurs, avec de larges fenêtres sur lesquelles venaient jouer en festons la vigne et les plantes attachées à la treille.

Les rosiers n'étaient pas là pour fournir des prétextes d'expansion, et tout au plus eussé-je trouvé en giiise de fleurs quelques brins d'immortelles attachés par des épingles au-dessus de miniatures héroïques : mais ces mémento de convois fameux rentraient dans la nomenclature historique. Je savais ce qu'ils avaient à dire des funérailles de Foy, de Benjamin Constant, de Lafayette, auxquelles M. Maurice n'avait jamais manqué d'assister.

Gomme je furetftis^ ou plutôt çofnine j'errais

dans la chambre dont tous les recoins mutaient connus, je passai devant un petit bureau habituellement fermé et qui, ce jour-là, provoquait les regards. Le tiroir principal en avait été tiré tout à fait ; une serrure brisée recevait une réparation nécessaire , et, ert attendant le serrurier, M. Maurice Cerbonnet s'était occupé, avant ma visite qui Pavait interrompu, de ranger le contenu de ce tiroir renverse à la hâte sur la table du bureau.

Je vis des rubans tricolores; je me penchai pour les voir de plus près, et en les touchant, je dégageai une large cocarde blanche, qui paraissait faire partie du même petit paquet.

Je me redressai pour demander le sens de cette cocarde; mais la question s'évapora sur mes lèvres, quand je m'aperçus que mon vieil ami avait fait un pas en avant et avait étendu rapidement la main pour m'empêcher de profaner ces reliques d'un attouchement ou d'une question. Il était visiblement fort troublé. Nous nous regardâmes^ moi tout honteux de ma curiosité et tout brûlant de cette curiosité même, lui pâle, avec les yeux humides.

— Pardon ! balbutiai-je enfin.

— De quoi me demandez- vous pardon ? me répondit M. Cerbonnet avec douceur. Vous ne m'avez pas offensé; seulement, je n'ai pu me défendre d'un mouvement involontaire, quand j'ai cru que vous alliez toucher avec des m^in§

étourdies à ces reliques qui ont bu des larmes et du sang. Mais si je vous dis que toute ma vie est là, opinions, dévouements, sacrifices, devoir, amour..., vous prendrez garde, n'est-ce pas, de froisser ces cocardes. Je le sentirais. Mainte* nant, vous pouvez y toucher ! Ces rubans tricolores, mon père les a portés à la fédération, et moi, je les ai attachés à mon habit de garde national en 1814. Quant à cette cocarde blanche, voyez, elle est en satin, elle a été faite avec une ceinture... Soulevez-la, il doit y avoir dessous un gant de femme*, on les portait alors ainsi, des gants qui montaient jusqu'au coude,., peut-être sont-ils encore à la mode!... vous savez cela... je ne le sais plus... Qu'il y a longtemps, et pourtant, c'était hier !...

J'avais, sur l'indication de M. Maurice, soulevé discrètement la cocarde blanche. Je la tenais à la main. Je n'osais la replacer et je la regardais avidement.

— Vous voulez connaître l'histoire de ces brimborions ? me dit mon vieil ami. Il s'y mêle rhistoire générale. Ma plaie date de 18 14. J'ai été pris entre la terre et le colosse qui tombait. Napoléon m'a écrasé le cœur dans sa chute. Si je vous raconte mes souffrances, vous entendrez d'autres cris que les miens !... Après tout, mon jeune ami , ce récit peut vous servir ; il vous apprendra ce que coûte le devoir... C'est une leçon de tous les temps.

— Non, je ne veux rien savoir, dis-jc avec sincérité, si vous devez souffrir en vous souvenant. •

— Je n'ai pas d'efiFort à tenter pour me souvenir, repartit M. Maurice^ et je crois qu'il est nécessaire que je vous raconte ma jeunesse... Nous nous aimerons, sinon davantage, puisque j'aurai votre âge, du moins avec un accord plus parfait. Quelque chose manquait à nos entretiens ; pour moi, la facilité d'avoir des regrets, devant vous ; pour vous, le droit de' me parler de vos deuils et de vos joies de famille, sans la crainte de vous adresser à un célibataire égoïste qui n'a jamais rien aimé.

Je n'avais pas d'objection à faire; et, le jour même M. Cerbonnet commença son histoire. Il m'a semblé que, pour faciliter la lecture de ces confidences, je ne devais pas les interrompre, les suspendre, comme elles l'ont été dans la réalité, par des réflexions, par des remises au lendemain. Voilà pourquoi je suppose que, sans reprendre haleine, mon vieil ami me raconta ce qui suit .

LA

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