SCÈNE XI
JEAN, MADAME FRIVOLET
jean, entrant avec Madame Frivolet.
Chère Madame, vous êtes vraiment aimable d'avoir entrepris ce voyage, pour m'apporter vos adieux.
MADAME FRIVOLET
N'est-ce pas tout naturel ?... Ne sommes-nous pas de vieux amis... depuis bien longtemps ?
JEAN
C'est vrai !
MADAME FRIVOLET
Vous ne vous en êtes jamais beaucoup aperçu... c'est ainsi, tout de même... Mais votre père nous a donc abandonnés ?
JEAN
Oui, le cher homme est dans ma chambre, occupé à bourrer ma valise de friandises et de cache-nez.*
madame frivolet, en soupirant.
Ah ! vous savez vous faire aimer, Monsieur Jean.
jean, à part. De quel air elle me dit cela !
MADAME FRIVOLET
Votre père m'a conté plusieurs fois l'histoire romanesque de cette cocarde de Mimi-Pinson qui vous a sauvé la vie.
JEAN
Ah ! Et vous a-t-il parlé aussi du serment que j'ai fait à ce sujet ?
MADAME FRIVOLET
Non ! Quel serment ?
JEAN
Celui d'épouser la femme qui a eu la bonne pensée de m'offrir cette cocarde... à mon insu.
MADAME FRIVOLET
Comment pourrez-vous découvrir cette femme?
JEAN
J'en suis réduit aux suppositions les plus invraisemblables. Ce doit être à Paris, lors de mon passage chez moi.
MADAME FRIVOLET
Qui, chez nous, à Paris, aurait eu cette idée bizarre ?
jean, intcrrogatif. Vous?... peut-être... qui sait ?...
• MADAME FRIVOLET
Oh ! je ne suis pas si romanesque I
JF.AN
Il ne faut passe fier aux apparences ! El plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu que seule, vous avez pu avoir dette délicate pensée.
madame frivoiet, mollement.
Jean, je vous assure.
JEAN
N'ajoutez pas un mot, c'est vous, c'est bien vous! Maintenant j'en suis sûr! (// lui prend les mains.)
madame fri volet, se dégageant.
Jean... je ne vous cache pas que je serais fière de devenir votre femme... mais... pas pour cette raison... qui est fausse, je vous le répète. En tous cas, il serait convenable de prévenir votre père de cet amour si subit avant que je ne vou» écoute plus longtemps.
JEAN
Vous voyez bien, c'est un aveu, cela !...
MADAME FRIVOLET
Mais non !
Si!
MADAME FRIVOLET, riant.
Enfin ! puisque vous y tenez... après tout, vous ne seriez pas si à plaindre avec moi. (Elle sort.)