SCÈNE II
LA MAZETTE, ZOÉ, puis BOURICHE
(Pendant toute cette scène, Zoé ramasse les tasses qu'elle porte sur la table du fond, suivie constamment par La Mazette.)
Nous voici seuls, enfin !...
zoé
Qu'est-ce qui vous prend ?
LA MAZETTE
Il me prend... il me prend... que j'ai besoin de causer avec vous sérieusement.
zoi
Ça vous changera. D'ordinaire vous ne dites que des bêtises...
LA MAZETTE
C'est que je suis resté jeune. Les paroles sérieuses sont l'apanage de la vieillesse et j'ai toujours vingt ans.
ZOÉ
Depuis combien de temps?
LA MAZETTE
Je ne compte plus... Zoé ! Je suis tout...
ZOÉ
Tant mieux pour vous, mon vieux !
LA MAZETTE
Zoé, je vous aime.
C'est la barbe qui recommence ? Vous avez donc été élevé chez un coiffeur ?
LA MAZETTE
Expliquons-nous sérieusement. Zoé, je vous adore. Jusqu'à présent j'ai fait tout ce que vous désiriez.
ZOÉ
Vous êtes là pour ça !
LA MAZETTE
De votre côté, vous m'avez tout promis sans jamais rien m'accorder.
ZOÉ
Tu parles !
LA MAZETTE
Je vous ai fait venir ici avec le doux espoir que votre petit cœur battrait pour moi et que vous tomberiez dans mes bras.
zoé, se retournant furieuse, Cest pour ça?
LA MAZETTE
Je suis machiavélique.
Crétin !
LA MAZETTE
Hein?
zoé*, marchant sur lui
Crétin ! double, triple crétin ! Et moi qui me figurais que vous n'aviez agi que par amitié pour moi, afin que nos débuts ne soient pas trop difficiles avant d'aller au front.
(Bouriche paraît. Il porte un grand plateau sur lequel il va mettre les tasses restées sur la table du fond et suit la scène en se tordant.)
LA MAZETTE
C'est bien aussi...
zoé
Ah ! la ferme ! Non, monsieur, avec la citrouille qu'il a, m'a attirée ici pour se faire aimer? C'est gondolant. Mais tu ne t'es donc jamais regardé. (Sortant une glace de son tablier.) Tiens, voilà une psyché.
. la mazette, prenant la glace.
Eh mais! je me trouve très bien. Et encore je ne me vois pas en pied.
zoé, lui reprenant la glace.
Vous en avez pourtant bien i'air.
LA MAZETTE
Ah ! délicieux ! délicieux ! (// lui prend la taille.)
zoé, très digne, lui tapant sur la main.
Il me semble, à moi, Monsieur de La Mazette, que vous abusez du droit que vous donne votre situation. Gardez vos distances, je vous prie, et lâchez-moi le coude.
LA MAZETTE
Lâchez-moi le coude ! Elle est à croquer !
ZOÉ
Et sachez bien, mon petit père (Elle lui tape sur le ventre) qu'il n'y a rien à fricotter avec bichonnette. Tu ne t'es pas levé assez matin, malin ! [En haussant les épaules.)
LA MAZETTE
Zoé !
ZOÉ
Flûte et zut ! Vous me galopez sur le système. (Elle sort.)
LA MAZETTE, ravi.
Je lui galope sur le système ! C'est idéal ! (En envoyant des baisers du côté de Zoé jusqu'au bruit de vaisselle cassée.) Tiens ! tiens I amour !
bouriche, qui, depuis le moment de son arrivée a témoigné sa joie, se tord littéralement.
Cré nom de nom ! Le particulier est commode. On l'engueule et le voilà content. Il est crevant! (Tout en riant, il laisse tomber une tasse qui se brise.)
la mazette, se retournant.
Encore de la casse! Ah! c'est Bouriche, naturellement. Dites donc, vous ne pouvez pas faire attention, espèce d'idiot!
BOURICHE
Faut croire !
LA MAZETTE
Faut croire ! Ne prenez pas cet air abruti avec moi, sinon ça tournerait mal !
bouriche
Ah ! la ferme î
LA MAZETTE
Hein ? vous vous permettez ?
BOURICHE
Mais oui, je me permets. Et puis, lâchez-moi le coude !
la MAZETTE, marchant sur lui.
Bouriche, vous pourriez payer cher vos insolences, prenez garde! Je vais vous ficher quatre jours, moi!
bouriche, se tordant.
Quatre jours! Tu ne t'es pas levé assez matin, malin ! [En haussant Us épaules.)
la mazette, exaspéré.
Ma patience est à bout.
bouriche, à part. • Je ne l'ai pas encore assez attrapé. (Imitant Zoé.) Zut et flûte ! Tu me galopes sur le système !
LA MAZETTE
Ah ! vous avez de la chance de quitter l'hôpital aujourd'hui, vous, sans cela vous auriez vu qui j'étais. Mais vous ne perdrez rien pour attendre, je vous apprendrai à faire le loustic ! (// sor/, furieux. Cette sortie se fait en trois fois. A chaque phrase La Mazette se retourne en faisant un saut imité par Bouriche comme deux coqs de combat.)
bouriche, seul.
Gré nom de nom, de nom, de nom ! On n'a pas idée d'une poisse pareille ! Voilà un type qui est au ciel quand Mam'zelle Zoé l'engueule et qui me fout dedans quand j'en fait autant. Ah ! non ! je peux plus vivre comme çal La classe ! la classe! ou je rends mes galons !