SCÈNE V ^ ROBICHON, MADAME FRIVOLET
madame frivolet, après la sortie.
Je suis très mécontente et je gronderai Marie-Louise dès que je la verrai. Son atelier n'est pas surveillé! Autoriser les visites d'un vieux monsieur...
ROBICHON
Elle ne les autorise pas. Elles ont lieu pendant son absence. Et puis il faut excuser l'amour quand il se double d'une bonne action. Et j'estime même que l'on doit être d'autant plus indulgent pour l'amour que l'on en a passé Tage.
MADAME FRIVOLET
Parlez pour vous ! Mais moi, veuve à vingt-sept ans d'un homme de trente ans plus âgé que moi, que je n'ai pu aimer...
ROBICHON
Oui ! oui, je sais ! l'âge est un grand défaut... sans cela...
qui sait, quand vous êtes devenue veuve... si je n'aurais pas essayé de vous épouser...
MADAME FRIVOLET, fiant.
Vous? Allons donc ?
ROBICHON
Oh! mais... tranquillisez-vous... je n'essaierai plus jamais!... pour deux raisons : la première... c'est que j'ai un grand fils...
MADAME FRIVOLET
Que vous avez élevé dans du coton... « Mon Jean, prends garde aux autos dans la rue... Fais bien attention aux courants d'air dans la maison... N'oublie pas ton foulard! Et défie-toi des petites femmes !» Ah ! s'il vous avait écouté, il aurait fait un joli soldat !
ROBICHON
Je ne faisais que mon devoir de père.
MADAME FRIVOLET
Un peu davantage... puisque votre fils vous répondait toujours : « Oui, maman ! »
ROBICHON
Ça ne m'a pas empêché de lui dire quand il est parti au front ! a Vas-y carrément, mon garçon ! Et ne ménage ni tes peines ni ta vie pour ton pays ! » Et le brave petit est parti dans un éclat de rire, mouillé d'attendrissement, en me disant : « Oui, maman ! »
MADAME FRIVOLET
Quelle était votre seconde raison ?
ROBICHON
C'est que j'ai toujours pensé que vous aviez du penchant pour quelqu'un que je connais bien.
MADAME FRIVOLET
Moi? Oh ! quelle erreur, Monsieur Robichon, je n'aime personne, je puis vous l'assurer.
ROBICHON
C'est possible ! Je me suis trompé 1... En tous cas, avec votre physique, les amoureux ne doivent pas vous manquer.
MADAME FRIVOLET
Certes, non ! mais je ne les écoute pas ! Et j'ai du mérite, vous savez! surtout au printemps! Ah! le printemps! Mais je crois que je dis des bêtises... (Brusquement.) Au revoir, je vais déjeuner. (Elle sort.)