Canton de Tarrondissement de Mo-cay
des villages entiers lui demandaient l'instruction chrétienne, et le missionnaire n'avait personne à leur envoyer; il a fait appel à ses religieuses indigènes ; il leur a soufflé au cœur la flamme brûlante du zèle ; puis, comme autrefois saint Vincentde-Paul avec ses Filles de la Charité, mettant leur chasteté sous la sauvegarde du dévouement, il les a envoyées hardiment par les villages et les marchés païens, à la recherche des brebis perdues d'Israël, n'ayant d'autre voile que leur modestie^ d'autres clôtures que les maisons communes des villages, d'autre sauvegarde que l'ange de Dieu et la pureté de leur cœur.
Et cette innovation si hardie pour le pays, cette t ntreprise qui avait fait trembler plus d'un de nos confrères, a réussi au delà des espérances des missionnaires. Dieu n'a pas permis qiie tant de zèle et tant de bonne volonté fussent trompés; il a béni largement ce premier essai d'apostolat par la femme. Que de faits édifiants je pourrais relater ici ! Ce sont de pauvres sœurs qui partagent avec leurs catéchumènes la petite provision de riz qu'elles ont emportéo du monastère, s'imposant ainsi de dures privations pour soulager la misère de ceux qu'elles sont venues instruire. C'est une bonne fille qu^ vient s'accuser en pleurant d'avoir manqué à. la pauvreté religieuse : trouvant un de ses néophytes à peu près nu, elle a fait comme autrefois saint Martin, elle a partagé avec lui ses pauvres habits, et elle n'avait pas la permission, la malheureuse ! C'est là son crime ! Aussi elle accepte humblement la pénitence imposée par le supérieur et promet bien de ne pas
recommencer à moins pourtant qu'une tentation trop
pressante ne la sollicite encore.
Je m'arrête, craignant de contrister la modestie de celui de nos confrères qui a été et qui est encore chaque jour dans la mission de Cochinchine occidentale l'âme de tous ces dévouements. Le lecteur chrétien pourra juger à ces quelques traits que nos religieuses annamites, bien formées et bien dirigées,
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ne soat pas trop indignes de leurs sœurs aînées^ les relifrieuses de la vieille Europe catholique.
Sœurs de la Providence an Cambodi^e. — Depuis fjuelqties années, les sœurs de la Providence de Portieux sont instaUées au Cambodge, où elles rendent les mêmes services que les sœurs de Saint-Paul de Chartres à Saïgon. Elles lirnn^nt les principales écoles de la mission, les orphelinats de kl Sainte-Enfance, et ont commencé Tœuvre si importante des liôpitaux indigènes. Elles sont en ce moment au nombre de dix-sept religieuses françaises, réparties entre trois maisons, sans parler de vingt- cinq postulantes ou novices annamites, qui se forment, à leur école, à toutes les œuvres de la charité el du dévouement catholique.
Imprimerie. — Pour terminer ce qui regarde la question dos écoles, il faut dire quelques mots d'une œuvre modeste, que nous devons au zèle et au travail persévérant d'un de nos confrères de Saïgon et qui, sans faire de bruit, ne laisse pas que d'être une des œuvres les plus utiles de la mission de. Cocliinchine occidentale; je veux parler de Timprimerie de Taii-dinh, qui fournit des livres classiques aux écoles de nos missions et qui offre aux chrétiens les moyens de s'entretenir dans la connaissance de la religion, grâce à la petite biblio- Ihl^que de bons livres sortis depuis quinze ans de ses presses.
Ci^Le œuvre, comme tout ce qui est apostolique, commença bien modestement. Au lendemain des persécutions, un de nos confrères arrivé de France depuis peu, se dit que si on voulait ouvrir des écoles, il était indispensable d'avoir des livres à donner aux enfants ; il demanda donc à Mgr Miche, son vicaire aposlnlique, la permission de se consacrer à cette œuvre. Sa Grandeur ne demandait pas mieux, mais, dans cette première période d'installation où l'on sortait à peine des catacombes, lout (L'tait à faire à la fois et tout manquait; les ressources
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matérielles, le local, lé personnel. Le pauvre missionnaire ne se découragea pas pour si peu de chose ; il avait deux ou trois mille francs à lui; il fit venir de France une presse, des caractères, du papier, et s'installa, tant bien que mal, dans une misérable paillotte, auprès du séminaire.
Le plus difficile était de trouver des ouvriers et surtout de les former. Deux petits orphelins de treize à quinze ans, donnés par la Sainte Enfance, furent les premiers apprentis du missionnaire qui lui-même aurait eu grand besoin d'un maître, pour lui apprendre les procédés d'un métier tout nouveau pour lui. Il ne pouvait consacrer à ce travail que très peu do temps chaque jour, car les ouvriers apostoliques étaient alors bien peu nombreux et chacun était surchargé d'ouvrage. Une classe à faire matin et soir, le service d'une communauté religieuse, telle était la tâche particulière du missionnaire en question. On comprend qu'il lui restait peu de temps à donner à son imprimerie.
Aussi les débuts furent d'abord très lents; peu à peu on s'organisa, les jeunes Annamites se formèrent au travail; à rhçure actuelle, l'imprimerie de la mission, convenablement installée auprès de Téglise de Tan-dinh, compte un personnel de trente jeunes gens qui se consacrent à cette œuvre intéressante. La bibliothèque, encore peu fournie, s'enrichit chaque année de quelques nouveaux volumes. Après les catéchismes et les livres classiques pour nos écoles, Pimprimerie a fait paraître suôcessivement des dictionnaires, les saints Évangiles, l'Ancien et le Nouveau Testament, des manuels de prières, et toute une petite bibliothèque ascétique, traduite des ouvrages de ce genre les plus renommés en Europe : le Pensez-y bien; Vlmitation de Jésus-Christ; les Pensées choisies de Bouhours, pour tous les Jours du mois; Y Introduction à la vie dévote y de saint François de Sales; la Perfection chrétienne de Rodriguez; une Vie des Saints pour tous les jours de Tannée, etc. Soit, en tout, une cinquantaine de volumes.
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Comme depuis vingt ans que les écoles se sont multipliées dans nos missions, des milliers d'élèves en sont sortis, sachant parfaitement lire les caractères latins, on rencontre aujourd'hui, parmi nos chrétiens, peu de familles dans lesquelles quelqu'un des membres ne soit en état de faire le soir, après le travail, une lecture de piété aux siens. C'est donc un véritable apostolat par le livre, qui va en tous lieux, et jusque chez les païens, chercher les âmes de bonne volonté pour les instruire et les éclairer. M. Éveillard, le confrère qui a conçu, poursuivi et dirigé avec un zèle persévérant cette œuvre obscure autant que laborieuse, a pu se dire avec joie, quand il e'^t allé, le 18 septembre 1883, recevoir au ciel la récompense de vingt ans d'apostolat, que si Dieu ne l'a pas appelé, comme la plupart des missionnaires, ses confrères, à porter directement aux païens la bonne nouvelle du salut, ses livres iront par les villes et les villages prêcher à sa place et, longtemps encore après sa mort, perpétueront dans nos missions de Cochinchine le bienfait de la foi et de l'instruction chrétienne.
«Statistique §^énérale (18841). — Il ne mareste plus qu'à faire connaître la situation présente de ces belles Églises, dont je viens dans ce livre de dérouler aux yeux du lecteur l'héroïque histoire, en donnant, pour 1884, la statistique générale de nos trois missions de Cochinchine et de celle du Cambodge. En rapprochant les chiffres d'aujourd'hui de ceux que j'ai donnés à plusieurs reprises, dans le courant de cet ouvrage, on verra mieux, d'un seul coup d'œil, les progrès acquis, et l'on pourra se rendre un compte plus équitable des travaux de l'apostolat dans ces contrées lointaines.
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PERSONNEL COCHINCHINE SEPTENTRIOISALE
1 vicaire apostolique, Mgr Marie- Antoine-Louis Caspar, évêque de Canathe; 16 missionnaires européens, 42 prêtres indigènes.
COCHINCHINE ORIENTALE
1 vicaire apostolique, Mgr François-Xavier van Camelbeke, évêque de Hiérocésarée ; 25 missionnaires européens, 18 prêtres indigènes.
COCBINCHINE OCCIDENTALE
1 vicaire apostolique, Mgr Isidore-François-Joseph Coloir.bert, évêque de Samosate ; 49 missionnaires européens, 37 prêtres indigènes.
CAMBODGE
1 vicaire apostolique, Mgr Marie-Laurent-François-Xavier Cordier, évêque de Gratianopolis ; 21 missionnaires européens.