C'est le port actuel de Tourane
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exception ; il ne paieront d'autre droit d'entrée et de sortie que ceux qu'acquittent actuellement les naturels du pays, et ces droits ne pourront être haussés, en aucun cas, et sous quelque dénomination que ce puisse être. Il est convenu de plus qu'aucun bâtiment étranger, soit de commerce, soit de guerre, ne sera admis dans les États du roi de Cochinchine, que sous le pavillon français et avec un passeport français.
Art. 7. — Le gouvernement cochinchînois accordera aux sujets du roi très chrétien la protection la plus efficace, pour la liberté et la sécurité, tant de leurs personnes que de leurs effets, et, en cas de difficultés et de contestations, il leur sera rendu la justice la plus exacte et la plus prompte.
Art.^. — Dans le cas où le roi très cl^rétien serait attaqué ou menacé par quelque puissance que ce puisse être, relativement à la puissance des îles de Hoi-nan et de PouJo-Condor, et dans le cas où Sa Majesté très chrétienne serait en guerre avec quelque puissance, soit européenne, soit asiatique, le roi de la Cochinchine s'engage à lui donner des secours en soldats, matelots, vivres, vaisseaux et galères ; ces secours seront fournis trois mois après la réquisition; mais ils ne pourront être employés au delà des îles Molluques et de la Sonde, et du détroit de Malacca. Quant à leur entretien, il sera à la charge du souverain qui les fournira.
Art. 9. — En échange de l'engagement énoncé dans l'article précédent, le roi très chrétien s'oblige d'assister le roi de Cochinchine, lorsqu'il sera troublé dans la pos'session de ses États; ces secours seront proportionnés à la gravité des circonstances; cependant ils ne pourront, en aucun cas, excéder ceux énoncés dans l'article deuxième du présent traité.
Art. 10. — Le présent traité sera ratifié par les deux souverains contractants, et les ratifications seront échangées dans l'espace d'un an, ou plus tôt, si faire se peut.
424 CHAPITRE aNQUIÈME
En foi de quoi, Nous, plénipotentiaires, avons signé ce présent traité, et y avons fait apposer le cachet de nos armes. Fait à Versailles, le 28 novembre 1787.
(L. S.) Le comte de Montmorin.
t P.-J.-G., évêque d'Adran (L S.)
Article séparé. — Dans la vue de prévenir toutes difficultés et Jmésentendus, relativement aux établissements que le roi très chrétien Qst autorisé à faire sur le continent, pour Futilité de la navigation et du commerce, il est convenu avec le roi de la Cochinchine que ces mêmes établissement seront et appartiendront en toute propriété à Sa Majesté très chrétienne, que la juridiction, la police, la garde et tous actes d'autorité, sans exception, s'y exerceront privativement en son nom.
Pour prévenir les abus auxquels les établissements mentionnés ci-dessus pourraient donner lieu, il est convenu expressément qu'on n'y recevra aucun Cochinchinois poursuivi pour crime, et que ceux qui pourraient s'y être introduits, seront extradés à la première réquisition du gouvernement. Il est convenu également que tous les Français transfuges seront extradés à la première réquisition du gouverneur de Hoinan ou de celui de Poulo-Condor. Le présent article séparé aura la même forme et valeur que s'il était inséré mot à mot dans le présent traité.
En foi de quoi. Nous, plénipotentiaires, nous avons signé ce présent article séparé, et y avons fait apposer le cachet de nos armes.
^ Fait à Versailles, le 28 novembre 1787,
(L. S.) Le comte de Montmorin.
t P.-J.-G. évêque d'Adran (L. S.)
A l'occasion de la signature de ce traité, Mgr d'Adran reçut du roi Louis XVI le titre de comte et une tabatière d'or, avec son chiffre en diamant. En même temps le roi très chrétien
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le nommait son ministre plénipotentiaire auprès du roi de Cochinchine, et le chargeait^ de remettre son portrait à ce prince.
Retour. À Pondiohéry) mal 1988. — Voyant toutes choses ainsi réglées, heureux d'avoir réussi dans cette difficile négociation, Tévêque d'Adran se hâta de terminer toutes ses affaires et partit de Paris le 2 février 1788, ramenant avec lui le jeune prince, son élève et huit missionnaires, tous pleins d'une jeune et sainte ardeur pour cultiver ce nouveau champ que la Providence leur ouvrait. Le prélat devait s'arrêter à Pondichéry, pour s'entendre avec le comte de Conway, qui était chargé par le ministre des affaires étrangères de procurer l'exécution du traité qu'on venait de signer avec la Cochinchine. Il arriva dans cette ville au mois de mai 1788, apportant au comte de Conway le cordon rouge qu'il avait sollicité pour lui.
Une cruelle déception l'attendait à Pondichéry. L'esprit philosophique, comme on disait alors, cet esprit d'impiété bête et d'immoralité odieuse qui nous fera faire au xix® siècle tant de fautes dans la direction de nos colonies, commençait à régner, dans les conseils du roi très chrétien. Le comte de Conway, gouverneur de nos établissements dans les Indes, était sous l'influence d'une courtisane, bel esprit et philosophe. Celle-ci se trouva très froissée que Mgr d'Adran, par respect pour son caractère, fit semblant d'ignorer l'existence de cette dame, sans laquelle on ne traitait aucune affaire. Pour se venger, elle mit tout en œuvre pour entraver l'expédition projetée, et ne réussit que trop bien, ijuant au comte de Conway, il lui suffisait, pour rejeter l'expédition, qu'elle eût un but religieux, en même temps que patriotique. Périssent les colonies plutôt qu'un principe !
Malgré les ordres du roi, les instances de l'évêque d'Adran et les recommandation des principaux négociants de Pondi-
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chéry, le comte de Conway se refusa obstinément à fournir les vaisseaux et les troupes promises dans le traité. En ce temps même, des courriers de Cochinchine, apportèrent à Pondichéry la nouvelle que le roi légitime avait réussi à reconquérir la basse Cochinchine et à s'établir pour la quatrième fois à Ssugon, dont il ne devait plus être chassé (juin 1788). Ces bonnes nouvelles ne purent triompher de la mauvaise volonté du gouverneur, et aussi de l'apathie des ministres de Louis XVI. Au fond, ils n'avaient jamais été favorables à l'expédition et avaient subi plutôt qu^accepté l'influence de l'évêque d'Adran. Quand il ne fut plus là, M. de Montmorin l'abandonna lâchement aux rancunes du comte de Conway, et ne pressa nullement l'exécution d'un traité, au bas duquel il avait apposé sa signature. En vain les commerçants de Pondichéry envoyèrent des mémoires; en vain, deux ans plus tard, le député de cette ville à l'assemblée nationale Monneron déposa sur le bureau de l'assemblée, un rapport à ce sujet* ; la Révolution française allait absorber tous les esprits et rejeter dans l'ombre une expédition lointaine et catholique, qui avait le tort de ne plus répondre aux préoccupations de l'époque.
L'évêque d'Adran, se voyant abandonné des hommes, ne s'abandonna pas lui-même^ et tira le meilleur parti possible des circonstances fâcheuses dans lesquelles il se trouvait. Il avait reçu de sa famille quinze mille francs pour l'aider dans son œuvre; les excellentes relations qu'il avait conservées de son premier séjour à Pondichéry, en 1770, la justice de sa cause, l'intérêt évident du pays, lui ouvrirent bien des bourses, et, ce qui est plus précieux que de l'argent, lui procurèrent le concours de plusieurs hommes de cœur, qui ne craignirent pas de compromettre leur avenir et de s'expatrier, pour le suivre en Cochinchine ; voici leurs noms :
M. Jean-Marie Dagot, commandant en chef de la flotte anna-
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mite, qui promena le drapeau cochinchinois de la mer de Chine au golfe du Bengale, et le fit respecter dans tout TOrient ;
M. J.-B. Chaigneau, qui commanda la canonnière le Dragon volant j et reçut du roi le titre et le rang de mandarin supérieur; il se fixa dans le pays et s'y maria. En 1820, avec Tautorisation du prince, il fit un voyage en France, et revint Tannée suivante, avec des présents de Louis XVIII pour le roi de Cochinchine, et le titre de consul de France. Gia-long était mort, et son fils Minh-mang ne tarda pas à lui faire comprendre qu'il désirait se débarrasser de la présence des Français. M. Chaigneau s'embarqua donc, au commencement de mars 182S, et revint en France avec sa famille ;
M. Philippe Vannier, commandant du vaisseau le Dong-nai puis du Phénix. Il fut, comme M. Chaigneau, élevé à la dignité de mandarin, et retourna avec lui en France en 1825;
M. de Forçant, qui commanda V Aigle, et mourut en Cochinchine, dans le courant de 1809 ;
M. Victor Olivier, officier du génie, chargé de Torganisation des troupes et de Fartillerie. Il mourut en 1799, à Malacca^ où il était allé se soigner^ ;
M. Théodore Lebrun, ingénieur, chargé des fortifications. C'est lui qui bâtit la citadelle de Saigon et la plupart des forteresses qu'on trouve en Annam ;
M. Laurent Barisy, lieutenant-colonel ;
M. Julien Girard de Flsle Sellé, capitaine de vaisseau ;
M. J.-Marie Despiaux, médecin du roi Gia-long;
M. Louis Guillon, lieutenant de vaisseau ;
M. Jean Guilloux^ lieutenant de vaisseau •.
Avec cette petite troupe d'hommes dévoués, l'évêque d'Adran équipa deux navires de commerce, acheta des armes et des munitions, et s'embarqua pour la Cochinchine, dans les pre-
4; Voir son testament aux pièces justiBcatives.
2. Voir aux pièces justificatives les diplômes accordés par le roi de Cochinchine à ces officiers.
mières semaines de 1789. Le comte de ,Conway, malgré son hostilité, ne crut pas pouvoir lui refuser une frégate de guerre, pour le transporter lui-même et escorter son petit convoi.
Retour en Cochinchine (mans 1989.) — Ils arrivèrent heureusement à Saïgon, au mois de mars 1789. Le roi, en revoyant son fils, dont il était séparé depuis près de quatre ans, éprouva une très grande joie, qu'il exposait nsuvement à Louis XVI, en lui écrivant au mois de janvier 1790 : « En réunissant le père à Tenfant vous avez remis dans Peau le poisson qui en était sorti. L*éloignement, quel qu'il puisse être, ne pourra jamais me faire oublier de si grands bienfaits. »
L'arrivée des secours et des munitions qu^amenait Mgrd'Adran, le retour du prince héritier, le concours des officiers français, ,4jui suppléaient au nombre par l'habileté et le dévouement, permirent au roi de Cochinchine de reprendre vigoureusement l'otTensive et finalement de triompher de ses ennemis.
Honneur à ces hommes courageux, qui surent comprendre et seconder les grandes vues de l'évêque d'Adran I Ils ont rétabli le roi légitime sur le trône de ses pères; mais ce qui me touche davantage, moi, prêtre et français, c'est qu'ils ont voulu servir l'Église, et sauver l'honneur du pays. La signature du roi très chrétien, placée en tête d'une convention solennelle, allait rester en souffrance, par le caprice d'une courtisane et l'hostilité d'un gouverneur voltairien ; autant qu'il était en eux, ces hommes de cœur nous ont épargné cet affront, et finalement la parole royale s'est trouvée dégagée ; puisque notre protégé a recouvré ses Etats. Sans doute, la France, distraite par les révolutions politiques et sociales, absorbée par des guerres européennes dont l'enjeu était autrement important, n'a pu profiter de suite de leur généreux
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sacrifice ; mais la base légale de nos revendications futures existait, et quand, soixante ans plus tard, nous fûmes amenés à faire un établissement en C40chinchine, la situation prépondérante à laquelle les traités nous donnaient droit, et que nous occupons ici, à cette heure, c'est au dévouement de ces hommes, c'est surtout à l'initiative hardie et à la persévérance patriotique de l'évêque d'Adran que nous le devons.