MAITRE JEAN, MAZET
UAZET, i part.
Les fournisseurs refuscal de nous faire crédit, et me voici revenu avec mon panier vide, (u laisse cUoir sou panier sur l« seuil.)
MAÎTRE JEAS.
C’est lui 1
MAZET, à part.
Ma foi, tant pis! — Poufcpioi diable s'est-elle avisée de voviloir dîner chez nous!
maItre jean.
Approchez!...
MAÏET, à part.
Je suis bien bon, après tout, de me tant tourmenter l’esprit. -«• Elle veut manger du pain... eh bien, elle en mangera!
MA ÎTRE JEAN,
Approchez donc!
MAZET, à part.
Avec un peu d’appétit, c’est excellent!
MaItrk jean, le tirant par la manche.
Eh! que faites-vous là?... Voyous! hàtez-vonsl dépêchezyguil préparez tout', vile! vile! Qu’avaaa-aous pour le ço*
ACTIi II,
tage, pour les entrées, pour les rôtis, pour les entremets, pour le dessert? — Oii sont les aiguières, l’eau de rose, les sorbets, les conserves, l’hypocras?
MAZET, àpart.
Diable ! , . ,
MAÎTRE JEAM.
Vous en manquerait-il quelque chose?
- MAZET
Oh! presque rien. ,
maître jean.
En ce cas, hâtons-nous, car le temps presse!
MAZET
Eh bien, voyons! Que penseriez-vous d’un faisap? ;
MAÎTRE JEAN
Pour r0li ?
, MAZET
N’importe I
MAÎTRE JEAN
Plumez, videz, piquez lin et faites cuire à la broche 1 U est important de saisir le point de cuisson, car un faisan trop cuit n’a plus de saveur,
MAZET
Voyez un'peull..
MAÎTRE JEAN
Pour entrée, vous dépecez votre faisan rôti, vous en ôtez la peau, vous parez les extrémités et les mettez dans \me terrine avec de bonne huile, du vinaigre à l’estragon, du sel et du gros poivre; cham[>ignons, persil, écbalottes, corniebons hachés, câpres et un peu d’anchois, toutes choses que vous avez fait revenir et cuire avec du beurre, jus ou bouillon ; vous dressez vos morceaux sur le plat, avec cœurs de laitue en cordon, œufs durs, cornichons coupés en filets et filets d’anchois; vous arrosez de l’assaisonnement et vous servez!
MAZET
Par ma foi t monsieur Maître Jean, je ne retiendrai jamais tout ce que vous venez de dire!
MAÎTRE JEAN
bien, donnez-moi votre faisan, je m’en charge
MAZET
Ab! voilà !„> C’est que nous n’avons pas de faisan!
maItre jean.
Est-ce une plaisanterie? . , '
MAZET
Pourquoi donc? Je vous demande ce que vous pensez d’un fnisan ; mais je ne vous dis pas que nous en ayons un,.. maItue jean.
Et que diable avez-vous dî>nc alors ?
MAZET
Voulez-vous des fèves? ' •
MAÎTRE JEAN, d’une voix éclatante.
Des fèves I...
MAZET
Pardieu ! oui, des fèves.
MAÎTRE JEAN, avec un rire amer.
Des fèves!... Enün, il faut bien en passer par là! (Avec découragement,) Mettez du beurre, un bouquet de persil, ciboule, un peu de sarriette, une pincée de farine, sucre candi, muscade, bouillon, une liaison de jaunes d’œufs, et servez ! — Des fèves! ' ,
MAZET
Votre manière d’accommoder les fèves peut être excellente, monsieur maître Jean, mais ce n’est pas la mienne. ^ MAÎTRE JEAN.
Et quelle est donc la vôtre ?
MAZET
Je les fais cuire dans l’eau et j’y mets du sel!
*' MAÎTREJEAN, avec la plus méprisante ironie.
Tout simplement?
MAZET
Tout simplement.
MAÎTRE JEAN
Et vous espérez que j’autoriserai par ma présence de pa« reilles monstruosités?
MAZET
J’avoue que je ne l’espère pas,
MAÎTRE JEAN
C’est bien 1 je me retire sous un arbre, et si madame la comtesse me demande l’explication de ma conduite, je ne lui cacherai pas' que j’ai cru devoir protester par la fuite contre le dîner qu’oix lui préparait!... Des fèves!... (il sort précipitamment.)