‹ La collection Henri RouartChapitre 2 sur 33 · ART · texte numérisé non relu

ART

Ma net en toult ia Leçon de musique, le !

était ' au pi à la rigu possible sion de t et ne se que de*»

représente a>

A ee qui ooncern»

charmante et si originalc Une — c élude iinin

repr" '''■ i>i:m^ I r,

plus

■ x de la provocation que

pas moins qu'aimer le

à l'époque où il acheta

tie, et la scène de plage,

lit classent un amateur

!e. Si l'on peut admettre

met avec le plus d'éclat

satisfaisant à une pas-

(chète de ses œuvres

it:nts de son monde

de l'indépendance ,

lionneur la partie du

dites en art seraient

ici le nom de sa

»me Berthe Morisot.

bord de la mer

;iistc de plus en

le deuxième

siècle, le pn It^s romantiques riltachent ;'

Ut plus magistrale •istoire de l'Art au ^s venons de le \iûv les de i83o

M. Degas, cela n'est pas la j^remière lois qii'on le fait ressortir, est à la ibis le disciple des maîtres et le maître des innovateurs. Poussé et cultivé en terre classique, il a produit des fruits essentiellement nouveaux. Ses admirables Aerlus ont engendré beaucoup de vices qui ont attiré nos jeunes écoles. Il cherche dans sa jeunesse des leçons auprès d'Ingres et des enseignements auprès de Poussin, vous en avez vu la preuve avec sa fougueuse et pourtant docile copie de VEnlèçement des Sabines. Dans son âge mûr ses dessins prennent une liberté et une audace que rien désormais ne pourra dépasser, et dont toutes les prétendues audaces que nous avons vues se réclamer de lui n'ont aucun droit de le faire, car ce sont des imitations alfaiblies, et qui ne reposent pas, comme ses plus saisissantes trouvailles, sur le plus étendu des savoii's et sur les calculs les plus justes et les plus ingénieux. Bien qu'il eût acquis une science unique de saisir les mouvements et de manier la couleur en vue de la puissance dans le modelé comme le plus Augoureux statuaire manie la terre ou la cire, M. Degas ne s'est jamais reposé sur sa science et, au contraire, est demeuré toute sa vie un infatigable inventeur. Chacune de ses œuvres offre l'alliance d'une conception toute personnelle, à la fois délicate et ironique, et d'un métier tantôt emporté, tantôt précieux, mais toujours infiniment captivant.

De ce maître imique en son temps, et unique dans l'art français, M. Rouart , pour les raisons que nous avons dites, possédait des œuvres en nombre relativement restreint, mais

suffisant, toutefois, pour qu'aucun des principaux aspects de son talent ne fût absent de la collection, et chacun se trouvait représenté par des types d'une véritable excellence. Le pastel des Modistes, d'une harmonie très soutenue et d'un dessin énergique et vivant, est un exemple du plaisir que l'artiste moderne a éprouvé à dépeindre les détails de la vie, le fouillis familier, la conviction du geste dans les occupations de la vie courante, toutes choses oii l'esprit de notre temps a apporté une acuité d'analyse toute spéciale. Réussir à retenir les regards et à captiver la pensée avec ces objets, prouve sans doute que l'intérêt intellectuel d'une œuvre d'art ne repose pas forcément moins dans l'interprétation de l'artiste que dans le sujet luimême. C'est le dernier affranchissement que pouvait souhaiter l'art. Certainement il demeure de beaux sujets, poétiques, philosophiques ou historiques, qui font partie du trésor, et même sans cesse enrichi, de l'humanité; seulement, on accepte désormais que sur un objet qui eût jadis été réputé vulgaire ou indigne, un grand artiste piojette son intelligence ou sa sensibilité. Mais il faut, bien entendu, que l'homme, sinon le thème, en vaille la peine. C'est ce que prouve l'exemple de Degas, mais c'est aussi ce qui condamne les médiocres qui osent se couvrir de cet exemple.

Les Danseuses à la barre, tableau délicat, fin comme la perle, aussi clair que le précédent est renforcé de ton, sont certainement une des œuvres d'art les plus rares de la galerie. Les mouvements y sont surpris et fixés avec une

souplesse et pourtant une fermeté dont les mots ne peuvent donner une idée et rien ne peiit exprimer non plus la subtile caresse pour le regard de ces gris rehaussés de rose et de citron pâle. Les diverses Répétitions et Exercices de danse sont également des mieux choisis qui se puissent voir. Quant aux études de types et de physionomies que nous offrent divers pastels et dessins, il faudrait tout un travail pour les analyser. La Chanteuse de café-concert^ massive et quasi bestiale ; V Actrice, un peu marquée déjà, qui au contraire souligne ses finesses de diseuse ; la danseuse ruminante qui tient son éventail comme un morne sceptre, reine factice du soir ; celle qui, vue de haut, sort de sa loge en faisant bouffer sa jupe verte pailletée ; — autant d'observations vives, narquoises, vigoureuses, autant de riches notations de couleur. Un tableau est très à part dans cet ensemble, c'est une scène sur la plage, peinte d'une manière large et simplifiée qui semble avoir été inspirée à M. Degas, par le désir d'étudier les procédés de synthèse de Manet, sans pour cela cesser d'être lui-même.

Ainsi que nous avons rapproché du nom de Manet celui de Madame Berthe Morisot, nous placerons ici celui de Miss Mary Cassatt, qui cultiva grâce aux leçons de Degas sa brillante et décidée personnalité. Avec une Maternité d'une vive couleur, et le tableau du Thé qui est un de ses plus accomplis, elle occupe une place très à part et cependant très en vue à côté de son maître.

4o LA COLLECTION HENRI ROUART

Un mot encore en ce qui concerne M. Degas. Nous avons à l'instant, pour essayer de le définir, emprunté une comparaison à la sculjjture. Nous aurions aimé à développer cette considération , et à montrer comment le jeune admirateur d'Ingres, après s'être dans ses premiers dessins rendu maître de la ligne, fut de plus en plus porté à modeler par le relief.

Aussi, le rapprochement serait des plus intéressants à faire, dans la collection Rouart, entre ces trois grands peintres sculpturaux : Millet, Daumier, Degas. Le l'ait de les avoir rapprocliés dans ses prédilections est encore un des témoignages de l'unité de vues propre au collcclionneur.

S'il s'était arrêté au point où nous en sommes arrivés, nous trouverions complète et digne d'admiration sa carrière, et ses recherches se bornant à cette période de l'histoire artistique, aiiraient formé un cycle absolu, normal, pouvant justifier le repos après un tel travail accompli.

Mais au moment où M. Rouart parfaisait sa collection, une nouvelle école avait surgi, de nouvelles luttes s'étaient engagées dont tout de suite il comprit l'intcrct et Timportance. L'amateur qui aurait pu séparer son ami M. Degas des nouveaux venants avec lesquels il exposait sans précisément prendre part à leurs recherches, fut sensible à la passion pour la lumière, pour la vibration de la couleur, qui animait

LA COLLECTION HENRI ROUART 4i

Claude Monet, Renoir, Pissarro, Sisley. Il ne crut pas qu"il y aurait un criant contraste à accrocher leurs claii'es peintures à côté des richesses assombries de ses Millet, de ses Daumier, ni à côté des Aaporeuses féeries de Corot, qui était d'ailleurs leur maître de prédilection.

C'est pourquoi, chez M. Uouart, prirent encore place le grand tableau de jeunesse de INIonet, le Pavé de Chailly, qui justement montre la transition de l'influence de Corot à l'impressionnisme commençant ; puis du même artiste, trois ou quatre autres très bonnes toiles, entre autres des bateaux dans la brume et un superbe eflet de neige ; de Pissarro, quelques grandes et saines peintures rustiques ; de Renoir enfin les Cm-alicrs et la Dame en bleu dont nous avons déjà parlé.

Lorsqu'on repasse la collection d'un seiil coup d'œil, un étonnant rapprochement s'établit entre deux précieux jalons d'une évolution artistique chez un amateur qui demeurait fidèle à ses admirations anciennes, tout en étant ouvert à des admirations nouvelles. Il n'a pas été imité, en cela, par certains collectionneurs modernes qui, impatients de nouveautés, quelle que soit leur valeur, ne croient prouver la sagacité de leur goût qu'en se déjugeant.

Pour moi, je vois dans la présence simultanée, dans le voisinage piquant et harmonieux de la Dame bleue de Corot et de la Dame bleue de Renoir, un syml^ole frappant de toute la collection et de l'esprit qui l'anime.

42 LA COLLECTIOX HENRI ROUART

De même que dans toute comj^osition bien comprise, les dominantes tout d'abord apparaissent, et que l'esprit n'est qu'ensuite ravi ou amusé par les détails heureux et expressifs, de même dans cette giûerie si bien équilibrée, après avoir mis en lumière les maîtres qui en forment les assises et en dessinent les grandes lignes, nous pourrions encore trouver la matière d'une étude détaillée dans les isolés et dans les artistes de moindre envergure, ou, simplement, dans ceux de valeur non moindre peut-être, mais de moins éclatant renom. On peut dire que la collection en était si riche et avec lies caractères si divers, qu'ils donnaient à toute la maison ime atmosphère, une couleur à part, accompagnement exquis, imprévu, fouillé à l'extrôme, des motifs principaux.

Voici, par exemple, de rares et séduisants peintres d'intimités, extrêmement différents et tous deux vrais petits maîtres de la plus grande valeur : Tassaërt, narrateur sentimental et coloriste brillant et subtil; Cals, amoureux des humbles, adorable bonhomme, paysagiste discret autant que subtil. Voici encore le caressant et fin Lépine, et le robuste Gustave Colin, disciple des Espagnols; et Jongkind, le grand Hollandais, précurseui', initiateur même, dans une certaine mesure, des Impressionnistes et qui est ici superbement représenté.

Quant à ceux que nous venons de baptiser les « isolés », en voici deux d'un aloi supérieur : Puvis de Chavannes et son allégorie pleine de grâce et de grandeur, V Espérance fleurissant sur les ruines, et sa belle étude pour une des

peintures décoratives de Marseille; puis Fantin-Latour et cette Diane endormie^ spécimen choisi de ses peintures de rêve.

Nous en oublions forcément dans cette partie de notre dénombrement, et non des moins typiques. Mais comment ne pas donner encore cette indication indispensable ? Le collectionneur, vers la lin de sa course, jetant Tin dernier coup d'œil sur ce cpii commence à se manifester de tendances inédites et faisant une place à Forain, à Toiilouse-Lautrec, à Gauguin, et n'ignorant pas Cézanne, de qui quelques notes prenaient une place légitime, tout en demeurant proportionnée à celle qu'occupaient les maîtres d'une gloire indiscutable et consacrée.

Les dessins étaient le complément, à lui seul inépuisable, du grand édifice d'art que nous venons de visiter. Ils étaient comme les notes explicatives de cette histoire constituée par un véritable historien en action. La visite uniquement de cette partie de la demeure nous retint souvent des heures entières lors des après-midi inoubliés.

Rien que la série des dessins de J.-F. Millet, dont quelques-uns des plus beaux sont ici reproduits, était à peu près la plus nombreuse et la plus variée qui se pût voir entre les mains d'un seul particulier. Là encore, on retrouvait des notes inattendues et de celles qui donnent l'irrésistible secousse de la surprise et de l'émotion, comme cette tragédie le Cavalier an bord de la mer, correspondant, en dessin, à ce qu'était, en peinture, le Chêne et le Roseau. Un grandiose pastel, une

vue de Montaone en Auvergne, était placé parmi les tableaux proprement dits, et nous aurions pu le placer nous-même dans le passage de cette étude qui en traitait. Les plus saisissantes silhouettes rustiques, les scènes si profondes de la vie des champs, par exemple, cette Bergère adossée à un arbre, cette autre assise au pied d'une meule (un des plus aimés du possesseur). Ces Bergères se chauffant, ce Paysan au repos, battant le briquet, ces tableaux de labour et de labeur, que d'œuvres d'art puissantes! Quel livre grandiose que ces feuillets ainsi rapprochés. Il est à craindre que jamais l'on n'en puisse reconstituer un pareil d'ici longtemps.

Corot n'était pas moins bien commenté par quelques études des plus opportunes et des plus précieuses. Un nu de jeune fille, entre autres, fit sensation dans une exposition centennale. Quant à Daumier, l'aquarelle de la Parade, les dessins et croquis de toute sorte, ne manquaient point de renforcer la haute impression qu'avaient donnée les peintures au AÙsiteur, et de raconter expressivement toute la philosophie du grand dessinateur.

Les feuillets de Delacroix formaient un recueil des plus variés, que l'on devait, faute de place, feuilleter dans des cartons, et l'on ne s'en faisait pas faute. Qu'ajouter à cela? Les plus piquantes raretés, les oeuvres les plus inspirées, sous les espèces les plus modestes d'un papier crayonné, vous arrêtaient à l'improviste. Un Ingres ou deux, tout au plus, pour ne pas souligner d'une façon trop formelle, et qui eût

affecté une allui'e agressive, la préférence accordée à d'autres... Un dessin de Rousseau, une étude d'arbres Dans les Landes, prodigieux de fini et pourtant d'une réelle majesté. Des aquarelles dramatiques de Barye, où la vie des fauves et la sauvagerie dos paysages étaient condensées par la forte main de ce grand homme. Un dessin de Prud'hon, /'Ani<\ foui lumière et tout poésie, sur lequel il nous plaît de finir, — car le reste est multitude.

.le rappelle seulement que les sculptures, les terres cuites antiques, les figurines égyptiennes, les bronzes aux belles patines se mêlaient à toutes les autres richesses, leur donnant de la vie et leur en empruntant, en vertu des curieux phénomènes de sympathies et de réciprocités entre les travaux qu'exécutèrent les mains des hommes passionnés de tous les temps et de tous les pays. En cela s'attestait sous d'autres formes l'insatiable curiosité de beau qui avait permis à un tel homme de se créer, en même temps que sa vie réelle, si active et si remplie, une existence de plus, dans les régions de resj)ril et dans la fréquentation de ceux qui n'ont pas le moins contribué au prestige de notre pays.

En commençant cet écrit, nous avons dit que nous nous proposions de rassembler de nouveau, et d'une façon illusoire sans doute, mais pourtant durable, ce qui sera dispersé, —

ce qui est déjà dispersé virtuellement. Nous espérons avoir à peu près tenu parole.

Nous en ressentons, à tout prendre, une impression réconfortante. Rien, en réalité, ue se disperse absolument; ce que la passion vraie avait joint, demeure idéalement réuni. La j^raine portée au loin reconstitue la ibrêt. Partout où se trouveront une œuvre de la collection Rouart et un exemplaire du « testimonial » que voici, on retrouvera vivant, de la meilleure manière, ce collectionneur de grande race, parmi les choses qu'il aima, au grand complet.

LA COLLECTION HEFVRl HOUART

HENRI ROUART

Page 1