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ÉTAT PRÉSENT DES MISSIONS DE COCHINCHINE ET DU CAMBODGE

Arrivé à l'époque actuelle, je dépose la plume de Thistorien, pour «16 contenter d'exposer la situation présente et Félat de nos œuvres dans les trois missions de Cochinchine et celle du Cambodge. L'histoire, en effet, demande des horizons plus lointains, et je n'ai pas qualité pour distribuer à mes frères encore vivants la part d'éloges que méritent leurs travaux apostoliques ; je craindrais de contrister leur modestie et peutêtre aussi, d'être suspect aux yeux des indifférents. D'ailleurs l'homme apostolique n'a pas besoin qu'on le loue; ses œuvres sont là, qui témoignent pour lui : Laiidabuiit eum opéra ejus.

Constractions d'égalisés. — L'œuvre qui restera^ à mon avis, l'œuvre capitale de ces dernières années, ce sont les constructions d'églises, d'écoles et de presbytères, surtout dans les deux missions de Cochinchine occidentale et du Cambodge. Grâce aux secours que ces deux missions recevaient du budget colonial, à l'impulsion donnée par les supérieurs, au zèle réuni des missionnaires et des chrétiens, le territoire

/i42 CHAPITRE DIXIEME

de notre jeune colonie s'est couvert en quelques années d'une riche floraison d'édifices religieux aussi gracieux que solidement construits et que pourraient nous envier plusieurs diocèses de France. Dans chaque district, il n'y a pas de centre qui n'ait à cette heure, à la place des misérables paillotes que Ton rencontrait partout jadis, une belle église, où l'on peut conserver avec convenance le divin Sacrement de l'autel. Quelques-uns de ces édifices sont de véritables monuments qui ne dépareraient pas bien des cités de l'Europe. Notons au Cambqdge, les églises de Cu-lao-gien et de Pnom-penh, et dans la mission de Cochinchine occidentale, les églises de Tan-dinh et de Cau-kho, auprès de Saigon, l'église de Baria, au sud-est, les églises de My-tho et de Cai-mong, dans l'ouest.

A côté de ces églises principales, la piété des chrétiens, unie au zèle des missionnaires, les ont portés à élever de petites chapelles ou églises très décentes dans les chrétientés écartées. Quelques-unes de ces petites succursales ne le cèdent guère qu'en étendue aux belles églises des chefs-lieux de district; telles sont, par exemple, les gracieuses chapelles de Ben-go, dans le district de Bien-boa, de Dat-do, près de Ba-ria, de Cha-va, près de Tra-vinh.

Il ne faudr^t pas croire cependant que nos édifices religieux ont été construits uniquement avec les secours du budget colonial; se serait une grave erreur. L'allocation smnuelle inscrite au budget pour constructions d'églises, presbytères, écoles, s'élevait à vingt-cinq mille francs par an, soit, en dix ans, une somme totale de deux cent cinquante mille francs. Or les édifices religieux, grands et petits, élevés dans la colonie pendant cet espace de temps représentent certainement plus du triple de cette somme.

Où donc a-t-on pris les deux autres tiers? Dans la générosité des fidèles qui, surtout chez les vieux chrétiens, se sont imposé de lourds sacrifices pour élever au vrai Dieu des temples moins indignes de la majesté suprême. Nos chrétiens ne sont

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pas riches en général, mais ils offrent généreusement l'aumône de leur pauvreté. Depuis la fin des persécutions, on a vu se renouveler ici, parmi nos néophytes, le même mouvement qui se fit, en Europe, au moyen âge, pour la construction des églises. On en a bâti presque partout, et partout les fidèles ont voulu y contribuer dans la mesure de leurs forces : les uns ont apporté leur obole; les autres, les plus pauvres, qui ne pouvaient rien donner, ont acquitté spontanément des journées de prestations. Les missionnaires ont encouragé et régularisé tous ces efforts particuliers; eux-mêmes ont largement payé de leur personne; un grand nombre ont sacrifié le traitement qu'il recevaient alors du gouvernement ; plusieurs se sont, imprudemment peut-être, chargés de dettes pour longtemps, afin d'aider leurs chrétiens ; presque tous ont donné leur temps, leurs sueurs, leur travail, en vue de réaliser ainsi des économies considérables; il est peu de confrères parmi nous qui ne se soit improvisé tour à tour entrepreneur, architecte, maçon, briquetier même, pour diminuer Je prix de la main-d'œuvre et élever ces églises à meilleur marché ; quelques-uns y ont usé leur vie, en s'exposant au soleil et à la pluie sur de fragiles échafaudages, pour diriger leurs ouvriers. Mais qu'est-ce qu'une vie d'homme, quand il s'agit de l'œuvre de Dieu? J'imagine que notre bon Maître ne saurait refuser une petite place dans ses tabernacles éternels à celui qui a abrégé ses jours pour lui bâtir une demeure sur la terre et qui peut, en paraissant à son redoutable tribunal, répéter avec vérité la parole du prophète royal : « Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison. »

Parmi tous les édifices religieux de la colonie, le premier rang revient, comme de droit, à la cathédrale de Saïgon. J'ai parlé de la première installation de Mgr Lefebvre dans une pagode abandonnée ; en 1863, l'amiral Bonnard fit jeter, dans la basse ville, les fondements d'une église plus convenable ; mais au bout de dix ans, cet édifice, bâti presque entièrement

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en bois, était dévoré par les fourmis blanches; force fut, en 1874, de transporter la cathédrale provisoire dans la salle des fêtes de l'ancienne demeure du gouverneur et d'y installer, tant bien que mal, le service religieux. Evidemment cet expédient provisoire ne pouvait durer.

L'amiral Duperré eut le mérite de comprendre que la France, désormais solidement établie à Saïgon, devait affirmer sa foi et consacrer sa conquête en ce pays lointain, en y élevant à son Dieu un temple définitif, qui fut moins indigne de la majesté suprême.

Après un concours public entre plusieurs architectes, on fit choix de M. Bourard, de Paris, pour diriger à forfait les travaux. Le 7 octobre 1877, Mgr Colombert, en présence du Gouverneur et de toutes les autorités de Saïgon, bénissait la première pierre de l'édifice sacré, qui s'élève dans une excellente position, à l'extrémité de la rue Catinat et au point culminant de Saïgon. Les travaux furent si rapidement menés, que la bénédiction de l'église put se faire au bout de deux ans et demi, le 11 avril 1880*.

Pendant la construction de la cathédrale, l'opinion publique, à Saïgon, s'était montrée, j'ai le regret de le dire, malveillante et grondeuse, ainsi que cela s'est produit d'ailleurs pour toutes les constructions entreprises par l'administration, à commencer par le palais du gouverneur; aujourd'hui, elle semble être revenue à des appréciations plus équitables*. Au fond, je ne crois pas me tromper en affirmant que les habitants de Saïgon sont fiers de leur belle cathédrale, qui fait certainement honneur à la France et à ceux qui, placés alors à la

i . Voir aux pièces justificatives le discours prononcé à cette occasion par Mgr Colombert,

2. On parlait de sommes énormes engagées dans la construction : tout compris, construction et ameublement de Téglise, ces sommes n'ont pas dépasse le chiffre de 2,500,000 francs. La cathédrale de Saïgon est certainement le plus solide et le moins cher des monuments de la colonie ; j'ajoute, eX un des plus beaux.

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tête de radministration coloniale, ont entrepris, poursuivi et achevé Tœuvre, au milieu de contradictions malveillantes et d'attaques passionnées.

La cathédrale de Saïgon est un édifice de style roman, qui mesure 93 mètres du porche à l'extrémité du chevel; la largeur du transept est de 33 mètres; la hauteur sous clef de voûte est de 21 mètres ; les tours ont 36°", 60, à partir du sol ; deux flèches projetées, de 21 mètres, porteront à 57 mètres dans les airs, le signe adorable de la rédemption. Il y a dans les deux tours, une sonnerie de six cloches, pesant ensemble 23,850 kilogrammes, qui est certainement sans rivale dans tout rOrient, et que bien des cathédrales de France nous envieraient.

L'intérieur de l'édifice sacré est orné avec une sobriété de bon goût : au-dessus du triforium, une série de verrières déroule aux regards du spectateur la procession des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, venant saluer, au chevet de l'église, la Vierge Immaculée, patronne de la cathédrale. Le maître-autel, en marbres précieux, est orné de trois magnifiques bas-reliefs et soutenu par six anges qui portent les instruments de la Passion. Un chemin de croix monumental, dont chacune des stations sert d'autel dans les chapelles collatérales qui descendent le long des bas côtés, depuis le transept jusqu'aux portes, un riche pavé en mosaïque, complètent l'ornementation. Tout autour du sanctuaire, rayonnent les chapelles de la Sainte-Vierge, du Sacré-Cœur, de Saint- Joseph, de Saint-Paul et de Saint-François Xavier, décorées, elles aussi, de vitraux en rapport avec le vocable de chaque autel.

Au jour de nos grandes solennités, quand les voix harmonieuses et puissantes des cloches se font entendre du haut des tours, pour appeler le peuple chrétien au pied desl autels, quand la foule nombreuse se presse sous les voûtes du temple : Français, Annamites, Chinois, Indiens, population étrange, aux

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costumes variés; quand les élèves du séminaire, assistés souvent du concours d'artistes volontaires, répètent sous ces jeunes voûtes les vieux chants de la liturgie et cet immortel Credo deTÉglise catholique, qui a retenti successivement sur toutes les plages, quand Tautel étincelle dans sa parure de fête, à la lueur de centaines de flambeaux, quand la liturgie déploie la majesté inimitable de ses belles cérémonies, dont toutes les fêtes laïques et civiles ne seront jamais que Timpuissante caricature, alors tous les assistants, les francs-maçons et les libres penseurs comme les autres, sentent planer sur eux comme l'âme de la France et tressaillir, au fond de leur cœur, cette vieille fibre catholique, que les préoccupations de la politique du jour, les ambitions du pouvoir, les faiblesses et les lâchetés de la conscience ont bien pu engourdir et paralyser, mais qui vibre presque toujours dans les dernières profondeurs de Tâme, et dont on ne se débarrasse pas aussi facilement qu'on veut bien le dire.

JLes écoles paroissiales. — La question de Técole vient immédiatement après celle de l'église, ou plutôt elle ne s'en sépare pas, car, surtout dans les chrétientés récemment fondées, nous regardons l'école comme aussi nécessaire que l'église, pour assurer la formation chrétienne de Fenfant qui ne pourrait trouver, chez ses parents récemment baptisés, l'instruction religieuse indispensable pour connaître et pratiquer la loi de Dieu. L'Église de Jésus-Christ, quoi qu'on en dise, n'a jamais été l'ennemie de l'instruction. C'est elle, au moyen âge, qui a couvert l'Europe d'écoles paroissiales et qui, dans ses monastères, ainsi qu'à l'ombre de ses cathédrales, a ouvert à tous, même aux enfants des plus pauvres, l'accès aux connaissances supérieures, en fondant des collèges, des séminaires, des universités où se sont formées, presque toujours gratuitement, les intelligences d'élite. Seulement, rÉglise n'a pas, comme la libre pensée, le fétichisme

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de Talphabet et de la g^rammaire; elle ne croit pas avoir tout fait, quand elle a bourré une jeune intelligence de connaissances pédagogiques plus^ ou moins utiles dans la pratique de la vie. Ce qu'elle se propose avant tout dans ses écoles, c'est d'élever l'enfant, c'est-à-dire, comme le mot l'indique, de le faire monter peu à peu de ses inclinations basses et vicieuses à la vérité et à la vertu, en un mot, d'en faire d'abord un homme et un chrétien. La science, le bagage un peu encombrant des connaissances pédagogiques, tout cela viendra par surcroît, comme le couronnement de l'édifice intellectuel, et, grâces à Dieu, les faits sont là, pour montrer à tout homme de bonne foi que, sur le terrain si disputé de l'enseignement, nos écoles catholiques savent tenir leur rang et ne redoutent aucune concurrence.

Mais à quoi bon raisonner avec le parti pris et la haine? Nos ennemis connaissent parfaitement la supériorité de notre enseignement, et c'est cette supériorité même qui les anime si fort à le détruire. Il est plus commode, en effet, de supprimer des concurrents qui gênent, que d'essayer de les vaincre loyalement sur le terrain de la liberté pour tous, même pour les cléricaux.

Quoi qu'il en soit, depuis vingt ans, nos missions se sont imposé de grands sacrifices pour établir, d'abord dans tous les centres où résident les missionnaires, puis peu à peu dans les chrétientés annexes, des écoles pom' les enfants de nos néophytes. Si, sous le rapport des écoles paroissiales, les deux missions de haute et de moyenne Cochinohine sont encore en retard, cela vient du manque de ressources et aussi du peu de sécurité dont ces missions ont joui jusqu'ici, sous la main des mandarins de Hué.

Voici, pour 1884, la statistique de l'enseignement catholique dans les quatre missions de Cochinchine et du Cambodge :

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COCHINCHINE SEPTENTRIONALE

3 orphelinats où sont élevés et instruits environ 300 enfants;

2 séminaires avec 80 élèves.

Tolal de la population scolaire du vicariat ; 380 enfanis.

COCHINCHINE ORIENTALE

20 orphelinats, où sont élevés et instruits 894 enfants;

2 séminaires avec 120 élèves.

Total de la population scolaire du vicariat : 1014 enfants.

COCHINCHINE OCCIDENTALE

84 écoles paroissiales, qui comptent 3,952 élèves ; École Tfiberd pour les jeunes garçons métis, 6S élèves * ; 2 séminaires avec 214 élèves ; Orphelinats des sœurs de Saint-Paul, 620 enfants ; Écoles tenues par les sœurs de Saint-Paul, S19 élèves; Pensionnat européen des sœurs de Saint-Paul, 86 élèves. Total de la population scolaire du vicariat : 5,456 enfants.

CAMBODGE

29 écoles paroissiales, qui comptent 1,132 élèves ;

1 séminaire avec 85 élèves ;

4 orphelinats qui ont une moyenne de 200 enfants.

Total de la population scolaire du vicariat : 1,417 enfants.

En réunissant tous ces chiffres, on trouve que TÉglise catholique, en Cochinchine et au Cambodge, donne gratuitement l'enseignement à plus de huit mille enfants. Par ce temps de fanatisme scolaire et d'enseignement obligatoire, c'est là, il me semble, un résultat dont nos grands preneurs d'instruction pourraient tenir compte.

i . L'école Taberd fut fondée en 1874 par un prêtre zélé, M. Henri de Kerlan, missionnaire chargé de la paroisse de Saigon, qui consacra à cette œuvre une partie de sa fortune, afin de donner aux garçons métis, qui erraient abandonnés, par les rues de Saigon, une éducation conforme à la situation qu'avaient occupée leurs pères dans la colonie.

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Il est bon de faire remarquer que cet enseignement est entièrement gratuit et ne coûte pas un sou au budget colonial. Pendant plusieurs années, nos écoles ont reçu une légère subvention de cinq piastres (23 fr.) par mois, pour les maîtres ; aujourd'hui elles sont entièrement à la charge de nos missions.

D'un autre côté, nous voyons l'administration française consacrer annuellement des sommes considérables au budget de l'instruction publique * et donner à ses maîtres de très beaux traitements ; n'étant pas forcée d'économiser, puisqu'elle puise dans les caisses de l'État, l'adminisJtration donne à ses élèves le vivre, les vêtements, les livres, toutes les fournitures d'école. Il faut bien avouer qu'il est bien difficile de soutenir la lutte dans de pareilles conditions, surtout avec les ressources très bornées dont nous pouvons disposer ; et pourtant cette lutte nous ne pouvons l'abandonner, car ici, comme en France, il s'agit, entre la franc-maçonnerie et l'Église de Jésus-Christ, de savoir à qui finalement appartiendront les âmes.

Pourquoi, dira-t-on, vous imposer de pareils sacrifices, au lieu d'envoyer simplement vos enfants aux écoles du gouvernement? Pourquoi? Parce que nous ne croyons pas pouvoir en conscience agir autrement ; parce que la prétendue neutralité de l'école n'est ici, comme ailleurs, qu'un voile qui sert à cacher les desseins hostiles de la libre pensée, qui cherche à tout prix à mettre la main satanique sur Tépaule de l'enfant ; parce que l'enseignement de l'État, fût-il irréprochable, ce qui n'est pas, malheureusement, serait encore incomplet pour nous, puisqu'il laisse systématiquement de côté ce que nous regardons dans l'éducation comme le plus important : l'instruction religieuse et la formation chrétienne

1. Au budget de 1881, la part de l'instruction publique a été de 357,000 piastres, soit 1,785,000 francs. Le moindre maître annamite touche 600 francs de traitement annuel ; le dernier maître français a 4,000 francs et le logement.

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de l'enfant ; parce que nous n'avons pas confiance en vos maîtres, s'il faut vous le dire ; et enfin parce que vos écoles, cent fois remaniées sur le papier, n'existent pas dans la plupart des centres chrétiens.

Voilà pourquoi, tant que nous le pourrons, nous lutterons contre la concurrence écrasante de Tadministration, qui gaspille dans ses écoles un argent insensé, pour obtenir des résultats à peine médiocres. Mais on aura beau faire, les fils des martyrs, qui ont su jadis défendre leur foi et celle de leurs enfants contre les tentations sanglantes du bourreau, ne livreront pas aujourd'hui Tâme, la foi et les mœurs de leurs enfants aux entreprises de la libre pensée. Seulement on arrivera peut-être à ce résultat, qui ne déplairait pas à plusieurs, de priver les enfants des catholiques fidèles du bienfait de l'instruction supérieure et d'en faire, à côté de leurs compatriotes demeurés païens, des espèces de parias, forcément exclus de tous les concours et de toutes les places. C'est ainsi qu'on entend assez ordinairement de nos jours l'égalité confessionnelle, et comme, malgré tout, l'élément chrétien est encore à peu près le seul qui soit rallié franchement à la France, le résultat ainsi obtenu par l'exclusion des catholiques de tous les services publics, sera assez honorable et assez utile au pays, pour que les hommes de la ligue de l'enseignement, dont nous venons d'être gratifiés en Cochinchine, aient le droit d'applaudir à leur œuvre et de s^en montrer fiers.

École des catéchistes. — Pour tenir les écoles de nos missions et venir en aide aux hommes apostoliques dans Tœuvre de l'évangélisation, il faut des maîtres d'école et des catéchistes, et, pour en avoir, il faut les former avec soin à ce difficile ministère. C^est là une des grandes difficultés de la situation présente, surtout dans la colonie. Autrefois les notables de chaque chrétienté s'acquittaient avec zèle de cette

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charge; mais, dans l'état présent des choses, chacun, surtout autour de Saigon, n'a plus qu'une préoccupation, c'est de s'assurer le riz quotidien ; car si Ton doit reconnaître que la présence des Français a fait considérablement hausser les salaires, il faut bien avouer que le prix de toutes les choses nécessaires à la vie a grandi dans la même proportion, les impôts sont devenus beaucoup plus lourds; en sorte qu'en fin de compte, TAnnamite gagne beaucoup plus d'argent, mais peut-être il a plus de peine que parle passé à équilibrer son budget. Jadis, en donnant quelques sapèques par jour à un catéchiste, on pouvait l'entretenir très convenablement ; aujourd'hui, quand il s'agit d'hommes mariés, ayant une famille à nourrir, il faudrait, pour pouvoir les employer au . service de la mission, leur assurer un traitement qui dépasserait de beaucoup les ressources dont nous pouvons disposer. A Saigon, où la difficulté est plus grande qu'ailleurs, à cause des gros appointements que l'administration prodigue à ses maîtres d'école, cette situation pénible a préoccupé, depuis dix ans, la pensée du vicaire apostolique et celle de ses missionnaires. Il nous faut des collaborateurs pour nos écoles et nos catéchuménats, mais il nous faudrait des collaborateurs à peu près gratuits qui consentissent à exercer, sous la direction du missionnaire, cet humble ministère de l'enseignement, en se contentant de la nourriture et du vêtement. Plusieurs essais ont été tentés, en ce genre; jusqu'à ce jour, aucun n'a pleinement réussi, mais nous ne nous décourageons pas pour cela; nous savons que les œuvres de Dieu sont toujours traversées au début, surtout quand l'ennemi des âmes sent que cette œuvre peut lui nuire. Pour le moment, nous nous servons des éléments provisoires que nous avons sous la main. Chaque année, plusieurs de nos séminaristes sont forcés, pour une raison ou pour une autre, d'interrompre leurs études; ce sont, quand ils veulent bien se mettre au service de la mission, des maîtres d'école et des catéchistes tout formés. Malheureu-

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sèment les tenlations du dehors ee manquent pas pour nous les disputer : aujourd'hui, tout jeune annamite'qui a fait des études trouve facilement à se placer cl à gagner de gros salaires ; il faut donc, à ceux qui consentent à se faire nos aides, une bonne dose d'esprit de foi et de désintéressement, pour accepter avec nous les humiliations et la pauvreté du ministère apostolique, alors qu'ils voient leurs anciens camarades, placés dans le monde , faire étalage de leurs piastres et de leurs beaux habits.

ikears annamites. — Si nos missions ont de la peine à recruter un personnel suffisant pour leurs maîtres d'école et leurs catéchistes, elles trouvent, dans le dévouement de nos religieuses indigènes, d'excellentes maîtresses, qui peuvent même, dans une certaine mesure, être appliquées au ministère direct de l'apostolat, surtout auprès des femmes.

Ces humbles et pieuses filles ont bien mérité le nom à'AmarUes de la Croixy qu'on leur donne au Tong-king et celui de Filles de Marie, sous lequel elles sont connues en Cochinchine. Aux jours de la persécution sanglante, elles furent les premières à la souffrance et à l'immolation. C'était le plus souvent leurs maisons qui servaient d'asile aux proscrits; c'était elles qui se glissaient dans les cachots, pour porter aux confesseurs de la foi la nourriture et les petits soulagements qu'on pouvait leur procurer; plus d'une fois, comme aux jours de la primitive Église, ces vierges intrépides furent cliargées d'apporter au martyr qui allait verser son sang pour Jésus-Christ le viatique du dernier combat. Là où le prêtre ne pouvait pénétrer, elles allaient hardiment, protégées par leur habit de femme et le rayonnement de leur charité. Elles consolaient les affligés, secouraient les faibjes, relevaient les apostats. Aussi, comme on l'a vu, la haine des tyrans leur fit l'honneur d'une persécution particulière : on les traqua de tous côtés, on ferma les pauvres monastères, on les livra aux tortures raffi-

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nées et à la mort. Et cependant Dieu veillait sur cette portion choisie du troupeau; à Theure actuelle, nos religieuses annamites ont 7 couvents dans la Cochinchine septentrionale, avec un personnel de 420 religieuses; il y a 12 couvents dans la Cochinchine orientale, avec 440 religieuses; 4 couvents dans la Cochinchine occidentale, avec 295 religieuses ; 3 couvents dans la mission du Cambodge, avec 45 religieuses; total, pour les 4 missions réunies : 26 couvents et 1,200 religieuses indigènes. Les deux missions du Tong-king comptent, de leur côté, près de 2,000 Amantes de la croix.

En établissant ces monastères, nos seigneurs les vicaires apostoliques de TAnnam se sont proposé un triple but: la sanctification personnelle des religieuses, les œuvres de charité et d'apostolat, telles que le baptême des enfants infidèles en danger de mort, la visite des malades, l'instruction des catéchumènes de leur sexe.

Depuis rétablissement de nos compatriotes en Cochinchine, Mgr le vicaire apostolique de Saigon s*est préoccupé de former les religieuses indigènes au ministère, tout nouveau pour elles, des écoles paroissiales, et elles ont généreusement répondu à ses désirs ; actuellement, elles dirigent une trentaine d'écoles et donnent renseignement à plus de 2,000 enfants.

C'est un grand sacrifice que l'obéissance leur a imposé, car ce qu'elles demandaient surtout à la vie religieuse, c'était de pouvoir travailler dans la retraite et le silence à leur sanctification religieuse, en menant une vie pauvre, laborieuse, pénitente, à l'abri des dangers du monde; et voilà que Tobéissance les rejette dans ce monde qu'elles avaient voulu fuir, pour les appliquer à ces œuvres extérieures d'enseignement et de charité qui répugnent à la timidité de leur sexe et à l'égoïsme du caractère annamite. N'importe, au premier appel du supérieur, elles partent, quelquefois le cœur un peu gros; elles s'en vont doux à deux dans des villages écartés, où sou-

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vent, pendant plusieurs jours, quelquefois pendant plusieurs semaines, elles ne verront pas le prêtre, n'assisteront pas au divin sacrifice de Tautel et seront privées des sacrements. Les voilà seules, au milieu de néophytes grossiers et i^orants, en face de païens hostiles. Que feront-elles, ces femmes pauvres et sans prestige, parmi des populations qui mettent la femme à un rang inférieur, dans un pays où les mœurs les excluent de la vie publique? Ce qu'elles feront? Lisez ce récit d'un homme qui les a mis à l'œuvre et qui les a observé de près.

« En quatre localités, les religieuses de mon district instruisent les catéchumènes. La sœur Mieû surtout est infatigable. Elle s'attaque aux plus lettrés et fait si bien qu'ils ne trouvent rien à répliquera ses arguments. Depuis trois mois, quatre cents catéchumènes dans le Tân-huong ■ lui doivent la grâce de leur vocation à la foi. Les esprits les plus rebelles sont domptés par ses raisonnements, sa douceur et sa vertu. Sur la demande pressante de M. S. notre inspecteur, elle vient de passer quelques jours à Mo-cag. Trois fois elle a réuni, dans la maison du marché qui sert aux assemblées du village, tous les notables, les gens de l'inspection et les chefs de canton. Là, devant une foule sans cesse croissante, elle a parlé de notre sainte religion, a démontré l'absurdité des superstitions et fait, en quelques mots, des réponses sans réplique à toutes les objections. Grâce à elle, j'ai pu baptiser près de huit cents personnes. Des trente-quatre villages où je compte des catéchumènes, seize lui sont redevables du bienfait de la foi. » (Voir Annales de la Prop. delafoi^ tome XLL)

Voilà ce qu'un cœur dévoré de la flamme apostolique a su faire ici de vierges timides, dans un pays où la femme est soigneusement tenue à l'écart. Les catéchistes lui manquaient;

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