Agriculture in B. C. i904, p
ment y près de 1/3 consistait en forêts, plus de 1/3 en pâturages naturels*.
L'élevage a été la première industrie agricole de Colombie. Dès les premiers temps de la traite, chaque fort eut des chevaux pour les transports, quelques vaches et moutons pour la nourriture des employés : pendant la fièvre de Tor, le nombre des bétes de somme et des animaux de lait et de boucherie s accrut avec les besoins. On pratiquait alors, on pratique encore un élevage rudimentaire en vaine pâture appelé ranging. Pour cela, on choisit une région où croît le chiendent {bunch grass) comestible, car le gazon naturel n'est pas bon partout (p. 122). Les animaux sont lâchés sur les plateaux et les hauteurs {ranges) — le monte des vaqueras mexicains — où ils cherchent leur vie : pendant l'hiver on les ramène dans les vallées moins couvertes de neige, où l'on a eu la précaution de couper et de ramasser en meules le chiendent; parfois on y fait des abris rudimentaires. Bâties dans la vallée, la maison de bois de l'éleveur et ses dépendances s'appellent ranch^ d'un nom espagnol venu de Californie et usité par les Anglo-Américains dans toutes les régions montagneuses de l'Ouest. Parfois on cultive autour du ranch un peu de fourrage artificiel, de légumes et racines, des céréales même. A l'automne on bat le grain dehors et on laisse la paille sur l'aire pour que les animaux s'en fassent litière et s'en nourrissent au besoin pendant l'hiver. Le printemps venu, on brûle ce qui en reste.
Jusqu'au bord septentrional de la zone découverte, sur les affluents du haut Fraser, on rencontre le vacher à cheval {cow boy) qui a remplacé le trappeur et le traitant d'autrefois dans tout l'immense pays d'élevage que se partagent États-Unis et Canada. Son grand chapeau de feutre clair â ruban de cuir, sa chemise de laine et son foulard lui composent un uniforme à peu près invariable; mais l'habitude de sortir avec des armes, du moins apparentes, n'est pas tolérée au Canada comme aux États-Unis.
Chaque année, quand veaux et poulains sont nés, les propriétcdres voisins ou leurs gardiens se donnent rendez-vous, montent à cheval, se déploient en cercle immense autour de la région de parcours et, rétrécissant progressivement le cercle, rabattent pêle-mêle tous les animaux dans un creux : c'est ce que l'on appelle round up : alors les jeunes qui ont suivi leur mère sont saisis, marqués au fer du même signe qu'elle et lâchés jusqu'à l'année suivante. Chaque propriétaire possède sa marque (brand)^ déposée aux bureaux du
i. Recensement du Ca,, 190i, t. H, pp. 6-7.
gouyernement, et une loi spéciale, imitée des États-Unis, le protège contre les imitations, les contrefaçons et le vol.
D'autres round up sont faits encore quand il s'agit de choisir des animaux à vendre et à expédier. Ce sont toujours des occasions de se voir, précieuses à des gens qui vivent isolés pendant de longs mois, des prétextes à réjouissances, à chevauchées, à steeple-chase, à courses de taureaux improvisées, enfin de grandes foires animant quelques jours la solitude comme autrefois les réunions des traitants et des Indiens.
Les animaux à vendre sont mis en troupeaux et poussés vers la station la plus voisine du chemin de fer (p. 374).
Autour des mines nouvelles et sur les pistes qui y conduisent, la première utilisation de la terre se fait toujours sous la forme qu'on vient de décrire. Le colon, ou celui à qui ce nom doit être appliqué, faute d'un autre, choisit une bonne place de gazon, ou encore brûle quelques acres de forêt, y bâtit une cabane en bois au bord d'un lac ou dans une vallée, lâche sur le range quelques chevaux et quelques vaches, et s'établit entrepreneur de transports et marchand de laitage*.
Dans les pâtures, les animaux se croisent au hasard, plusieurs s'échappent dans la brousse. Ainsi, depuis l'époque des premiers traitants, la Province s'est couverte d'animaux bâtards, comme le cayouse ou poney indien, qui ne laissent pas de gêner les éleveurs modernes. On se plaint particulièrement des cayouses marrons qui courent en bandes sur les chemins des placers, entre le coude du Fraser et la région de Quesnel : ils couvrent les juments de sang achetées â grands frais et empêchent de créer et de maintenir une race pure*. Aussi leur donne-t-on la chasse. Une loi spéciale pour l'extermination des chevaux sauvages permet à chacun de tuer les bêtes sans marque, à condition d'avoir fait d'abord tout pour les prendre vivantes, de porter un permis spécial et d'adresser un rapport au fonctionnaire le moins éloigné.
Pour les mêmes raisons, les colons se plaignent des taureaux de brousse (scrub bulU), qui appartiennent aux Indiens et aux petits rangers blancs •.
Une loi limite les parcours des animaux en liberté pour éviter les croisements entre octobre et juillet, c'est-à-dire dans la saison d'hiver où les animaux sont concentrés pour l'hivernage et dans la période des amours. Les barrières de bois et de fil de fer par quoi se couvrent
1. Yearhook of B. C, 1903, p. 28. ^ Agricultare in B. C>, 1904, p. 31.