RÉFLEXIONS POUR CONCLURE
La tuberculose est reconnue depuis le début du siècle comme un fléau universel. Tout l'appareil de la lutte antituberculeuse à l'échelle nationale date de trente années. Déjà de grands espoirs peuvent être logiquement entretenus.
L'action directe sur le bacille in vivo est enfin indubitable, si elle ne résout pas encore entièrement le problème.
Sur le plan vaccinal le B. C. G. parviendra peut-être à éradiquer la maladie.
Mais ces perspectives ne pourront être jugées qu'après un délai de l’ordre d’une génération. Provisoirement donc, on se trouvera encore devant des malades présentant des lésions pulmonaires constituées, parfois irréversibles. Là où les moyens classiques déjà anciens échouent, la chirurgie thoracique constitue pour l'heure notre arme la plus efficace (c’est en effet cette notion d’efficacité statistique que doit garder à l'esprit le médecin de Sanatorium public).
Certes le propos de cette chirurgie est limité; elle n’est pas étiologique, elle ne satisfait pas entièrement l’esprit. Mais elle domine l’étape actuelle de la lutte antituberculeuse :
Sept mille interventions de chirurgie thoracique furent réalisées en France en 1946.
En 19 le chiffre atteint
Ce nombre ira croissant probablement dans les années à venir et apparaît alors un problème d'organisation d’un intérêt très actuel : où doit-on opérer ces malades ? A la lumière des pages qui précèdent, nous pensons que le tuberculeux doit être opéré en Sanatorium et nous y trouvons de nombreuses rai- Sons :
— Malgré les progrès de l'armement antituberculeux, le placement dans les divers établissements demande parfois des délais importants. Chacun connaît de ces pitoyables malades qui, faute de place le moment venu, ont dépassé leur heure chirurgicale et grossissent le groupe des chroniques. Si outre l’admission au Sanatorium, le malade doit attendre ensuite un lit en chirurgie, il est à craindre que le retard possible ne soit multiplié par deux.
Par ailleurs, ces déplacements et changements de milieu ris-
Nyon:
quent d’influer défavorablement sur l’état lésionnel du malade et sur son état psychique.
— Au contraire, suivons le malade chirurgical qui arrive au Sanatorium : ignorant tout de la maladie et de nos moyens de la combattre, inquiet à juste titre, il suit avec attention les séances chirurgicales précédant la sienne; il juge de loin les suites opératoires, constate la rareté des accidents; il assiste à la sortie de quelques opérés en voie de guérison. Le contact presque quotidien avec le médecin, devenu son médecin, qui lui a expliqué à plusieurs reprises le but et les espoirs de l’intervention, le rassure.
C'est sans angoisse et souvent avec impatience que le jour venu il passe dans l'aile des opérés pour y être préparé accompagné d’autres malades qu’il connaît depuis plusieurs semaines ou Mois.
— Le médecin de son côté a pu longuement observer son malade. Sa connaissance murie sans hâte, de l’histoire pathologique du degré d’évolutivité des lésions, du comportement général du malade, des aspects radiologiques successifs constituent l’élément essentiel et irremplaçable (parce qu’il ne peut se traduire en faits et en chiffres) de la collaboration médicochirurgicale.
Cette appréciation, aussi subjective qu’objective d’ailleurs, qu’apporte le médecin permet au chirurgien de proposer, après avoir considéré les possibilités techniques, l'intervention dont la réussite est la plus probable.
Cette mise au point se fait d’ailleurs en deux temps, pour ainsi dire. Les éléments de la discussion sont examinés lors de la séance opératoire précédente, sans qu’une décision ferme en sorte le plus souvent. Ce n’est que le mois suivant, lorsque le point a été fait une nouvelle fois, que le choix est arrêté et soumis enfin à l’acceptation du malade.
Ce schéma se trouve, à la vérité, infirmé dans un certain nombre de cas :
Une partie de nos malades provient du Centre de Phtisiologie de Purpan.
C’est là que leur bilan clinique et radiologique est mis au point. L’indication chirurgicale est portée et le malade, ins-