‹ La Collection Du Teil Chaix d'Est-AngeChapitre 8 sur 66 · ER EE · texte numérisé non relu

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faiseur et de la bonne époque. Meubles de style, toiles de maîtres, gravures des meilleurs burins, livres richement habillés d'authentiques reliures, tapisseries, porcelaines, bibelots, il savait tout choisir et grouper en parfait connaisseur.

Et ce n'était pas seulement en lui un instinctnaturel esthétique, mais une science consommée dont on peut Juger, dans un de ses plus originaux ouvrages, par la rigueur vraiment mathématique avec laquelle il a pu rapporter à la facture du maître lui-même, un portrait inachevé de Michel-Ange auquel il ne manquerait selon lui que la signature de Buonarroti.

Ce tableau appartenait à la collection de Chaix d'Est-Ange, dontil est temps de parler. Le grand orateur aimait à se délasser d’une vie entre toutes laborieuse, en rassemblant les objets d'art qui lui plaisaient, sans spécialisation ni parti pris, sans souci de mode ou d'école, pour le seul charme de son goût personnel et de ses yeux. Et il avait réuni ainsi toutes sortes de Jolies pièces, mais surtout des tableaux,

pour former ce qu'on appelait jadis un cabinet, aussi varié qu'intelligemment composé. Pour lui, point de snobisme ni d’enchères retentissantes, ni de vaniteuse notoriété ; mais une indépendance d'amateur véritable sachant goûter le beau sans réclame, et acheter discrètement des choses à l'épreuve du temps.

Quand l'invasion de 1870 mit son trésor en péril, il le confia à l'hospitalité de la reine de Hollande, dont il avait été précédemment conseil, et qui saisit cette occasion de lui témoigner sa gratitude.

Puis, après sa mort, la collection passa à son fils, et ensuite, par moitié, à ses petitsenfants : M. Gustave Chaix d'Est-Ange et madame la baronne J. du Teil.

La part échue à celle-ci se compléta de nombreuses toiles provenant de la famille du Teil ou acquises par son mari. Et, c'est, de cet admirable ensemble, connu seulement de quelques privilégiés, et dont J. du Teil avait révélé l'importance dans un superbe numéro des Arts (1907), que madame J. du Teil a voulu embelhr à

jamais des lieux si chers à son époux, pour y garder sa mémoire dans un cadre digne de lui. Et certes, elle ne pouvait en trouver de mieux choisi, ni de plus approprié à ses goûts d'artiste et d'historien, que ce vieil hôtel, élevé en 1756 sur l’ancienne demeure du gouverneur Robert de Montmorency, où se Jouent toutes les grâces du xvir° siècle, et dont les boiseries seules rendraient un palais Jaloux.

Là-bas, sur l’autre rive de l’Aa, le petit Saint-Momelin n'oublie pas celui dont une population en deuil a pu dire, entre autres hommages, par la bouche émue de son successeur à la mairie, que « non seule- « ment elle continuait à vivre en lui, mais « encore qu'elle vivait par lui ». Elle se souvient pour toujours de son œuvre dans la commune, aux Watteringues, à la présidence de la Société d'agriculture de Bourbourg, à celle du Concours hippique de Dunkerque-Malo, partout où étaient en Jeu les intérêts de la région. Elle sait,

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comme l'a écrit M. Frédéric Masson, que la mort seule l'a empêché d'être appelé, « pour son intelligente initiative et sa « haute droiture, à mettre à l'épreuve, sur « un théâtre encore plus digne de ses « efforts, sa foi religieuse, son intelligence « politique et son ardeur sociale ».

Ici, on n'oubliera pas davantage l’historien du pays, membre d’une foule de Sociétés savantes, tant locales que dela Franceet de l'Etranger, non plus que l'officier de la grande guerre, soldat d'un cœur si haut et d'une trempe si ferme, qui « se dépensa « sans compter dans l'exécution des mis- « sions les plus délicates, jusqu'au moment « où, arrivé à la limite de ses forces, il a « été contraint à un repos momentané que « ses chefs ontété obligés de luiimposer: ». Encore son dévouement ne put-il se résoudre à la longueur du repos nécessaire, et il voulut servir, frappé à mort d’un mal inexorable, tant que ses forces épuisées purent obéir à une inflexible volonté.

1. Termes de la citation à l'ordre du 5° corps d'armée, du 11 octobre 1916.

Ce sont choses qui restent dans la mémoire. Et ainsi, de l’une et l’autre part, en Artois comme en F landre, demeureront unis dans la reconnaissance publique les

noms inséparables de Chaix d'Est-Ange et de du Teil.

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