DUO
JEAN
Celle qui m'a sauvé la vie, Ce sera l'épouse choisie, Est-ce à tort ou bien à raison Seule elle portera mon nom.
MARIE-LOUISE
C'est un honneur, c'est une chance, Je ne puis en disconvenir.
Mais aimer par reconnaissance ?
Moi j'aimerais mieux m'abstenir.
JEAN
Tous les mariages d'affaires Ne sont pas tous les plus mauvais !
Le mien sera mieux, je l'espère, Le cœur en fait encor les frais.
MARIE- LOUISE
Puisque je ne suis pas en cause, Je puis le dire franchement, Vous ferez la pire des choses Et je vous plains sincèrement !
Car la foi, pour être sincère, Doit agir d'une autre façon.
L'union que vous voulez faire C'est un mariage de raison !
L'amour vrai naît sans qu'on y pense (bis), Il ne se donne et ne se vend, Pas même par reconnaissance, Il faut qu'il vienne librement!
jean, riant.
En vrai docteur, Dieu me pardonne !
Vous parlez des choses du cœur 1 Mais, ô vertueuse personne, :
Comme un aveugle des couleurs !
MARIE-LOUISE
Moquez-vous! je pense en moi-même Que c'est vous qui faites erreur.
Pour savoir, oui, comment on aime, Point n'est besoin d'être docteur !...
D'ailleurs, pourquoi tant de paroles Si vaines, surtout dans mon cas, Je ne suis pas de votre école / Et puis, je ne vous aime pas !
jean, riant, la narguant.
Marie- Louise devient méchante !
Je m'en doutais !... je la connais 1 Car chacun dit qu'elle se vante Du fait qu'elle n'aima jamais!
marik-louise, froissée.
Peut-être ! et mon indifférence Encor, je crois, augmentera !
Raillez-moi sur mon ignorance, Sur ma froideur, et caetera.
Monsieur Jean,
Chacun comprend
L'amour à sa façon...
(Lui faisant une grande révérence.) C'est la fin de ma leçon !
W j JEAN
ôq l Une femme a sauvé ma vie, § l Etc.
en ]
Z ) MARIE-LOUISE
ua | Une femme a sauvé sa vie,
2 I Ce sera l'épouse choisie,
f Est-ce à tort ou bien à raison,
& I Je n'envie pas cette union I
jean, après le chant* Laissons cela, Marie-Louise, et soyez assurée que ce
petit roman ne m'empêchera pas de conserver un souvenir ému des bons soins que vous m'avez donnés, ma gentille infirmière.
MARIE-LOUISE
Je n'ai fait que mon devoir, Monsieur Jean, comme le font, à l'heure présente, toutes les femmes de France !
JEAN
Eh bien, je souhaite à mes camarades blessés, une infirmière comme vous, ils m'en donneront des nouvelles. (Consultant sa montre.) Déjà, trois heures!... Mon père doit venir aujourd'hui me faire ses adieux, car je quitte l'hôpital ce soir... je vais aller sur la route au-devant de lui. Au revoir, Marie-Louise.
MARIE-LOUISE
Au revoir, Monsieur Jean.
jean, sortant.
Et merci, encore !