RUE FROIDE
HARVARD UNtV£KâtrY
Rxtrait du Bulletin monnmenlal, 52« volume, i886.
LA
DU
MUSËE DU LOUVRE
Pierre Révoil est un artiste justement oublié. Son nom, profondément inconnu de la foule, fait sourire aujourd'hui ceux qui n'ont pas le droit d'ignorer son existence. C'était le peintre favori des hommes de lettres, précurseurs du romantisme. Sa renommée fut très-grande sous le premier empire et sous la Restauration. Un des premiers , il mit en scène et en musique le Troubadour abricot. Et, certes, le Troubadour hq fut pas ingrat de son vivant. Mais, à présent, ils gisent tous deux sous la même dalle. Le ridicule les a frappés simultanément d'un coup dont on ne revient pas.
Cependant, si les tableaux du bon Révoil ne sont plus destinés qu'à égayer les vrais amis de la peinture française , il n'en est pas de même des nombreux monuments que celui-ci avait réunis dans son atelier pour lui servir de modèles. Ces modèles avaient été
intelligemment choisis. Quoiqu'ils n'aient pu malheureusement suppléer à l'absence de tout tempérament chez l'artiste, ils ont du moins créé autour de lui une atmosphère excellente qui ne fut pas sans influence sur la marche des études historiques de notre pays. Ce cabinet , formé dès le commencement de ce siècle sur des bases vraiment scientifiques , a été recueilli par les musées nationaux , et , mêlé aux séries similaires du cabinet Durand , il a composé le premier noyau des collections du moyen âge et de la renaissance du Louvre. Le nom de Pierre Révoil mérite donc à ce point de vue de survivre. Le collectionneur, chez lui, dominait et surpassait de beaucoup l'artiste et le rimeur de ballades.
Pierre Révoil naquit à Lyon, le 42 juin 4776, sur la paroisse Saint-Nizier. Il était fils d' « Antoine Révoil, pelletier, et de Marguerite Poncet, son épouse (4). » Il commença ses études de dessin à l'École centrale de Lyon, dirigée alors par Nonotte et par Grognard. En 4793, Révoil avait seize ans et demi. La misère où était tombée sa famille obligea son père à le placer chez un fabricant de papiers peints. Là il fut employé à faire des emblèmes patriotiques (2). Ensuite, notre apprenti lyonnais parvint à entrer dans l'atelier de David , et il y poursuivit son éducation. Son tableau de Bonaparte relevant la ville de Lyon de ses ruines attira sur lui l'attention du gouvernement impérial. Il allait atteindre sa trentième année , lorsqu'il fut nommé pro-
(1) Éloge historique de Pierre Révoil. Discours de réception prononcé à la Société Uttéraire de Lyon, dans la séance du 27 avril 1842, par E.-G. Marti n-Daussigny, peintre, 1842, in-8''.
(2) Genod, Éloge de Pierre Révoil. Discours de réception à r Académie de Lyon. Lyon, 1862
fesseur au palais Saint-Pierre, en 1807 (1). Il devint plus tard directeur de TÉcole impériale et spéciale de dessin de Lyon. Révoil, nous apprend son panégyriste , fut accueilli avec empressement par la Société lyonnaise et s'y fît remarquer par la rare distinction de ses manières. Il avait, en outre, des talents de société. Il chantait dans les soirées de petites romances de sa façon , que ses compatriotes trouvaient admirables. La ballade intitulée : La mort du sire de Damas ^ eut, à Lyon, beaucoup de retentissement. Révoil n'était pas plus poète qu'il n'était peintre : Ut pictura poesis. On en peut juger par cette pièce d'une prétentieuse sensiblerie. Il est fort heureux que les fonctions de professeur et le besoin d'étudier quelquesuns des accessoires de ses compositions aient amené ce virtuose de salon à se créer des titres plus sérieux au souvenir de la postérité.
« Révoil », dit encore son élève M. Genod (2), « avait une prédilection marquée pour le moyen âge, auquel il a demandé le sujet de la plupart de ses tableaux. Fidèle à ce goût, il s'était créé une collection d'objets précieux de cette époque : cuirasses , armures , bahuts . vases , tentures, tableaux, manuscrits. Chaque pièce de ce musée était pour nous, de sa part, l'objet d'une instruction. Il nous en expliquait l'origine, l'emploi, la valeur artistique et nous en faisait reproduire quelques-uns par le pinceau. » La collection de Révoil était déjà célèbre en 4844. Millin, passant à Lyon à ce moment, l'alla visiter et nous en a laissé, dans le Magasin encyclopé-
(1) Dit M. Genod , Éloge de Pierre Révoil, v2) Éloge de Pierre Révoil , page 8.
(3) Année 1811 , t. V, p. 376 et suiv.
dique, une description fort complète qu'il est intéressant de reproduire. La voici :
Lettre à 3/"*, par A,'L. Millin, membre de V Institut et de la Légion d'Honneur, contenant quelques additions à son voyage de Paris à Lyon (1).
...J'avais aussi connu M. Révoil à Paris, lorsqu'il y a exposé son charmant tableau de Charles-Quint à la cour de François /**'. Je savois qu'il compose des romances ingénieuses sur des sujets toujours nobles et piquans de ses tableaux et qu'il chante avec goût, comme il peint avec grâce ; mais je n'avois point d'idée de l'étendue de ses connoissances et de l'heureuse direction qu'il leur a donnée vers le bel art qu'il cultive avec tant de succès. Cet artiste, vraiment digne de ce nom, par son application constante et ses études suivies, n'a rien négligé pour s'instruire des mœurs des Français. Son cabinet, voisin de son atelier, paroît être une chambre du XV!" siècle ; aussi croit-on y trouver un élève des grands maîtres que cette époque a produit. Le fond est occupé par une tapisserie singulière qui est un ouvrage du milieu du XV® siècle : elle a appartenu au cardinal de Richelieu , qui la conservoit par curiosité et paroît avoir été fabriquée à Arras, où on a copié les tableaux de Raphaël (2), et fait tant d'ouvrages précieux du même genre.
Elle est partagée en huit bandes, dans chacune desquelles est un sujet qui se rapporte à l'histoire d'un miracle de Saint-Quentin ; une simple indication et la copie textuelle des inscriptions qui sont au-dessous de chaque sujet en donneront une explication suffisante.
(1) Le tirage à part porte l'indication suivante : Paris, de l'imprimerie de J.-B. Sajou, rue de La Harpe, n^ 11, 1811. Le passage relatif à Révoil commence p. 32.
(2) Magasin encyclopédique , ann. III, t. III, p. 378. — \ouveau Mercure allemand , 1797, n"» 1 et 2.
1** Un voleur s'empare du cheval d'un prêtre.
Pour cœurs en dévotion mettre , Nottez ce miracle loahle D'un larron , lequel à ung prestre Rohha son cheval en Vestahle.
^ Le prêtre est averti du lardn par un enfant et en porte plainte au prévôt.
Ce prestre , adverti du larcin , S'en vint plaindre par mes exprès Au prevost lors de Sainct-Quentin Qui ses gens envoya après .
3* Le voleur est mis en prison.
Le larron ainsi poursievy , Affin du larcin renseignier^ Fust trouvé du cheval saisi, Prins et emmené prisonnier.
4;** Le prêtre est aux pieds du prévôt, séant en son tribunal ; il le supplie de faire grâce au larron , dont il ne veut pas avoir à se reprocher la mort.
Puis doublant estre irrégulier Se pour ce s'ensievoit sentence , Le prestre au prévost vint prier Qu'au larron remist cette offense.
5" Le prévôt est inflexible. Le prêtre vient à la châsse de saint Quentin ; il se jette à genoux et demande un miracle en faveur du voleur.
Mais le prévost comme vray juge Rien n'en voult au prestre accorder»
Dont vint au corps sainct au refuge Priant qu'il lui voulsit aider,
8 LA COLLECTION RÉVOrL
6"* Le larron est pendu.
Et cependant fut condempné A estre pendu au gibet , Où fust honteusement mené Pour le loyer de son mèfaict,
7" Mais, au grand étonnement du prévôt et de sa gent, ce misérable tombe tout vif au bas de la potence. Le miracle est reconnu et le voleur est libre.
Pendu en ce point par justice, Incontinent la chaîne et lacs , Par miraculeux artifice.
Rompirent et vif cheut en bas.
8** Le voleur, à genoux, remercie saint Quentin de sa délivrance.
Lors ce fet donné à entendre Au prevost plus n'y procéda , Dont le larron vint grâce rendre A sainct Quentin qui le garda.
Autour de cette tapisserie règne un banc, terminé par des accoudoirs de stalles dont la sculpture est du même temps ; une espèce de chaire de bois, placée au milieu de ce parloir gothique, produit un effet pittoresque. Des armes variées forment sur les murs de riches trophées. J'admirai surtout une très-belle armure d'acier, d'un travail presque miraculeux par la richesse et la perfection des arabesques , qui n'ont cependant rien que de grand et de largement taillé, ce qui est rare dans la ciselure moderne. Le dos est plus beau que le poitrail ; ce qui peut faire présumer que l'artiste avoit commencé par la pièce principale , mais qu'il s'étoit instruit lui-même en travaillant, et que plus il avan- *çoit dans son entreprise, plus il approchoit de la perfection.
La crosse émaillée gothique et assez grossière d'Humbert, dauphin de Viennois, contraste à merveille avec ces armes éclatantes.
Des bahuts du XVP siècle , dont Tun a encore sa serrure primitive , renferment ou supportent un grand nombre d'objets plus ou moins anciens, tels qu'une dame à jouer qui doit être du XTI® siècle ; plusieurs peignes de buis, sur lesquels il y a des inscriptions galantes. Ils paroissent du temps de Charles IX , et semblent avoir été des dons d'amour ou des gages d'amitié ; sur l'un , on lit , en lettres gothiques :
Je vous aime , ma belle amie , Plus que dame qui soit en vie.
Un autre a une de ses faces à coulisse ; elle se tire et cache un miroir ; on y lit : Pouii bien je le donne. Cette devise est accompagnée d'un cœur traversé d'une flèche. Les deux faces d'un autre se tournent en volets et 'forment ainsi quatre peignes. On y lit ce rébus conforme au goût du temps : De bon <J? je le donne. Un autre morceau de buis est façonné en livret avec ces mots : Pour bien mon CŒUR AVES. Enfin, le roi Charles IX est figuré lui-même à mi-corps, sur une autre boîte d'un travail délicat; en face de son image est celle d'une femme, quejje crois être Marie Touchet, sa maîtresse (1). Une coulisse se lève et laisse voir une place destinée à mettre un portrait.
Plusieurs coffrets singuliers accompagnent ces peignes et
(1) M. Bourdois, médecin de S. M. le roi de Rome , possède un tableau historique très-curieux qui représente une mascarade du temps de Charles IX. On y voit ce prince et sa maîtresse , Marie Touchet , dont Timage ressemble beaucoup à la figure qui est sur le peigne dont il est ici question. M. Bourdois a bien voulu me permettre de faire dessiner et graver cette peinture, et j'en donnerai un jour la description.
iO LA COLLECTION RÉVOIL
ce livret; l'un est en fer, et paroît avoir été fait pour y mettre des pièces d'or ou des bijoux ; un autre est percé en tire-lire ; le plus beau est entièrement émaillé, avec beaucoup de solidité et de goût et d'une manière dont on a perdu le secret ; car l'émail qu'on y appliqueroit aujourd'hui seroit épais comme une fritte et cassant comme cette substance, et celui-ci paroit fondu dans la matière. Ce beau coffre est carré ; on y remarque les armes de France et d'Angleterre ; celles-ci , rehaussées d'or sur un fond bleu , n'ont point de fleurs de lis , ce qui prouve que ce coffre a été fait avant le temps où les rois d'Angleterre en ont placé dans leurs armes. On remarque, sur l'entrée du fermoir, un grand léopard, ce qui semble annoncer qu'il vient d'Angleterre. Ce coffre a-t-il été offert en présent par un ambassadeur anglois à une fille de France fiancée à son maître ? Les croix variées, qui sont mêlées entre les écussons, peuvent servir à découvrir quel a été celui qui auroit été chargé de ce noble message. Mais je n'ai ni le temps, ni la facilité de faire à présent cette recherche. Il suffit de dire que ce coffre a dû être un présent digne d'un souverain.
On lit, autour du couvercle, ces quatre vers dont chacun est sur une de ses faces :
Dosse dame je vos aym léaumant Por Diu vos prie que ne m'obliez mia Vetsi mon cors a vos comandeniant Sans mauvesté et sans nulle folia.
La singularité de l'orthographe ajoute encore à la présomption que ce coffre n'a pas été fait en France (1).
M. Révoil possède encore des bassins aussi curieux que des coffrets, entre autres un qui ressemble à celui du ca-
(1) La pièce est si connue et l'opinion contraire est maintenant si bien établie , qu'il est inutile de réfuter cette erreur ( Note de réditeur du texte).
binet de M. Fauvel, que Montfaucon (1) et La Ravallière (2) ont gravé pour donner la figure 'd'un ménestrel jouant du rebec. Un autre, qui est du temps de saint Louis, porte les armes des maisons de Lusignan , de Dreux , d'Aragon , de Champagne , de Turenne et de Castille.
Une riche collection d'anneaux et de sceaux est un digne accompagnement de tous ces objets de notre histoire ; elle a pour base celle que M. de Migieu avoit formée et dont il a donné des gravures (3). Plusieurs ont été mal représentées dans son recueil et beaucoup sont encore inédits. Je ne connois sous ce rapport que le cabinet de M. Bodmann qui puisse être comparé à celui de M. Révoil, et Tintérêt de cette collection prouve combien il seroit important d'en fonner une semblable dans le précieux établissement de la Bibliothèque impériale.
Tous ces objets ne sont point, pour M. Révoil, de futiles amusemens ou des objets d'une vaine curiosité, mais des sujets d'étude. Il sait les employer habilement dans ses ingénieuses compositions. L'anneau que Charles V présente à la duchesse d'Estampes , dans son beau tableau , a été peint d'après une bague d'or qu'il a dans sa collection de bijoux. Le cornet, dont sonne un des varlets de Duguesclin, dans le tableau dont je vais parler, est une copie d'une corne d'yvoire, semée d'aiglons, qui est suspendue dans son intéressant cabinet.
(li Monumens delà Monarchie française y i. I,pl. 32. — Millin, Antiquités nationaleSj t. IV, p. 11, pi. 42.
(% Poésies du roi de Navarre, t. I, p. 251. — Nota. Le vase décrit par La Ravallière et par Millin Va été aussi par Lebeuf. Il est à la Bibliothèque impériale. Pendant longtemps, je l'ai vu dans la première montre à droite , où je l'ai fait dessiner. Willemin (Monumens français inédits) a publié les figures de ménestriers de la grandeur de l'original. Enfin, M. Lenoir, dans son Traité de VArt en France , en a donné une copie très-fidèle.
(3) Recueil des sceaux du moyen âge, dits sceaux gothiques , in-4o.
C'est ainsi que Leonardo da Vinci et les grands peintres de ritalie ont uni le goût des lettres à Tamour des arts. C'est à cet attrait pour l'histoire que notre jeune artiste doit la vérité de costume et la richesse de détails qu'il sait mettre dans ses compositions. Sans doute, cela ne fait pas le mérite réel d'un tableau : ce mérite consiste dans la pureté du dessin, la beauté du coloris, la grâce ou la force du style. Mais cette yérité de mœurs et d'usages répand un grand intérêt sur les sujets historiques. On en aura la preuve quand M. Révoil exposera son beau tableau de Duguesclin remportant le prix d'un tournois sur quinze chevaliers et reconnu par son père au moment où il lève sa visière ; celui où il a peint René d'Anjou , ce roi artiste traçant son portrait sur la porte de sa chambre dans le château de Palamède de Forbin, en reconnaissance du bon accueil qu'il a en reçu ; et le bon roi Henri portant ses enfans sur son dos, en place du cheval de bois qu'ils viennent de casser et disant à l'ambassadeur d'Espagne : « Monsieur, vous êtes père? — Oui. — Eh bien ! je vais continuer. »
J'emporte la description complète de ces beaux ouvrages ; mais je ne dois pas, par un zèle indiscret, nuire au plaisir que le public éprouvera à les voir et trahir le secret de l'amitié.
Il fallait être véritablement intelligent pour former systématiquement, en province, à cette époque, une collection de cette nature. Toute proportion gardée, la collection de Révoil était, pour les menus objets mobiliers, l'équivalent de celle de Lenoir, aux Petits- Augustins, pour la sculpture monumentale. Bien peu d'amateurs contemporains étaient à son niveau. D'autres collectionneurs recueillaient sans doute , par ci par là, quelque meuble ou quelque monument de l'école gothique, mais ce n'était qu'à titre d'exception. Si Denon, l'un des amateurs les plus judicieux de son
DU MUSÉE bu LOUVRE. 13
temps , conservait dans son cabinet un reliquaire gothique , c'est qu'il avait besoin d'y serrer une dent d'Héloïse , un os d*Abailard , des cheveux du Gid et quelques autres de ces reliques laïques dont raffolaient les hommes de la Révolution. Mais personne n*avait formé, avant 1811, un cabinet exclusivement composé d'objets mobiliers du moyen âge et de la renaissance. Révoil est donc le précurseur de toute une classe de nos grands amateurs modernes. C'est un ancêtre dont il ne faut parler qu'avec, respect.
Quand l'Empire tomba, Révoil se rallia sans difficulté au régime de la Restauration. En 1814, le comte d'Artois, à son passage à Lyon (1), avait visité sa collection et il s'en souvint sans doute quand il en ordonna l'acquisition en 1828. Révoil, en 1818, se maria et quitta Lyon. Il y retourna en 1823, et reprit la direction de l'École jusqu'en 1830. Il venait à peine de céder sa précieuse collection à l'État quand éclata la Révolution de Juillet. Cette catastrophe brisa les rêves et la carrière de l'ardent royaliste. 11 partit avec toute sa famille pour la Provence. Il ne devait plus revoir ni ses élèves, ni son école.
Quelques années après , Révoil sans fortune ni ressources d'aucune sorte , abandonné de tous , dit M. Genod , alla se confiner dans un grenier de la rue de Seine à Paris. Il semble que le vieil amateur était attiré, comme par un aimant, vers la collection qu'il avait cédée au Louvre. Il mourut dans son voisinage le 20 mars 1842 (2).
(1) Martin Daussigny, Éloge historique de Pierre Révoil^ p. 47.
t2) M. Genod dit que Révoil mourut le 12 mars, mais le billet
d*eBterrement que j'ai sous les yeux , indique que le cohvoi eut
On trouvera ci-après des documents nous renseignant d'une manière très-précise sur les circonstances dans lesquelles la collection Révoil fut achetée. Nous avons joint, au récit de l'acquisition, l'inventaire des objets tel qu'il fut dressé par le vendeur au moment de la livraison. Il est inutile d'indiquer l'importance de ces textes. Si les uns nous donnent la description complète et officielle d'un des fonds les plus riches du musée du Louvre, les autres mettent en pleine lumière la profonde honorabilité du caractère de Révoil et nous font voir toute la délicatesse et tout le désintéressement du vénérable amateur. C'est vraiment une noble figure à évoquer que celle de Révoil , et son nom est tout à fait digne d'être inscrit à une place d'honneur dans la liste des fondateurs de nos musées nationaux.
Lettre du comte de Clarac, conservateur de la sculpture antique et moderne du Musée du Louvre , au comte de Forhiny directeur des Musées royaux (22 février 1828),
Monsieur le Comte, si j'avais sous les yeux la collection curieuse d'antiquités françaises du moyen âge et des siècles suivants dont M. Révoil vous propose de faire l'acquisition pour le musée royal, il me seroit plus facile d'avoir 1 honneur de vous en parler et d'en faire l'évaluation approximative que d'après un catalogue qui , malgré le soin avec lequel il a été fait et malgré les détails où l'on est entré , est bien insuffisant pour donner une idée juste des nombreux objets qu'il décrit. Aussi , c'est moins en mon rapport que vous pourrez avoir confiance que dans l'opinion de quelques
lieu à St-Sulpice le 21 mars. Une note manuscrite ajoutée sur le billet, ajoute que Révoil était mort la veille, 20 mars. Il habitait alors rue de Vaugirard , 58.
it
personnes de goût, telles que M. le marquis de Lagoy et M. le comte Turpin de Crissé, qui connoissent la collection de M. Révoil et qui m'en ont fait les plus grands éloges. Elle a été réunie à des époques où les objets qui la composent étaient beaucoup moins rares qu'à présent , et où il y avoit plus de choix. Aussi , parmi les armes , les meubles, les bijoux, les émaux , les ivoires , les bronzes du XIII" au XVII* siècle que M. Révoil s'est trouvé à portée d'acquérir, n'a-t-il recueilli que ce quMl y avoit de plus beau, de mieux conservé et de plus propre à servir de matériaux à l'histoire des costumes et de la vie privée de nos anciens français. Sous ce point de vue, cette collection, fruit précieux de vingt-cinq ans de recherches d'un homme de talent et qui a fait une étude particulière et suivie de tout ce qui a rapport aux arts et aux mœurs des suites chevaleresques , cette collection est bien digne d'attirer les regards, et elle mérite sans doute de prendre place à côté des richesses du musée Charles X , dont elles seront un très-beau complément. Nous ne sommes pas les seuls dqnt elle ait fixé l'attention , et , si elle n'est pas acquise par Sa Majesté, il est à craindre qu'elle n'aille orner, des belles dépouilles de la France, les cabinets de Londres, de Saint- Pétersbourg ou de Munich. Une fois partie, nous n'aurions plus qu'à la regretter, et elle seroit à jamais exilée du pays où elle est née, dont elle retrace les usages et où un goût sûr et éclairé a su la rassembler. Quant au prix que l'on peut donner de cette collection, je ne puis m'en rapporter, ne l'ayant pas vue, qu'à ce que m'en ont dit M. le marquis de Lagoy et M. le comte de Turpin, et à l'estimation même de M. Révoil. Il est certainement du petit nombre de gens avec lesquels on peut faire des affaires et acheter les yeux fermés. S'il l'estime 60,000 francs, elle doit les valoir, et il est même à croire qu'elle lui revient à un plijs haut prix. Je sais, au reste, qu'un marchand de curiosités qui en a la grande habitude, qui s'y entend et qui ne fait que de bonnes affaires, a proposé 40,000 francs de cette collection , dont il
seroit sûr de retirer plus de 80,000 francs en la vendant en détail. Ce seroit aussi le parti que prendroient d'autres que M. Révoil, et ils y trouveroient un grand avantage ; mais son goût et pour ainsi dire son amour pour les belles choses qui, pendant tant d'années, firent ses plaisirs, et son désir de ne pas voir séparé et dispersé ce qu'il a mis tant de soins à réunir, lui font préférer à ses intérêts ceux de sa collection, dont il se croira encore en quelque sorte possesseur en la voyant offerte à tous les amateurs dans le musée royal par la munificence de Sa Majesté.
La collection de M. Révoil se divise en plusieurs classes , et le catalogue que j'ai sous les yeux monte à 397 numéros, sous quelques-uns desquels sont rangés plusieurs objets et entre autres sous le n" 360, qui contient plus de 350 sceaux en bronze , dont quelques-uns sont anciens et ont été publiés par M. de Migieux.
P^ classe , du n^ i au 'nP 54 bis. — Armes offensives et défensives. — J'y remarque une cuirasse d'Henri II , riche de ciselure, des boucliers, des rondaches du même, une épée dont la poignée est, dit-on, de Benvenuto Cellini, des étriers de 1400, des éperons, des pertuisanes, plusieurs belles épées du XVI* siècle, des miséricordes, des arbalètes, des poires à poudre d'une grande beauté, ornées de sujets qui passent pour être de la main de Jean Goujon et de Benvenuto Cellini.
2* classe, de 55 à 69. — Meubles. — Belles armoires en noyer, richement sculptées et d'une belle conservation , du temps de Louis XII, Henri II, Henri IV, Louis XIII, plusieurs bahuts ou grands coffres, dont un avec des sculptures de l'école de Jean Goujon, des chaises, des fauteuils, des damiers du temps d'Henri IV, une superbe armoire ou cabinet du temps de Louis XIII , en ébène et en bois de Sainte-Luc^, ornée d'ivoire et de bronze doré.
3^ classe^ de 70 à 9i. — Coffrets de toutes espèces. — Cette suite offre des coffrets bien conservés en différentes matières, ivoire, bois, fer, bronze ciselés avec grand soin.
depuis Charles le Chauve, au IX* siècle, jusqu'à Louis XIII, ce qui donne une idée de la diversité du goût et des progrès dans ce genre de travail. Parmi ces cojffrets, on en remarque un du IX' siècle, en ivoire sculpté , un du XII* siècle en os , dont parle Félibien dans l'histoire de l'abbaye de Saint-Maur ; d'autres , qui servirent de corbeilles de noces et pour mettre les bijoux ; un en bois de sandal , qui a appartenu à Charles IX. On doit aussi citer un de ces cojffrets qui est recouvert d'une broderie très-fine , soie et or, qu'ont admirée les plus habiles ouvriers de Lyon.
4^ classe, de 91 à ii8. — Vases, coupes et fayence de Bernard Palissy, en étain doré, en verre, — On y remarque un bel hanap qui porte le nom de l'ouvrier de Limoges :
Magister Claudius Alpais me fecit Lemovicarum , et qui paroît avoir été fait pour Fabbaye de Montmajour, entre Saint-Remy et Arles. Plusieurs de ces vases ont des dates, ce qui leur donne plus d'intérêt.
5* classe, de 118 à 132. — Plats de fayence de Palissy et des fabriques d'Italie. — Ils sont , en général , ornés de figures de poissons , de reptiles , de feuillages en relief et bien conservés.
6® classe , de 132 à 163. — Ustensiles pour la vie privée , tels que salières , couteaux , ciseaux , faucilles , assiettes , bassins, coupes, lampes. — La plupart de ces objets variés sont ornés d'émaux et de ciselures. Quelques-uns ont été publiés dans l'intéressant ouvrage de M. Willemin et dans celui de Montfaucon. Plusieurs de ces ustensiles portent des devises, d'autres les armes de France et de Bourgogne. Les assiettes et les salières en émaux très-fins de Limoges offrent divers sujets dans leurs peintures.
7^ classe ^ de 16^ à 184. — Toilette des dames. — On y trouve des miroirs de diverses formes, ornés de sujets , de devises du XIV' siècle , d'autres enrichis d'émaux de Limoges , de riches éventails , des bourses de mariage du XVI' siècle, des aumônières du XV® avec leurs fermaux en fer très-finement ciselé, des chaussures, etc., etc.
8^ classe^ de 18à à 205. — Bijoux et pierres dures , tels que camées du XV' et du XVP siècle , des anneaux d'or omés de pierreries ou de pierres gravées ; plusieurs sont curieux par leurs sujets et leurs devises.
9* classe , de 205 à 209. — Horlogerie, — Montres curieuses, entre autres celle d'un grand maître de Malte , en
ÎO^ classe, de 206 à 238, — Tableaux en émail, oratoires, paix et fermaux de chape en émail. — Cette partie intéressante ojffre , jusqu'au n" 222 , plusieurs pièces du XIII* et du XV* siècle , importantes pour Thistoire de l'art en France. De 222 à 238, ce sont des émaux du XVP siècle, d'après les dessins de Raphaël , de Jules Romain , de Primatice. On y remarque l'enlèvement d'Hélène , le sac de Troie , par Pierre Courtois de Limoges ; saint Sébastien , d'après Etienne de Laune ; des traits de l'histoire de Psyché, d'après Raphaël , et dans leurs anciennes montures , la Vierge et l'Enfant Jésus, entourés de six médaillons, d'après le Prima tice.
iO* classe, de 238 à 261. — Portraits et tableaux. — Il y en a plusieurs du XIV* siècle sur fond d'or, quelques portraits à l'huile du temps des personnages qu'ils représentent : François I", Charles Quint à dix-sept ans, par Albert Durer, Henri II, Catherine de Médicis, Jacques de Nemours et plusieurs autres portraits par Janet ; Frédéric , duc de Saxe , et sa mère, par Luc Cranack. Tous ces portraits feroient très-bien dans la galerie du musée royal.
IP classe, de 26i à 275. — Miniatures et dessins. — On y remarque une miniature sur vélin du IX* siècle et plusieurs du XV* et du XVI* ; les portraits de Marguerite de France, troisième fille de François I*', Elisabeth de France, fille de Henri II, dessinés par Corneille, peintre du temps, publiés par Montfaucon ; une jeune fille tenant un faucon , publiée par Willemin dans son excellent ouvrage.
i2* classe, de 275 à 284. — Statuettes de différentes matières, parmi lesquelles on peut citer une petite figure en
bronze du temps de Charles VI, deux saintes Vierges en ivoire de la même époque, un buste de la reine Marguerite de Valois.
13^ classe y de 284 à 326. — Médaillons de bronze. — Ils offrent des rois , des princes et des grands personnages de France et de la maison d'Autriche du XVP siècle et du XVII% et il y a en outre une cinquantaine de médaillons moins importants sous le n** 326.
i4« classe, du 326 à 3ài, — Médailles d^ argent du XVP et du XVIP siècles,
i5* classe^ de 34Î à 549. — Objets en ivoire, diptiques^ tablettes, — Deux des diptiques sont du XII* siècle, deux autres du XV". Elles (sic) représentent des traits de la vie de Jésus-Christ et sont curieuses par leur travail et par les costumes des personnages. Sur la partie extérieure d'une des tablettes , on voit un chevalier assis entre deux dames , dont Tune tient un faucon.
i6* clause , de 349 à 359, — Instruments de musique. — Beaux et très-grands oliphants ou cornets du XIII* et du XV® siècle, en ivoire , richement ornés de figures en relief et garnis en argent; tambour ou tabour du XIII* siècle, plaqué d'ivoire, pièce peut-être unique ; violinets, théorbes. violes d'amour des XVI* et XVII* siècles, ornés de figures en ivoire et en ébène et travaillés avec le plus grand soin.
i7* classe, 360, — Sous ce numéro sont compris les 350 sceaux dont j'ai parlé plus haut.
18^ classe, de 361 à 366, — Serrures, verroux et marteaux de porte — plusieurs de ces morceaux se font remarquer par le fini de leur ciselure.
19^ classe, de 366 à 374, — Crosses d'évêques, reliquaires, etc, — 11 y en a du XIII*, du XIV* et du XV*. La pièce la plus remarquable est la crosse en bronze et en émail de Buhaud de Massang, abbé de Montmajour en 1272. Un serpent forme la volute de cette belle crosse. Il est écrasé par la Vierge au moment de l'Annonciation.
Une belle crosse en ivoire : on y a représenté Jésus-Christ sur la croix ayant à ses côtés la sainte Vierge et saint Jean.
20^ classe, de 374 à 38i. — Étoffes anciennes et tapisseries. — Plusieurs échantillons considérables d'étoffes en soie et en or, à dessins, et d'un travail qui ne laisse rien à désirer ; une grande tapisserie du milieu du XIV" siècle représente les miracles de saint Quentin dans huit panneaux où autant de quatrains en donnent l'explication. Cette curieuse tapisserie faite à Arras, où l'on copia depuis les cartons de Raphaël, ce qui a fait donner en Italie le nom d^Arrazi aux tapisseries, a appartenu au frère du cardinal de Richelieu.
2/* classe, de 38 i à 397. — Ouvrages en bois, marbre et albâtre. — Inscription en marbre du XII® siècle. — Armoiries de René d'Anjou et de la Reine sa femme, en marbre rehaussé d'or et d'argent. — Différents sujets sculptés sur bois au XV" et au XVI*' siècle. — Charles- Quint et plusieurs princes de son temps sont reppésentés dans de grands médaillons de buis ciselés, la plupart par Albert Durer, dont on connaît l'adresse et l'habileté dans ce genre de travail. — Le morceau le plus remarquable est une M gotîiique en buis où est ciselé au milieu d'ornements variés une partie de la vie de sainte Margueritte. J'ai vu cette pièce et il est impossible de mettre plus de délicatesse et de fini dans de petites figures qui n'ont pas plus de 5 à 6 lignes de haut. Cette M, qui passoit à tort pour faire partie du chapelet de saint Louis ou de la reine sa femme , a été publiée dans le XVII" volume des Mémoires de V Académie des Inscriptions.
Tel est , Monsieur le Comte , le résumé de la curieuse collection de M. Révoil , d'après ce que m'en ont rapporté M. le comte Turpin de Crissé et M. le marquis de Lagoy, député du département des Bouches-du-Rhône, savant distingué et si bon juge en de pareilles matières, et la connoissance personnelle que j'en ai prise à l'époque de mon
inspection à Lyon (1). On n'y trouve aucune répétition insignifiante. Tout y a été placé dans le but d'éclaircir quelques points relatifs aux costumes ou d'offrir une idée des arts dans le moyen âge , et surtout pendant les XVI* et XVII* siècles. Chaque objet s'y fait remarquer par une belle conservation ou par l'intelligence avec laquelle il a été rétabli, et on peut dire , ce me semblé , que c'est une réunion de morceaux très-précieux et qu'il seroit presque impossible de recomposer aujourd'hui.
Je terminerai cette longue lettre en vous assurant que je crois que ce seroit , au prix de 60,000 francs qu'en demande M. Révoil, une très-bonne acquisition pour le musée Charles X.
Le sujet qui vient de nous occuper me conduit à vous rapeller qu'il seroit très-important de faire restaurer le beau rétable en ivoire ou en os que vous avez trouvé à Versailles (2) et qui le mérite de toutes manières. L'ayant découvert et tiré de la poussière , vous lui avez donné une nouvelle vie et vous devez vous y intéresser plus que tout autre. Il fera l'ornement et la gloire de la salle où il sera placé. J'aurai grand plaisir, et pour ce monument peut-être unique et pour vous , à m'occuper de sa restauration. Mais il faut des fonds assurés , et il n'est guère possible, devant être tout démonté et ayant besoin d'être fixé sur un nouveau noyau, que ce travail coûte moins de 5 à 6,000 francs. II y a aussi des ornements et des bas-reliefs en os à refaire et une partie de la marqueterie. Il n'est guère possible de le présenter dans l'état où il est , et il y aurait même des risques. Il sera nécessaire , en outre , pour le conserver, de l'enfermer dans une armoire à châssis et à vitres , le plus tôt sera le mieux, et j'attends avec impatience de voir com-
(4) Tout ce qui suit le nom du marquis de Lagoy, a été ajouté au crayon et paraît d'une autre écriture.
(2) Il s'agit du rétable provenant de l'abbaye de Poissy, qui est aujourd'hui placé dans la salle des Ivoires au Louvre.
mencer cette intéressante restauration d'un monument aussi
curieux.
J'ai l'honneur d'être , avec la plus haute considération ,
Monsieur le Comte, votre très-humble et très-obéissant
serviteur.
Comte DE Clarac.
22 février 1828.
Le vicomte de La Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des Beaux- Arts , au comte de Forbin.
Maison du Roi.
Département des Beaux- Arts.
Paris, le 16 avril 1828.
J'ai l'honneur. Monsieur le Comte, de vous annoncer que Sa Majesté a autorisé l'acquisition de la collection d'antiquités du moyen âge offerte par M. Révoil.
Les 60,000 francs qui forment le prix auquel elle a été évaluée seront payés de la manière suivante, savoir 6,000 francs dans la première année, et le reste en deux portions égales de 27,000 francs chaque, l'une sur les fonds de 1829, l'autre sur ceux de 1830.
Afin de mettre le musée en mesure de pourvoir au paiement des 6,000 francs, qui doivent être acquittés en premier lieu, je dois vous prévenir qu'un crédit supplémentaire de pareille somme a été porté dans le budget de votre service en 1828.
Vous pourrez , en conséquence , m'adresser aussitôt que vous le jugerez convenable, état de proposition de paiement de cette partie de la dépense, toutefois après que le rapport m'aura été adressé et que l'affaire de l'acquisition sera terminée.
J'écris en même temps à M. Artaud, directeur du musée royal et communal de Lyon , pour le prier de se charger de recevoir des mains de M. Révoil ladite collection, d'en
dresser inventaire et de la faire parvenir avec toutes les précautions nécessaires à sa destination. J'invite M. Révoil à lui en faire la remise, et je crois donc devoir vous engager à vous entendre avec tous les deux pour la suite de cette affaire.
Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de ma considération distinguée.
L*Aide-de-camp du Roi , chargé du département des Beaux-Arts ,
V*« DE La Rochefoucauld.
Le comte de Forbin au vicomte de La Rochefoucauld (?).
Musée royal.
Paris, le 17 avril 1828.
Le comte de Forbin, directeur général des Musées royaux.
Mon cher ami ,
Veuillez bien voir le plus tôt possible M. Révoil, pour vous entendre avec lui sur le payement des 6,000 francs qu'il désireroit toucher avant son départ très-prochain. Ne pourriez-vous pas lui en faire l'avance sur la caisse du musée? Dans le cas contraire, je vous serai très-obligé de faire hâter de tout votre pouvoir l'ordonnancement de cette somme.
Mille amitiés.
Le C*» DE Forbin.
M. Révoil demeure hôtel de Lille, rue Saint-Thomas-du- L ouvre.
Le vicomte de La Rochefoucauld au comte de Forbin,
Maison du Roi.
Département des Beaux- Arts.
Fonds alloués
pour la collection Kévoil.
Paris, le 23 avril 1828.
J'ai rhonneur, Monsieur le comte, de vous annoncer que, dans les mesures définitives prises pour Tallocation des fonds destinés au paiement de la collection de M. Révoil, il a été pourvu à l'abandon (?) de la retenue à faire au profit de la caisse de vétérance. Le décompte des sommes
au moyen desquelles cette collection sera acquittée doit
donc être établi de la manière suivante. Savoir : En 1828, y compris bien entendu la retenue
abandonnée (?) 6,030 fr. 15
En 1829 27,135 68
En 1830 27,135 68
Total. . . . 60,301 fr. 51
Quant aux 6,030 fr. 15 payables cette année, ils seront acquittés au moyen d'un crédit spécial de pareille somme , lequel sera inscrit au budget des Musées royaux, sous titre : Acquisition du cabinet Révoil, et formera l'article 32.
Je vous invite, en conséquence, à m'adresser état de proposition de paiement de cette partie du prix de la collection.
Je crois devoir en même temps appeler votre attention sur la nécessité de tenir note du paiement à faire en 1829 et en 1830, afin que les sommes destinées à y faire face ne soient point omises lors de la formation du budget de ces deux années.
Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de ma considération distinguée.
L' Aide-de-camp du Roi , chargé du département des Beaux-Arts,
V** DE La Rochefoucauld.
Révoil au comte de Forbin.
A Konsieur le Direoteur général des Mosèes royaux»
Monsieur le Directeur, ayant terminé les restaurations que je m'étais imposé de faire à quelques pièces de ma collection d'antiquités du moyen âge dont le Roi a daigné consentir l'acquisition pour son musée Charles X, j'ai l'honneur de vous annoncer qv^ je suis prêt à livrer à M. le chevalier Arlaud, nommé commissaire de S. M. à cet eifet, la presque totalité des objets mentionnés dans le catalogue qui est resté entre vos mains et dont vous voudrez bien envoyer une copie audit chargé de pouvoir. Je ferai suivre dans un second et dernier envoi les objets qui n'ont pu être encore réparés, et auxquels je veux travailler moi-même, tel est, entre autres, un portrait curieux de François P' et plusieurs peintures anciennes que je restaure doucement, afin d'éviter le danger des tons au premier coup, toujours sujets à pousser au noir, quand on les pose d'abord dans toute leur intensité.
Nous choisirons, avec votre approbation, Monsieur, la voie du roulage accéléré de MM. Dupré et Lambert , de Lyon , qui correspondent avec M. Loys de Paris : le prix de leur voiture, dans cette saison, est de 24 fr. par 100 kil. Suivront les frais d'emballage ; nous ferons faire les choses d'une manière sûre et bien solide, sans être dispendieuse pour l'administration. Je crois pouvoir vous assurer que les frais de caisses et de transport n'excéderont pas sept cents francs, et toutefois j'aurai l'honneur de vous faire observer que les meubles anciens font essentiellement partie de ce convoi ; la dernière livraison sera très-peu volumineuse.
J'attends votre réponse et demeure très-empressé de me conformer à vos ordres.
Veuillez recevoir avec bonté le témoignage de mon dévouement et de mon respect.
J'ai rhonneur d'être , Monsieur le directeur , votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Le ch' P. RÉVOIL,
peintre de Madame la Dauphine,
rue du Pérat, n* 6.
Lyon, 10 décembre 1828.
Artaud au comte de Forbin,
Palaig deg Arts.
Lyon, le 27 décembre 1828.
Le Directeur du Musée et de l'Éoole royale des Beaux-Arts, à Monsieur le Directeur général des Musées royaux, etc.
Monsieur le Directeur, j'ai reçu le catalogue de la collection de M. Révoil que vous m'avés fait l'honneur de m'adresser ; j'ai fait reconnaître à ce digne ami les deux ou trois petites erreurs que vous avés indiquées, et il s'est empressé de les rectifier. D'après la recommandation que vous voulés bien me faire, je vais m'occuper incessamment du soin de présider à l'encaissement des objets qui doivent vous être remis et de joindre les notes relatives à chaque envoi.
Si vous le désirés, M. Brun, artiste mécanicien fort habile, qui est chargé d'emballer lesdits objets, pourra les déballer à Paris avec le même soin , attendu qu'il doit se rendre aussitôt après dans cette ville pour ses propres affaires.
J'ai l'honneur d'être, avec autant d'empressement que de haute considération , Monsieur le Directeur général , votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Artaud.
Révoil au comte de Forbin,
42 février 1829.
A Monsieur le Directeur général des Musées royaux.
-Monsieur, nous procédons avec soin aux préparatifs de l'expédition de mon cabinet ; toutes les caisses sont achevées, de manière à ne compromettre en rien ce qu'elles doivent contenir ; nous ne tarderons point à les remplir et à vous les adresser.
En attendant , je profite de l'occasion de M. Biard, l'un de nos jeunes peintres distingués , pour vous donner la rectification des erreurs que vous avez signalées dans les numéros de mon catalogue.
1. — Après le n** 69 il y a un article qui n'a point de numéro. Nous l'appellerons 69 his.
2. — Le n" 132 a été passé et n'existe pas. Nous donnerons le n** 132 à l'article marqué maintenant 131 et nous inscrirons sous ce n* 131 deux plats de fayence de B. Palissy, découpés à jour, de forme ovale.
3. — Après le n" 154, il y a un article qui n'a point de numéro. Nous l'appellerons 154 his,
4. — Le n" 298 a été passé et n'existe pas. 11 sera donné à un médaillon de Warin, portrait de damoiselle Bellet Lyonnoise.
J'ai eu le bonheur de découvrir des tablettes à écrire en ivoire de la fin du XIV* siècle qui sont d'une conservation parfaite ; je me fais un plaisir de les joindre à la collection du Roi. Je n'avais pu jusqu'ici me procurer que deux couvercles de ces tablettes qui sont indiquées dans mon catalogue sous les n*» 367 et 358. Je ne pensais pas que l'on pût espérer trouver la chose entière et je considérois les deux objets du catalogue comme complets et très-satisfaisants.
Ma collection, comme vous le voyez, Monsieur, ne cesse pas d'être l'objet de ma sollicitude, bien qu'elle ait cessé d'être à moi. Je ne laisserai jamais échapper une occasion d'y ajouter quelque chose, toutes les fois que la fortune m'enverra de ces raretés qui me paroitront dignes d'appartenir au musée Charles X.
Permettez-moi de ne pas finir cette lettre sans vous recommander M. Biard, qui mérite toute votre protection ; il vient de faire le voyage du Levant avec les élèves de la marine royale qui montaient la Bayadère. 11 va maintenant parcourir l'Espagne avec le neveu de notre ambassadeur M. de Saint-Priest. Il est Fauteur d'un joli tableau d'Une Diseuse de bonne aventure qui a figuré à la dernière exposition : je crois que cet ouvrage lui a valu une médaille qu'il n'a pas reçue. Veuillez être assez bon pour faire vérifier le fait.
Je suis avec la plus haute considération et le sentiment d'un dévouement véritable, Monsieur, votre très-humble et très -obéissant serviteur.