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La collection Henri Rouart [par] Arsène Alexandre

T-a collec^lion r()rmt''c avec amour par M. Henri Rouai-I a clc clc[)uis lonj^toiups considérée comme nn îles plus iinporlunts et des plus rhupionls ensembles de l'ai-t IVançais au \i\" siècle sous SCS as[)<'(ls les pins ()iii;iiiaii\ cl les plus toits.

I/licur»; iucvilahlc <sl ari-ivcc [)our elle de ce pliéiionièiie poi^iiaul el supei'he de la dispersion. Poignant par sa cause; admirable dans ses ellels. La lorec <pii en avait eontpiis el liainiouis(- les éU'uienls s'est éleiule. cl ils s'en \oiit. appelés par de Mon\elles destinées, dans cent parties de rMiii\er>: — mais eu s"é|>ai'pillanl, ils relVnclilii-nl. l'i-aetionneniriil il'uu monnuuul, niulti|)licaliou de beauté; el le l'euoui du (ollcc-

tioiincur, an lieu de (IciiU'Uivr concentré dans sa maison, se projjage dans chaqne asile nonvcan des choses qu'il aima.

Cependant nn moyen demeure que ce qui se sépara, de nouveau apparaisse réuni sous nos yeux, et qu'un homme exceptionnel revive parmi les ténîoignages de son goût et les objets de ses prédilections ainsi rassemblés derechel".

Le présent recueil est ce moyen.

A mesure qu'elle se déroulera devant vous, la collection expliquera l'homme et composera de lui un portrait intellectuel dont nous ne craignons pas de dire, d'avance, des plus grandes, la noblesse et la séduction. Mais des détails sur l'homme, tout d'abord, feront s'animer la collection comme une œuvre réellement douée de vie.

Voulez-vous que nous lassions comme ceux qui eurent la bonne Ibrlune d'être admis à la Aoir, pour la première l'ois, ainsi vivre et vibrer, avant que des admirations communes les missent en relations d'esprit et de cœur avec le maître de la maison ?

M. Henri Rouart a donné les instructions nécessaires pour que le visiteur commence à regarder à loisir. Pour lui, il est en ce moment dans une pièce de l'étage supérieur, où il continue à s'entretenir avec des amis, et où le nouveau venu viendra tout à l'heure le retrouver.

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Cet liùtcl (Ir la nie de Lisijoiiiic est ])aisil)lc. siiiijile et conlbrlaMc ; licri w'y seul l'aiiitatiuii ni la |ir('tinli(iii : c'est la belle et sùrc deineiire d'un j^raiid hoiirgei)is IruiK^'ais. Une voûte passée, mie grille (tiiverle, ou est introduit daus uu vestibule, au |)i((l (Tuu escaiici' spacieux. C'est cei-tainciiiciit un des escaliers les plus dillicili^ ;i moutt r (pir IKm ail pu prévoir. Couïiue dans les contes, cliacpie uiaiche est iée et vous retient longuement avant (pie la siii\anlc, sa rivale, vous attire tt \uus garde à son luur. Le-- itmrs. ni flirt, du haut en lia--, xuit couverts de tableaiiv dr ptlil ou de iiuiycu roriual. linul ic^ cadres, boid h bord, enchâssent îles bijoux. Ce soûl, pour la plupart, choses de |;iàee, de légèreté et tle déli<'atesse : certains paysagistes, eeiiaius peintres de niours. (pie nous iiomiiious aiissit('>l paruii lis meilleurs « petits maîtres » du XIX" siècle, sont apci'çns dès lalnud. eai' iU limireul ici par les note^ les plus earacléristi(pies de la manièfe ipii les a l'ail elu'i ir. lU r'ayoïnieul d iseièlemeul . il> s\ mplmn iseiil . iU (ii'eul une al inn-^plièie a \ Cl I isseiise : si c'est le pii'lude. ipie -.cia diuie Iniisie.' i'.f i\\\'\ lail penser (pi'tdle sera inagiiiiiipn-, l'cst (pie parmi ces Unes ri cliaiinanles choses, eà et là. une \oi\ plus hanle s"él("'\c. une mile- plus gia\e ou plus (•elalanle résonne. ipiel(|ue spécimen d"iin mailic Nt'uéialde. cpichpie ea|iriee ou essai d'un eoulempoiain à la nolorii'li' impi'riciise. l)(jà, Corot

s'aiimniee par • apparition \ apiuciis,-, |iai'nn i-clair d'argent

on d'or. \ nn-sni.' (pi'on inonle(a\ee la peiinis>ion dillicilemeut obtenue. i|url Inmliem-! des ma nlies eiielia nl('es). cela s"('larL,Ml.

et s'éclaire, et s'éploie encore. On est presque au haut, et les noies fortes de ce crescendo sont, soudain, un vaste paysag-e d'une sobre vigueur, et un grand portrait de femme, toute en un bleu d'une subtilité sans seconde : ime œuvre de la première manière de Monet, et une des premières manières de Renoir.

Le palier, auquel on est enfin parvenu, pi'olonge et calme à la fois cette impression surprenante, par toute une nouvelle série de pages plus modestes, plus apaisées, mais d'une vraie richesse encore. Une porte est ouverte sur un petit vestibule ; on se retourne vers la paroi qu'on vient de franchir; quatre, six, huit Degas successivement vous saisissent et vous secouent! Un chef-d'œuvre parmi eux, un tableau de danseuses, argenté, perlé, relevé d'iine note de citron pâle. Et, parmi cela, des dessins de Corot, dont la pureté sourit à côté de cet âpre humour. Plus loin, encore des études peintes, très marquées, dont on voudrait tout de suite connaître les auteurs; et Daumier qui s'approche ; et Prud'hon qui vous pénètre, parmi tous ces contrastes, comme la célèbre phrase caressante et mystérieuse qui passe dans l'ouverture du Freischûtz ; et la surprise d'apercevoir encore une note, et qui fait bien, d'un contemporain à qui l'on a dit adieu il y a peu de semaines.

Ainsi l'on a vu toute une réunion d'œuvres aimables, ou grandes, ou rares, ou précieuses, ou piquantes, toutes qui signifient quelque chose, toutes qui ont du prix, et dont le nombre, ainsi que la qualité, feraient déjà une collection diffne d'envie...

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On ne connaît pas encore la collection Rouait! On n"a pas encore commencé de la connaître!

Pour la connaître, il faut entrer dans ce grand salon rouge et or, qui s'éclaire sur la lue de Lisbonne. Ou ])lntot ce triple salon, car, à droite et à gauche, il coniniuni(iue avec ileux autres pièces largement ouveiles, (jiic l'on aptiruil tmit d'abord, «1 dont, si j'ose dire, on sent les ellluves s'ajouter à la puissante iniju'ession reçue dès le i)remier pas ; deux pièces qui sont comme les ailes de cet éililice d'art.

Aloi's, si l'on tourne le tlos aii\ lènèlres. poui' découviir dun seul coup les •;iandes lignes, les «loiniiiantes de ce monument, voici ce ([u'on a[)erçoit : devant soi, on a Millet, à sa droite (!orol, à sa gauclic Prud'lion! Ce «lu'tin entend avant toiilc aiiaUsc, c'est ce tiiplc appel. lOiit à riiciirc. ou dccouvriia (pic cliaciiii i\i' ces roi> du panneau est entouré d autres personnages ipii lui cèdent à j)eine en licite et en nt)l)lesse. Mais /(i l)aiiic à la rohc h/riic, de Corot, /<■ Hiiiit/iic/ de iiuiraiiifi/i.s, t\i- Millet, cl l'cscpiissc de l' AhtHuliiini' , de 1*1 mriiou, loiiles les I'oIn «pie \ oiis rci^aitle/. elia(pic paroi d'cii-'cnilile. et toutes les lois (|iie \ (»iis reviendrez dans la maisou, lùl-ee à liiiil joins d"inlcr\ aile, lùt-ce à des anné«'s. attireront iuviu- «ihlcrniiit \ os \en\ toni d'altonl.

Antoni- (le Millel. \ons distinymit/ inaintiiiant de-- Dan-

mier, des Tassat-rl , un Piivis de Chavannes d'iiue grâce supivme. Autour de la Dame bleue, d'autres Corot (Corot accompagné 2)ar lui-même ! ). Près de Prud'hon, un Poussin, un Goya, un Manet, un Delacroix. Tout cela, malgré les dillérences d'époques, de tempéraments, de luminosité, semble être né pour vi^re ainsi côte à côte, tant l'unité d'un goût a visiblement présidé à ces choix. Puis, on commence à entrevoir encore d'autres horizons au delà de ceux qui avaient apparu les premiers. C'est ainsi que l'empire de la Dame bleue ne s'étend que jusqu'à la baie qui ouvre sur le petit salon voisin, mais l'autre côté de cette baie vous ofl're un autre INIillet que vous n'aviez pas deviné encore : le tragique tableau le Chêne et le Roseau, entouré de deux ou trois petits Degas qui sont d'un j^récicux extrême, et de divers morceaux du xv" siècle dont l'ingénuité n'est non plus nullement dépaysée dans le voisinage de cette tempête et de cette mordante ironie.

Le clair et intime salon de gauche (si cette l'ois vous aous replacez dans la direction d'où vous veniez, à votre entrée) est vraiment comme la cassette d'Harpagon, petit si l'on veut, mais grand pour ce qu'il contient. C'est là, en effet, que Corot se continue, avec d'admirables paysages d'Italie, entre autres ces deux merveilles : la Vue de Tii^oli et l'Ile San Bartolommeo. C'est là que sont les Modistes de Degas et le Thé de Miss Cassatt. C'est là que le doux et charmant Cals réclame comme peintre de mœurs ses droits à l'amitié de ceux qui sont sensibles

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