F., II
Sur ces quelques lignes de saint Grégoire les archéologues se sont donné beau jeu ; plusieurs reconstitutions ont été tentées ; on a fait des prodiges d'ingéniosité pour placer les fenêtres et les colonnes énumérées par l'écrivain. Puis quand, en 1886, les travaux de fondations de la nouvelle basilique ont eu mis à découvert beaucoup de substructions des anciennes églises, de nouvelles solutions du problème ont été proposées, inspirées par les récentes découvertes.
Nous ne voulons pas, après tant d'autres, tenter notre reconstitution du monument élevé par saint Perpet ; nous essayerons cependant de faire ici le départ entre ce qui peut être admis et ce qui doit être définitivement écarté.
Tout d'abord, une remarque importante de M. de Lasteyrie sur le texte même de saint Grégoire nous semble devoir précéder toute discussion. Il est facile de constater qu'il doit y avoir une lacune dans ce texte. Saint Grégoire, après avoir partagé les fenêtres entre le sanctuaire et la nef, et avant d'indiquer combien il y avait en tout de fenêtres et de colonnes, dit sans autre explication : ce II y a quarante et une colonnes. » Evidemment ce nombre doit ée rapporter à la nef ou au sanctuaire. On a supposé l'un et l'autre. M. de Lasteyrie restitue le texte de cette façon : Habetfenestras in altario xxxu, in capso xx; columnos in altario lxxix, in capso xli (1).
L'idée d'une rotonde imaginée par MM. Lenormant et Albert Lenoir est aujourdTiui abandonnée de tout le monde.
On est généralement d'accord, au contraire, sur l'existence d'une nef, divisée en trois parties, la partie
(1) M. de Lasteyrie, op. cit., p. 35, propose aussi ceUe lecture moins probable que celle que nous admettons dans le texte : columnas in altario XLI, in capto LXXIX,
centrale ayant trente pieds de large, chacune des deux autres quinze et les nefs secx)ndaires ayant une galerie. Les divergences commencent à la répartition des colonnes. M. de Lasteyrie, appuyé sur le texte reconstitué comme nous l'avons dit précédemment, met de chaque côté vingt colonnes, dix à chaque étage, formant neuf travées ; une colonne restant pour soutenir le pupitre de Tambon. Mgr Chevalier, suivant les traces de Quicherat, attribue soixante-dixhuit colonnes à la nef : douze formant onze travées dans le bas, vingt-quatre accouplées deux à deux de chaque côté pour le premier étage, six pour encadrer les trois portes de la façade. Reste à disposer les vingt fenêtres qui, d'après saint Grégoire, éclairaient la nef. Pour M. de Lasteyrie, rien de plus simple, deux fenêtres sont percées dans le mur de la façade audessus du narthex, neuf sont placées de chaque côté au-dessus de chacune des travées. Mgr Chevalier est un peu plus embarrassé, car il a vîng fenêtres à disposer au-dessus de vingt-deux travées. Il admet, lui aussi, deux fenêtres à la façade et suppose que les autres étaient distribuées de chaque côté en trois groupes de trois, deux intervalles étant laissés libres pour recevoir des inscriptions.
Il nous seipble que la solution de M. de Lasteyrie est plus satisfaisante, à cause de la largeur des entrecolonnements qui se trouve réduite dans la disposition de Mgr Chevalier à quatre pieds et demi, ce qui est trop restreint et tout à fait insolite.
L'existence d'une tour campanile est également admise par tous ceux qui se sont occupés de la basilique de saint Perpet. Mgr Chevalier, après Quicherat, la place au carré du transept entre la nef et l'autel. M. de Lasteyrie pense qu'elle devait être plutôt auprès de la façade. Pour les uns et les autres, le principal argument est tiré du recueil des inscriptions
qui ornaient le vieux monument. On admet que ces inscriptions « ont été recopiées dans l'ordre où elles se présentaient aux visiteurs entrant dans la basilique par la nef ». Or, les inscriptions de la tour sont avant toutes les autres. M. de Lasteyrie en conclut que la tour se trouvait à la façade. Mgr Chevalier estime, au contraire, que les pèlerins, qui venaient de Tours, arrivaient d'abord par la porte de la nef latérale du côté de la Loire, qu'ils entraient par là et que^ par conséquent, ils se trouvaient tout de suite en face des inscriptions de la tour qui leur recommandaient le respect, la foi, la haine du péché et une ferme conBance dans la vertu du bienheureux thaumaturge. Cette fois encore la supposition de M. de Lasteyrie nous sourit mieux que l'autre ; les expressions ingrediens... intraiuri aulam... templa dei petiturus ne se justi&ent que si elles s'adressent à des gens qui ne sont pas encore rentrés dans l'église.
Où les diVergences sont très profondes, c'est quand il s'agit de reconstituer le sanctuaire. L'étude des textes de saint Grégoire de Tours avait amené Quicherat à imaginer un déambulatoire qui aurait entouré l'abside. Cette nouveauté a été acceptée avec enthousiasme par Mgr Chevalier qui a trouvé dans les fouilles une démonstration nouvelle de l'hypothèse de Quicherat et qui se représente déjà la basilique de Saint-Martin pourvue d'une couronne de chapelles absidales, comme l'ont été beaucoup plus tard les églises romanes. M. de Lasteyrie se refuse absolument à admettre que le monument tourangeau ait offert un type dont on ne connaît pas d'autre exemple à cette époque.
Les maçonneries qu'on prétend utiliser en faveur de l'hypothèse d'un déambulatoire et de chapelles absidales n'ont rien qui puisse justifier leur attribution au V® siècle. Mgr Chevalier le reconnaît lui-mê-
me ; il avoue que cette maçonnerie en petit appareil allongé, sans brique, n'a aucun caractère intrinsèque qui la rattache au v® siècle plutôt qu'à un des trois ou quatre siècles suivants et qu'il faut recourir à d'autres considérations pour en déterminer l'âge (1). M. Ratel et Mgr Chevalier qui tous les deux ont soigneusement étudié les fouilles arrivent à des conclusions très différentes sur le niveau de la construction de saint Perpet, l'un la place à 3 m. 94 (2), l'autre à 6 m. 20 (3).
Aujourd'hui qu'il n'est plus possible d'étudier à fond les restes des vieilles constructions, on ne peut plus guère faire état que des textes.
C'est le mot atrium qui a suggéré à Quicberat l'idée d'un déambulatoire Or ce mot, comme nous l'avons démontré plus haut, signifie souvent un grand espace découvert, peut-être entouré de murs et répondant à peu près à ce que fut plus tard le cloître. Saint Grégoire de Tours nous représente des malades passant des mois dans V atrium ; serait- il donc vraisemblable qu'ils fussent restés ainsi dans l'église même ? Un des textes d'ailleurs que cite Mgr Chevalier peut se retourner contre lui. Saint Grégoire parle d'une malade qui vient se prosterner au tombeau du saint confesseur et qui sort ensuite dans l'atrium, « ad sepulcrum sancti prosternitur. Exinde egressa, per paucum tempus in atrio commorata est (4) ». U atrium n'était donc pas un déambulatoire faisant partie de l'église.
L'existence des chapelles absidales parait prouvée à Mgr Chevalier par la distinction qu'établit saint Grégoire entre l'abside du tombeau : absida corpo-
(1) />« fouilles de Saint'Martmy p. 29.
(2) Cf. Cb. de Grandinaison, Hésullat des fouilles de SairU'Martin,p. 11.
(3) Chevalier, op. et loc. eit, (4; De mrac , III, 31.
rw, absida tamuli, absida sepulcri et l'abside même de l'église. Cette abside du tombeau était une abside intérieure. II est certain que le tombeau était placé au fond d'une abside et que d'autre part les pèlerins pouvaient circuler entre le tombeau et le mur de l'abside de l'église. Mais, pour expliquer ces expressions de saint Grégoire, on pourrait se contenter de l'hypothèse de M. Maître (1), d après lequel une clôture circulaire séparait le tombeau du mur de labside et permettait d'aller au tombeau et d'y rester en prière sans pénétrer dans le presbyterium ou sanctuaire.
Quant à la disposition des fenêtres et des colonnes dans le sanctuaire, nous n'essaierons pas de discuter les hypothèses émises à ce sujet. Nous ne pourrions aboutir à aucune conclusion qui s'impose (2).
En résumé,il est très probable que la basilique construite par saint Perpet était sur le modèle des très nombreuses basiliques construites à cette époque, monument à trois nefs et à galeries, coupé par un transept et terminé par une abside. L'autel situé assez en avant dans le sanctuaire était adossé au tombeau de saint Martin. Celui-ci était composé d'un sarcophage posé sur un petit mur ; la tête du saint étant tournée du côté de l'autel et les pieds vers le fond de l'abside. C'est à cet endroit désigné par l'expression ad pedes que les pèlerins venaient prier, et dans les basiliques successives qui s'élevèrent au-dessous du corps de saint Martin cet endroit fut toujours entouré d'une dévotion et d'hommages particuliers (3).
(1) Arlicle cité. .
(2) M. de Lasteyrie, art. cUé, se contente d'émettre diverses suppositions qui lui permettent de placer les fenêtres et les colonnes attribuées au sanctuaire par saint Grégoire sans s*arrôter à aucun plan déterminé.
(3) Nous UH faisons que résumer ici très sommairement et sans apporter aucune preuve ce que nous avons cru pouvoir dégager des différents mémoires dont cette question a été Tobjet.
Le sarcophage qui contenait les restes du saint évéque de Tours était recouvert d'une plaque en marbre blanc envoyée par saint Euphrone, évéque d'Autun, à saint Perpet On a cru en avoir retroiivé les débris dans les fouilles. Elle était ornée d'une croix gemmée de laquelle pendaiejit deux chaînettes soutenant Y alpha et X oméga. Plus tard saint Eloi fabriqua une châsse magnifique en or dans laquelle fut placé le corps qu'on avait retiré du sarcophage. Quant à ce dernier, il lui fit une parure en rapport avec la vénération dont on l'entourait et il fut conservé probablement dans le trésor de la basilique. Mais avant d'être mis dans sa nouvelle châsse, le corps n'avait pas été retiré du coffre d*electrum dans lequel l'avait enfermé saint Perpet.
. Cette basilique était ornée de nombreuses inscriptions. Elles nous ont été conservées dans beaucoup de recueils composés â l'usage des pèlerins qui venaient visiter la basilique tourangelle.
Le commencement des malheurs de la basilique date d'un siècle à peine après sa construction. Williachaire. beau-père de Chxamne le fils révolté de Clotaire, s'étant réfugié dans la basilique de Saint-Martin, y mit le feu, à cause, dit saint Grégoire de Tours, des péchés qui s'y commettaient (IK II semble cependant qu'il n'y eut dans ce premier incendie que la charpente et la toiture de détruites, car saint Grégoire nous dit seulement que, sur Tordre de Clotaire, elle fut recouverte d'étain et qu'elle fut remise dans la splendeur qu'elle avait auparavant (2).
Ravagée peut-être par les Sarrazins en 732, la basilique eut à subir un nouvel incendie pendant qu'Alcuin était abbé du monastère II dut relever toute la
(1) £r.F.,IV, 20.
(2) Id.
GooQle
toiture ; il célèbre cet événement dans un de ses petits poèmes (1).
On a voulu (2) que la base de la tour Charlemagne fût de cette époque; on sait que la femme de Charlemagne, Luitgarde, étant venue à mourir à Tours, celui-ci la fit enterrer dans la basilique de Saint-Martin ; ce serait son mausolée qui aurait servi de support aux constructions postérieures. La chose étant controversée entre archéologues, nous avons cru plus prudent de ne pas nous prononcer.
Nous avons raconté ailleurs ce que la communauté martinienne eut à endurer pendant les invasions normandes. Nouvel incendie vers le milieu du x*» siècle auquel se rapporte le sermon attribué à saint Odon. Nous n'essaierons point à la suite de Mgr Chevalier de restituer tous les travaux qui se sont faits à ces époques, tout ce qu'il en reste est enfoui sous la nouvelle basilique.
A la fin du x® siècle, Châteauneuf et la basilique furent brûlés complètement. Le trésorier de Saint- Martin, Hervé de Busançais, qui jouissait d'une fortune considérable, entreprit la reconstitution complète du vieux monument. Il garda seulement par endroits les fondations de saint Perpet. L'église d'Hervé était de bien plus grandes proportions que celle qui l'avait précédée ; construite sur le plan admis alors, elle avait une couronne de chapelles absidales, et peutêtre serait-il possible de voir dans les maçonneries attribuées au v® siècle par Mgr Chevalier tout simplement les fondations de la basilique d'Hervé. Il est
(1) Hic (ÂlbiDus) diruta diu cameranim culmina jussit, Ut cernis, lector, lotam renovare per aulam.
Hic loearellquiis statuens apUssima sacris, Sanctorum requies certos ut iiaberet iionores. Ut decet in terris venerari sancta piorum, Quos Deus in cœlis voluit regnare per œvum.
(2) Mgr Ctievalier, op. cit , p. 85 et suiv.
difficile aujourd'hui d'apprécier cette œuvre tant vantée, car ce qui peut en rester est englobé dans des constructions postérieures. Nous n'en avons jamais eu d'ailleurs aucune description détaillée et les nombreuses réfections dont le monument fut encore l'objet après Hervé n'ont pas permis à ceux qui comme Chalmel le virent encore debout de nous en faire rien connaître.
Brûlée en 1096, la basilique l'est encore en 1122. A la fin du xii® siècle, elle tombait en ruines à cause de son ancienneté, disent les chanoines de ce temps-là. Les réparations incomplètes faites à la suite des divers incendies n'avaient point suffi à la consolider. Aussi, en 1175, bourgeois et chanoines rivalisèrent*il8 de zèle pour élever un nouvel édifice.
C'était une église beaucoup plus grande que celle d'Hervé : les nefs s'étendaient jusqu'à la tour de l'Horloge qui est de ce temps ainsi que la tour Cbarlemagne, au moins à partir du premier étage ; le transept était également à trois nefs, et les basses-nefs étaient surmontées de galeries.
Le commencement du xiii® siècle fut encore funeste à notre basilique, elle eut à souffrir de l'incendie qui dévora Châteauneuf pendant la guerre entre Philippe-Auguste et Jean sans Terre. Est-ce à cause des dégâts subits alors par le monument ou pour d'autres raisons, toujours est-il que le chevet fut complètement refait dans le courant du xiii* siècle et sur des proportions bien plus grandioses.
On peut se faire une idée de ce qu'était la basilique de Saint-Martin à la fin du xiii* siècle grâce à une description qu'en donne, dans son histoire manuscrite de la Collégiale, Chalmel qui avait vu le monument à la veille de sa ruine. A part la construction faite au xiv® siècle de sept chapelles latérales dans la basse nef méridionale, la basilique ne subit plus désormais aucun remaniement.
Elle avait cinq nefs (1), un transept terminé par deux tours et un double déambulatoire autour du sanctuaire, cinq chapelles couronnaient l'abside. On comptait à l'intérieur 110 mètres de la porte mortuaire ou des cérémonies au couchant, à la chapelle de la Vierge au levant, 55 mètres d'une extrémité du transept à l'autre ; les nefs mesuraient 30 mètres de largeur sans comprendre les chapelles latérales ; le chœur, depuis le jubé jusqu'au sanctuaire, avait22m. de longueur sur 9 de largeur.
La voûte avait une élévation de 26 mètres. Chalmel dit qu'elle était soutenue par cent quarante piliers ; nous ne savons trop comment il les comptait. Elle était dominée par cinq tours : deux à l'entrée, la tour du Trésor à droite (aujourd'hui tour de l'Horloge), et celle de Saint-Nicolas à gauche; deux au transept,au nord la tour de Charlemagne, au sud la tour du Cadran appelée aussi tour Gibert, peut-être du nom de son architecte ; la cinquième, que Ton ne mentionne pas généralement, était au-dessus du chœur ainsi que le montrent les anciennes vues de la ville.
Construite à différentes époques, la basilique, si elle offrait une certaine unité de plan, ne présentait évidemment pas la même unité de style : la nef était à plein cintre, dans l'abside au contraire s'épanouissait l'ogive ; les nefs latérales étaient surmontées de galeries. Les deux tours qui subsistent encore : tours de l'Horloge et Charlemagne avec leurs arcades soutenues par de minces colonnettes, sont un beau spécimen de l'architecture gothique à ses débuts, architecture pleine tout à la lois de simplicité et de robuste élégance.
Derrière le maître-autel se trouvait l'endroit appelé Repos de Saint-Martin, où était placé le tombeau
(1) Cf. Charles de GraDdmaisoD, Toun archéologigue, p. 53 et suiv.
du glorieux patron : il comprenait l'espace de 11 mètres d'un pilier à l'autre.
Le portail occidental ou grand portail appartenait probablement au xii^ siècle ; mais celui du nord, placé en face de la rue du Change actuelle, était beaucoup plus ancien, et l'on peut conjecturer, d'après la description deChalmel, qu'il faisait partie de la construction d'Hervé. « On y voyait, dit cet écrivain, quatre figures en pierre de granJeur naturelle, l'une représentant le roi Robert assis sur un trône fait en forme de chaise ; il tenait en main, en guise de sceptre, une espèce de bâton noueux assez ressemblant à un thyrse. De l'autre côté était la reine Constance assise sur un trône semblable, et tenant un sceptre pareil à celui du roi. Les deux autres figures étaient chacune sur un des arcs-boutants de l'église. La première représentait le grand bouteiller ou grand échanson; l'autre adroite, du côté du roi, était un homme ayant la tète mise entre ses jambes, la barbe à la manière des Turcs, les cheveux à demi rasés, et tenant ses mains appuyées sur ses pieds. Son vêtement n'était composé que d'une chemise et d'une espèce de culotte relevée au-dessus du genou. Ce devait être un de ces bateleurs que la reine Constance amena da son pays (1). »»
Ces figures paraissent avoir été placées là sous le règne de Robert, qui est l'époque où Hervé rebâtissait l'église de Saint-Martin.
« Deux autres portes, sans compter celles qui ouvraient sur le cloître situé au sud, donnaient accès dans la Collégiale : l'une au nord, sous la tour Charlemagne, l'autre au sud, en face de la rue Descartes actuelle, sous la tour Gibert, dont elle avait reçu le nom. L'espèce de confession ou de cellule de pierre, dans laquelle se trouvaient déposés les précieux restes du
(1) Ghalrael, Bibtoire de Saint-Hartin, p. 20.
glorieux évêque, avait été, par les constructeurs du XII® siècle, conservée dans Taxe de la basilique, derrière le maître-autel à 1 mètre 50, en contre-bas du massif général des fondations, à l'endroit même choisi par saint Perpet. Un ciborium en argent doré, supporté par quatre colonnes, la désignait dès l'entrée dans le temple aux regards des pèlerins venus de tous les points de la chrétienté. Une balustrade quadrangulaire enveloppait le saint tombeau devant le-quel de nombreuses lampes brûlaient perpétuellement; c'est cette même grille, alors en fer, que Louis XI fit plus tard exécuter en argent. Les statues en cuivre des douze apôtres, auxquels Hervé avait consacré son église, en même temps qu'à la Vierge et à saint Martin, brillaient dans le chœur et dans le sanctuaire. A l'entrée du chœur s'élevait, dès 1179, un grand christ en argent, dont les yeux, formés de deux pierres précieuses d'une grande valeur, jetaient, lorsqu'ils étaient éclairés des feux du couchant, un éclat merveilleux. C'était un don des religieuses de Beaumont (1). De nombreuses peintures ornaient les murailles et les voûtes de l'église, et d'éclatants vitraux brillaient aux fenêtres. Parmi ces peintures, Chalmel (2) signale un grand christ peint à fresque sur la voûte de la nef principale ; il offrait cette particularité que chacun des pieds était attaché à la croix par un clou séparé, ce qui indique une haute antiquité. De grandes figures, également à fresque, se voyaient encore, il y a quelques années, sur la paroi méridionale de la tour Charlemagne, qu'abritaient autrefois les voûtes du transept ; mais les injures de l'air les ont fait disparaître. »
Il nous reste un plan de ce monument, dressé par Jacquemin en 1801, au moment même où s'achevait sa
(1) Monsnyer, Celeberrimœ^ p. 222.
(2) Op, cit., p. 201 hig.
destruction et où Ton faisait passer sur son emplae/BBÈ/sai la rue de la Harpe.
Dan» coite église se trouvaient déjà de nombreux tombeaux de personnages illustres, les premiers successeurs de saint Martin, Lui tgarde, Alcuin, Hervé.
Tel était ce monument, damier et puissant effort de la dévotion à saint Martin que les désastres successifs de la basilique n'avaient fait qu^aogmenter, témoignage aussi de la puissance du chapitre auquel il appartenait et qui avait bénéficié de la vénération dont le saint tombeau était entouré.