‹ La cocarde de Mimi-PinsonChapitre 18 sur 77 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, SOPHIE

sophie, entrant ; type de cuisinière de bonne maison dans les quarante à quarante-cinq ans, rouge de figure. Un tablier sur le ventre. Allure de femme prude.

Bonjour, Mademoiselle Marie-Louise.

MARIE-LOUISE

Bonjour, Sophie. Qu'y a-t-il pour votre service ?

SOPHIE

Monsieur m'envoie chercher un militaire qui est ici.

bouriche, saluant.

Le militaire. . . Présent ! Bouriche, dit La Cerise.

sophie, se retournant pour le regarder.

Ah ! c'est vous ?... C'est pas mon type ! (A Marie-Louise.) Vous savez que Monsieur Jean est là ?

MARIE-LOUISE

Oui, ce brave garçon me Ta appris.

(Les deux femmes continuent à parler bas )

bouriche, désignant Sophie.

C'est pas mon type ! Oh ! c'est pas mon type du tout ! mais en temps de guerre on n'a pas le droit de faire les malins... j'ai envie de lui couler quelques douceurs. (Lui prenant la taille.) Dites donc, madame ?

sophie, se retournant, furieuse.

Mademoiselle ! je vous prie, espèce d'insolent !

bouriche, à part.

V'Ià que je commence à écoper. (Haut.) Excusez, la belle enfant. C'est pas écrit sur votre figure si vous êtes demoiselle ou dame... Mais que désirez-vous de moi ?

Sophie, bourrue.

Je viens vous chercher de la part du lieutenant, pour déjeuner.

bouriche, galant.

Avec vous ?

SOPHIE

Dans ma cuisine tout au moins.

BOURICHE

Eh ben ! j'accepte ! mais faudra croûter avec moi, sans ça, j'aurais pas d'appétit.

Je demanderai à Monsieur s'il m'y autorise...

BOURICHE

Demandez plutôt à votre cœur, aimable beauté. (// lui prend la taille.)

sophie, lui frappant sur les mains.

Ah ! pas d'insolence ! je n'entends pas qu'on me manque de respect.

BOURICHE

Mais je n* veux pas vous manquer d' respect, je veux honorer vos charmes. (// lui prend la taille.)

sophie, se dégageant.

Satyre ! (Elle lui flanque une claque en passant N° i .)

BOURICHE

Ça y est. (Se tenant la joue, à Marie-Louise.) Je vous l'avais dit : même les moches !

SOPHIE

Qu'est-ce que vous dites ?

BOURICHE, souriant.

Rien! je disais... C'est moche (Se tenant la joue.) les taloches.

Sophie, noblement.

A la bonne heure ? je croyais avoir entendu... Maintenant, militaire, que vous avez appris à me connaître, allons déjeuner... k

bouriche, montrant sa joue.

Merci, j'ai plus faim ! J'ai déjà reçu 1' pain !

marie-louise, engageante.

Allez déjeuner, Monsieur Bouriche, allez! Sophie n'est pas si méchante qu'elle en a Pair. Moi, pendant ce tempslà, je recoudrai l'uniforme du lieutenant, comptez sur moi.

bouriche, à reculons.

Merci, mademoiselle. Vous, vous êtes un frère. (// se heurte à Sophie, et très galant.) Et vous, une crème... que j'aimerais renversée ! Passez devant, mademoiselle, je vous suis !

SOPHIE

Ah ! non, par exemple ! L'escalier est sombre. Passez devant, ce sera plus prudent...

bouriche, riant lourdement.

Vous avez peur que je vous pince les mollets ! Non, pas avec les moches !

sophie, furieuse.

Ah ! cette fois j'ai bien entendu, vous avez dit...

BOURICHE

Toujours la même chose... L'escalier noir... C'est Moche.

sophie, l'empoignant au colltt et le faisant passer devant elle. Mais passez donc ! nom d'un chien !

bourjche, à part.

C'est pas mon type! mais elle a de la poigne et j'aime ça! \ (« tort.)

sophie, à Marie-Louise.

Qu'est-ce qu'il a dit? Le c moches... c'est moche... puis après tout, ça m'est égal, c'est pas mon type. (Elle sort.)

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