La Collégiale de Saint-Martin de Tours
La communauté qui se groupait autour de la basilique de Saint-Martin, d'abord monastère, puis collégiale, fut certainement une des plus importantes parmi les institutions de ce genre au moyen âge. Toute une moitié de la ville de Tours n'est que le monastère agrandi, c'est-à-dire Ghâteauneuf, la Martinopole. L'étendue des propriétés de Saint-Martin en a fait une seigneurie puissante ; son école a été un foyer de lumière intellectuelle qui a rayonné sur toute l'Europe ; son pèlerinage a été la grande attraction des peuples pendant des siècles. De ce qu'a été autrefois l'immense basilique, où se pressaient les foules, il ne reste plus aujourd'hui que deux tours, dressant leurs vieilles ogives au dessus de la ville moderne. Au saint qui l'a faite, cette ville, et auquel elle doit son antique renommée, elle a mesuré parcimonieusement la place. Malgré son rare mérite architectural, la basilique actuelle paraîtra sans doute bien petite à ceux qui savent ce que les Tourangeaux doivent au tombeau de saint Martin. Mais l'histoire est là pour suppléer aux défaillances du souvenir. De la masse des documents qu'ont épargnés les siècles, elle peut faire surgir un monument d'un autre genre, plus complète et plus fidèle image du passé.
Nous ne dirons pas que nous avons élevé ce monument, mais nous nous sommes proposé de le préparer. Notre ambition a été de retracer dans des pages sérieusement documentées ce passé si glorieux et si intéressant, de suivre les manifestations grandioses du pèlerinage de Saint-Martin, l'évolution de la communauté martinienne et de sa célèbre école, la formation de cette nouvelle ville qui est venue agrandir de façon si considérable l'ancienne cité gallo-romaine, l'histoire de ces constructions qui presque toutes maintenant sont enfouies dans le sol, sous les maisons modernes.
Nous avons pensé que ce travail ne serait pas le bienvenu de ceux seulement qui sont passionnés pour le passé de leur ville, mais qu'il apporterait une contribution appréciable à rhistoire générale, en montrant par un exemple des plus typiques tout ce qu'ont été pour la France nos grandes institutions ecclésiasliques.
Le volume que nous présentons en ce moment au public n'embrasse qu'une partie de Thisloire de la Collégiale de Saint Martin ; il s'arréteà la guerre de Cent ans. C'est la période la plus glorieuse de son existence : pour différentes raisons, notre Collégiale, dans la suite, perd de son importance ; non pas que son histoire ne vaille encore !a peine d'être racontée, et nous espérons bien la conduire un jour jusqu'aux temps malheureux qui l'ont vue disparaître, mais elle n'offre plus désormais qu'un intérêt de second ordre.
Par suite des ravages dont la France a été victime pendant ces longues années de guerre, la Collégiale de Saint- Martin, comm'î la plupnrldes autres établissements religieux du nord et de l'ouest de notre pays, a eu beaucoup à souffrir; ses richesses et son influence s'en sont trouvées sensiblement diminuées. D autre part la centralisation, qui s'opère à cette époque autour du roi, enlève de leur importance à tous les groupements, quels qu'ils soient, qui, dans la période précédente, jouissaient d'une plus grande indépendance et dont on peut dire que leur agrégation formait la France.
Notre premier volume embrasse neuf siècles d'histoire. C'est déjà un champ assez vaste et dans lequel se rencontrent assez de questions obscures et difficiles pour que notre travail ait été très considérable. Encore heureusement avions-nous des devanciers. La Collégiale de Saint- Martin a été l'objet de nombreux travaux : histoires complètes ou études de détail. Nous allons les passer en revue et examiner ensuite de quelles ressources de documentation nous avons pu disposer pour écrire l'histoire de cette première période.