FIN DE LA LETTRE
Après avoir envoyé cette lettre, elle dit à son frère :
n Courage, notre origine est la même, notre mort le sera aussi.
Issus d'un même sang, nous sommes frères germains.
Un même sort nous attend, sois homme de cœur. »
Le mandarin ordonne de les amener, Agnès dit :
<< Seigneur, accordez à mon frère une grâce de force.
Nous n'avons tous les deux qu'une même résolution. »
Le juge leur dit : « Je n'exige qu'une chose raisonnable,
Abandonnez la religion du Dieu du ciel,
Revenez au culte de Phâl; si vous foulez aux pieds cette croix
Je vous renvoie absous de votre faute,
Sinon, je vous fais mourir et vous prive de la sépulture. »
Agnès prend la parole, et répond sans détour :
« Nous adorons le Dieu créateur du ciel et de la terre ;
Les cieux et la terre sont l'ouvrage de ses mains ;
C'est lui qui a créé les hommes et tout ce qui existe,
Nous ne devons suivre que la viraie religion.
Ph&t est né dans les Indes, nous ne Tadorons point.
Cette croix fut jadis le supplice de mon Dieu;
Je Tadorais hier; aujourd'hui, je la foulerais aux pieds !
Non, non, plutôt mourir ;
Par là, je rendrai à mon Dieu amour pour amour.
Mon sort est maintenant entre vos mains;
Quels que soient vos tourments, je les souffrirai; que faut-il de
plus? »
Le préfet a donné ses ordres, Le juge ne doit point les absoudre ; Tous deux doivent être détenus en prison. Le manger et le boire leur sont interdits, on doit les garder
sévèrement.
Celui d*entre eux qui ne pourra supporter ce tourment. Viendra fouler aux pieds la croix, et sera renvoyé libre. Mais celui dont le cœur est endurci et désobéissant. Doit être détenu jusqu'à la mort et jeté à la voirie. Tous deux sont chargés de fers et conduits au cachot. Ils entrent tranquillement dans cet affreux séjour. Aucun rayon de lumière ne peut y pénétrer. A peine assise, Agnès alors s'écrie :
« Mon cœur nage dans la joie, je jouis de la vraie liberté. ». Sa face et ses pài'oles, tout annonce son contentement. ' Elle écrit une courte épilre Pour régler la conduite de ses enfants dans le monde.