Hué
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des chrétiens de la capitale. Sur un peuple cérémonieux et hiérarchisé comme Tannamite, refifel de pai*eilles manifestations est toujours très grand et l'emporte même sur celui d'une proclamation officielle, parce qu'il frappe tous les yeux.
Pour entretenir FefFet de ces bonnes dispositions, le prélat songea à' élever à Kim-long auprès de sa résidence, une modeste cathédrale, où Ton put célébrer les offices pontificaux avec la publicité et la convenance désirables» Cet édifice, bien humble encore, puisqu'il ne coûta pas quatre mille francs, était néanmoins la plus belle église que les chrétiens eussent vu en haute Cochinchine, depuis le» jours de Mgr d'Adran; elle relevait le culte catholique de l'état d/abjection dans laquelle il était resté si longtemps. Mgr Sohier célébra solennellement dans la nouvelle cathédrale les offices de la semaine sainte et du jour de Pâques, en 1867, et, deux mois plus tard, il se hasarda à faire extérieurement la procession du Saint-Sacrement, au milieu d'un concours incroyable; païens et chrétiens ne pouvaient rassasier leurs yeux de ces pompes de la liturgie catholique; c'était chose si nouvelle pour eux, au lendemain des persécutions! Depuis, cette belle manifestation religieuse s'est renouvelée à Hué d'année en année, sans la moindre difficulté de la part du gouvernement annamite, qui s'est toujours montré, à cet égard, plus respectueux de la liberté des catholiques, qjje bien des conseils municipaux de France.
Statistique (1 Sd). — Ainsi, cinq ans à peine aprèsla paix rendue à TÉglise de Cochinchine, elle avait repris extérieurement son éclat. Voici quelle était, en 1867, la situation des deux missions de Cochinchine septentrionale et de Cochinchine orientale.
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RESURRECTION 4i9
COCHINCHINË SEPTENTRIONALE
Personnel : l vicaire apostolique, Mgr Sohier.
6 missionnaires européens.
33 prêtres indigènes.
Œuvres : 1 séminaire, avec 19 clers et SB latinistes ; plus 24 étudiants à Pinang.
7 couvents de religieuses, avec 350 sœurs. 23,270 chrétiens.
GOCHINCHINE ORIENTALE
Personnel : 1 vicaire apostolique, Mgr Charbonnier 4 missionnaires.
22 prêtres indigènes.
Œuvres : 1 séminaire, avec 28 élèves, plus une quinzaine à Pinang.
8 communautés de religieuses, avec 300 sœurs. 26,440 chrétiens.
En comparant ce tableau avec celui que j*ai dressé pour 1855, à la veille de la crise, on verra que, pour les œuvres et le personnel, les deux missions ont réparé et au delà les pertes subies pendant la persécution. Malheureusement il n^en était pas ainsi pour le chiffre des chrétiens ; la persécution avait fait trop de victimes. A Hué, nous trouvons, pour 1867, une diminution de 2,230^ sur le chiffre de 1855; au Binh-dinh, une diminution de 5,670. C'est un total de 8,000 fidèles, qui ont disparu ou qui sont morts pendant la crise.
Le mouvement des conversions est aussi bien ralenti, comme il sera facile de le constater, en jetant les yeux sur le tableau ci^dessous;
COCHINCHINE SEPTENTRIONALE
En 1855 : 279 baptêmes d'adultes, 649 baptêmes d'enfants d'infidèles.
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iL'O CHAPITRE NEUVIÈME
En 18t)7 : 102 baplèmes d'adultes, ^767 baptêmes d'enfants d* infidèles.
COCUINCHINË ORIENTALE
En 1853 : 1,548 baptêmes d'adultes, 11,106 baptêmes d'enfants d'infidèles.
Kn 1867 : 321 baptêmes d'adultes, 6,046 baptêmes d*enfants ti'infidèles.
C'est que ceux qui seraient tentés do venir à nous pour se tonverlir se souviennent, et qu'ils ont peur. Il faudra de lungues années pour effacer des esprits l'impression terri, liante des scènes de la grande persécution. En vain, pour les riiHsurer, on leur dit que le roi ne veut plus persécuter et qu'il permet aux Annamites de se faire chrétien.
— Le roi est bon, répondent-ils, mais les mandarins sont méchants, et la persécution peut recommencer au premier jour.
De nouveaux excès n'allaient pas tarder à confirmer ces craintes, en montrant qu'elles n'avaient rien d'exagéré.
Mouvements hostiles en 1869. — Au mois de juin 1867, les Fran(;ais s'emparèrent, par surprise, des trois provinces de Viuh-long, Chau-doc et Ha-tien, ce qui faisait passer entre leurs mains toute la basse Cochinchine. On put craindre un moment que les chrétiens du reste de l'Annam ne payassent celle victoire de nos compatriotes. L'amiral de la Grandière, toujours soucieux d'assurer la sécurité des missionnaires, avait fait prévenir secrètement les vicaires apostoliques de ce qu'il préparait, en leur offrant de se retirer pendant quelque temps, avec leurs prêtres, sur le territoire français. Mais Mgr Sohier, parlant au nom de ses confrères^ refusa généreusement de séparer son sort de celui de son troupeau, et déclara qu'il resterait à son poste, quoi qu'il pût arriver. Cette noble confiance en Dieu et en la justice de sa cause ne fut pas
trompée ; ce fut peut-être à la présence des vicaires apostoliques et des missionnaires dans le pays, que les fidèles d'Annam durent d'échapper à peu près au renouvellement de la persécution.
Néanmoins Talarme fut grande en moyenne et en haute Cochinchine, quand on apprit J'occupation des provinces. Les lettrés furieux se soulevèrent en plusieurs endroits, demandant à exterminer les chrétiens, avant de descendre en basse Cochinchine, pour essayer d'en chasser nos compatriotes. Des placards incendiaires furent affichés dans les marchés; plusieurs églises furent pillées et brûlées.
Au Binh-dinh, Mgr Charbonnier, qui faisait tranquillement sa visite pastorale, fut arrêté, au mois de janvier 1868, par un mandarin militaire de la province de Quang-nam. Bien que le prélat exhibât des passeports en règle, il fut, au mépris des traités, retenu plusieurs jours prisonnier, avec M. Van- Camelbeke et trois prêtres indigènes qui accompagnaient Sa Grandeur.
Le mandarin fit appliquer trente coups de rotin à chacun de ces trois prêtres, et vingt coups à chaque catéchiste. Il n'osa pourtant pas mettre à la question Tévêque et son missionnaire, mais il les traita avec un mépris et une insolence rares même chez ses pareils. Comme on lui demandait du riz pour les prisonniers qui jeûnaient depuis un jour : « Qu'ils crèvent! » répondit-il. Ce furent les chrétiens qui pourvurent, du mieux qu'ils purent aux besoins de l'évêque et des autres captifs.
Cependant ce fonctionnaire trop zélé fut désavoué par le gouverneur de la province de Quang-nam, effrayé de la responsabilité que cette arrestation illégale allait faire peser sur lui. Le tyran subalterne fut donc forcé, au bout de deux jours, de lâcher sa proie. Dès que M. de la Grandière eut appris à Saïgon cette violation du traité, il fit à Hué les représentations les plus énergiques et exigea que le coupable fût cassé.
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Au fond, le roi Tu-duc n'eut pas demandé mieux que de recommencer la persécution, mais il se sentait faible et craignait d'attirer sur lui la foudre. C'est ce qu'il répondit aux conseillers trop zélés qui parlaient, à tort et à travers, d'une descente année en basse Cochinchine :
— Je ne demande pas mieux, répondit Tu-duc, mais ce sera vous qui vous mettrez à la tête des troupes, et si vous vous laissez battre par les Français, vous aurez la tête coupée. Qui veut marcher en avant?
Comme on le suppose, personne ne se présenta pour en courir la chance. La proposition royale avait Jeté un froid sur l'ardeur des combattants.
Au lieu de s'armer pour descendre à Saigon combattre les Français, les mandarins trouvèrent plus commode et moins périlleux de renouveler les vieilles calomnies contre les missionnaires. On fit passer à Tu-duc une lettre anonyme, dans laquelle on exposait gravement que Mgr Sohier avait fait venir de France quatre cents livres de poison, pour se débarrasser du roi et de ses grands mandarins ; après quoi, le prélat devait, à Taide de ses chrétiens, se faire proclamer roi du pays, et, soutenu par les Français de Saïgon, faire mourir tous les païens qui ne voudraient pas embrasser la religion.
Bien que cette pièce fàt présentée par un des neveux de Tu-duc, le roi eut le bon esprit de s'en moquer, et plaisanta fort les mandarins sur leurs terreurs vraies ou supposées : « Puisque vous craignez, leur dit-il, d'être empoisonnés par les missionnaires^ je vous défends expressément d'aller chez eux et de rien recevoir désormais de leurs mains. » On fut heureux de se trouver ainsi délivrés, par ordre royal, des visites souvent fort incommodes de ces messieurs.
Le roi, tout en comprenant son impuissance, ressentait vivement la perte des trois provinces. Il s'estimait diminué aux yeux de son peuple, et devenu la risée des princes ses voisins. Le descendant de ces puissants Nguyen qui avaient
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RÉSURRECTION m
absorbé et conquis successivement le Ciampa, une partie du Cambodge et fait trembler plus d une fois les rois de Siam, vaincu par une poignée de Français, vdyait son royaume démembré peu à peu. — Le traité de 1862 lui avait enlevé les trois provinces de Bien-hoa, Saigon et My-tho ; l'expédition de 1867 lui faisait perdre les trois autres ; la basse Cochinchine, ce grenier de TAnnam, était tout entière au pouvoir des Français. Depuis le commencement de la guerre acharnée qu'il avait déclarée au christianisme, il faut avouer que le roi d'Annam n'était pas heureux ; la guerre civile et étrangère, la conquête, le choléra, la famine, un typhon épouvantable qui ravagea la haute Cochinchine et le Tong-king en 1865, tous ces fléaux étaient autant de signes de laxolère de Dieu sur le persécuteur.
L'infortuné prince parut lui-même le comprendre. Sans oser avouer encore que les malheurs du royaume étaient les suites de la persécution, il reconnut, dans une pièce officielle, qu'il était, par sa mauvaise administration, la principale cause des désastres du pays, et qu'il avait attiré sur FAnnam la colère du ciel. Cette confession publique fut publiée dans les premiers Jours d'octobre 1867, trois mois après qu'on eut appris à Hué la prise des provinces de l'ouest. Je donne ici presque tout au long cette pièce intéressante. J'avoue que je n'ai pu la lire, sans me sentir ému. Quelque coupable qu'ait été envers rÉglise de Jésus-Christ le roi de Cochinchine, on ne peut s empêcher de reconnaître qu'il fût bien puni de ses fautes. J'ai entendu dire que, depuis le traité de 1862, on ne le vit jamais sourire et que, dans cette année si fatale à l'Annam, ses cheveux blanchirent en quelques semaines, bien qu'il fût encore jeune*. Heureux, au moins, si ce prince, d'ailleurs intelligent, eût su reconnaître la justice de Dieu qui le châtiait et s'était humilié sous la main de celui qui frappe et qui